Chapitre onze

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Impuissante, je me laisse traîner jusqu'à la buanderie. J'ai tellement mal, que je ne ressens même plus la douleur, étrange comme sensation.

Il me regarde, et me pose à nouveau la question : « Tu sais ce qu'on en fait des putains de balances ? » Je remonte ma tête, puis je le regarde, droit dans les yeux : « Oui. » Il se retourne, et prend la ceinture qui se trouve sur le sèche-linge. Soudain, ma mère entre, et m'attrape brusquement pour me tirer vers elle. Mon père se retourne, et le voilà enfermé à clé dans la pièce.

Je suis dans les bras de ma mère. Elle en pleurs, moi je me sens vide. Je ne ressens rien, aucune émotion, aucune douleur, aucun sentiment. Je ne pense qu'à une chose, cette ordure qui se trouve dans cette pièce. Il doit crever : « Maman, je vais le tuer. Je veux le tuer. Si seulement j'en avais la force... » Lui dis-je. Elle me contemple et me confesse : « J'aimerais aussi qu'il ne soit plus de ce monde ... »

Nous l'entendons toutes les deux, frapper comme un malade sur la porte de la buanderie. Nous avons peur qu'il la casse : « On n'appelle pas la police ? » Je demande à ma mère. Elle soupire, et me regarde : « On pourrait, mais ce serait ses collègues qui arriveraient. Et tu sais très bien comment ça va se passer. On attendra le bon moment, comme Madame Woleik nous a conseillées. » M'avoue-t-elle, en sanglots. J'essaye tant bien que mal de la consoler.

Elle m'a peut-être sauvé de quelques coups de ceintures, mais désormais, ça va être bien pire. Une fois que cette pourriture sortira de là, nous sommes toutes les deux littéralement mortes. Je ne remets pas en question l'acte de ma mère, qui est, je l'accorde, courageux. Elle a voulu bien faire, et je lui suis reconnaissante. J'ai juste peur des conséquences de tout cela.

Nous étions toutes les deux au sol. Je me lève, et nous nous éloignons de cette foutue porte, d'ici quelques secondes, elle sera complètement détruite. C'est étonnant, Sofia reste en haut. Il ne faut pas me faire croire qu'elle n'entend rien, ce type fait un bruit assourdissant !

Nous entrons dans la cuisine, et ma mère sort un grand couteau de l'un des tiroirs. Elle le prend pour se défendre, même si je sais pertinemment qu'elle ne va pas l'utiliser.

D'un coup, j'entends la porte se fracasser. Ça y est, mon père arrive. Je regarde ma mère, et j'ai peur. Fini la sensation de vide, je suis maintenant empli de terreur. J'ai sans doute récupéré mes esprits ... Nous nous dirigeons vers le fond de la cuisine, en attendant son arrivée. Il va arriver, il arrive, il...

Des bruits de pas venant de derrière la porte résonnent. On dirait qu'il va trouer le sol. Nous l'entendons s'approcher petit à petit de nous. Soudainement, il ouvre la porte d'un coup de pied. Il regarde ma mère et hurle, furieux: « Toi ! Tu vas regretter d'avoir fait ça toute ta vie. Attend que je t'attrape espèce de salope ingrate ! »

Il s'avance vers ma mère, mais je m'interpose. Il se fait plus aggressif encore : « Qu'est-ce que tu vas faire ? T'es qu'une putain de pédale sans couilles, tu ne sais même pas te défendre. Dégage de là, après, ce sera à ton tour de morfler, tu es faible, mauviette. » Me dit-il d'un ton frustrant. Il me dégoûte, j'ai envie de prendre le couteau de cuisine qui se trouve dans les mains de ma mère, et le lui planter en plein cœur. Pour que ce lâche, crève enfin.

Il me pousse, je tombe par terre. Je n'ai même pas le temps de me relever que je vois déjà ma mère, le nez en sang. Je vois le couteau à terre. Je décide de le prendre. Au moment où je suis enfin prête à lui enfoncer celui-ci dans le dos, ça sonne à la porte.

