XXXVIII. Il suffirait de presque rien

3 minutes de lecture

XXXVIII. Il suffirait de presque rien*

Arriva le vendredi soir, sacro-saint rendez-vous festif autour des fins de stages où la plage se transformait invariablement en soirée improvisée. Louka et Pietro, pourtant habitués de ces festivités, leur firent tous deux faux bond : le second parce qu’il avait été invité au restaurant par cinq filles rigolardes et qu’il n’avait même pas essayé de nous dire non, et le premier parce qu’il fallait bien que quelqu'un reste sagement à la maison avec Mila pendant que sa baby-sitter aurait la permission de minuit.

La soirée fut bouillonnante, chaleureuse, expansive, nous trinquâmes jusqu’à deux heures du matin en refaisant le monde et en jurant de nous revoir bientôt ! Puis d’un commun accord, nous abandonnâmes Pietro aux bons soins d’Ingrid et je rentrai chez les Battisti dans la nuit parfumée de vapeurs de myrte. Je trouvai Louka assis sur la terrasse, lisant sous la lampe dans les bruissements de l’air. Je calai rapidement une fesse sur le coin de sa chaise-longue, il posa son bouquin et j’en profitai pour lui attraper timidement la main... Je pensais qu’il allait s’éloigner illico mais j’avais tout faux. Il m’attira plus près de lui et m’embrassa doucement, je me collai à lui et je sentis sa respiration s’accélérer au fil de nos caresses.

« - Tu ne dors pas ? Il est plus de deux heures du matin…

- I wanna know the name of the murderer, I am pretty close to the end but I read much slower in Arabic… La prochaine fois que j’achèterai un polar, je le prendrai en français ou en italien ! Tu as passé une bonne soirée ?

- Oui, c’était sympa… Dommage que le stage soit fini.

- What about Pietro ?

- He stayed there with Ingrid, tu sais, la stagiaire belge.

- Oh oui je sais, celle qui le drague à mort... Elle est jolie en plus ! Et ça avance, cette affaire ?

- Je crois, oui… Eh ! Sois sage un peu !

- Sage, alors que tu es allongée sur moi avec ce short quasiment inexistant ? Pas facile... Anyway. I really hope she will make him leave that horrible Italian girl he met in Venecia.

- Laisse donc mon short tranquille ! Et d’abord, pourquoi tu la détestes à ce point cette Vittoria ? Elle a l’air vraiment jolie et Pietro semble bien accroché.

- Elle est jolie, mais complètement inintéressante… Et Pietro a l’air bien accroché à chaque fois qu’il rencontre une fille ! Mais celle-là, à mon avis, elle veut juste se taper le fils Battisti.

- Et pas le fils Kerguelen ?

- She tried, si vraiment tu veux le savoir… Pietro passe son temps à lui offrir plein de cadeaux, c’est trop, I don’t like it. Tu es sûre que tu ne serais pas mieux sans ce short ?

- Tsssss… Pas touche ! Tu encadres de nouveau les enfants la semaine prochaine ?

- Non, je ne travaille pas, Pietro non plus, Chiara nous a réquisitionnés pour faire plein de trucs dans la maison… Alors que je suis nul en bricolage ! Sauf sur un bateau, à la rigueur...

- Poor boy… Comment ça s’est passé avec Mila ?

- Très bien, je lui ai fait des crêpes, on a regardé un film et ensuite hop, au lit la miss ! Mais tu veux vraiment parler de Mila maintenant ? J’avais d’autres idées, moi…

- Louka !

- Oui ?

- Stop…

- OK…

- Et ne fais pas cette tête, on dirait un gamin qui boude.

- Mais je boude, en effet.

- Et moi, je vais me coucher...

- Bonne nuit !

- Tu viens ? »

Il ne se le fit pas dire deux fois et vint faire trois petits tours dans ma chambre. Le fameux short rendit bien vite les armes sous les assauts de ses mains pressantes. Ce soir-là, Louka fut joueur, gourmand, et je profitai sans retenue de sa peau douce et de sa chaleur électrique. Il me fit un amour où se mêlaient l’appétit et la délicatesse, la force et la caresse.

Nous finîmes comblés, épuisés, mêlant nos souffles et nos sueurs. Je calai doucement ma joue sur son épaule, le silence s’installa gentiment tandis qu’il me caressait le bras du bout de ses doigts… Et puis tout d’un coup, il me bouscula tout doucement, enfila son jean, ramassa son t-shirt et sortit.

Trois secondes plus tard, il revint en trombe, fuyant le cliquetis d’une clé dans la serrure de l’entrée. Il resta bêtement planqué derrière ma porte, mal à l’aise comme un voleur surpris ou un amant secret, en attendant que Pietro monte se coucher.

Et quand Louka partit enfin, armé de son sourire de conspirateur, je me demandai soudain pourquoi il faisait tant de mystères.

Certes, il sortait de ma chambre à moitié nu et en pleine nuit ; and so what ?

*Il suffirait de presque rien, de Serge Reggiani ; in Et puis..., 1968.

Annotations

Vous aimez lire Marion H. ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0