Chapitre 2 : Changements - Partie 2

13 minutes de lecture

Bonsoir tout le moooonde ! Oui, je sais, je suis complètement à la bourre, mais on est encore en Octobre, donc ça va :D On est donc parti pour la suite de Tyrnformen, avec la seconde partie du chapitre 2. Je suis moyennement satisfaite de cette partie de chapitre, j'attends vos retours pour voir s'il y a éventuellement des choses à modifier. Merci à tous ceux qui m'ont laissé des commentaires sur le chapitre précédent, vous êtes adorables ! Plein, plein de bisouilles sur vous! N'hésitez pas à commenter ce chapitre, et à me prévenir si vous trouvez des fautes, j'ai fait une relecture, mais il se peut qu'il en reste ! Bisouilles !


Chapitre 2 : Changements

Partie 2


Le réveil fut difficile. Lorsque Aranwë ouvrit les yeux, Marie-Rose se trouvait au dessus de lui, secouant frénétiquement son épaule droite. Il finit par s'asseoir dans son lit, en bâillant furieusement. Sa nourrice était déjà en train de fouiller son armoire. Elle lança sur le lit une ample chemise blanche et un pantalon noir. Mais le prince héritier ne semblait pas réellement prêt à se lever actuellement. Il s'était laissé mollement retomber sur le matelas, et avait enfui son visage sous la couverture en bougonnant.


« Aranwë ! le réprimanda gentiment la vieille dame. Vous allez être en retard pour les audiences. Votre père a demandé à ce que vous soyez à l'heure, pas comme la semaine passée. »


Devant le manque total de réaction de son « enfant », elle finit par tirer la couverture, lui arrachant un grognement agacé. Il se décida finalement à s'habiller, non sans traîner des pieds. Marie-Rose le confia à deux gardes qui patientaient devant la porte et qui le guidèrent vers le grand salon, situé à l'étage inférieur. Le prince se recoiffa rapidement, son visage s'éclaira d'un sourire qui se voulait amical et entra dans la pièce, saluant rapidement les membres du conseil et son père, les fusillant du regard. Vingt petites minutes de retard. L'audience avait déjà commencé. Il souffla un « désolé » à l'intention de son géniteur avant de prendre place.


Les audiences royales, aujourd'hui celle des bourgeois, étaient une espèce de réunion, où les gens du peuple venaient exposer leurs problèmes au roi et à son gouvernement. Si ça avait tendance à ennuyer ces derniers, Aranwë adorait ces moments où il avait le droit d’interagir avec des personnes de classes sociales inférieures à la sienne. Alveas, son précepteur, était aussi présent pour prendre des notes et ensuite lui faire la morale sur ce qu'il faut ou ne faut pas dire à la population. C'était le principal défaut d'Aranwë. Il était trop franc, détestait mentir et, en conséquence, transformait très souvent les audiences en débats interminables sous tensions.


Une fois le prince installé, la double porte en bois s'ouvrit sur une jeune femme blonde, habillée d'une simple robe blanche, trouée par endroits. Aranwë vit du coin de l’œil son père se relever soudainement sur sa chaise, alors que ces yeux intéressés dévoraient littéralement le corps de l'adolescente. Cette dernière s'inclina respectueusement devant le conseil, puis prit la parole.


« Messires, je viens aujourd'hui devant vous pour implorer votre aide. Ma jeune sœur est très malade, elle est atteinte d'une fièvre horrible, qui l'a cloué au lit. Mais... Des paladins sont venus, la nuit passée, et l'ont emmenée. Je n'ai plus de nouvelles d'elle, je vous en supplie, permettez-moi d'entrer dans l’Église du Soleil pour que je puisse la voir. Elle a besoin de moi, et... Et je crains pour sa vie. »


Le prince tourna la tête vers son père. Son expression était très caractéristique. Yeux levés au ciel, main droite se grattant nerveusement la barbe, il cherchait une excuse. Il n'y avait aucun doute possible, sa sœur était morte. Il baissa les yeux, préférant éviter le regard de la jeune fille. Les paladins de l’Église du Soleil avaient pour habitude d'enlever les personnes malades très peu de temps avant leur mort, pour étudier leurs corps, à des fins médicales. Ce n'était qu'une victime de plus parmi tant d'autres. Tous les médecins d'Isendorn étaient sous leur joug, impossible qu'un malade reste « secret » bien longtemps.


