Chapitre 12 : Etranger - Partie 2

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Coucou ! Je m’excuse du retard, cette partie de chapitre a mis un peu plus de temps à arriver. Je l’ai écrite en plein stress de candidatures de Master. A croire que je n’arrive à écrire ce texte quand dans les pires moments de ma vie :’) Bref, je vous souhaite une bonne lecture ! Promis, la suite ne tardera pas :D


Chapitre 12 : Etranger

Partie 2


Aranwë passa une incroyable soirée. Anatole le présenta à son groupe de beuverie, les meilleurs parmi les meilleurs, lui assura-t-il. Dans le centre du regroupement de tentes, des formes humanoïdes se réchauffaient autour d’un feu mourant. Le marchand à la peau verte se manifesta bruyamment et fut accueilli par des cris de joie. Ils étaient quatre, deux elfes, une naine et une orque. Légèrement impressionné, le prince lui laissa le plaisir de faire les présentations.


“Je vous présente Aranwë, les gars. Il est là pour quelques jours. Prince, voici Monoï et Loupiot, dit-il en pointant les elfes. Ce sont des chasseurs en initiation, mais ça s’est mal passé et Monoï s’est fait bouffer la jambe par un fauve. Les deux dames musclées, c’est Paula et Skye. Elles sont en couple, mais leurs peuples sont ennemis donc elles peuvent pas trop le montrer. Elles attendent l’autorisation pour aller à Lothariel et s’engager en tant que mercenaires.”


Les créatures le saluèrent d’un signe de tête mais ne se montrèrent pas plus chaleureux. Le jeune homme prit place à côté de l’orque qui lui adressa un regard méfiant et froid. Dans cette région du monde, les têtes couronnées n’étaient pas les bienvenues. Il réprima un frisson. Son père n’aurait sans doute pas survécu plus de quelques heures dans les bois. Il s’estimait chanceux de ne pas lui ressembler. Sa gentillesse et sa bienveillance laissait le bénéfice du doute à ceux qui le connaissaient de nom. Anatole s’installa bruyamment à côté de lui et entoura ses épaules de sa main. Il lui tendit une gourde en cuir que le prince saisit du bout des doigts. Tous en avaient une.

Il retira le bouchon et renifla le contenu. L’odeur était forte et boisée, mais surtout alcoolisée. Depuis qu’il était jeune enfant, en tant que futur propriétaire des grandes vignes du domaine, le prince avait été initié à divers vins, bières et cidres. Ce que contenait sa boisson ne ressemblait à rien de ce qu’il ne connaissait. Il lança un regard curieux à son nouvel ami qui haussa les épaules et but sa propre gourde cul-sec, suivi par les elfes et le couple de femmes. Il hésita avant de porter à son tour le breuvage à ses lèvres. Il manqua de s’étouffer tant il était épicé. Il déglutit difficilement avant de tousser à en cracher ses poumons. L’orque à côté de lui éclata d’un rire tonitruant et lui donna une grande claque dans le dos. La boisson remonta dans sa gorge et il la recracha aussi sec au sol.


“Ton ami être drôle, se moqua-t-elle d’une voix grave. Même Vigandis meilleur à tenir gnôle !

— Ne le jugez pas si durement, sourit le nobliau. C’est un prince, il n’a pas l’habitude des gnôles paysannes. Encore moins de la forêt. Il préfère les vins maturés pendant des dizaines d’années dans des vignes impeccables.

— A vrai dire, je n’ai jamais vraiment aimé l’alcool, avoua l’intéressé en haussant les épaules.”


Tous les regards se tournèrent vers lui. Un sentiment de malaise grandit dans son ventre et le força à détourner le regard. L’orque, déjà éméchée, éclata une nouvelle fois de rire, et ses compagnons suivirent le mouvement. Elle se tourna et galocha son amie naine à pleine bouche, au grand choc du prince qui n’avait encore jamais vu deux femmes assumer autant leur relation que celles-ci. Quelque part, cela le ramena à ses propres démons, mais il effaça rapidement ces pensées. Il n’avait de toute manière plus assez de temps pour réfléchir à ces questions existentielles.

Loupiot, l’elfe aux cheveux bruns courts, se leva et récupéra un luth derrière un tonneau. Les doigts du musicien glissèrent avec lenteur sur les cordes et ne tardèrent pas à réchauffer l’atmosphère et délier les langues. Anatole raconta l’histoire d’Aranwë sans lui en demander la permission, et les questions se succèdèrent jusque tard dans la nuit. Aranwë en apprit également plus sur ses compagnons de voyage.

