Chapitre cinq

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Il est six heures du matin, je me lève de mon lit puis descends dans le salon pour prendre le petit-déjeuner. Dans les escaliers, je vois ma mère sortir de la cuisine, la main bandée.

Une fois en bas, je la rejoins dans la salle à manger, et nous prenons notre petit dej' ensemble. Elle m'a préparé du pain grillé. On ne discute pas, il n'y a pas d'échange, un sentiment de malaise s'installe. Il faut que j'engage la discussion : « Qu'est-ce que tu t'es fait à la main droite ? » Dis-je, même si je sais pertinemment, que c'est mon lâche de père le coupable. « Je me suis blessée hier soir en faisant la vaisselle. » M'assure-t-elle. « Maman, je vais te poser à nouveau la question. Que t'es-tu fait à la main droite ? » J'objecte. « Si tu sais la réponse, pourquoi tu me la poses ? » Demande-t-elle. 

Un nouveau silence s'installe. Je ne lui réponds plus. Je ne veux pas la contrarier, ni lui faire revivre ce qu'elle a vécu hier. Maintenant, c'est du passé. Mais il faut que ça change. Nous allons désormais regarder vers l'avant et non vers l'arrière. Une chose est sûre, c'est que dans un futur proche, je l'espère, mon père ne sera plus parmi notre famille, tant chagrinée, désespérée, blessée.

Après avoir mangé mes deux pains grillés, je décide d'aller me préparer.

J'ai toujours cette douleur qui persiste dans l'ensemble de mon corps, ça me fait un mal fou. C'est réellement pénible, invivable, j'espère que dans les jours à venir cette souffrance partira. Je parle bien entendu de la douleur physique, puisque je ne sais pas jusqu'à quand cette torture mentale pourra demeurer.

Je rentre dans ma chambre. Je sens une odeur familière. On dirait celle de ma sœur. En fermant la porte, Sofia me surprend, elle était juste derrière celle-ci. Bingo ! Mon odorat ne m'avait pas trompée.

« Il faut que l'on parle. » Me confesse-t-elle. Je la regarde, puis lui fais un sourire, largement hypocrite. « Je t'écoute. » Lui dis-je en haussant les sourcils.

Pendant quelques secondes, elle ne dit rien. J'attends juste qu'elle le prononce elle-même, de sa propre bouche. Cette fille sans cœur doit assumer. Pendant des années, elle m'a torturé psychologiquement et physiquement, car elle pense que je suis un "PD", comme elle dit. Je déteste l'utilisation de ce mot. Je déteste toutes ces insultes homophobes. Je déteste le fait qu'aimer les hommes soit une insulte. Est-ce que j'insulte ceux qui aiment le thé ? Non, alors pourquoi les hommes seraient différents du thé ? Monde de merde...

Je commence à râler : « Quand tu veux. Je dois me préparer pour aller à l'école. » Je la fixe, j'essaye de l'intimider. Pour la première fois, Sofia a peur de moi. Elle est angoissée. Puis soudainement, des petits mots sortent de sa bouche, carrément incompréhensible, à se demander si elle parle la même langue que moi : « Je ne suis pas cette fille. » Bégaye-t-elle. 

Pourquoi me dit-elle ça ? Je ne comprends pas. Même après avoir vu de mes propres yeux, elle ne veut rien assumer. Je lui demande donc, méchamment, de quitter ma chambre et de retourner avec sa petite amie.

Elle s'approche de moi, et me crache dessus violemment. Puis s'en va en direction de sa chambre. Je n'ai aucune pitié, au contraire. Son mal-être pour le moment me fait plaisir. Je ne veux qu'en aucun cas, elle subisse ce que je vis actuellement, car c'est ma sœur et malgré tout, je l'aime. Mais elle m'a tant fait souffrir. Je veux qu'elle éprouve ce que je ressentais quand elle me menaçait, qu'elle me tapait agressivement et m'insultait crûment.

Je frotte mon visage crasseux à l'aide de mon pull, puis le retire pour le mettre à laver. 

Il est sept heures. Il faut que je me prépare, d'autant plus que les cours commencent plus tôt aujourd'hui, à sept heures cinquante, au lieu de huit heures trente. Une réunion est prévue avec l'ensemble des élèves. Je n'étais au courant de rien. J'ai juste reçu deux messages de la part de personnes de ma classe, qui ne m'apprécient guère, donc je ne sais pas pourquoi ils ont tant voulu me prévenir, au lieu de me laisser arriver en retard pour que je sois (une fois de plus) humiliée publiquement. Peut-être qu'au final, ils ont un cœur malgré tout. Ou peut être qu'il se passe quelque chose de vraiment important...

