Chapitre 3 : Conseil - Partie 2

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Coucou ! Vous avez vu, ça a pas pris 8 mois UwU La suite du chapitre 3 est enfin là ! J'espère sincèrement qu'il vous plaira, j'ai passé beaucoup de temps à trouver ce que je voulais précisément vous dévoiler de mon univers. Dès le chapitre suivant, nous retournons à Aranwë. Comme d'habitude, n'hésitez pas à commenter pour me dire ce que vous en pensez, c'est très important pour moi ! Merci à toutes les personnes qui me soutiennent, vous êtes adorables ! Bisouilles et à bientôt !

Chapitre 3 : Conseil

Partie 2

Indrala passa le seuil de l'immense porte en bois pour entrer dans un corridor blanc pur. Une robe en velours de couleur pourpre était accrochée à un clou sur le mur. Dans un automatisme, elle retira ses vêtements de voyage et enfila rapidement sa nouvelle tenue. C'était une étape obligatoire que la dragonne considérait comme ennuyeuse mais à laquelle elle se pliait par respect. Elle passa une main sur le tissu, pour le déplisser, puis se retourna vers l'autre côté de la pièce.

Un grand autel en marbre se trouvait là, abîmé par le temps. Doucement, Indrala s'approcha et passa une main sur les décorations ancestrales. Elles représentaient un dragon blanc et aveugle, aux pattes arrières amputées. Il s'agissait de Kalumnie, la première dragonne de Tyrnformen, qui d'après la légende avait créé le monde de son souffle. Indrala avait toujours pensé petite qu'il ne s'agissait que d'une belle histoire pour faire dormir les enfants et n'y avait accordé de l'attention qu'après avoir échappé à sa ville natale sous les flammes destructrices des dragons de Warazi. Elle avait vécu cet événement comme une libération et une possibilité de changer cette vie morne qui ne lui convenait pas. C'est en arrivant dans la citadelle qu'elle avait suivi le rite d'initiation à la voix de Kalumnie, afin de pouvoir ensuite s'engager dans les ordres des gardiens.

Elle se mit à genoux devant l'autel et baissa la tête. Tout en fermant les yeux, elle se mit à psalmodier :

« Mère Kalumnie, déesse de tous les dragons, accorde-moi ta miséricorde et ta puissance en mon cœur. Puisse ta flamme ne jamais s'éteindre. »

Un passage se créa immédiatement sur le mur uniformément blanc. Indrala resta encore quelques secondes agenouillée et se releva. Elle s'engouffra dans l'ouverture nouvellement créée, qui se referma derrière elle dans un grincement désagréable. Elle soupira, détestant de toute son âme cet endroit clos. La pièce dans laquelle elle s'avança était plongée dans le noir. Deux chandeliers éclairaient faiblement une grande table en pierre fissurée derrière laquelle trois personnes, une femme et deux hommes, étaient installés en position de prière sur de grands tapis rouges richement décorés. Ils étaient habillés d'une longue robe d'un blanc immaculé et semblaient discuter à voix basse.

Indrala marqua une pause devant le tapis bleu à ses pieds. Elle baissa la tête et s'inclina bien bas, ce qui satisfait les trois personnes présentes. L'homme le plus à droite lui fit signe de s'installer. Elle se mit à genoux en silence, la tête toujours baissée. Il était interdit de regarder un dragon blanc dans les yeux sans autorisation, sous peine de perdre soi-même la vue. La dragonne ne savait pas s'il s'agissait d'un mythe, la source de cette information n'étant autre qu'Idris, mais elle n'avait pas franchement envie de le découvrir.

« Vous m'avez appelée, Maîtres.

- Indrala, mon enfant, nous vous attendions, répondit une voix féminine. »

Madra'o, Joldra et Noldros, ses interlocuteurs, étaient les dirigeants officiels de Warazi. Entre leurs mains passaient toutes les décisions cruciales concernant la citadelle, son fonctionnement et ses habitants. Il s'agissait de dragons blancs, la plus vieille sous-espèce de draconides existants et la plus rare. Il n'en existait que quatre dans toute la région de Tyrnformen actuellement. Les dragons blancs vivaient presque éternellement s'ils parvenaient à la fin de leur métamorphose. Ce n'était pas un combat facile : les dragons dorés qu'ils étaient il y a des milliers d'années déjà sont constamment chassés ou s'entretuent avant leur mutation à partir de leur dix-millière année. Un dragon blanc avait la capacité de soumettre à sa volonté n'importe quel dragon, les désignant d'office comme dominants et impossible à combattre.