« Mademoiselle, commença Archibald, hésitant. Je... Je vous promet de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour ramener votre jeune sœur. Pourquoi ne passeriez-vous pas quelques jours au palais ?

- Père, toutes nos chambres sont prises, improvisa le prince. Donnez à cette jeune femme une bourse de mille pièces d'or. Nous vous tiendrons bientôt informée. »


Le roi jeta un regard réprobateur à son fils, visiblement mécontent de cette prise de décision. Alveas tiqua lui aussi, en écrivant frénétiquement quelques notes dans son carnet. La jeune femme s'inclina, en lui offrant un petit sourire gêné et quitta la pièce. Archibald se tourna immédiatement vers son fils, qui poussa un soupir las.


« Elle est mineure, Père ! La Cour est remplie de courtisanes, occupez-vous donc d'elles. Cette jeune femme n'a pas besoin d'une consolation, mais d'aide.

- Aranwë, je te conseille très fortement de changer de ton avec moi. Tu n'es pas encore roi, toutes les décisions passent par moi avant tout ! »


Le prince leva les mains en signe de soumission, et s'enfonça plus profondément dans son siège. En tournant légèrement la tête, il put voir son précepteur, le visage fermé et les lèvres pincées, irrité par les agissement de son élève. Il allait très probablement payer cet affront, et il n'en avait que faire. Il n'était pas de bonne humeur aujourd'hui, et il comptait bien le faire entendre au monde entier. Une seconde personne se présenta à l'audience, une petite heure plus tard. C'était un homme, cette fois ; ses vêtements laissèrent deviner à Aranwë qu'il s'agissait d'un médecin. Il était nerveux, ne pouvant s'empêcher de bouger ses mains, bégayant. Il n'était pas rare de voir une jeune demoiselle se mettre à pleurer quand Archibald ou lui leur adressait la parole, les hommes, c'était plus rare.


« Mon... Mon... Mon Roi, je viens vous voir aujourd'hui pour... pour un problème majeur, qui requiert votre aide de tou... toute urgence. J'ai de bonnes raisons de pen... penser que quelque chose se cache parmi nous. Pas juste des bandits, des... des créatures étranges... Je... J'ai vu cette femme... Sur son cheval. Elle quittait la ville alors que je rentrais d'une consultation dans un vi... village. Et soudain, elle... elle... »


Il craqua, tombant à genoux dans la pièce, en larmes. Aranwë, la curiosité piquée à vive, se releva rapidement sur son siège. Le roi était lui plus calme, mais tendu, les mains serrant vivement les accoudoirs de son trône.


« Eh bien, parle ! Cria l'un des conseillers derrière le roi, agacé. Cette femme, qu'est-elle devenue ? »


Le médecin releva la tête.


« Elle est descendue de cheval. Et je... Je ne saurais expliquer comment, deux grandes ailes rouge sang ont poussé dans son dos, avant qu'elle-même ne grossisse. Elle a tué le cheval, et elle s'est envolée au loin.

- Comment avez-vous survécu ? demanda Aranwë, les yeux grands ouverts, jubilant sur sa chaise.

- Je me suis caché mon Prince ! Il y avait par chance, un vieux puits en pierre, tombé en ruines il y a plusieurs années de cela. Je n'ai pas réfléchi, et j'ai plongé dedans, pour sauver ma vie ! »


Archibald se grattait la barbe. Il lança un regard vers son fils, puis vers Alveas, désespéré.


« C'est quoi votre nom ? demanda le roi au médecin.

- Drolca, mon Seigneur. Julian Drolca.

- Bien, Monsieur Drolca, nous organisons un conseil de sécurité sur le champ. Vous nous raconterez tout ça en détails. Alveas, emmenez mon fils et occupez-vous-en s'il vous plaît. Ramenez-le pour le tribunal cet après-midi. »


Le mage s'inclina, et fit signe à l'héritier de se lever. Mais celui-ci n'avait pas dit son dernier mot.


