Chapitre quatre

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Je sanglote dans ses bras, je suis heureuse, mais mal à la fois. Je ne sais pas quoi penser de tout ça. Nous nous regardons, droit dans les yeux. Nous avons toutes les deux quelques larmes qui coulent le long de nos tristes joues. Je suis contente qu'elle m'accepte, contente d'avoir au moins une personne à mes côtés. 

Elle retire mes bras qui sont autour de son ventre, et enlève son tee-shirt. Je remarque ses blessures, souffrances et hématomes, j'ai tout de suite compris de quoi il s'agit : « Tu comprends, je souffre, tout comme toi à cause de ton père. Tu n'imagines même pas à quel point j'ai envie de le quitter, et partir le plus loin possible avec Sofia et toi, mais cela m'est impossible. Il me fait peur et me cogne. Nous sommes ses souffre-douleurs, cela doit s'arrêter. Mais il m'a menacé de me trancher la gorge, si je pars avec vous. Et puis, même financièrement, je ne pourrais pas m'en sortir seule avec deux enfants à charge. J'y ai réfléchi, je te jure, mais je ne vois pas de solution... Je ne peux plus vivre comme ça, dans la violence, la peur et l'affliction. » M'avoue-t-elle, en pleurs, mais surtout, en murmurant, ce qui est révélateur de cet état de peur permanent.

Je ne sais pas quoi lui répondre. Pendant toutes ces années, j'ai traité ma propre mère de personne naïve, stupide et ignorante. Je regrette les méchancetés que j'ai pu lui dire. C'est juste une femme en détresse, qui a besoin d'aide et qui ne peut plus vivre comme ça. Aujourd'hui, c'est la deuxième fois que mon père me cogne dessus. Tandis que ma mère, c'est son quotidien, et elle nous le cache depuis tant d'années. Cela m'anéantit, pendant tout ce temps, je n'ai rien vu, alors que ma mère sait depuis toujours la personne que je suis réellement.

Je la contemple avec les yeux qui brillent : « Tu es une femme forte et courageuse. Je suis fière de la personne que tu es. Je m'excuse de tout ce que j'ai pu penser de toi, tu es un vrai modèle, maintenant je le vois. Je regrette tellement de ne pas t'avoir parlé plus tôt de tout ça. J'aurais peut-être pu éviter tant de souffrances. » Lui dis-je. 
«Je suis arrivée au bon moment, tu n'imagines pas à quel point j'aurais été malheureuse si tu avais réellement mis fin à tes jours ! En tout cas, je suis une maman fière et heureuse de la jeune femme que tu es. » M'avoue-t-elle. 

Elle descend pour continuer à préparer le repas. Tout s'est passé tellement vite, je n'ai rien vu venir. Je me suis de ce pas, avancée en direction de ma garde-robe. Je prends un pull et un pantalon de pyjama, puis me les enfile à toute vitesse.

Je regarde sur mon lit, la lettre, toujours posée sur celui-ci. J'imagine la scène qui aurait dû normalement se passer si ma mère n'était pas sur ce lit, avec ce papier en main : Je ressors de la chambre de Sofia, après l'avoir pris en train d'embrasser une de ses amies. Accablée, je pars de celle-ci, puis m'en vais en direction de ma chambre. Je rentre dans mon cagibi, prends une chaise que je place en dessous de ma lampe. Ensuite, j'attrape la corde qui se trouve sur mon pieu et l'accroche sur mon éclairage de plafond. Il est très solide, j'ai déjà fait des tests auparavant. Je l'attache autour de mon cou, puis ...

Une voix grave m'appelle, celle de mon père. Je pense qu'on mange, mais j'espère réellement qu'il ne hurle pas mon prénom pour à nouveau m'infliger des souffrances insoutenables.

Je descends, toujours avec difficulté à cause des coups que mon père m'a portés. Je rentre dans la salle à manger, tout le monde se trouve à table. Je suis rassuré, ils sont en train de manger. Il n'y a que quatre places à table pour manger, donc toutes les places sont prises. Je regarde Sofia et son "amie" avec des grands yeux. Ma sœur fronce les sourcils, et me cède sa place. Sa copine se lève également, et toutes deux partent, assiettes à la main, vers la chambre dans laquelle je les ai vu se bécoter. Dîner en amoureuses, je suppose.