Joldra était la plus âgée des trois. Du haut de ses cinquante-deux mille ans, elle était la dernière de son espèce en vie à avoir assisté aux grandes guerres draconiques ayant opposé humains et dragons, il y avait près de quarante mille années de cela. Elle y avait d'ailleurs perdu la vue, après qu'un paladin lui ait jeté de l'acide dans les yeux avant de mourir dévoré. Bien que cet handicap la rendait inapte à voler sur de longues distances, ses autres sens s'étaient améliorés avec le temps pour combler ce manque. Aujourd'hui encore, elle restait une guerrière redoutable pouvant détecter un ennemi à plusieurs centaines de mètres autour d'elle. Sous sa forme humaine, elle avait les cheveux asymétriques : très courts d'un côté, très longs et tressés de l'autre. Sa peau blanche comme la neige lui donnait l'impression de luire. Elle avait l'apparence d'une femme d'âge mûr, mais agissait toujours comme une jeune fille. Après tout, malgré les apparences, elle restait une dragonne en pleine possession de ses capacités.

Noldros et Madra'o, ses frères cadets, étaient quant à eux respectivement âgés de vingt-sept mille et vingt-quatre mille ans. Pourtant, ils étaient encore plus massifs que leur aînée. Leur croissance touchait à sa fin et leur musculature puissante était reconnaissable de loin. Ils étaient également plus fougueux et agressifs, se cherchant sans arrêt des noises. Noldros possédait une tâche noire sur la poitrine qui le distinguait de son petit frère sous sa forme draconique. Pour ce qui était de leur apparence humaine, Noldros arborait une masse capillaire dans un désordre innommable, impossible à coiffer convenablement là où Madra'o se contentait au contraire d'une coupe de cheveux très courte, à l'exception d'une immense tresse partant du sommet de son crâne et lui tombant jusque sous les fesses. Tous deux habillés en blanc, ils étaient concentrés sur un jeu de cartes humain, ignorant totalement leur invitée.

« Vous êtes en retard, remarqua Joldra d'un ton acide. Nous attendions votre retour hier.

- Mes excuses, Maîtresse. Adranar a eu besoin de moi plus longtemps que ce que j'avais prévu à la base.

- J'espère que cela en valait la peine, marmonna Noldros. Nous avons placé beaucoup d'espoir en vous et les résultats peinent à se faire sentir. »

Indrala se crispa légèrement. Son visage se fendit d'un large sourire hypocrite. S'il y avait bien un sujet sur lequel il ne fallait pas la défier, c'était sur sa place au sein de la citadelle. Contrairement à la majorité des dragons habitant ce rocher perdu, elle avait débuté de rien et avait subi les remarques narquoises de ses compagnons d'arme masculins pendant plusieurs dizaines d'années sans jamais avoir une chance de se faire remarquer.

« Noldros est un peu dur, répliqua Joldra comme pour s'excuser à sa place, le faisant lever les yeux au ciel. Néanmoins, il a raison. Vous avez insisté pour effectuer cette expédition, nous en attendons les résultats.

- Adranar a travaillé sur une potion pendant plusieurs mois, commença la jeune dragonne. Il m'a expliqué que cette dernière avait pour objectif de transformer progressivement le prince humain, Aranwë Balrarion, en dragon. Je me suis chargé moi-même de sa livraison, d'où mon retard. Les premiers effets de l’élixir auront lieu dans une année environ. »

Un long silence suivit son explication. La guerrière retenait son souffle, consciente que les dragons débattaient certainement par télépathie, don naturel des dragons dorés et blancs. Elle savait ce qu'elle risquait : elle avait agi sans considération des ordres de Warazi, elle avait ignoré toute prudence en acceptant le plan complètement fou de son ami.

« Ce que vous avez réalisé est risqué, déclara calmement Madra'O. Vous avez agi sans notre autorisation. Qui est au courant de cette affaire ?

- Adranar et moi-même, Maître. Uniquement.

- Cela pourrait être un avantage certain, répliqua Noldros. Mais sans contrôle sur le sujet, qui sait ce qu'il va se produire ? S'il dégénère, nous risquons de graves problèmes. Nous n'avons pas besoin d'un nouveau conflit avec les « autres », nous avons payé suffisamment lors de leur dernière attaque. »

Indrala serra les poings à la mention de ceux qui composaient il n'y a pas si longtemps sa famille. Quand les Sanglants avaient effectué une attaque aérienne sur sa cité natale, elle avait fui avec Idris sous les feux des deux clans s'entretuant dans un ballet aérien morbide. Elle ignorait ce qu'ils étaient devenus : le désir de s'évader et s'engager pour une meilleure cause l'avait emporté sur ses sentiments. Elle se plaisait à dire qu'il y avait un temps où tout dragonneau doit quitter le nid et voler de ses propres ailes, même si cela signifiait abandonner un clan déjà affaibli à son sort.