Anatole raconta comment il avait échappé aux gardes d’Isendorn avec difficulté, après avoir été dénoncé par sa femme. Le nombre d’assaillants grandissait à mesure que son taux d’alcoolémie augmentait, si bien que son histoire finit par ne plus avoir tant de sens. Monoï s’étencha lui sur la culture des elfes et le rituel de la chasse, qui l’avait mené lui et Loupiot, son frère aîné, sur la route. A leur centième année, les elfes qui souhaitaient rejoindre les messagers devaient subir cette épreuve. Il partait pour la forêt et ne devait revenir qu’avec un trophée suffisamment impressionnant pour prouver leur valeur. Malheureusement, le voyage avait tourné court lorsqu’ils s’étaient fait attaqués en pleine nuit par une panthère d’une taille impressionnante. Loupiot avait manqué d’y perdre une jambe, et ils ne devaient leur vie qu’à l’arrivée des sentinelles de Sicaaras qui les avaient trouvé errants dans la forêt. Quand aux deux femmes, elles s’étaient rencontré lors d’un siège dans les montagnes naines. Paula expliqua comment les femmes étaient placées sous cloche dans les montagnes, à cause d’une maladie amenée par les orques et qui s’était répandue dans la population naine féminine, tuant les plus faibles d’entre elles. Elle avait rencontré Skye lors d’une attaque. D’abord bourreau, Paula l’avait sauvée sur la route de son clan d’un esprit meurtrier. L’aventure les avaient rapprochées, et à l’entrée du désert où la naine devait être livrée, les deux femmes choisirent la fuite pour vivre leur idylle en liberté, loin des contraintes exigeantes et puristes de leurs deux clans. Elles attendaient désormais de pouvoir s’engager en tant que mercenaires, étant toutes deux douées pour le combat.

Leurs histoires touchèrent le prince, abasourdi par ce qu’ils avaient vécu. Lui n’avait pas tellement de choses à raconter. Il avait passé la majorité de sa vie cloisonné entre des murs à éviter de se faire tuer pour se jeter tête la première dans un piège mortel qui allait sans aucun doute lui coûter la vie si son voyage continuait dans la dangereuse pente vers laquelle il avançait irrémédiablement. Les seules histoires qu’il connaissait n’étaient ni drôles ni joyeuses : le décès de sa mère, le siège de Mornepierre, les contes philosophiques de son précepteur, rien n’avait d’intérêt.

Les heures passèrent et la boisson malmena bientôt les esprits. Skye fut la première à succomber à ses effets : la moindre blague la faisait partir dans un éclat de rire dévastateur qui allait jusqu’à faire trembler le sol. Anatole chantait des chansons païennes que toutes les Églises désapprouveraient sûrement tant elles étaient vulgaires, et les deux elfes somnolaient l’un sur l’autre. Aranwë sentit aussi les effluves de l’alcool lui monter au cerveau, mais les années d’entraînement à la Cour avaient l’avantage de réussir à masquer les dégâts. Pourtant, il se sentait incroyablement bien. L’esprit de camaraderie, l’atmosphère calme de la forêt et les crépitements du feu devant lui sonnaient comme une douce pause au milieu de la course qu’était devenue sa vie. Il avait l’impression de ne même pas le mériter.

Lorsqu’Anatole se prit les pieds dans un bout de bois et manqua de tomber tête la première dans le bûcher, Aranwë comprit qu’il était temps de retourner dans la tente. Il salua ses nouveaux compagnons d’un signe de tête avant de saisir l’ancien marchand sous le bras et le guider gentiment vers leur habitation de fortune. Par chance, il avait l’habitude de traiter ce genre de cas. Son père, contrairement à lui, ne tenait pas très bien le vin et la bière, en plus d’avoir l’alcool mauvais. Aranwë avait souvent dû par le passé s’arranger pour le faire disparaître discrètement des banquets pour éviter les mauvaises langues et leurs rumeurs le lendemain. Par ailleurs, dans ces périodes, le seigneur du domaine Balrarion avait tendance à se laisser aller aux plaisirs de la chair. Combien de femmes le prince avait-il dû dédommagées après qu’elles se soient retrouvées enceinte ? Il ignorait ce que devenait les enfants ensuite, mais il ne doutait pas que dehors, plusieurs de ses demi-frère et demi-soeurs devaient vivre une existence fort misérable contrairement à lui. Combien auraient le cran de revendiquer le trône après la mort du roi ? Combien savaient seulement qui était leur père ? Il n’était pas bon être le descendant d’un monarque. Ceux qui ne subissaient pas la folie d’un peuple en colère finissaient assassinés ou exilés.

Dans la nuit, seule la voix nasillarde de son colocataire bruyant perturbait le silence. Aranwë eut bien du mal à le conduire dans la bonne direction, puis enfin à le coucher dans son lit. Pourtant, une fois que ce fut fait, il s’endormit en quelques secondes à peine et ses ronflements firent trembler les toiles de la tente. Le prince, rassuré, décida à son tour d’aller se coucher, l’air songeur.


