Chapitre treize

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Il me sourit bêtement. Il sait qu'il est cuit, c'en est fini pour cette ordure. Il retourne à son travail.

La femme en face de la voiture, écrase sa clope, et s'approche en direction de ma mère : « Vous allez bien madame ? Attendez, je vais vous donner un mouchoir. » Dit-elle, en fouillant dans son sac : « Voilà, tenez. Essuyez-vous le nez, et pincez le fort pendant quelques minutes, ça va arrêter le saignement. » Conseille-t-elle à ma mère. Je vois dans les yeux de cette femme qu'elle a du vécu, peut-être a-t-elle déjà été battue...

« Vous avez bien vu ce qui s'est passé ? » Je lui demande. Pour être sûre. « Bien entendu. Que croyez-vous ? Que je deviens aveugle quand c'est mon supérieur hiérarchique qui est fautif ?
-Non, mais... Je... J'essaie d'articuler quelques mots, je me sens fautive, mal à l'aise.
-Tu sais, je n'ai pas peur de lui. Et puis, son statut ne lui donne pas le droit de faire ce qu'il veut. »
J'admire tellement cette femme, qui a su lui tenir tête, qui aurait pu décider de fermer les yeux, mais qui a décidé d'aider ma mère de manière totalement altruiste...

J'attendais ce moment depuis longtemps, et on a enfin une preuve. Il n'y a pas de vidéo, ni de preuve indéniable, mais il y a un témoin, c'est déjà ça. Et puis, nos traces de coups, nos cicatrices et nos hématomes peuvent peut-être tenir lieu de preuve également ? Cette policière, pourra, je l'espère nous aider prochainement. On pourra déposer enfin notre plainte, celle qu'on redoute tant. Ni mon père, ni un de ses collègues ne pourra supprimer la plainte, comme si rien ne, c'est passé. C'est fini de vivre dans la peur, l'angoisse et la méfiance. En tout cas, je l'espère. Car oui, pour une fois, il y a bien une petite lueur d'espoir.

Ma mère sourit et s'exclame : « Il est enfin temps, de porter plainte ! » Effectivement, il était temps. Alors vu tout ce qu'on a attendu, ça va aboutir à quelque chose. La policière nous demande de la suivre. Nous sortons de la voiture, puis nous l'accompagnons. Nous étions venues pour signaler la disparition de Sofia, pour finir, nous allons déposer une plainte contre mon couillon de père.

Nous entrons à nouveau dans le commissariat, cette fois-ci, je n'ai plus la crainte d'être sur le boulot de mon père, au contraire. Je me sens presque puissante. Cette fois, c'est nous qui sommes en position de forces. C'est fou comme un seul acte peut venir tout chambouler... En tout cas, tout ça doit bien le mettre mal à l'aise. Je suis heureuse, mais inquiète à la fois. Je pense à Sofia, où est-elle ? Que fait-elle ? J'ai peur pour elle, elle a beau avoir quatorze ans, elle reste une proie facile dans ce monde de crocodiles... Et puis, elle ne pourrait pas survivre bien longtemps toute seule, sans argent, sans rien. Et elle ne peut même pas nous appeler en cas de problème.

Nous nous approchons du comptoir, là où nous avions été tout à l'heure : « Madame, je vous l'ai dit. Vous devez attendre vingt-quatre heures avant de signaler une disparition. » Soupire la femme au comptoir. J'ai envie de la taper, comment c'est possible ? Ma mère n'a même pas dit un seul mot. « Ils sont avec moi. J'ai juste besoin s'il te plaît, d'un formulaire pour une plainte pour violences conjugales. » Dit la policière à la dame du comptoir. Elle s'exécute de suite.


Nous suivons la femme. Peu après nous entrons dans un bureau : « Quel est ton prénom jeune homme ? » Me demande la policière. Je lui réponds que je me nomme Louis : « Louis, pourrais-tu nous laisser, ta mère et moi, seules dans la pièce ? Il y a une chaise dans le couloir, tu peux t'asseoir dessus et lire les magasines qui vont se trouver à ta droite. » Me dit-elle. Pourquoi veut-elle que je parte ? Ah, je viens à peine de comprendre. On est ici pour violence conjugale, donc ça ne regarde que ma mère. Mais j'aimerais quand même parler avec cette femme après. Je pense que ça va se faire, je suis quand même l'enfant de mon foutu père. Mais bon, je ne m'y connais pas trop en droit ni en justice donc je ne sais pas encore comment ça va se passer. J'espère juste, que cette ordure n'aura plus le droit de nous approcher.

Le temps me paraît long. Il est presque dix heures du matin, cela fait bien trente minutes qu'elles sont occupées à discuter. Entre-temps, je vois des policiers entrer et sortir de cette pièce. Qu'est-ce qui se dit là-dedans ? Que se passe-t-il ? Tout se mélange dans ma tête ... Sans oublier la disparition de Sofia. J'ai peur pour elle, j'espère vraiment qu'elle est chez une de ses amies.

Je commence à perdre patience. Il est presque onze heures. Et je suis là dans les couloirs, en pyjama, même pas lavé. J'ai l'impression de sentir mauvais, surtout que ma dernière douche date de plus de deux jours. Hier, je me suis juste rincée, pas lavée. Et encore, heureusement qu'on est samedi, au moins tout ça ne me fait pas louper de cours. Je vais déjà avoir tellement de mal à rattraper tout le retard que j'ai pris à l'hôpital...

J'aperçois mon père au loin, il traverse le couloir. Je stresse un peu, mais il passe à côté de moi comme si je n'existais pas. Je suis surprise. M'a-t-il vu ? Oui, d'office. Pourquoi m'éviter ? D'habitude, quand il passe à côté de moi, il me fait une remarque déplacée ou me sourit bêtement… J'imagine que c'est tout simplement parce qu'ici, il ne peut rien faire, il s'est déjà grillé une fois, mais il n'empêche que ça me fait bizarre, j'imaginais qu'il allait se venger sur moi, ou au moins me demander d'aller dehors pour « parler » mais ce n'est même pas le cas...

Alléluia ! Elles sortent enfin de la pièce après plus de deux heures. Je n'ai même pas été appelé, je suis un peu déçue. J'avais tellement de choses à dire ! Mais ma mère a le sourire, c'est le principal. Elle ne l'avait plus depuis tellement longtemps ! La policière m'explique pourquoi, le sourire aux lèvres : « Louis, une enquête a été ouverte pour violences conjugales, mais ce n'est pas tout, ta mère m'a également parlé de ce que ton père te fait. Nous avons décidé, des collègues et moi de mettre une mesure d'éloignement. Il ne pourra plus vous approcher, toi et ta famille, à moins de cinquante mètres. S'il vient quand même, vous n'avez qu'à appeler la police, il sera arrêté. La mesure d'éloignement est prévue jusqu'au passage devant le juge. Une date n'a pas encore été prévue, mais ça risque de prendre un petit bout de temps. ».

Ma mère me regarde, puis me serre fort dans ses bras : « Tout est enfin fini. ». Oui, tout est fini. Pour la première fois, je m'autorise à être optimiste. Notre vie sera certainement bien meilleure sans lui. Peut-être même que je pourrai commencer à transitionner, surtout maintenant que ma mère sait que je suis une femme ! Je m'imagine déjà avec un carré court, le droit de porter du maquillage, et de m'habiller comme je le souhaite sans me faire frapper... Peut-être que si je ressemble à une fille cisgenre, je pourrai même me faire appeler « elle » ! Peut-être que les gens reconnaîtront enfin en moi une fille ! Rien que cette idée me fait fondre en larmes dans les bras de ma mère.  

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