Chapitre douze

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Je suis sous le choc. J'ai lâché la lettre, et je me suis effondrée sur mon lit.

Depuis dix minutes, je ne bouge plus, je ne dis plus rien. Je réfléchis. À quoi ? À ce que je devrais faire. Dois-je le dire à maman ? Dois-je parler de l'existence de cette lettre ? Tout est confus dans ma tête. Ce n'est pas à moi de parler de son homosexualité, ou de sa bisexualité, ou de sa pansexualité, ou quoi que ce soit, mais je pourrais dire que je ne la trouve pas sans dire qu'elle a fugué, et sans en dévoiler les raisons, non ? J'ai peur pour elle, peur qu'il lui arrive quelque chose... Mais d'un autre côté, elle a probablement trouvé un lieu où elle est en sécurité, bien plus qu'avec un père violent. Et puis, elle m'en voudrait tellement si j'allais cafter, alors qu'on avait enfin réussi à faire la paix ! Je ne sais vraiment pas quoi faire. Et si à cause de moi, elle se faisait tabasser dans la rue ? Et si à cause de moi elle se faisait tabasser à la maison ? 

De toute façon, je ne sais pas si ma parole changerait grand chose, mes parents vont finir par remarquer son absence non ? Il vont le découvrir eux-mêmes après tout. La porte de la chambre de Sofia est grande ouverte, et comme une conne, je ne l'ai pas fermée. Mais sans le vouloir, mes yeux se ferment. J'essaie de tenir bon, malheureusement, je m'endors. 

J'ouvre les yeux, j'ai l'impression de n'avoir dormi que cinq minutes. Pourtant, je vois sur mon téléphone qu'il est sept heures. J'entends du bruit en bas, puis la porte d'entrée claque. Mon père qui part au travail. Je sors de ma chambre, et vais en direction de la salle de bains, où se trouvent également les toilettes.

En marchant vers celle-ci, je remarque que la porte de Sofia est toujours grande ouverte, comme hier soir. Mon père a certainement pris sa douche, comment n'a-t-il pu pas remarquer l'absence de ma sœur ? Décidément en plus d'être lâche, il est aussi stupide.

Après un passage dans la salle de bains, je descends les escaliers pour rejoindre ma mère, que j'aperçois dans le salon. J'ai encore des difficultés à faire des mouvements, mais c'est largement mieux qu'hier. Elle est assise sur le canapé, boit son café et regarde la télévision. Je m'approche d'elle et lui fais un bisou sur le front : « Hier soir j'ai discuté longuement avec la mère d'une de tes amies, Mathilde. Elle s'inquiétait à ton sujet. Je lui ai un peu expliqué ta situation. » me dit-elle. Mais qu'a-t-elle dit ? Je lui souris, mais si elle a osé dire que je me sens femme, je ne pourrais pas lui pardonner. Et puis, j'aimerais vraiment l'annoncer moi-même à mes amies, mais pour l'instant je ne suis pas prête, voilà tout. D'ailleurs je ne comprends pas pourquoi la mère de Mathilde est là pour prendre de mes nouvelles. Sa fille ne m'a même pas contacté par message, pourquoi envoyer sa mère ?

Je soupire, je n'ose pas lui demander ce qu'elle lui a confié. Elle se lève, dépose sa tasse de café, et monte les escaliers pour prendre sa douche.

Je ferme les yeux, et j'attends que ma mère découvre par elle-même que sa fille n'est plus dans la maison. Après quelques secondes d'attentes, j'entends ma mère qui me demande en hurlant : « Tu as vu Sofia ce matin ? » Comme une conne, je lui réponds que non. A peine ai-je prononcé ces mots que je m'en veux. J'aurais très bien pu lui dire que oui, en espérant qu'elle rentre dans la journée ou au soir. C'est un peu mon rôle de sœur de la couvrir après tout...

Elle descend à toute vitesse les escaliers, prend son manteau et me dit de venir avec elle. Elle est en panique. Nous entrons dans la voiture, toutes les deux encore en pyjama : « Maman, calme-toi. Elle est peut-être chez une amie, tu lui as envoyé un message avant ? Et où va-t-on ? » Je lui demande.