« Je le sais bien. J'étais en première ligne, répliqua la jeune dragonne en souriant de manière provocante. Adranar m'a indiqué que la première mutation de l'individu est prévue d'ici trois mois. Son père, le roi, devrait l'envoyer en cure à Mornepierre où se trouvent les plus grands mages de la région. Nos troupes devront se tenir prêtes à le réceptionner. Je suis certaine qu'Adranar surveillera le sujet avec attention en attendant, passionné comme il est. J'ai confiance en lui, vous devriez lui accorder vous aussi une chance en échange de ses loyaux services. »

Noldros poussa un grognement de dédain et croisa ses bras imposants sur sa large poitrine, insatisfait. Joldra se releva et contourna la table. Elle se positionna aux côtés d'Indrala et posa une main douce mais ferme sur son épaule. L'intéressée se raidit légèrement. Ce contact physique n'était pas anodin, la chef dragonne assiégeait son autorité de cette façon, pour avoir le dessus sur ses cadets.

« Mes frères, je pense que notre petite espionne sait parfaitement les risques qu'elle a pris pour nous. Je propose de donner une chance à leur projet, nous pourrions êtres surpris. »

Noldros se leva lui aussi, sourcils froncés et poings serrés.

« Joldra, c'est une perte de temps, répéta t-il, mécontent. Je refuse de donner mon autorisation pour ce projet idiot. Pendant que nous parlons, les « autres » continuent sans relâche de traquer nos infiltrés. Ils les tuent un à un et nous avons été incapables de trouver une solution durable pour y remédier ! Adranar va provoquer une catastrophe en dévoilant un monstre qui risque de compromettre notre identité, notre espèce ! Nous ne sommes plus aussi nombreux que dans le temps, les risques sont titanesques ! Et si les « autres » le découvrent, ce qui, je vous le dit, arrivera forcément, ce sujet ne servira à rien puisqu'ils l'élimineront avant même qu'il n'atteigne la fin de sa transformation. Isendorn est une ville stratégique, nous ne pouvons pas risquer de la perdre parce qu'un fou a décidé de s'auto-proclamer sauveur de notre espèce ! »

Indrala tourna des yeux implorants vers Madra'O, toujours calmement installé, pesant le pour et le contre en silence. Il finit par se redresser à son tour, conscient que sa fratrie attendait sa décision puisqu'il était le seul à pouvoir les départager. Le dragon dévisagea un instant la jeune femme qui le suppliait en silence. Il releva le regard vers son frère et sa sœur et prit la parole :

« J'ignore si ce projet est prometteur ou complètement fou. Mais Indrala a raison sur un point, nous nous devons d'essayer.

- Enfin, Madra'O, tu ne vas pas...

- Silence Noldros ! cria le dragon. Tu parles de la sauvegarde de notre espèce alors que nos troupes sont immobiles depuis des mois ! Plus le temps passe, plus nous ressemblons aux « autres ». Si nous avons divisé nos clans, c'était par désir d'agir et de reconquérir nos terres. A quoi bon observer et nous cacher si nous renonçons à notre propre cause ? Adranar a agi selon les valeurs que nous avons inculqué à chacun des dragons de notre citadelle. Cependant, il a agi sans notre consentement et vous, Indrala, l'avait aidé dans ce sens, ce qui est interdit par notre règlement. Je propose donc un compromis pour mettre fin à cette querelle ridicule. »

Madra'O s'approcha de la jeune dragonne. Indrala, légèrement intimidée par ces discussions musclées, baissa respectueusement la tête lorsque le dragon s'arrêta devant elle.

« Indrala, vous et Adranar avez organisé cette expérience sans nous en avertir, ce qui nous a conduit dans une situation embarrassante. Cependant, nous vous avons embauchée pour votre capacité à vous infiltrer et à agir efficacement. Je ne regrette pas mon choix et vous offre ma confiance pour ce projet. En revanche, en échange de cette confiance, je vous envoie sur le terrain avec Adranar pour surveiller le sujet jusqu'à sa transformation. S'il évolue mal, tuez-le sur le champ. Vous devrez également nous tenir au courant de tout mouvement suspect des « autres », le sujet est sous votre protection exclusive. »

La dragonne ne put retenir le large sourire qui illumina son visage. Partir en infiltration toute une année, voilà qui allait rendre Zoldrak complètement fou. C'était une aubaine incroyable et elle s'en sortait au final plutôt bien. Peu importe où le projet d'Adranar allait les mener, elle était prête à prendre tous les risques nécessaires pour le mener à bien. Elle osa un regard vers Noldros. Le dragon fulminait, les poings serrés. Il finit par secouer négativement la tête et s'engouffra rageusement dans le couloir derrière eux. Joldra poussa un léger soupir.

