Chapitre 11 : Sauvage - Partie 2

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Coucou ! Me revoilà avec la suite de l'aventure. Je tenais à vous offrir la fin de ce chapitre avant les fêtes de Noël, je pense que ce sera le dernier cette année. C'est donc l'occasion pour moi de vous souhaiter de bonnes fêtes et rendez-vous l'année prochaine !


Chapitre 11 : Sauvage

Partie 2


Indrala enrageait. Trempée par la pluie tropicale de la forêt, elle n'avait plus la moindre idée d'où chercher sa proie. La forêt de Qerod était un labyrinthe d'odeurs, de sons, de sensations si vastes qu'elle ne parvenait plus à séparer la piste du prince des parasites autour d'elle. La dragonne devait se rendre à l'évidence : Aranwë Balrarion lui avait échappé une nouvelle fois. Elle donna un coup rageur dans l'arbre le plus proche, qui trembla sous sa main. Même sous forme humaine, sa puissance décuplée représentait une menace pour la faune et la flore alentour. L'immense singe qui l'avait attaqué la veille au soir en avait fait les frais et avait terminé dans son estomac.

Elle regrettait déjà d'avoir gaspillé sa forme draconique si rapidement. Certes, ses avantages sur le plan des longueurs était imbattable, mais en terrain forêstier, elle s'était avérée être un véritable handicap. Du fait de sa mutation progressive en dragon noir, comme tous les êtres de sa race ayant passé le dix millième millénaire, son endurance en vol était de plus en plus limité. D'une dizaine d'heures, elle passait à quatre ou cinq maximum dans les cieux. Après ça, son poids trop important fragilisait ses ailes malgré sa bonne condition physique. Et malheureusement, son poids de métamorphose était encore loin d'être atteint. Elle pouvait encore doubler voire tripler de volume dans les cent années à venir. Elle devrait s'y faire, d'une façon ou d'une autre.

Le temps tropical de la forêt n'était vraiment pas adapté pour elle, davantage habituée au climat glacial des hauteurs de montagnes. Elle haletait bruyamment, désavantage majeur lorsqu'il s'agissait d'être discret. Si elle poursuivait dans ce sens, elle risquait de mourir d'un bête coup de chaleur : une fin pitoyable pour une guerrière de son envergure. Elle se laissa tomber contre un arbre et vida le reste de sa gourde. Elle devait se calmer et réfléchir stratégiquement. Le gamin était un parfait amateur en survie, il ne tiendrait pas deux jours dans la forêt. Pister sa trace s'avérait une urgence. S'il perdait la vie, tout ce manège n'aurait servi à rien. Les risques qu'un accident se produise comme au palais étaient également élevés. Encore plus lorsque l'environnement était constitué d'un matériau hautement inflammable. Les petites crises du protégé d'Adranar ne passeraient pas inaperçues ici.

Elle profita de sa pause pour inspecter méticuleusement les environs. Sous les fougères se cachaient les traces du passage de nombreux animaux. Les arbres révélèrent un peu plus d'informations, et l'une en particulier qui lui déplut fortement. Les elfes marquaient les arbres lors de la chasse pour pointer les zones d'intérêt. Et le végétal devant elle possédait la cicatrice emblématique des armes courbées des oreilles pointues. Ce peuple était redoutable. Ils avaient des informateurs dans la région toute entière, et s'ils avaient suivi la fuite d'Aranwë, Indrala pouvait être sûre de les trouver tôt ou tard sur son chemin. Le rang hiérarchique de sa proie représentait un potentiel danger. Retenir des nobles en otage en échange de droits, d'informations était une méthode très utilisée. Le prince, recherché par les ordres du peuple humain, ne tiendrait pas longtemps livré entre leurs mains.

Mais où chercher ? Aucune piste, aucune odeur, aucun indice ne permettait de le localiser. Elle nageait dans l'obscurité.


Une brindille craqua derrière elle. Elle fit volte face et poussa un grognement menaçant à l'attention de l'imprudent qui osait la déranger. Personne. Elle renifla l'air avec attention. Elle n'était pas crédule et sentait une présence autour d'elle, ainsi que de la magie. Peu de créatures à part les elfes pouvaient vraiment l'utiliser dans cette région du monde de manière intelligente. A vrai dire, elle n'en connaissait que deux : les sirènes et les fées. Etant donné l'absence de point d'eau, elle n'eut guère de mal à en déduire des conclusions.

La situation ne l'enchantait guère. Contrairement aux jolis contes racontés par les humains, les fées n'étaient pas bienfaitrices. Créations ratées d'un mage elfe dans l'ancien temps, elles avaient réussi à fuir dans la forêt et se reproduire en grand nombre. En général, ces créatures vivaient seules, ne supportant guère les autres membres de leur espèce qu'en cas de reproduction. Leur sang hybride, mi-elfe, mi-sirène, mi-griffon en faisaient des machines à tuer redoutables, constamment affamées et carnivores. Chaque fée possédait des pouvoirs différents, celle qui avait fait l'erreur de la prendre pour cible maitrisait de toute évidence l'invisibilité.


