Chapitre 2 : Changements - Partie 1

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Bonjour ! Après deux longs mois d'intense réflexion, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai terminé la première partie du chapitre 2. Merci à toutes les personnes qui ont commenté le dernier chapitre, l'accueil de mon début de roman a été extraordinaire. Vous êtes tellement nombreux que je vais pas pouvoir vous citer cette fois-ci xD Sinon, j'ai décidé d'adopter le format “une partie de chapitre” par mois, pour être plus régulière. On va voir si je tiens le rythme ;) Comme d'habitude, je vous encourage vivement à me laisser des commentaires pour dire ce qui va et ce qui ne va pas, j'en ai besoin pour avancer ! Je vous fais des bisouilles, bonne lecture, et on se retrouve le mois prochain !


Chapitre 2 : Changements

Partie 1


« Au meurtre ! Au meurtre ! »


Un paysan chauve en tenue de travail, fourche à la main, traversa la foule de marchands qui s'écarta à son passage, évitant le danger que pouvait représenter l'outil. Il courait, ne faisant pas attention à ce qu'il se passait autour de lui, paniqué. Aranwë était toujours occupé à discuter avec l'un des derniers marchands qui vendait de vieilles tapisseries. Il se retourna, sa curiosité piquée à vif. Le nouvel arrivant agrippa l'un des gardes, et le secoua, sous le regard un peu perdu du prince héritier, se demandant ce qu'il était censé faire dans ce genre de cas. Il essaya bien d'intervenir, mais plusieurs gardes lui barrèrent la route immédiatement, en lui enjoignant de rester en arrière pour sa sécurité. Le paysan était assez âgé, et il empestait le foin pourri, odeur à laquelle Aranwë n'était pas habitué, citadin qu'il était.


« Que se passe t-il, vieil homme ? demanda le garde, d'un ton sec.

- C'est M. Phédia ! Il... Il a été assassiné, Messire ! J'ai trouvé son corps dans la ruelle derrière. Il y avait du sang partout ! Le mur, le sol, … Et le maréchal-ferrant dit s'être fait attaquer par une femme qui a pris la fuite ! Oh mon dieu, Messire, sommes-nous en danger ? J'ai ma femme à la maison, et deux gamins. C'est des bons petits gars, qu'est-ce que je dois faire, Messire ?

- Silence, vieil homme. Laisse la garde faire son travail et rentre chez toi. Prends ces quelques pièces en gage de récompense pour cet acte noble. Va maintenant. »


La paysan récupéra la bourse, cachant le sourire naissant sur son visage, en hochant la tête. Il ne tarda pas à disparaître dans la foule peuplant la grande route, son précieux paquet collé contre son torse. Le garde poussa un soupir, et se tourna vers ses compagnons d'armes, qui se mirent au garde-à-vous, attendant les ordres.


« Vous là, escortez le prince Aranwë jusqu'au château, fermez les portes et prévenez Sa Majesté le roi à son retour. Mon prince, dit-il à l'attention de l'héritier, ne vous inquiétez pas, nous nous occupons de ce problème. »


Le jeune homme voulut protester, curieux de connaître le fin mot de cette histoire, mais les gardes le poussèrent vers la sortie de la place, en rangs serrés. Il était contraint d'avancer, ce qu'il finit d'ailleurs par faire à contre-coeur, en voyant ses protecteurs très tendus. Il fut ramené très rapidement aux portes du palais, et des serviteurs l'escortèrent ensuite vers ses quartiers. Il poussa un soupir quand la porte se referma sur lui. Son père était parti en visite dans un village voisin, et ne rentrerait que le soir venu. On le gardait donc prisonnier jusqu'à ses cours de l'après-midi, pour ne pas qu'il commette de bêtises. Comme s'il était encore un enfant. Ce comportement surprotecteur avait tendance à l'agacer, et ce sentiment ne cessait de prendre de l'ampleur avec l'âge. Il posa son sac sur son lit, et se mit à déballer ses achats du marché, dans de grands gestes crispés. Il essayait de contenir sa frustration.


Il rangea les tissus dans sa penderie, cacha la nourriture et les confiseries dans ses tiroirs, pour ne pas que Marie-Rose ne le dispute, puis ses doigts frôlèrent ce flacon étrange. Il prit la bouteille entre ses mains, l'analysant, ouvrit le bouchon pour renifler. Ça ne ressemblait pas à du jus de fraise. C'était par conséquent sûrement dangereux. Il décida de ne pas y toucher pour le moment, et le rangea précieusement dans un de ses tiroirs. Il hésitait. Qu'allait-il en faire ? Le montrer au mage du palais ? Le donner à son père ? Le garder ? Il se mordit la langue. Le jeune homme avait encore le temps de décider, ce n'était pas pressant.


Il passa le reste de la matinée couché sur son lit, les bras écartés, à réfléchir au sens de son existence en attendant qu'on vienne le chercher pour le repas du midi. Marie-Rose l'entraîna vers le grand salon, en lui rappelant les cours d'équitation et de politique à venir dans les heures qui suivaient. Il le savait très bien, depuis le temps qu'il les pratiquait, mais il la laissa poursuivre, par politesse.