« Je veux venir avec vous, Père.

- C'est hors de question !

- Et pourquoi ? A quoi bon me dire que je dirigerai un jour ce pays si l'on m'écarte de toutes les affaires importantes ? Je ne suis plus un enfant Père, mon avis compte tout autant que le votre !

- Tu n'es peut-être plus un enfant, mais tant que tu te comporteras comme tel, tu n'entreras pas au conseil de sécurité. Alveas ! »


Aranwë se leva, faisant tomber sa chaise au passage. Il lança un regard mauvais à son père et quitta la salle d'un pas rapide, son précepteur trottinant derrière lui pour le rattraper. Il continua à avancer dans le couloir, sans se retourner, mais les doigts fins d'Alveas le tirèrent brutalement en arrière. Le prince se retourna, la mâchoire crispée, plantant son regard dans le sien, provocant.


« Dois-je vous rappeler que vous n'êtes pas roi, mon Prince, cracha le mage, mauvais, et que vous pavaner comme un paon décérébré n'améliorera pas votre esprit ? Je suis encore votre professeur, à ce que je sache, et ce n'est pas de cette manière que je vous ai éduqué, jeune insolent !

- C'est sûr que les coups de ceintures et les fessées, ça aide pour se faire respecter d'un enfant de trois ans. »


Le prince arracha son bras de l'emprise de son précepteur, stupéfait, et se dirigea vers sa chambre à grandes enjambées, la tête haute. Il claqua la porte derrière lui, avant d'ouvrir en grand sa penderie. Il avait assez joué à cache-cache dans ce château plus jeune pour savoir où se trouvait la porte menant au couloir des domestiques. Il fut stoppé dans son élan une nouvelle fois, alors qu'il ouvrait la porte, par la main d'Alveas qui venait de l'arrêter dans sa course.


« Que croyiez-vous faire ? Nous n'en avons pas terminé. Puisque votre cerveau semble échauffé, nous allons le mettre à l'épreuve. Vous m'accompagnez, heure de lecture à la bibliothèque, et c'est un ordre. Peut-être que ça vous calmera enfin. »


A contre-coeur, le prince finit par refermer la porte. Il allait déjà avoir assez de problèmes comme ça, ce n'était pas la peine d'en rajouter d'autres. L'esprit bien occupé, Aranwë n'accorda que très peu d'attention au livre que lisait son précepteur, qui essayait en vain de le faire participer un peu. Ils prirent ensuite le repas du midi, toujours dans le silence, puis Alveas lui donna un cours de langue et de mathématiques, comme chaque semaine. C'est d'ailleurs pendant ce dernier qu'Aranwë se rendit compte de l'épreuve qui l'attendait ensuite. Le nain qui avait été emmené hier serait sûrement jugé aujourd'hui. Il tira une grimace. Revoir son père aujourd'hui n'était pas ce qu'il voulait, mais sa curiosité le poussait à y aller.


Dès la fin de son cours de mathématiques, le jeune homme bondit hors de sa chaise pour rejoindre la grande salle. Cette fois-ci, il était en avance. L'audience ne commençait que quinze minutes plus tard, il n'y avait donc pour le moment personne, si ce n'était Alveas, qui avait couru derrière le prince, le visage rouge et essoufflé, et l'accusé, enchaîné, bâillonné et retenu prisonnier par deux gardes. Aranwë fut immédiatement frappé par les bleus recouvrant son visage et ses bras. Il était certain qu'il ne les avaient pourtant pas la veille. Ce dernier le dévisageait par ailleurs, dans un mélange de crainte, de colère et de fierté. Il n'avait pas l'air d'avoir peur, Aranwë se sentait déjà désolé pour lui. Les procès de non-humains étaient rares, et se soldaient la plupart du temps par une pendaison, pour ne pas avoir de problèmes avec les Églises.


Le Roi, le juge et ses jurés entrèrent dans la salle. Aranwë évita soigneusement le regard de son père, ne souhaitant pas l'affronter immédiatement. Il se concentra plutôt sur le nain, les yeux toujours pointé sur lui. Il avait l'impression qu'il le sondait. Le prince aurait bien voulu l'aider, mais il n'en avait aucunement le droit. La loi était la loi, aussi dure, cruelle et injuste qu'elle soit. Archibald s'installa sur la chaise à côté de son fils, qui ne lui adressa même pas un regard. Le jeune homme l'entendit même pousser un petit soupir, à mi-chemin entre l'exaspération, la déception et la tristesse.


