VIII. Les jolies colonies de vacances

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VIII. Les jolies colonies de vacances*

Chiara avait raison : leur relation était cousue d’évidence et les années qu’ils avaient partagées tous les trois se lisaient dans tous leurs gestes. Pietro et Louka avaient tout en commun, une enfance à l’ombre du cinéma, une scolarité internationale et chaotique, un nom connu et reconnu, et l’affection débordante de Chiara.

Louka était insaisissable, enfant perdu et roi de Corse, doux avec sa soeur, charmant avec Chiara, volubile avec Pietro, et très imprévisible avec moi. Parfois il se montrait incisif, maladroit, d’autres fois il était simple et chaleureux. Il brûlait la vie par tous les bouts, il était beau, et il le savait. Il flirtait comme un jeu, distribuant œillades et impertinences à toutes celles qui croisaient son chemin. Toutes, sauf moi ! Pourquoi perdre son temps avec la baby-sitter godiche de sa sœur… Il sortait beaucoup et n’avait qu’à piocher parmi les vacancières pour en glisser une dans son lit. Il n’en parlait jamais, ne repartait jamais deux fois avec la même, n’en gardait jamais aucune plus d’un soir. Il draguait sans y penser, comme par nature, puis il zappait sans s’attarder. Il n’avait pourtant rien d’un bellâtre, il était fin, intelligent, respectueux ; mais il butinait et ne s’en cachait pas.

Pietro lui, était aussi chamallow que Louka était roc. Il était séparé depuis quelques mois de son amoureuse du lycée, une certaine Vanina qu’il cherchait visiblement à oublier… Alors il s’enflammait chaque semaine pour une fille qui serait, pour quelques jours, l’unique femme de sa vie. Il n’avait d’yeux que pour l’heureuse élue, elle avait droit au grand jeu du romantisme à l’italienne. Il parlait de chacune avec une exubérance presque naïve jusqu’à ce qu’une nouvelle conquête ne vienne effacer la précédente... Et tout recommençait.

Louka et Pietro nous offrirent des vacances inoubliables. Ils nous firent visiter la Corse qu’ils aimaient profondément et connaissaient par coeur, tant sur mer que sur terre. Nous fîmes du bateau, de la marche, de l’escalade, de la plongée, du vélo, du jet-ski, du cheval, du kayak ; nous vîmes Piana, Porto-Vecchio, Calvi, Propriano, Corte, Bonifacio. Mila idolâtrait son frère qui le lui rendait bien ; elle rayonnait, baragouinait trois mots de corse, bronzait à vue d’oeil, et se goinfrait de sorbets et de charcuterie.

Pendant un mois, l’été glissa sur tout ce petit monde sans faire de heurts : grasses matinées, déjeuners tardifs et bronzette collective étaient nos principales obligations. Trois fois par semaine, Louka et Pietro nous emmenaient dans un centre de vacances où ils donnaient des cours de voile : la petite était douée, moi beaucoup moins, mais nous eûmes de franches séances de rigolade et petit à petit, j’appris à barrer sans trop me ridiculiser.

*Les jolies colonies de vacances, de Pierre Perret ; in Le monde de Pierre Perret, 1966.

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