"Je ne m'y risquerais pas si j'étais toi, menaça Indrala. Tu risquerais de te brûler les ailes."


Un poids lui tomba immédiatement dans le dos. Une paire de dents pointues se plantèrent dans son épaule. Indrala se retourna violemment et donna un grand coup de dague à son assaillant. La fée tomba au sol et lui cracha dessus, comme un chat. Il s'agissait d'un spécimen plutôt jeune aux cheveux noirs et aux ailes brunes, semblables à celles des griffons. Ses yeux d'un noir de geais colériques étaient braqués sur elle tandis que ses dents blanches taillées en pointes luisaient en parfaite opposition. La peau d'Indrala se couvrit d'écailles et les traces de dents disparurent sur sa peau.


"Tu as commis une grave erreur, très chère."


La créature tenta de fuir face au retournement de situation innatendu, mais Indrala ne lui en laissa pas le temps. Elle la saisit au cou et la releva vers elle. La fée piailla et se mit à battre des ailes frénétiquement pour s'échapper, pauvre animal pris au piège dans les griffes d'un prédateur plus gros qu'elle.


"Tu vas bien m'écouter. Malheureusement, il se trouve que j'ai mangé récemment et que je n'ai pas la place pour te briser. Tu vas donc devoir me servir. Je suis à la recherche d'un humain, brun, les cheveux courts. Il n'est pas discret et se fera repérer rapidement. Tu vas le trouver et si possible me le ramener, vivant. Si tu lui fais mal, que tu oses fuir, ou essaye de me désobéir..."


Elle saisit son bras et le brisa d'une seule pression. La fée poussa un hurlement de douleur et s'agita de nouveau pour s'échapper. La dragonne remit l'os en place sans la moindre émotion et soigna la blessure. Les traces de la fracture s'effacèrent comme si rien ne s'était passé. Traumatisée, la créature trembla sous ses mains. Indrala la lâcha à terre. Elle ne prononça pas un mot et se releva pour lui faire face. Les fées étaient plus petites que les humains, Indrala la dépassait d'une bonne tête.


"Va, maintenant, ordonna-t-elle. Et ne me déçois pas."


Elle hocha timidement la tête avant de disparaître dans un buisson.


*********


Encadrés par les cavaliers de la garde royale, Adranar et Alvéas traversaient Isendorn. Le dragon angoissait. Le départ avait dû être retardé une nouvelle fois suite à une révolte dans la basse-ville. Le peuple grondait et le roi, trop obsédé par la disparition de son fils, ne faisait rien pour améliorer la situation. Si cela continuait, les dragons n'auraient même plus à intervenir : les humains se détruiraient entre eux, et ils auraient juste à souffler sur les cendres pour les raviver.

La place du marché était déserte ce matin-là et les guerriers purent passer sans trop d'encombres. Plusieurs habitants insultaient les soldats à voix basse, mais aucun n'avait encore tenté de les attaquer. Adranar se douta bien aussi que la présence d'humains améliorés dans les rangs y était pour quelque chose. Parfois, sans explication, des humains naissaient avec des pouvoirs élémentaires, sans pour autant développer l'apparence caractéristique des créatures demi-élémentaires, beaucoup plus rares. Ces humains, considérés comme des "élus" des dieux, étaient embauchés dès leur plus jeune âge dans les ordres religieux. Les prêtres leur retournaient le cerveau jusqu'à ce qu'ils deviennent de parfaits meurtriers sans émotions ni remords. Chaque Eglise avait les siens, en fonction des pouvoirs développés par les enfants. Ceux qui entouraient les deux scientifiques royaux appartenaient à l'ordre du Soleil, principal pouvoir d'Isendorn. Ils maîtrisaient la foudre et les sorts de soin, de bien faibles pouvoirs face à ceux maîtrisés par Adranar et les autres représentants de son espèce.


Le dragon lança un regard vers son accompagnateur par défaut. L'alchimiste royal ne voulait pas être là. Il marmonnait dans sa barbe, répondait sèchement à ses remarques et allait jusqu'à l'ignorer lorsqu'il voulait parler de l'organisation de leur voyage. Malheureusement, Adranar ne pouvait pas s'en débarrasser dans l'immédiat. Indrala avait perdu la trace du prince et le précepteur du garçon le connaissait mieux qu'eux deux. Il devrait simplement trouver un moyen de lui arracher les informations sans paraître trop suspect à ses yeux. L'affaire ne serait pas aisée.


"Messire Panrion ? l'appela le chef de l'escadron qui les escortaient. Nous atteignons bientôt les portes de la ville. Nous vous accompagnerons jusqu'aux limites des terres cultivables, puis je vous laisserais en compagnie de trois de mes hommes. Ce sont tous des améliorés, ils vous mèneront à bon port à Mornepierre.

— Seulement trois ? réagit immédiatement Alvéas.

— Oui, répondit le soldat, agacé. Avec les révoltes en ville, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser trop de soldats à l'extérieur, nous avons besoin d'eux pour protéger le roi."