« Qu'est-ce que l'on a ? demanda Archibald en se tournant vers le juge. »


Maître Martin Bouissière était un vieil homme, octogénaire, les cheveux gris très courts, et avec de grosses lunettes rondes sur le nez. Il était très expérimenté, et redouté par la plupart des criminels du pays. Il avait jugé un nombre incalculable de personnes non-humaines après la bataille de Mornepierre, et était resté un allié très fidèle d'Archibald Balrarion dès lors.


« Un non-humain, votre Majesté, typé nain. L'homme qui nous l'a amené ici nous a dit qu'il errait derrière ses champs et effrayait les enfants. Comme vous le savez, il n'y aucune matière à juger cette... chose. Les nains ont été, de tout temps, des créatures malignes. On dit même qu'ils volaient les enfants pour les forcer à travailler dans leurs mines, dans l'ancien temps. »


Aranwë fronça les sourcils. Il avait lu beaucoup d'ouvrages sur les nains, à la bibliothèque. Tous les glorifiaient, les présentant comme les inventeurs de la technologie, les sauveurs de l'espèce humaine. Les contes disaient que lorsque les humains s'étaient installés sur les terres de Tyrnformen, ils mourraient de froid. Les nains leur ont apporté un minerai noir, leur permettant, une fois brûlé, de réchauffer le cœur des hommes. Les temps avaient bien changé. Amer, le jeune prince jeta une regard au juge. Il continuait son monologue.


« Ainsi, selon les traditions, et avec l'approbation des Églises, ce nain est condamné à être pendu en place public. Sauf si quelqu'un a quelque chose à dire pour le défendre.

- Moi j'ai quelque chose à dire. »


Tous les regards se tournèrent vers Aranwë. Il ne savait pas ce qu'il était en train de faire, peut-être avait-il même perdu la tête. Alveas, qui se trouvait dans un coin, bondit immédiatement, alors que l'héritier se levait de son siège. Le mage plaça une main sur l'épaule de son élève, ferme.


« Votre Majesté, dit-il en s'excusant auprès du Roi, j'excuse l'attitude de mon Prince. Il ne sait pas ce qu'il dit. Je pense qu'il est fatigué, et que deux jours de repos au lit lui ferait du bien et...

- Père, je connais mes droits, continua le jeune homme, en l'ignorant. Je suis membre du conseil de justice comme tous vos jurés ici. J'ai le droit de m'exprimer.

- Aranwë... Est-ce que c'est vraiment le moment pour tes extravagances ? demanda Archibald, fatigué. »


Le prince poussa son précepteur d'un coup de coude et s'avança vers la barre. Il sentit le regard du nain, méfiant, posé sur son dos. Alveas, nerveux, voulut le suivre, mais Archibald le stoppa d'un mouvement de main.


« Laisse-le parler Alveas. Bien, qu'as-tu à dire Aranwë ? J'espère pour toi que c'est important, tu nous retardes.

- Oui c'est important ! Vous graciez les mendiants volant des légumes dans les champs, juste parce qu'ils ont faim. Pourquoi condamner un nain qui se contentait juste de passer ? Avez-vous une preuve d'un quelconque mal dont il aurait été coupable ? Et quand bien même ses ancêtres enlevaient des enfants, en quoi est-ce sa faute ? Je trouve votre jugement injuste et totalement influencé par le mépris que vous exprimez vis à vis des créatures non-humaines. »


Archibald se leva de sa chaise, sourcils froncés. Le juge, à ses côtés, ne laissait rien paraître, ce qui n'était pas le cas des jurés, qui n'étaient en vérité que des nobles choisis au hasard, corrompus par le pouvoir et leur admiration du Roi. Aranwë savait qu'ils ne rateraient pas une miette de leur échange, et que les rumeurs sur son compte iraient bon train après ça. Mais il n'en avait rien à faire.


