Chapitre trois

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Je me contemple, je n'arrive toujours pas à détacher mes yeux de mon reflet. Soudain, Sofia et une amie à elle entrent dans la salle de bains, bien évidemment sans frapper. Elles me regardent, puis commencent à partir dans un fou rire. Avant même que je retire la robe et ferme cette foutue porte, Sofia prend une photo. Ensuite, elles partent en courant et en riant pour se réfugier dans la chambre à ma sœur et s'enferment à clé dans celle-ci.

Je ferme la porte de la salle de bains, cette fois-ci à double tour, ce que je n'avais pas fait il y a quelques minutes, et je le regrette profondément.

Je retire la belle robe aux motifs noirs, puis reprends la lame de rasoir que j'avais laissé tomber en voyant ce bel habit. Je me regarde à nouveau dans le miroir, mais cette fois-ci, j'ai du mal à garder mes yeux dessus.

Je dévisage mon corps maigre, émacié, médiocre et lâche. Je mets à nouveau la lame sur mon ventre, et cette fois, je l'enfonce, le plus loin possible puis avec lenteur, je fais une ligne horizontale. J'avais mal, mais cette douleur me faisait du bien, comme à chaque fois que je me mutile. Il m'est difficile d'expliquer pourquoi je fais ça, mais c'est devenu une drogue, je ne peux pas m'en passer, et plus les jours avancent, plus la vie est difficile, plus je dois me faire du mal à moi-même.

Je prends une douche froide. Cela me fait un bien fou. Et au moins, tout le sang qui avait coulé sur mon corps est parti dans les canalisations.

Je sors de la douche, m'essuie le corps, en faisant bien attention de ne pas mettre trop de sang sur la serviette. J'essaie de ne pas me regarder dans le miroir. Peu après, je rentre dans ma chambre, et allume mon ordinateur, je sais très bien que ce que je vais voir dedans ne va pas à nouveau me plaire, mais il le faut.

Il faut savoir que je n'ai aucun réseau social, et encore heureux, car je ne suis pas assez forte pour être harcelée sur le net, la vie réelle me suffit. En regardant mes mails, je peux en voir un qui m'interpelle. Un message de la part de Mathilde. Elle me dit que je ne dois pas m'inquiéter, et qu'elle est là si j'ai besoin d'aide et de parler. Je ne lui réponds pas, je ne sais pas quoi lui dire. Est-elle au courant de mon identité de genre ? Je ne sais pas, je compte lui parler demain, pour savoir quel est le problème.

Une voix aiguë m'appelle, je pense que c'est ma mère.

Je descends les escaliers, et demande à mon père pourquoi on m'appelle : « Assieds-toi mon grand. »Soupire-t-il. Avec questionnement, mais aussi avec beaucoup de stress, je m'assois sur le canapé, et lui demande ce qui se passe : « La mère d'une de tes amies, Mathilde je pense, m'a appelé pour me dire qu'une photo de toi, assez compromettante, circule sur le net. » Me dit-il. J'ai tout de suite compris de quoi il parle, je n'ai pas osé répondre, j'ai même baissé les yeux : « Tu sais ce qui t'est arrivé il y a deux ans quand je t'ai trouvé dans la chambre de ta mère à essayer ses robes. Bien je vois que tu n'as pas retenu la leçon. » Me murmure-t-il. Il prend mon bras et me traîne dans la buanderie. Je hurle, appelle à l'aide. Je le supplie de me lâcher, mais il n'écoute rien. Je vois ma mère en pleurs, impuissante.

Il ferme la porte de la buanderie et me demande de me déshabiller. Bien entendu, je refuse : « Pour la dernière fois déshabille-toi. » Me hurle-t-il. Je braille et hurle. Je finis par me déshabiller à cause de la peur et de l'angoisse. Une fois nue, il me regarde et me sourit bêtement : « Je vois déjà que tu te punis tout seul. » Ricane-t-il. Je le regarde, je le prie de rien me faire. Je suis à terre, en sanglots. J'ai peur.

Après quelques secondes de silence, il prend une ceinture et me murmure : « Je dois te punir. Un garçon ne met pas de robes. Je pensais que la dernière fois t'avait servi de leçon, mais visiblement non. » Je suis impuissant face à lui, il fait cent kilos du haut de son mètre quatre-vingt-quatre.

Pendant une dizaine de minutes, j'ai été frappé, blessé par mon propre père. J'essaie de rester forte, mais la douleur était tellement puissante, autant physiquement que mentalement. Une fois terminée, je me rhabille à toute vitesse. Juste avant d'ouvrir la porte, mon père, si je peux l'appeler comme ça, me prend le bras et me regarde d'un air apeuré : « Je fais ça que pour ton bien fils, plus tard, tu comprendras que c'est mal, et que c'est contre nature ». Je suis dégoûtée de la personne que c'est.

Je traverse le salon, je remarque ma mère dans la cuisine occupée à faire à manger, je n'ai pu interpréter son visage, ravagé par la souffrance et les larmes. Je monte les escaliers à toute vitesse et m'enferme à clé dans ma chambre.

Je me dénude à nouveau pour voir les blessures qui m'ont été causées. Des hématomes partout. Quelques coupures. J'ai difficilement effectué quelques mouvements, mais c'est affreux et insupportable. Je pleure toutes les larmes de mon pauvre corps.

Mes pensées noires prennent le dessus de tout. Une envie de mettre fin à mes jours. J'y suis préparée. De toute façon, plus rien ne me retient dans cette société merdique.

Je prépare une lettre, pour expliquer mon choix de partir de ce triste monde :

" Tout d'abord, je tiens à m'excuser, je ne voulais absolument pas mettre fin à mes jours. J'ai beaucoup réfléchi, et je pense que pour moi, pour mon bien et pour les gens autour de moi, c'est mieux de ne plus continuer à respirer. Je suis lâche de finir mes jours ainsi, mais si seulement vous savez à quel point je souffre. Ma pseudo-homosexualité m'est difficile à porter, mais le fait que je me sente femme m'est encore plus dur, je pense mieux me porter là-haut, qu'ici, sur Terre".

Je prépare la corde, et je place la lettre sur mon lit. Avant tout, j'aimerais m'expliquer avec ma sœur. J'aimerais savoir pourquoi elle a mis une photo de moi en robe sur le net, pourquoi tant de haine envers la personne que je suis.

Je m'avance dans le couloir, et j'ouvre sa porte à toute vitesse, je pensais avoir entendu tout à l'heure la porte se fermer à clé, bien non, j'avais tort.

Sous le choc, je regarde Sofia, je viens juste de la surprendre en train d'embrasser son amie. Elle ose me rabaisser et me critiquer à longueur de temps, elle critique mes faits et gestes, mais d'après ce que je vois, elle n'est pas mieux que moi.

Elle me regarde et hurle, me pousse en dehors de sa cellule et la ferme à clé. Je retourne ensuite dans ma chambre, je marche lentement, avec difficulté. Je vois ma mère, assise sur le lit en train de pleurer. Elle a la lettre en main et me regarde d'un air malheureux : « Je l'ai su à la minute où tu es venue dans ce monde. Tu as toujours été ma fille. Tu es toute ma vie, je ne peux pas m'imaginer sans toi ».

Je la regarde, m'avance vers elle et lui fais un câlin : « Je t'aime maman. » Je murmure. 
« Je t'aime ma grande. » Me dit-elle en me caressant mon doux visage, qui a enfin, depuis bien des années, retrouvé un sourire sincère.


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