L'alchimiste claqua de la langue, sous le regard moqueur d'Adranar. Cet homme n'était jamais satisfait, et cela amusait beaucoup le dragon. Sa récente nomination au poste de scientifique royal avait sans doute dégrader la situation. Le seigneur Balrarion avait tenu à remercier Adranar pour ses services en faisant de lui un membre officiel de la Cour. Ce pauvre homme ne savait pas l'erreur qu'il avait commis. Faire rentrer un dragon dans le cercle privilégié de Sa Majesté, c'était offrir des informations sur un plateau d'argent sur le fonctionnement de la monarchie à son peuple. Le vieil homme aurait dû se méfier plus. Quoi qu'il en soit, cette décision n'avait pas plu à son homme de main, comme en témoignait l'extrême froideur avec laquelle il s'adressait désormais à lui.

Adranar fouilla un peu les sacoches de sa jument et en sortit une petite boule de cristal. Une carte de la région apparut immédiatement sous ses yeux, ainsi qu'un point rouge. Indrala se trouvait toujours en plein coeur de la forêt de Qerod. Les pluies diluviennes rendaient difficiles les communications entre les deux dragons, mais le signal de son amie suffisait à lui indiquer ses progrès. Le garçon était plus malin que prévu. Au lieu de fuir vers Mornepierre, il s'était enfoncé dans la forêt, ce qui compromettait leurs plans. Si en ville, il était simple de repérer tout étranger, la méfiance naturelle des humains permettait de débusquer les proies facilement, dans la forêt de Qerod, la situation était fort différente. L'environnement ne servait qu'à tuer. La majorité des prédateurs de la régions, animaux comme créatures plus intelligentes, s'y habritaient pour échapper aux hommes ou à la loi. Livré à lui-même, le prince n'avait aucune chance à moins d'être repéré par les elfes ou les centaures. Brûler une cité était beaucoup plus simple pour récupérer le prisonnier. Encore fallait-il être sûr que ce soit le cas. Adranar cherchait à contacter les agents embusqués dans la capitale elfe, sans grand succès encore. En cas de capture, eux seuls pourraient les guider dans le labyrinthe qu'était le grand arbre des oreilles pointues.


"Qu'est-ce que c'est ? demanda Alveas avec méfiance."


Adranar se tourna vers lui, il pointait le transmetteur draconnique du doigt. Le dragon rangea la boule de cristal et lui sourit.


"Un moyen de liaison avec ma compagne. Elle est partie avant nous sur les traces du prince.

— Je n'ai jamais vu tel objet auparavant, appartient-il à votre... pays de provenance ?

— En effet. Rien de magique, si c'est ce dont vous avez peur. Indrala possède un équipement semblable et le magnétisme des deux permet de la localiser, tout simplement."


Le mensonge suffit à l'alchimiste. Il renifla bruyamment et se reconcentra sur la route. Ils atteignaient déjà le pont de l'entrée de la ville.

Les gardes sonnèrent le cor pour ordonner aux paysans présents de s'écarter. Les soldats se tendirent. Lors de leur dernière tentative de sortie, c'était ici que tout avait dérapé. Sur les premiers mètres, la foule s'écarta sans problème. Certains regards mauvais inquiétèrent les voyageurs, sans pour autant que le recours à la violence soit nécessaire. Néanmoins, arrivé à la moitié de la passerelle, l'ambiance changea brutalement. Sorti de nulle part, un fermier bondit vers le cortège et planta sa fourche dans la cuisse d'un des chevaux. La bête se cambra de douleur et le paladin tomba au sol. Deux gardes volèrent à son secours immédiatement et réprimèrent l'attentat par le sang. L'épée tranchante coupa d'abord un bras, avant de se planter dans la jugulaire du travailleur qui s'effondra au sol dans un concert de cris stupéfaits et colériques. Très vite, l'animation gagna le peuple. Plusieurs hommes tentèrent d'attaquer les gardes, des "Assassins !" furent scandés derrière leur dos. Les chevaux, de plus en plus nerveux, renâclèrent.


"On va passer au galop ! cria le sergent en charge de l'opération. Marc, Frank, restez à l'arrière et repoussez-les."


Le garde s'élança dans la foule, suivi par les autres chevaux encore debouts. Plusieurs personnes passèrent sous les sabots de la cavalerie, mais la plupart des paysans s'écartèrent du chemin. Une fois hors du pont, les cavaliers tracèrent vers le nord.

La compagnie s'arrêta quelques secondes sur une butte et se retourna pour voir ce qui était advenu des deux soldats laissés pour compte. Prisonniers au sein de la horde enragée, ils furent démembrés par les villageois. Le sergent soupira avant de tourner les talons, ses compagnons derrière lui. Ils ne pouvaient de toute façon rien pour eux.


Ils avaient une mission à accomplir, et les terres sauvages qui s'ouvraient devant eux ne seraient nullement plus clémentes à leur encontre.


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Adrien de saint-Alban
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