« Tu ne sais pas de quoi tu parles, fils, déclara Archibald, en haussant légèrement le ton. Tu n'étais pas à Mornepierre quand ces monstres ont massacré des dizaines de personnes innocentes juste parce que nous leur refusions l'accès à Isendorn. Les nains, les elfes, les orques n'ont aucune morale. Ils tenteront toujours de t'apitoyer, de faire croire à leur innocence, et l'instant d'après, ils te planteront une épée dans le cœur que tu n'auras pas vu venir ! Ces créatures sont maléfiques ! N'as-tu jamais lu les livres sacrés de nos Églises ? N'as-tu jamais entendu les contes de nos prêtres ? Ces histoires ne sont pas juste des contes, ils sont réels !

- Quand bien même ! Ces contes datent d'il y a des dizaines d'années. Tout comme la bataille de Mornepierre, tout comme nos lois ! Père, je pense que votre vision est erronée. Vous restez coincé dans le passé, mais le monde avance, lui. Je ne veux pas gouverner un royaume où la population nous craint. Je veux les aider.

- Aranwë, ça suffit ! »


Crispé, Archibald descendait désormais les marches pour le rejoindre. Aranwë, en colère, soutenait son regard. Il ne laisserait pas tomber l'affaire. Il voulait participer à la politique de ce royaume, changer les choses, ce qui n'était de toute évidence pas l'avis de son géniteur.


« Les lois sont telles qu'elles sont, que tu le veuilles ou non. Je ne fais pas ça parce que je ne les aime pas, dit-il en pointant le nain du doigt. Je le fais justement pour protéger mon peuple. Tu ne connais encore rien à la politique, aux sacrifices que j'effectue pour te laisser un royaume fort et respecté ! Tu me fais honte. Tu ne vaux guère plus que ces bouffons qui viennent danser devant moi dans les banquets.

- Si vouloir changer les choses fait de moi un bouffon, alors je ne veux plus être roi.

- Fils...

- Laissez-moi. »


Aranwë tourna les talons, et se dirigea vers la porte de sortie, rageusement. Juste avant de partir, il put entendre très clairement son père :


« Pendez ce nain. Tout de suite. Et n'écoutez pas ce que dit mon fils, il est encore jeune. Excusez ces propos. »


Le prince serra les poings. Les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'il quittait précipitamment la grande salle. Il traversa le château, le visage fermé, pour gagner sa chambre. Il claqua la porte derrière lui, et se jeta dans son lit. Le jeune homme enfouit sa tête dans son oreiller, et hurla. Un long moment. Quand il releva la tête, un bruit à l'extérieur lui fit tourner la tête. Il se dirigea d'un pas lourd vers la vitre. Sur la place, deux gardes poussaient le nain vers l’échafaud, sous le regard des bourgeois, se rassemblant autour de la scène. Une exécution au beau milieu de la semaine était une chose rare, le Roi attendait généralement les jours de repos pour s'en occuper. Les gardes firent monter le nain sur une caisse, lui attachèrent la corde autour du cou. Aranwë détourna les yeux, lorsque le son du cor retentit. Il ferma les rideaux, alors que la foule applaudissait, euphorique.


Son regard buta sur la commode. Il ouvrit le tiroir, et se saisit de la bouteille. Son autre main effleura le bouchon, alors qu'il se mordait la lèvre. Qu'est-ce qu'il risquait ? Au mieux, ce produit était vraiment magique, et allait lui faire quelque chose. Au pire, ce ne serait que du jus de fraise. Il fronça les sourcils. Ce produit pouvait aussi le tuer. Peut-être serait-ce mieux pour tout le monde ? Décidé, il dévissa le bouchon. Il hésita encore un instant, avant de porter le liquide à ses lèvres. Il en but l'intégralité, avant de reposer le flacon. Il attendit quelques secondes. Rien du tout. Déçu, il se jeta dans son lit, se roula en boule sous sa couverture, et s'endormit tout habillé, épuisé.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Adrien de saint-Alban