Il lâche ma mère, je lâche mon arme. À terre en sanglot, j'essaye tant bien que mal de la consoler.

Il s'avance vers la porte, puis l'ouvre brusquement : « En quoi puis-je vous aider ? » Il questionne la personne devant lui d'un ton accueillant et chaleureux. Comment est-ce possible de changer aussi vite d'humeur ? Serait-il bipolaire ? Ou alors, il est juste très bon acteur...

« Bonsoir, vous avez l'air surpris de ma venue, je vous dérange peut-être ? » Demande la femme. « Eh bien, vous n'étiez pas attendue. Excusez-moi, mais qui êtes-vous en fait ? »

La dame entre dans la maison sans y être autorisée, et dit, une fois à l'intérieur : « Je suis la mère de Mathilde, une amie à votre fils. Je vous ai déjà eu au téléphone il y a peu. Je m'excuse profondément de vous déranger à une heure aussi tardive, et également d'être entrée sans en avoir le droit. Mais j'aimerais vraiment voir votre femme s'il vous plaît. » Dit-elle.

Ma mère sèche ses larmes, essuie le sang qui coule de son nez, pour ensuite se lever. Quant à moi, je monte dans ma chambre. C'est étrange, pourquoi la mère de Mathilde tient tant à discuter avec la mienne ? Je verrai bien demain, j'en parlerai avec celle-ci. D'ailleurs demain matin mon père n'est pas là, il travaille. Ouf ! Que du bonheur !

Je suis arrivée à l'étage, après bien des difficultés à monter ces foutus escaliers. Je remarque que la porte de la chambre de ma sœur est grande ouverte. Elle est tout le temps fermée, ce n'est pas dans ses habitudes de la laisser ouverte. Curieuse, j'entre dans sa chambre pour voir ce qui se passe. Rien, personne, aucune trace d'elle. La salle de bains est également vide. La chambre parentale est en bas, je l'aurais vu passer si elle y était. Elle est donc dans la mienne. Mais pourquoi elle y serait ?

J'ouvre ma porte, mais elle n'est pas là. Qu'est-ce qui se passe ? Où est-elle partie ? J'aperçois une lettre sur mon lit. Je sens le pire arriver. Je m'asseois, et l'ouvre. Je n'y crois pas. Tout me paraît si irréel... 

« Louis, tu n'imagines pas à quel point je suis mal et déprimée. Chaque jour, mes pensées noires progressent. J'ai peur qu'un jour ou l'autre, j'en finisse réellement. Je fais la fille forte n'ayant peur de rien, ni de personne, mais au plus profond de moi, ça me fait mal tout ce que je fais, ou encore ce que je dis à ton propos. Toutes ces années, je t'ai insulté, agressé et tapé, tout ça parce que j'avais besoin de me défouler sur quelqu'un. Parce que j'avais besoin d'évacuer. Je regrette tellement, car aujourd'hui, je me rends compte que tu es certainement la seule personne qui me comprenne. J'ai vu les lames de rasoir, qui se cachent derrière tes cahiers, et j'ai également fouillé ton ordinateur. Je m'excuse, c'est mal, mais je voulais comprendre pourquoi tu étais comme ça. Je ne sais pas où me mettre, sachant qu'à longueur de temps, je t'ai fait des reproches homophobes, alors que moi-même, je suis attirée par les filles. Je m'excuse, je m'en veux tellement ! J'espère que tu me pardonneras. Pour ce qui est de mon cas, je préfère m'éloigner de tout ça. Je ne peux plus continuer à vivre ainsi. Ma culpabilité est trop forte, mais surtout, j'ai peur de ce qui arrivera si papa découvre tout ça. J'ai peur qu'il me fasse la même chose qu'à toi et maman. Je ne suis pas aveugle tu sais, je sais bien ce qui se passe. Et je n'en peux plus de vivre dans la peur. Je préfère m'en aller pour le moment. Au revoir Louis, je t'aime. »

C'est la première fois qu'elle me dit qu'elle m'aime de toute ma vie.

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