Elle respire fort et très rapidement, elle est en pleine crise d'angoisse. Elle me répond avec la voix tremblante : « Ce n'est pas dans ses habitudes de faire ça, tu le sais très bien. Puis son téléphone est resté sur son bureau, elle qui est toujours dessus ... Un malheur lui est forcément arrivé. Nous allons voir la police. »

Une maman, sent quand son enfant va mal. Elle l'a vu avec moi, et le sent désormais avec Sofia. J'ai envie de lui montrer la lettre qui m'était adressée de la part de Sofia, mais je ne pense pas que ce soit le moment... Cette lettre ne lui est pas destinée après tout, et elle y a clairement écrit qu'elle est homosexuelle. 

« Maman, ça ne sert à rien, fais demi-tour. Avant de signaler une disparition, il faut attendre vingt-quatre heures. Donc rien ne va aboutir si tu n'attends pas ce soir. » Je lui dis. Elle me regarde d'un air étonné : « Ce soir ? Elle est partie depuis hier soir alors, comment le sais-tu ? » Me questionne-t-elle, affolée. J'essaie de garder un air innocent, même si ça me fait du mal de lui mentir : « Elle ne pouvait pas partir ce matin, c'est certainement arrivé hier soir, après que son ordure de père lui aie ordonné de monter ... »

Elle ne me répond plus, et continue sa route, nous sommes encore à deux petites minutes du commissariat de police. Le seul dans notre village, le prochain est à trente minutes en voiture.

Nous arrivons. Je descends de la voiture, toujours en essayant de la convaincre de ne pas signaler la disparition, car ça ne va servir strictement à rien. Mais elle n'en fait qu'à sa tête. Elle a peur pour sa fille.

Nous entrons dans le hall du commissariat, et allons vers un comptoir derrière lequel se trouve une femme : « Bonjour en quoi puis-je vous aider ? » Demande-t-elle. Ma mère, ébranlée, lui dit en panique : « Ma fille a disparu depuis hier soir, elle ne donne plus de nouvelles, je suis inquiète s'il vous plaît, faites quelque chose ! » La dame lui répond honnêtement : « Je m'excuse madame, mais nous ne pouvons pas lancer un avis de recherche quand la disparition date de moins de vingt-quatre heures. » Informe-t-elle ma mère, même si je lui ai déjà dit maintes et maintes fois : « Vous ne pouvez pas ! Ma fille a disparu bon sang de bonsoir ! Et vous, vous n'en avez rien à foutre, allez au diable ! » S'exclame ma mère, énervée et bouleversée à la fois.
J'assiste à la scène sans rien dire, de toute façon je ne vois pas comment je pourrais m'interposer. Je me sens presque mal à l'aise. Mal à l'aise de savoir tout ce que je sais sans pouvoir rassurer ma mère, mal à l'aise d'avoir à regarder ma mère faire son numéro alors que je lui ai déjà expliqué que ça ne servirait à rien, mais aussi mal à l'aise de me trouver sur le lieu de travail de mon père.
La femme, innocente, n'ayant rien demandé de tout ce déchaînement de colère soupire, lui tend un petit papier et demande calmement à ma mère : « Notez votre prénom, nom, votre adresse et votre numéro de téléphone portable personnel. Notez également le nom et prénom de votre fille. On vous contactera ce soir, pour vous en dire plus. Mais pour le moment je ne peux rien faire pour vous. » Dit-elle.

En nous dirigeant vers la sortie, une voix que je connais m'interpelle. Mon malaise se transforme en angoisse. Je me retourne, et j'aperçois mon putain de père parlant à un collègue : « Maman surtout ne te retourne pas, et avance vite, papa est juste derrière. Il ne nous a pas vues. » Je chuchote, terrifiée.

J'espère juste une chose : qu'il ne nous aperçoive pas. Nous sortons du commissariat et rentrons dans la voiture. Au moment où ma mère met le contact, quelqu'un toque sur son carreau. C'était lui, merde. Il nous avait repérées finalement. Ou alors quelqu'un l'a prévenu. Ma mère baisse la fenêtre. Il dit ensuite : « Qu'est-ce que vous foutez là ? » Ma mère n'ose pas lui répondre. Il serre ses poings, ça se voit, il veut la cogner : « Nous sommes là pour Sofia, elle a disparu. » Je lui annonce, même si je sais que je n'aurais rien du lui dire. Il regarde ma mère prends sa tête et la cogne sur le volant. Elle saigne du nez. 

Encore une fois, il a été violent, ce n'est qu'un foutu connard. Sauf que cette-fois, quelqu'un l'a vu faire. Effectivement, une collègue à lui est juste en face de la voiture, pause clope. Et ce salaud n'avait pas vu ce discret témoin.

« Cette fois-ci, c'en est fini pour toi. » Je souris.  


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