A l’aube, une série de trompettes retentirent dans le camp. Encore embrumé par l’alcool, le prince eut du mal à émerger. A côté de lui, Anatole ronflait toujours. Curieux, le jeune homme décida de se lever pour trouver la source du bruit. Plusieurs elfes et centaures couraient vers l’entrée du camp, à peine vêtus. Il les suivit. Une foule dense entourait les barricades avant. De là où il était, il ne parvenait à saisir que des morceaux de conversation. Il comprit rapidement que des personnalités importantes du peuple elfe venaient d’arriver.

D’immenses chevaux noirs se frayaient un chemin dans la foule, les plus grand qu’Aranwë n’avaient jamais vu. Chacun était monté par un elfe aux longs cheveux blancs et au visage marqué par le temps. Les bêtes étaient encadrées par des hommes en armure qui maintenaient les habitants du camp à l’écart. Impressionné, le prince mit du temps à comprendre que leur venue n’était certainement pas étrangère à sa présence. Eorwain, le chef de Sicaaras, les rejoignaient dans la foule. A bien le regarder, Aranwë en déduisit que sa partie équine avait la même origine que les chevaux montés par les elfes. La méthode de reproduction qui avait conduit à une telle hybridation restait, elle, un grand mystère. Et pour tout dire, le prince n’avait pas envie de savoir comment elle était possible. Le centaure discuta longuement avec les six elfes, trois hommes et trois femmes, avant de les accompagner vers sa tente. Dès qu’ils disparurent à l’horizon, les soldats présents perdirent tout professionnalisme. Des femmes se jetèrent au cou de certains d’entre eux, des rires éclatèrent de toute part et la plupart d’entre eux se dispersèrent dans la foule.

Le prince eut beaucoup de mal à le reconnaître. A l’écart, un elfe aux longs cheveux noirs observait les retrouvailles sans joie. Un cache-oeil couvrait son oeil droit, autour duquel une cicatrice assez laide transparaissait. Dans sa longue cape noire, il lui parut immédiatement plus maigre. Mais ce qui le marqua le plus, ce fut l’étrange machinerie qui remplaçait désormais sa jambe gauche. Lazare avait certainement connu des jours meilleurs. Aranwë hésita. Devait-il se manifester ou était-il lui aussi en mission diplomatique ? Il n’eut pas longtemps à attendre. Son regard accrocha le sien, comme si l’elfe se sentait observé. Un grand sourire éclaira son visage et il se rapprocha du prince.


“Votre Majesté ! s’enthousiasma-t-il. Je ne pensais pas vous revoir aussi rapidement.

— Moi de même, Lazare, répondit Aranwë. Mais… Laisse tomber le protocole, veux-tu ? Aranwë ira très bien.

— Comme vous… tu veux. Bienvenue dans la forêt de Qerod. J’espère qu’elle a été plus amicale avec toi qu’avec… Eh bien…”


Il pointa sa jambe métallique avec un sourire désolé. De près, celle-ci était encore plus impressionnante. Assemblage d’acier et d’outillage à vapeur, elle avait l’air d’être incroyablement lourde. Pourtant l’elfe la portait comme si de rien n’était et ne boîtait presque pas. Etait-ce de la magie ou simplement de l'ingénierie qu’il ne connaissait pas ? Cela l’intriguait. Néanmoins, bien au-delà des considérations mécaniques, la dernière fois qu’il avait vu l’elfe, il avait bien deux jambes.


“Qu’est-ce qui s’est passé ? s’inquiéta le prince.

— Oh… Une manticore. Puis une infection. Puis une deuxième manticore. Le chemin du retour ne s’est pas passé exactement comme prévu.*  Mais j’ai fini par m’en sortir, comme tu peux le voir. J’ai cru comprendre que tu avais aussi eu des difficultés au palais, enchaîna-t-il en pointant les écailles qui recouvraient ses bras de la tête. Ca nous fait un point en commun.”


Le prince sourit. La présence de Lazare le rassurait vraiment et il se sentait beaucoup mieux. Avec lui, tout paraissait si simple… Il se mordit la langue. Il voulait vraiment se confier à lui, mais le faire en plein milieu du camp n’était pas forcément une bonne idée.


“Nous devons parler, dit le prince calmement. Suis-moi.”


Lazare hocha la tête et le suivit vers les tentes résidentielles.


* Si vous souhaitez en découvrir plus sur ce qui est arrivé à Lazare, je vous renvoie à la nouvelle “Lazare”, disponible sur mon profil.

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Adrien de saint-Alban


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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
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Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
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Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
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