Chapitre deux

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Après avoir mis ne serait-ce qu'un seul pied dans l'enceinte de l'établissement, j'ai déjà le droit à quelques remarques, tout simplement car je ne m'habille pas de façon stylée et à la mode.

Au loin, je remarque Alicia et Mathilde. Mes deux amies, les seules, les vraies. Elles ont toujours été là pour moi, depuis l'école primaire. Pourtant, elles ne sont pas au courant du fait que je sois une femme. Elles croient que j'ai une attirance pour les garçons, ça été très dur pour moi de leur dire, par contre j'aimerais bien leur avouer ma vraie sexualité, mais surtout ma réelle identité de genre, la personne que je suis au fond de moi... Mais avant je dois prendre sur moi, et bien évidemment, m'accepter avant de m'assumer auprès des autres, et ce n'est pas une tâche facile.

La cloche sonne, nous nous dirigeons vers la cour de récré pour nous ranger, le temps que le professeur vienne nous chercher. Après quelques minutes d'attentes, notre prof de mathématiques arrive, et nous demande d'avancer jusqu'à devant le local deux-cent-trois, qui se trouve au premier étage, non loin du local de sciences.

Une fois devant la classe, nous entrons tous, et nous installons à nos places habituelles. Ma place se trouve dans la première rangée, du côté fenêtre. Seules les personnes superficielles ont le droit de s'asseoir à l'arrière, comme ça, ils ont une vision sur nous, les « pas branchés », pour nous lâcher des insultes et lancer des morceaux de gommes. Leur niveau d'intelligence est tellement bas !

Après avoir ouvert nos cahiers, le prof nous distribue de nouvelles feuilles. Nous avons vu jusque maintenant l'utilisation du calcul vectoriel. Maintenant que nous arrivons vers la deuxième période scolaire (début novembre), un nouveau sujet nous attend. Les statistiques, d'après les premières feuilles que je vois. Rien de bien difficile.

Les deux premières heures de cours me paraissent durer une éternité. Puis c'est la récréation, qui dure en moyenne dix minutes, juste le temps d'aller aux toilettes et de manger un biscuit. Durant cette pause, rares ont été les moments de discussions. Il n'est pas anormal que pendant plusieurs jours on ne discute pas, tout simplement, car on a rien de passionnant à se dire. Sans doute dû au fait qu'on se retient toutes les trois de se dire la vérité, et d'arrêter de se mentir.

La cloche retentit, ce qui est pour moi une bonne nouvelle, car quelque chose ne va plus dans notre amitié, et c'est difficile de faire face à elles. D'être impuissant devant tout ça. Honnêtement, nous nous sommes déjà disputées toutes les trois plus d'une fois, mais souvent, j'étais la cause des problèmes. Elles pensaient avoir fait quelque chose de mal. Elles ne comprenaient pas ce qu'elles avaient fait pour que je sois comme ça avec elles. Je suis juste jalouse des femmes qu'elles sont, car elles peuvent s'assumer en tant que femmes, et pourtant ne prennent même pas soin d'elles et ne se revendiquent pas comme telles, mais plutôt comme des déchets de la société. Cette société est tellement merdique, et si superficielle ! Elle nous dénigre jour après jour, jusqu'à ce que le suicide nous sépare....

Les heures sont longues, cela ne change pas de d'habitude. Parfois, je me demande qu'est-ce que je fous là, assise sur une chaise d'école, à apprendre des choses qui ne vont jamais me servir. Difficile de croire que l'école va t'aider à réussir dans la vie, au contraire, moi, elle me rend plus faible, c'est ce qui me démoralise et me détruit de plus en plus, les jours passent mais tout empire. « What doesn't kill you makes you wish you were dead ». « Ce qui ne tue pas te fait désirer être mort ». My Chemical Romance...

À midi, nous nous attendons toutes les trois devant la porte de notre salle de classe. Ensuite, nous partons manger à la cantine. Les plats qui sont servis là-bas sont dégueulasses, heureusement que j'apporte quotidiennement mes sandwichs.

Je découvre avec stupeur qu'elles entament un sujet à table. Elles font référence à l'émission qui passe vendredi soir sur une chaîne nationale. Une personne transgenre en fera partie. Cette diffusion est celle de Miss France. Quand j'entends leur discussion, je n'ai pas pu m'empêcher de les interrompre : « Je peux savoir, s'il vous plaît, pourquoi vous dites que cette personne n'a pas sa place dans ce genre de concours ? »Je m'exclame.
« Écoute Louis, c'est Miss France, pas Miss transsexuel, il a beau avoir le physique d'une femme, à l'intérieur, il reste un homme. » Répond Alicia.
« On dit transgenre en fait. Et puis, un homme se transforme en femme parce qu'il se sent femme à l'intérieur, donc à partir du moment où celui-ci se change en femme, il est physiquement et intérieurement une femme. »
Je commence à m'énerver. Alicia et Mathilde me regardent d'une façon étrange, je pense que j'aurais dû me taire et ne pas prêter attention à ce qu'elles disaient. Je pars de la table en courant mais, bien entendu, une éducatrice gueule : « Louis ! Tu attends la sonnerie avant de partir du réfectoire, tu le sais pourtant. ». Oui je le sais. Qu'est-ce que j'aimerais être invisible, ça m'éviterait tant de souffrances ! J'attends donc avec impatience la sonnerie, pour aller seule dans un coin. Ma réaction était un peu excessive, non ? Je culpabilise déjà. J'aurais dû me taire. Faire profil bas, comme d'habitude. Pourquoi j'ai ouvert ma bouche putain ? Je me sens juste nulle. Mais en même temps, je ne pouvais pas les laisser dire ça...

La sonnerie retentit, il nous reste dix minutes de récréation avant la reprise de trois heures de cours. Je me dirige vers la cour, remplie d'élèves ne pensant qu'à leur propre personne, parlant de leurs nouvelles chaussures et de leur nouveau petit copain, comme si la vie ne tournait qu'autour de ça. On dirait qu'un petit copain est pour eux de la marchandise : « le dernier modèle, la grande mode en ce moment, admirez ! ». Je n'en peux plus, je vais finir par péter une durite. Je m'enfuis, je vais au fond de la cour, et me recroqueville, tout en versant une larme, qui coule doucement le long de ma joue. Un sentiment de haine et de profond désespoir se propagent dans mon corps. Je ne sais plus, je ne peux plus vivre comme ça, il faut que quelque chose change, sinon mes pensées noires vont prendre le dessus. Encore plus, je veux dire.

Durant l'après-midi, je n'ai pas fait attention aux cours auxquels je me trouvais, et encore moins aux explications du professeur. Lorsque la cloche sonne seize heures trente, la joie prend possession de mon corps. Je suis libre ! Pourtant, je sais très bien qu'en rentrant à la maison, ce cauchemar bien réel, reprendra, et je ne peux malheureusement pas y échapper.

Comme la veille, je rentre à la maison en évitant mes parents, comme s'ils n'existaient pas. Je monte à l'étage, et entre dans la salle de bains. Je commence à me déshabiller, et prends ensuite une nouvelle lame de rasoir qui appartient certainement à ma mère. En posant la lame de rasoir sur mon ventre, j'aperçois une robe rouge accrochée à la porte, avec des petits motifs noirs. Je lâche ma lame, et me presse vers cette robe. Je la mets, et me regarde dans le miroir, et là, je me vois. Je veux dire, je me vois moi. Ce n'est certainement pas parfait, mais je n'arrive pas à détacher mes yeux du miroir, je me sens belle et je me sens surtout femme.


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