Chapitre dix

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« Tu es pour le moment aux soins intensifs, mais demain matin, tu devras en partir. Normalement, on te redirige vers une autre chambre d'hôpital dans un autre service, mais tout est complet. Ta santé n'est pas forcément bonne, mais d'ici demain, tu seras apte à rentrer chez toi, par contre pas d'école avant lundi. » M'annonce-t-elle. Bon, nous sommes jeudi, c'est-à-dire que je devrais rester demain seul à la maison ... « Désolé, j'ai oublié de te dire. Ton père prendra congé demain, car tu ne peux pas rester seul. Il viendra te chercher demain matin à sept heures, après le petit-déjeuner. »

D'accord. Donc je dois rester forte. Comment est-ce possible d'être courageuse, quand on m'annonce que je vais passer la journée avec mon père, seule à la maison. Maintenant, j'ai peur, super.

Je sors de la pièce, avec des ordonnances pour différents médicaments et des papiers qui m'expliquent tout sur mon kyste du pancréas. J'espère vraiment que celui-ci n'est pas une tumeur, mais juste un simple kyste. Comme si je n'avais pas assez de problèmes !

Je rentre dans ma chambre d'hôpital, et me couche sur mon lit. À peine après avoir fermé mes yeux, je m'endors et plonge rapidement dans un sommeil profond. Cette journée a été très éprouvante, fatigante et surtout mouvementée. J'ai peur : peur de devoir passer une journée avec mon pitoyable père ... Dieu seul sait ce qui va m'arriver.

Alors que je dors paisiblement, je me réveille d'un coup avec une affreuse douleur au ventre. Je me presse d'aller à la toilette, pour ensuite vomir mes tripes. J'en ai foutu partout. Je suis dégoûtée. Est-ce à cause de mon kyste ? Depuis que l'infirmière m'a décrit les différents symptômes, j'ai l'impression de les avoir, comme si le fait de me le dire me permettait de m'en rendre compte, de le réaliser, au lieu de supposer qu'ils viennent de mon mal-être, sur lequel je faisais tout reposer. Je me fais peut être des idées, mais bon, quand je vois tout ce que j'ai régurgité, tout ce qui s'est étalé par terre, je doute que ce ne soit que dans ma tête !

Je me rapproche de mon lit, et appuie sur le bouton rouge afin d'appeler une infirmière. Après quelques secondes, une femme entre. C'est encore l'infirmière Wolek, décidément je la croise partout. Elle me regarde et me sourit, elle n'a pas l'air du tout dégoûtée ni du vomi que j'ai sur ma chemise, ni encore de celui qui se trouve dans les toilettes. Elle prend dans l'armoire certains de mes vêtements et me les donne. Elle nettoie ensuite les toilettes en quelques minutes. J'ai un peu honte de lui faire jouer les femmes de ménage...

« Voilà, tu peux prendre une douche. Fais attention et ne glisse pas, surtout que je vois que tu as encore des difficultés à effectuer certains mouvements. » Me dit-elle. « J'ai le droit de prendre une douche en pleine nuit ? » Je lui demande. « Bien entendu, ici tu n'es pas en prison, encore heureux ! Et de tout façon il est bientôt six heures, donc ton déjeuner arrive d'ici quelques minutes. » Me rassure-t-elle.

Elle sort de la chambre. Je me dirige vers la salle de douche, j'ai peur de glisser ou pire, de tomber, mais je suis obligée de la prendre. Question d'hygiène, mais aussi d'odeur...

Je rentre dans la douche. Je me rince juste le corps. J'ai trop mal pour me laver avec du gel douche. Je n'ai pas la force de me frotter la peau avec du savon. Ensuite, je m'essuie. Tâche ardue. Disons plutôt que je m'éponge plus ou moins avec la serviette. D'ailleurs, je suis encore mouillée. J'enfile mes vêtements, puis je me dirige vers mon lit.

