Enlisement : Chapitre 31

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Novembre 2020


Le MLF contrôlait toutes les informations circulant dans le pays, n'hésitant pas à arrêter les détracteurs si bien que le bouche à oreille devint l'ultime moyen de communication. Les coups d'éclats de la RF en août et septembre s'étaient répandus telle une traînée de poudre accordant à certains civils, le courage de se mutiner face à l'oppresseur. Et bien que tout cela fut très lent, un nombre grandissant d'unités résistantes se formèrent en secret. 

La guerre était-elle enfin devenue plus équitable ? Rien n'était moins sûr. 

Avec l'appui du gouvernement, le MLF réalisa un véritable plaidoyer à l'encontre de la RF. Tenue responsable de certaines exactions infligées aux civils, les résistants furent rapidement qualifiés de milice fasciste. Résultat ? L'emprise sur la population appauvrie et sans moyen de communication impartial s'intensifia. Le MLF, en protecteur de la patrie et pourvoyeur d'idéaux et de promesses d'une France unie et puissante profitait ainsi de chaque occasion pour métamorphoser les actes de bravoure de la RF en actes ignobles perpétrés à l'encontre des habitants. 

Les civils les plus embrigadés s'investirent ainsi d'une mission : empêcher toute progression des unités de la Révolution Française. La situation devint difficile. Par zèle, avant de quitter leurs foyers pour trouver refuge au sein des grandes communes contrôlées par le MLF, ces habitants coupèrent l'électricité, rendirent l'eau courante impropre à la consommation, saccagèrent parfois leurs propres maisons à l'aide de bombes artisanales ou en y mettant le feu.

Extrait de l'Histoire avec un grand H, 

Édition Hauts de France, février 2030.

Après deux mois de combats, la compagnie CHARLY au moral mis à rude épreuve comptait désormais quatorze membres. La lassitude, la fatigue tendant à l'épuisement, la faim et le froid jouaient sur les nerfs de chacun. La météo ? Olympe n'y prêtait plus attention. Tant qu'il ne pleuvait pas, ils avaient tout gagné. Le froid glacial d'un hiver s'annonçant rude s'installait. Plus que quelques maisons à maîtriser puis, enfin, ils sortiraient de cette ville responsable de tant de tourments. Les unités de renforts étaient en route et devaient arriver d'ici quelques heures afin d'assurer ce qu'appelait le lieutenant le « service après-vente ». La délivrance était proche. Enfin. Car une fois que les corps étaient rongés jusqu'à l'os, la guerre attaquait le moral. Et les dégâts pouvaient être irréversibles...

Alternant entre tours de garde et quelques courtes heures de repos par ci par là, sans pouvoir se laver, se réchauffer ou manger des repas réconfortants, le temps défilait lentement. Les jours ressemblant à des semaines, et ces derniers mois, à des années, l'adversité avait eu un unique mérite : souder cette équipe devenue une véritable famille.

Les corps en premier souffrirent de cet enlisement. Amaigris par les rations de plus en plus difficiles à obtenir, salis par l'absence de douche ou même plus simplement d'eau courante pour se débarbouiller, les tenues débraillées par l'usure et le manque d'entretien, les cheveux blanchis par le stress que chaque jour causait, les barbes incontrôlées ou encore les cernes chargées affaissant les visages, nul doute, la guerre avait fait vieillir ces enveloppes charnelles à la vitesse de l'éclair. Huit semaines équivalaient à une décennie pour certains.

Comme si tout cela ne suffisait pas, ces guerriers courageux devaient quotidiennement affronter les bombes artisanales des civils avec, à l'intérieur : vis, clous ou encore lames de rasoir. Ces engins étaient faits pour blesser et mutiler sévèrement. Tuer ? Pas forcément, où alors à la suite d'une agonie de plusieurs heures, comme en avait fait les frais Maxime. Achille était arrivé trop tard. Le jeune soldat baignait dans son sang, une tige de quinze centimètres enfoncée dans la gorge. Carotide sectionnée. Félix, le sergent, goûta aussi à l'ingéniosité de ses compatriotes. La joue droite lacérée, juste sous l’œil marquerait à vie son visage. Quelques centimètres plus haut et cela aurait été, là aussi, un véritable drame.

À la suite de ces catastrophes, les interventions se rodèrent et une chorégraphie millimétrée s'harmonisa entre les soldats. Une pour chaque type d'architecture. En groupe ou en duo. À revers, discrètement ou en rentrant dans le lard. Tout dépendait de l'état de délabrement de la bâtisse. Plus elle était charcutée, plus elle risquait d'y renfermée des fanatiques.


Quotidiennement, Sven avait une mission très personnelle : trouver un lieu calme lui permettant de faire sa petite affaire. Un jour, il tomba sur des toilettes dignes de ce nom. Le Saint-Graal. Toute l'équipe l'attendait à l'extérieur de cette maison, couvrant la rue en cas d'attaque ennemie. Les alentours étaient calmes quand soudain, une détonation... La maison souffla un épais nuage de poussière. Les bruits de la nature s'éclipsèrent. Et pendant que Loïc appelait son binôme, tous prièrent pour une réponse.

— Ça va, ça va, mais je pense que vous allez vous foutre de ma gueule pendant un bon bout de temps.

Sur ses deux jambes, semblant indemne, personne ne comprit ce qu'il voulait dire. Le soldat boitait et un demi-tour arracha un fou-rire incontrôlable à toute l'unité. Marceau, entre deux hoquets, lui somma une explication.

— J'ai enfin trouvé des toilettes non détruites et capables de m'accueillir et le sort s'acharne. Je me suis assis et j'ai entendu un « clic ». Je me suis donc relevé le plus vite possible et la charge, probablement accrochée à la lunette des toilettes, a explosé. Mon poids a dû déclencher le mécanisme.

Des projectiles avaient réussi à terminer leur course dans le postérieur du soldat, pantalon lacéré comme simple indice et pendant quelques instants, ces combattants épuisés et en hypervigilance oublièrent la guerre. Tandis que les moqueries fusaient, l'intéressé se tourna vers une seule personne, le regard suppliant.

— Olympe, tu vas pouvoir m'arranger ça ?

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