L'avenue Charles de Gaulle à Neuilly sur seine entame son réveil. On apercevait la silhouette majestueuse de l'Arc de triomphe qui se détachait du ciel d'un matin de juin resté sombre et gris.
Vers huit heure, l'avenue commençait à se remplir, le brouhaha des voitures précédait celui des piétons qui se multipliaient comme des fourmis au sortir des bouches de métro. Bientôt, c'est une armée de zombies que l'on verra déferler sur l'avenue, une armée d'humains déshumanisés se ruant pour les uns au bureau, pour d'autres à l'usine. Paris, la ville lumière est devenue la ville fantômes. Une ville où il fait sombre vivre. Une ville où il fait sombre travailler. Un désert d'hommes. Une forêt de solitudes. Des corps qui se meuvent comme des mécanismes qui se remontent chaque soir. Des corps dont la mécanique huilée se détend dès la descente du métro et pour tout le long de la journée, pour être remontée le soir même. Et ainsi de suite tout au long de l'année, tout au long de la vie du parisien.

Faire accroire à la ville et au monde que Paris est une ville lumière. Toute la nuit durant, la tour Eiffel scintille de mille feux. Cet échafaudage en ferraille que les beaufs du monde entier nous envient. Donner le sentiment à la ville et au monde que l'environnement est une préoccupation bien française, un souci de tous les jours. Oui, faire venir la terre entière à Paris, tout ce qui se compte de costumes sombres et de nœuds papillons, pour les abreuver de discours et leur donner l'impression que les générations futures pourront respirer un air nouveau et pur. Paris est un concentré d'absurdités. Le panaméen paiera la facture. Un pigeon rêvé, le parisien. Tous ceux qui ont eu en charge l'administration de la capitale n'ont pas eu trop de mal à rouler le parigot dans la farine en le matraquant, en le bernant, en le cocufiant. La dernière en date est cette hispanique hystérique dont la taille du cerveau n'excède pas celui d'un colibri du Vénézuela.
J'ai réussi à trouver une place où me garer. Mon rendez-vous chez le médecin est pour treize heure quinze. Je dois patienter dans ma voiture.
Je pouvais de mon point de vue, à l'abri, voir sans être vu, tel un concierge, épier la foule qui se densifiait à vue d'oeil. Je pouvais scruter le parisien, ses manies, sa manière de marcher, de se mouvoir. Et pourtant, dans ce magma humain craché par les profondeurs de la ville, magma uniforme, désincarné et farouche, chaque parisien est différent. La somme d'individualités est infinie chez le peuple de Paris.
Pourtant, une seule chose les unit : la peur. Une peur inconsciente dont ils ne sont plus les maîtres.
Vous ne verrez jamais un parisien sans une oreillette et un smartphone. Il y a ceux qui se déplacent à pieds, d'autres en trottinette. Je pouvais à loisir faire l'inventaire amusant de tous les travers d'un peuple qui s'ignore.
Je scrute de ma voiture la sociologie parisienne à sept heures du matin. Le parisien blanc est rare à cette heure. Il est encore dans son lit. Le parisien blanc apparaît avec les premières clartés, pas avant.
Le premier à se lever tôt est le citadin noir. Il est le premier à prendre le métro, le premier à aller gagner sa croûte, le premier à aller à la guerre. Le premier à se faire massacrer. Le casse-pipe c'est toujours pour le noir. Une fois qu'il a balayé, nettoyé, sécurisé le terrain, il laisse la place au parisien blanc propre sur lui et cravaté. Les stigmates du colonialisme se sont déplacés du pays colonisé à celui colonisateur. Le même schéma est ici reproduit avec les mêmes codes et le colonisé n'a fait que suivre son colonisateur. Les mêmes rapports de force sont toujours identiques et toujours favorables au blanc. C'est d'autant plus vrai qu'ils s'appliquent chez lui, chez le maître blanc.
J'ai toujours eu une fascination pour le clochard parisien. A chaque mégalopole ses clochards. La physionomie du clochard varie dans le temps et dans l'espace.

La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
0
0
0
6
Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
C'est dans ces conditions que va naitre Nathalie Verseau.
Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
8
20
111
17
Défi
Charlie Jdan
Une souris se faufile dans la maison,
et voilà que tout prend des proportions démentielles...


Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
4
3
0
5

Vous aimez lire Myfanwi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0