Une femme rentre pour me déposer mon petit-déjeuner. C'est écœurant. Une tartine, un petit pot de chocolat à tartiner et une poire. J'en ai presque envie de vomir une seconde fois. Je ne décide de rien manger, je souffre déjà assez du ventre, et puis, si j'avalais ça, mon régime alimentaire commencerait bien mal...

Mon père arrive bientôt, je n'ai pas envie de rentrer à la maison. J'ai beau ne pas aimer les hôpitaux, je préfère être ici que chez moi. Un véritable enfer m'attend lors de mon retour.

Je sors mon téléphone portable de mon sac d'école. Il était resté là depuis hier. Je remarque que je n'ai aucun message, à me demander si j'ai réellement des amies. Mathilde et Alicia n'ont même pas cherché à me joindre. Aucune nouvelle depuis mon arrivée à l'hôpital. Ont-elles seulement remarqué mon absence ? Suis-je si insignifiante que cela ?

Je me couche, puis ferme les yeux. Seulement quelques secondes après, j'entends quelqu'un rentrer dans la chambre. J'ouvre un œil, et aperçois mon père. Je me lève, et prends mes affaires avec difficulté, sans lui dire un mot. Il voit que j'ai du mal à porter mes sacs, et que le moindre effort me fait atrocement mal, pourtant, il reste là, à me regarder. Pauvre type.

Nous sortons de la chambre. En traversant les couloirs, je remarque que les infirmières dévisagent mon père. L'une d'elles n'a pas pu s'empêcher de lui faire une remarque : « Excusez-moi monsieur. Vous n'aiderez pas votre fils par hasard ? Ses sacs sont lourds, et il est encore fragilisé après son séjour... Vous voyez bien qu'il souffre non ? » Demande-t-elle à mon père. Celui-ci la regarde, et lui fait un léger sourire. Ensuite, il continue sa route, comme si de rien n'était. Je me retourne et je vois les infirmières qui dévisagent ce lâche. Je me demande bien pourquoi avoir un enfant, si c'est pour le détester comme il me hait. C'est tout simplement débile. Quand on un enfant, il faut l'aimer, peut importe ses choix et la personne qu'il est. Pourquoi ma mère n'a-t-elle tout simplement pas avorté ? Je ne serais jamais née, je n'aurais jamais eu à traverser tout cela, tout aurait été tellement plus simple...

Une fois sortis de l'hôpital, nous nous dirigeons vers le parking. Je décide de m'arrêter deux secondes pour déposer mes bagages, et reprendre mon souffle : « Reprends ces putains de sacs, et avance ! T'es un homme ou quoi ? T'as pas besoin de te reposer ! T'es pas un lâche, pas un fragile, alors avance immédiatement » Tonitrue-t-il. Je reprends donc mes sacs, puis fais un pas. Puis un autre. Et encore un autre. Et ainsi de suite. Même si chaque pas me fait mal, je le fais presque machinalement. Cet homme doit toujours parler fort, voir crier en public. Quoi de mieux pour me foutre la honte, mais bon, c'est loin d'être le cadet de mes soucis. Par contre, lui, ce salaud qui me sert de père, est un de mes premiers problèmes à résoudre, pour que je me sente mieux, mais aussi pour ma mère.

Nous montons dans la voiture, je vais à l'arrière, je ne veux pas me retrouver à côté de cette pourriture. J'aimerais même ne plus jamais avoir affaire à lui. Pouvoir couper les ponts. Qu'il ne soit plus qu'un inconnu. Je mets ma ceinture, ensuite, je sors de la poche de ma veste les ordonnances. Je lui tends ces papiers : « Tu peux s'il te plaît, passer à la pharmacie avant de rentrer à la maison. J'ai besoin de ces médicaments. » Lui dis-je. Il me regarde, puis les prend : « Tu n'as pas encore compris ? Tes médicaments, j'en ai strictement rien à foutre. Et de toute façon, ça ne va rien changer à ton état. Tout ce qui se passe c'est dans ta tête ! T'as pas besoin d'un pauvre comprimé pour aller bien, apprends à te démerder par toi même !» Hurle-t-il. Il prend les prescriptions, les déchire puis les jette par la fenêtre de la voiture. J'ai peur.


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