Chapitre sept

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Elle sort ensuite de ma chambre, en faisant signe de rester forte. J'apprécie beaucoup cette femme, elle a l'air d'avoir de bonnes valeurs. 


Il est dix-sept heures, dans une heure sont les visites, je me demande bien qui va venir. D'ailleurs, je ne sais même pas si je dois envoyer un message à Mathilde et Alicia. Elles ne m'en n'ont pas envoyé non plus, pourtant, elles ont certainement dû remarquer mon absence.


Un médecin rentre dans la chambre. C'est le même que tout à l'heure : « Re bonjour Louis. Je viens te chercher, nous allons faire quelques examens. » Me dit-il. Il s'approche de moi et retire les quelques fils qui me relient à la machine. Je me lève, avec difficulté, mais le docteur m'aide, et me prends par le bras droit. J'ai vraiment l'impression d'être une vieille mamie en fin de vie. J'ai du mal à marcher, j'ai une grosse douleur au niveau du ventre et il m'est difficile de respirer correctement. En fait, j'ai mal partout. 


« Je dois passer aux toilettes avant, si ça ne vous dérange pas. » Dis-je, pressée. Il m'accorde quelques secondes, mais avant il me donne un petit pot, et me dit de laisser quelques gouttes dessus.


Une toilette et une salle de douche sont reliés à la chambre, j'y vais de ce pas. Une fois rentrée, je remarque un énorme miroir, qui doit faire la largeur du mur. Il est placé en face de la toilette. Je me dévisage, mon moral n'est pas au top, maintenant il l'est encore moins. Je commence à me sentir mal. Je suis spectrophobe, c'est-à-dire que j'ai peur des miroirs ou encore des reflets. Ce n'est pas vraiment une peur en fait, c'est surtout l'angoisse de me retrouver face à la personne que je ne suis pas. Surtout que là, c'est la première fois que je vois mon visage depuis l'agression. Il a été épargné par les coups, mais quand même, j'ai quelques égratignures au niveau du front, je ne suis pas belle à voir.


Je m'abaisse pour uriner, et je mets le pot en dessous de mon sexe, avant de le retirer. Je déteste faire ça, je trouve ça écœurant, mais bon, j'ai pas vraiment le choix. Et puis, c'est pour ma santé après tout... Je n'ai plus uriné depuis ce matin, à six heures. Ça m'a fait un bien fou. Je ressors de la pièce, le médecin m'attend. Je lui tends le flacon d'urine, il me dit ensuite de l'accompagner.


En marchant dans les couloirs de l'hôpital, je remarque plusieurs patients affreusement blessés, c'est à me demander ce que je fous là. Une dame me regarde, elle est assise sur une chaise en face de la chambre quarante-neuf. Elle me dévisage de plus en plus, jusqu'à ce qu'elle s'approche de moi : « A la seconde où je t'ai vu, j'ai senti que tu es anormal. J'espère que tu vas te faire soigner, et que cette homosexualité en toi partira ! Saleté de maladie. Mon fils était atteint lui aussi, aujourd'hui heureusement, on l'a soigné. Et ne t'avise pas de le contaminer de nouveau ! » S'excite-t-elle. 


J'ai continué ma route, je n'ai pas voulu lui répondre. Ce genre de personnes ne méritent même pas d'attention. Malgré tout, ça me fait un pincement au cœur. Cette femme ne me connaît même pas, et voilà ce que je suis à ses yeux : une abomination. Pourtant, être homosexuelle, c'est pas une maladie. A la limite, je trouve qu'être homophobe s'en rapprocherait plus encore. Perversion pleine de haine ! Puis au fond, je ne suis pas réellement gay. J'aime les hommes, certes, et j'ai un pénis, mais je suis une femme, donc ça ne compte pas vraiment, je me considère plus comme hétérosexuelle.


J'arrive dans une salle, assez petite, mais accueillante. Le médecin quitte la pièce, il me dit qu'il reviendra après pour me reconduire dans ma chambre d'hôpital. Une dame est assise sur une chaise, et tape à toute vitesse sur son clavier d'ordinateur. Elle se retourne, et me sourit : « Bonjour Louis, je suis le Docteur Godried. Je suis spécialisée dans le domaine du système digestif. Assieds-toi, je t'en prie. » Me dit-elle avec une voix douce et chaleureuse. 


Je marche en direction d'une sorte de lit, celui sur lequel on se couche pour se faire ausculter. Une fois sur celui-ci, je remarque un écran à côté de moi, je fais des grands yeux : « Ah, Louis. N'aie crainte. Je vais te faire une échographie, comme pour les femmes enceintes. » Me rassure-t-elle. Je lui fais signe de la tête, avec un léger sourire. 


Je me couche, elle s'approche de moi, et me demande de retirer ma blouse d'hôpital qui, au passage, est horrible et laisse voir mes fesses. Une fois celle-ci retirée, je vois l'expression de son visage se transformer pour passer de la joie, à la pitié. Elle prend une grande inspiration, puis essaye de faire comme si elle n'avait rien vu. Ça me rend un peu triste d'être l'objet de toute cette pitié, j'ai l'habitude qu'on me regarde de travers, mais là, ça me fait de la peine pour elle, et puis, ça me met un peu mal à l'aise...


Elle prend ensuite un tube, et appuie dessus, un liquide gélatineux sort de celui-ci : « C'est du gel, je vais te l'appliquer sur le ventre. » Me dit-elle. Elle s'exécute, et met ensuite ce produit sur mon ventre tant abîmé par des coups, blessures et souffrances : « Aie, ça fait mal ! Et puis, c'est froid... » 


Elle attrape quelque chose. Je me demande bien ce que c'est : « C'est une sonde échographique, je vais la déposer sur ton ventre, et bouger avec. Je vais ensuite voir sur l'écran, ton ventre en général. Tu ne le reconnaîtras certainement pas, c'est assez dur à distinguer pour quelqu'un qui n'y est pas habitué. » M'apprend-elle. Je me sens légèrement conne, j'ai l'impression qu'on doit tout m'apprendre.