Je vais dans la salle de bains me préparer, j'essaie d'éviter le miroir, celui qui m'a tant fait souffrir. 

En me brossant les dents, je remarque qu'il manque une lame au rasoir de ma sœur, et ce n'est pas moi. J'ai donc tout de suite compris. Elle se mutile elle aussi. Enfin, je ne l'espère pas, au fond, nous ne sommes pas si différentes toutes les deux. Si seulement on ne s'était caché aucun secret... On aurait été, aujourd'hui, les meilleures sœurs du monde. 

Une fois prête, je prépare mon cartable pour les cours puis je descends les escaliers très rapidement, en espérant ne pas croiser mon foutu père. 

Par chance, il se trouve dans la cuisine, donc je n'ai pas dû voir cette pourriture. 

En sortant, je remarque que Sofia est toujours dans sa chambre, je ne comprends pas pourquoi elle ne part pas à l'école, elle va être en retard à la réunion...

Je marche en direction du lycée en essayant de m'imaginer quel sera le sujet de la réunion, cela m'intrigue tellement. Peut-être accueillerons-nous un nouvel élève. Peut-être qu'enfin, j'aurai un ami, ou peut-être que j'aurai un nouveau bourreau... Peut-être qu'un énième projet de type « pièce de théâtre réalisée par les élèves » aura lieu. Non, ils ne nous auraient pas convoqués plus tôt pour ça. Ce n'est pas assez important. Du coup, qu'est-ce que qui pourrait se passer ? Je m'allume une cigarette, comme à mon habitude. 

Une fois arrivée à mon établissement scolaire, la première chose que je remarque, c'est qu'il n'y a personne : « C'est quoi cette merde ? » je murmure. Je suis désorientée. Je regarde à nouveau le SMS que j'ai reçu la veille. Il est bien marqué qu'aujourd'hui le six novembre à sept heures cinquante une réunion dans l'enceinte de l'établissement scolaire est prévue. Je décide d'envoyer un message à Mathilde, lui demandant s'il y a réellement cette fameuse réunion.

J'attends quelques minutes, elle ne me répond pas, donc incontestablement, rien n'a lieu à cette heure-ci. Les cours commencent dans trente minutes, donc je reste devant l'école, je ne vois pas l'intérêt de rentrer chez moi.

Soudain, j'entends des bruits de pas, cela vient de derrière moi. Je me retourne, et vois trois garçons, dont deux que je connais parfaitement, et qui me harcèlent quotidiennement, de véritables crapules. Ce sont eux qui m'ont envoyé ce message trompeur.

Je n'ai même pas le temps de partir ou de commencer à courir, qu'un m'attrape par le bras. Une douleur lancinante traverse tout mon corps sur-le-champ. Je souffre, je le supplie de me lâcher, mais il prend mon deuxième bras, et m'immobilise. Je ne sais pas me libérer. Je suis impuissant face à cet acharnement, je ne sais pas quoi faire, à part attendre que cela cesse. 

Maxime, un garçon de ma classe débile et sans avenir, s'approche de moi, et me donne violemment des coups-de-poings au niveau du ventre avec une force inouïe. 

Je hurle de toutes mes forces, la douleur n'est plus soutenable. Il tape sur des endroits où mon père est déjà passé. Je souffre, j'ai l'impression de mourir, est-ce bon signe ? Tout se trouble. Je commence à perdre connaissance. Soudain, le garçon, me lâche, et ils partent tous les trois. Je m'effondre par terre, je sanglote et du sang sort de ma bouche. J'avais également beaucoup de difficulté à respirer.

Je me demande ce qui a bien pu les dissuader d'arrêter. 

Un garçon s'approche de moi, je ne l'avais jamais vu avant, peut être un nouveau justement. Il avait un couteau suisse en main, il a certainement dû faire peur aux trois autres dégonflés.

Il essaye de me dire quelque chose, mais je n'entends rien, je ne vois que son éternelle beauté. J'ai beau voir trouble, ça, je le remarque. Je pense qu'il me dit de rester éveiller, mais je n'y parviens pas. 

Je ferme mes yeux, et je sens mon souffle qui diminue tout doucement, je pense que je suis en train de mourir, en tout cas, je l'espère.  


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