« Vous pouvez y aller, nous enverrons tout le matériel nécessaire à votre expédition chez vous dans deux jours. Laissez une liste de ce dont vous avez besoin à l'accueil. Reposez-vous d'ici là, vous avez quartier libre.

- Merci, Maîtres. Je ne vous décevrai pas. »

La jeune femme s'inclina et quitta la pièce rapidement. Elle ne put retenir un petit saut de joie, ravie de se voir enfin confier une mission importante après tant d'années à servir noblement cette citadelle. Elle avait l'impression d'avoir finalement trouvé sa place. Alors qu'elle s'apprêtait à quitter le long couloir blanc pour regagner la plateforme d'envol, une voix agressive l'interpella, hérissant toutes ses écailles de colère.

« Tiens donc, regardez qui est de retour ? Je pensais que j'étais enfin débarrassé de toi. Quel dommage. »

Elle pivota, un air agacé profondément ancré sur son visage. Elle fit face à un homme d'une carrure impressionnante au regard aussi sombre que le teint de sa peau luisante de sueur à la lumière du soleil entamant sa descente. Ses cheveux courts mal-coupés lui donnaient un air ahuri dont Indrala se moquait sans arrêt. Ce mâle était le pire cauchemar de la dragonne depuis son arrivée. Il lui en avait fait voir de toutes les couleurs lors de son entraînement, la considérant comme une moins que rien pour la seule raison qu'elle n'était pas née avec le bon sexe. Les dragonnes n'étaient pas les bienvenues dans la garde et elle l'avait bien compris. La jeune femme cessa tout mouvement et croisa les bras sur sa poitrine, ses yeux reflétant pour elle les mille tortures qu'elle aurait aimé lui faire subir.

« Ne t'inquiète pas, tu ne m'auras plus dans les pattes, Zoldrak, je démissionne.

- De quel droit ?

- Du droit que je pars à l'aventure et que je n'ai plus besoin de tes injures pour voler de mes propres ailes. Je te laisse croupir dans ce trou sans une once de regrets. Amuse-toi bien avec tes petits soldats, j'espère qu'ils seront assez intelligents pour prendre la même voie que moi.

- Je t'interdis de quitter la guilde. »

Indrala tiqua. Il l'avait attrapé au bras et serrait progressivement son emprise pour l'empêcher de s'enfuir. La dragonne poussa un grondement menaçant, l'avertissant qu'il s'engageait dans une manœuvre dangereuse.

« Lâche-moi.

- Tu n'es rien d'autre qu'une lâche, ronronna t-il. Fuis donc, tu n'es pas et ne seras jamais des nôtres, Indrala. Tu es toujours cette gamine irresponsable qui pense que le monde se résume à combattre et tuer. Mais moi, je sais ce que tu as fait, ce jour-là. Comment faire confiance à un soldat qui a trahi sa propre famille ? »

La brune sentit les écailles recouvrir progressivement son corps au fur et à mesure que sa colère montait en elle. L'envie d'en découdre avec cet abruti était profonde mais elle se le refusait actuellement. Elle ne voulait pas que le Haut Conseil voit cette facette de sa personnalité. Violemment, elle planta ses canines dans le bras de son adversaire qui recula en grognant de douleur. Indrala profita de cette occasion inespérée pour le plaquer contre un mur et coller l'une de ses dagues sous sa carotide.

« Ne t'approche plus d'Idris ou de moi. Je ne suis plus ton esclave et je ne veux plus jamais avoir affaire à toi. Je ne décevrai pas le Haut Conseil parce que tu es incapable de te conduire comme un général d'armée digne de ce nom. Je suis plus méritante que toi et tu peux être sûr qu'à mon retour, je ferais tout pour prendre ta place. Dors bien, mon grand, tes jours sont comptés. »

Elle rangea son arme, acheva sa transformation et plongea de la plateforme pour regagner les tréfonds de la citadelle à vive allure, satisfaite.

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Adrien de saint-Alban


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Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
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Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
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Roman futuriste.
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Charlie Jdan
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Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
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