Elle dépose la sonde sur mon ventre, et appuie fort. Une douleur atroce surgit, je ne peux m'empêcher de pousser de petits gémissements. Elle me regarde puis s'excuse : « Je suis obligée d'appuyer, sinon on ne va rien voir. »


Elle regarde sur son écran, et fait une tête bizarre : « Tu as été fortement arrangé. Ce n'est pas bon signe... » Me déclare-t-elle. Je ne sais pas, honnêtement, comment le prendre. Dois-je être heureuse, ou bien le contraire ? Telle est la question. Au moins tant que je suis à l'hôpital, je ne suis pas avec mon père... Et puis, je souffre déjà, un problème de plus n'envenimera pas les choses. Et puis, il y a peu je n'espérais qu'une chose : la mort. Au moins, celle-ci finira bien par arriver...


Elle me donne du papier, pour m'essuyer le ventre. Elle me regarde : « Ne t'inquiète pas Louis, rien de grave, en tout cas, je l'espère. Tu t'en sortiras. » Elle dit ça pour me rassurer, ça se voit, mais ça ne marche pas. Si elle dit ça c'est justement parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas. 


Le docteur de tout à l'heure rentre dans la pièce puis Madame Godried demande à celui-ci de venir lui parler après m'avoir reconduite dans ma sombre chambre. Bon, si ça ce n'est pas un signe que tout va mal, expliquez-moi.


Je remets ma blouse, puis sors de la pièce avec le docteur. En passant à nouveau dans les couloirs, je revois la femme de tout à l'heure. Cette fois-ci, c'est plus fort que moi : « Ce n'est pas votre fils qu'il fallait soigner, mais vous. Pauvre femme, déchet de la société. » Je m'énerve. 


Je continue mon chemin, cette femme a baissé les yeux. Tant mieux. Je ne supporte pas ce genre de discriminations : homophobie, islamophobie, racisme, antisémitisme, bien sûr, transphobie, et j'en passe... 


J'ouvre la porte de la chambre, je vois ma sœur et ma mère. Stupéfiée, j'accélère mon pas, et je fais un câlin à Sofia, je suis surprise de sa visite complètement inattendue. Je suis contente qu'elle soit venue. Pendant que je l'enlace, elle me chuchote dans l'oreille : « J'en ai strictement rien à foutre de toi, je viens juste, car je ne veux pas que tu ouvres ta putain de gueule. » Me chuchote-t-elle dans mon oreille. Je déchante. J'ai l'impression que le sol s'écroule sous mes pieds. Je la lâche, et puis la dévisage. Comment est-ce possible d'être aussi cruelle ? Et moi, qui me réjouissais de la voir... 


Je me couche sur mon lit. Je suis épuisée et fatiguée de tout.


Après quelques minutes de silence, un médecin toque et rentre. Celui-ci, je ne l'ai pas encore vu : « Bonsoir Louis, bonsoir mesdames ? » Dit-il. Ensuite il regarde ma mère et demande : « Êtes-vous la mère de Louis ?» Évidement, elle affirme qu'elle l'est : « Je peux vous demander de venir me suivre dans mon bureau, s'il vous plaît ? » Demande-t-il. Ma mère se lève et le suit de ce pas. 


Je suis en compagnie de ma chèèèère sœur (ah, ironie, quand tu nous tiens...). Elle me regarde. J'ai de nouveau l'impression d'être une bête de foire. Le malaise s'installe. Un long moment de silence s'écoule, jusqu'à ce que je décide enfin, depuis toutes ces années, à lui demander honnêtement ce qu'elle me reproche : « Pourquoi es-tu aussi désagréable avec moi ? J'aimerais savoir ce qui ne va pas avec moi, qu'est-ce que j'ai fait de mal à la fin ?» Au moment où Sofia ouvre sa bouche pour me répondre, quelqu'un toque, je tourne ma tête, j'aperçois le garçon de ce matin. Mon cœur commence à battre la chamade.


« Bonsoir. » Dit-il avec un sourire, en s'approchant de moi. Ma sœur le regarde mal, j'ai juste envie qu'elle saute par la fenêtre, et qu'elle nous laisse, seuls. Je suis totalement intimidée, je ne sais plus où me mettre. Je ne sais pas si c'est parce qu'il m'a amenée ici, me sauvant plus ou moins la vie au passage, mais je crois que c'est indéniable qu'il me fait de l'effet. C'est dingue, presque magique de ressentir tout ça alors que je ne le connais pas, que je ne lui ai jamais parlé, et que j'ignore tout de lui. De toute manière il doit me considérer comme un garçon donc je n'ai probablement aucune chance qu'il se développe quelque chose, mais bon, il n'empêche qu'il y a une forme d'attirance...


« Je viens prendre de tes nouvelles. Ce matin, je t'ai trouvé par terre allongé. J'ai fait fuir ces brutes. J'ai ensuite appelé l'ambulance. Je t'ai retrouvé difficilement, mais ça y est, c'est fait. » Me dit-il en souriant, avec des dents d'une blancheur éclatante. Il devrait faire des pubs pour le dentifrice, il n'y aurait même pas besoin de blanchir artificiellement l'image...


J'allais lui répondre, le remercier, j'étais heureuse. Au même moment, ma mère rentre en panique dans la chambre, en pleurs. J'ai tout de suite compris, je n'avais pas besoin qu'on me l'annonce.   


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