« C'est quoi ce délire ? » Dit mon père. Je hausse les épaules, j'angoisse de lui répondre, mais également, j'ai envie de ne rien dire encore à mes parents. Je veux pouvoir faire pression sur elle.

Je tends mon assiette en direction de la casserole, ma mère me sert à manger. C'est paëlla au menu. Pourtant, un plat dont je raffole, je mange que trois fourchettes de celui-ci. Cette journée lamentable et considérablement mauvaise, m'a coupé l'appétit.

Alors que je me lève de table pour mettre le reste de mon assiette à la poubelle et ensuite la déposer dans l'évier, mon père attrape mon bras couvert de bleus : « Tu restes à table, et tu finis ton assiette. »M'ordonne-t-il. Tu sais, tu es un homme, alors tu as besoin de force, pour être bâti comme un homme, tu comprends ? J'en ai marre que tu aies ce corps de lâche. Pas étonnant qu'on veuille porter des robes quand on a un corps de fillette. Alors maintenant, tu finis ton assiette, et demain, je t'inscris à la muscu. » Je ne peux plus manger, je me sens mal, et si j'avale encore une bouchée de ce plat, je vomis.

« Dernière fois que je le dis Louis, tu manges le reste de ton assiette. » Me tonitrue-t-il. Je panique, il m'a dit la même phrase lorsque qu'il m'a demandé de me déshabiller, mais surtout, sur le même ton. J'angoisse, je ne sais pas ce qu'il veut de moi, ni ce qu'il va m'arriver dans les minutes suivantes.

Il se lève, fait le tour de la table d'un pas rapide. Il me regarde d'un air acariâtre. Je sanglote, j'avais l'impression de vivre à nouveau ce que j'avais subi quelques heures auparavant.

Il prend ma tête dans sa main, et la cogne d'une force inhumaine sur mon assiette. Il appuie sur mon crâne pour le laisser dans l'assiette et me hurle : « Tu vas manger cette putain de paella ! »

J'étais impuissant. Je ne voyais plus rien, tout était flou. Avec stupeurs, j'entends la voix de ma mère, elle crie de toutes ses forces, c'est bien la première fois que je l'entends d'un ton aussi puissant : « STOP. » Mon père me lâche, et s'approche de ma tendre mère. Elle qui voulait juste que son pitoyable homme lâche sa fille, elle, tant malheureuse.

Elle recule, mais il la rattrape. Il s'approche d'elle et lui chuchote dans l'oreille avec un air de psychopathe : « Tu sais ce qui t'attend ce soir, quand les enfants dormiront, pétasse. »

À toute vitesse, je monte dans ma chambre et m'enferme à double tour. Je revois le visage de ma mère, essayant de me protéger, mais qui n'y parvient point. Sofia n'a pas l'air d'avoir entendu les cris de mes deux parents. Ou alors, elle fait semblant de ne rien entendre. Ou alors, elle est déjà dans le lit avec sa copine et ne veut pas s'interrompre. Je ne sais pas si elle a peur ou si je l'indiffère à ce point.

Il est vingt heures et quart, il est tôt pour dormir, mais j'ai besoin de sommeil et de repos. Je me couche dans mon lit, puis ferme les yeux. J'ai peur. Peur de voir ce que l'avenir va encore me réserver. Peur de ne pas le savoir. Peur de ne pas pouvoir aider la seule personne qui est de mon côté. Oui, j'ai peur. 


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Le numéro de téléphone en cas de violences conjugales est le 3919. Ce numéro n'est pas que pour les victimes, il l'est aussi pour les témoins. Le numéro n'apparaît pas sur les factures téléphoniques.

Que faire en cas de violences conjugales ? Tout est dit ici -> https://www.youtube.com/watch?v=wqEVjfN5wsM

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