Aranwë se crispa en entrant dans la grande salle à manger, en apercevant un grand homme chauve, habillé d'une robe gris-noir élégante et clairement coûteuse. Alveas Gariwel, le mage -ou plutôt l'alchimiste, bien qu'il détestait ce terme- de la cour, et également son précepteur, se tenait debout près de la vieille cheminée en marbre, mains croisées dans le dos.


Le prince ne le portait pas beaucoup dans son cœur. Derrière son masque de gentilhomme, quand le roi était présent, se cachait en réalité un homme froid, un brin maniaque, qui n'hésitait pas à le réprimander de sa main lorsqu'il était plus jeune pour qu'il apprenne plus vite. Aranwë le respectait, plus par crainte de représailles que par réelle sympathie et avait appris à s'en méfier. Il n'était pas dupe, cet homme cherchait une bonne place dans la cour, et il voulait à tout prix diriger le pays comme lui l'entendait. Aranwë savait qu'une fois son père six pieds sous terre, il se retournerait sans hésiter contre lui pour prendre le pouvoir par la force. Et il ne se sentait pas prêt à l'affronter.


Le mage s'était tourné vers lui, Aranwë s'inclina respectueusement, évitant soigneusement son regard. Alveas en fit de même, souriant amèrement, comme à son habitude.


« Asseyez-vous, mon prince, nous devons parler. »


Aranwë se tendit encore un peu plus. Ce n'était jamais bon quand il sortait cette petite phrase en apparence innocente. Que lui préparait-il encore ? De nouveaux cours, une nouvelle punition pour une raison aléatoire ? Il ne se souvenait pas avoir fait quelque chose de mal pourtant. Il finit par obéir, alors que les cuisiniers commençaient à ramener son repas, dans de grands plats en argent. Le mage s'installa en face de lui, pour l'avoir yeux dans les yeux.


« Mon prince, votre père m'a demandé de vous... éduquer sexuellement. Afin que vous vous intéressiez plus aux jeunes prétendantes qui vous sont régulièrement présentées. Tout comme vous, je le pense, je n'ai nul désir de perdre du temps à ça. Je suis là pour vous apprendre des choses utiles, dit-il en appuyant bien sur ce dernier mot. C'est pourquoi, si vous êtes d'accord, je vous propose de transformer cette heure en heure de lecture. Pour notre bien à tous les deux. »


Le jeune homme, pris de court, resta un moment la fourchette en l'air. Il se demandait s'il était vraiment sérieux ou si c'était simplement une ruse pour le forcer à encore plus étudier, c'était en quelque sorte sa spécialité, alors que lui n'aimait pas du tout ça. Il plissa les yeux. Le visage de son précepteur était vide de toute expression, comme à l’accoutumée, il ne pouvait pas se fier à lui-même cette fois-ci. Il finit par hocher la tête à sa requête, surpris de voir son interlocuteur pousser un soupir de soulagement non-caché.


« Ceci étant réglé, je vous rappelle que nous avons cours de politique tous les deux à dix-huit heures précises. Ne soyez pas en retard je vous prie, nous avons beaucoup de choses à voir. »


Il se leva, s'inclina devant lui et quitta la pièce rapidement, probablement par peur que son élève ne change d'avis. Aranwë déjeuna tranquillement, en discutant des derniers ragots avec le cuisinier, M. François. Son père lui défendait de parler avec les serviteurs de classe sociale trop basse. « On ne discute pas avec les gens du peuple », disait-il. Mais... Il n'était pas là, et c'était une raison suffisante pour lui désobéir. Il apprit ainsi que les gardes avaient rapporté le corps de M. Phédia une heure plus tôt, et que ce qui l'avait tué avait fui la ville. La garde hésitait même à attribuer à sa mort un caractère magique, et que tout cette affaire était donc probablement la faute des elfes des bas-quartiers.


Aranwë n'avait jamais vu d'elfe de sa vie, mais il en avait beaucoup entendu parler. Des créatures étranges, ne vieillissant que peu et aux oreilles difformes, maîtrisant la plupart du temps l'alchimie ou les herbes, mais à qui on accordait de temps à autre des pouvoirs d'origine magique, bien que ce soit défendu dans tout le royaume. Son précepteur leurs accordait volontiers la cause des maladies, de la famine et de tous les maux secouant la ville. Lui, était plus intrigué qu'autre chose, désirant voir ça de ses propres yeux. Le jeune prince avait toujours été fasciné par la magie, et la raison de son interdiction dans les plaines. Mais personne ne semblait vouloir apporter de réponses à ses nombreux questionnements, « parce qu'un prince n'a pas à interagir dans les affaires royales ne le concernant pas. »


Le repas se termina dans le calme, il remercia le cuisinier, puis des gardes le conduisirent dans la cour où son maître cavalier l'attendait, la bride de son palefroi, Altaïr, dans la main. C'était un grand destrier, très fougueux et joueur, âgé de deux printemps à peine, couleur gris-blanc. Il avait encore un peu de mal à se laisser monter, mais il appréciait les exercices qui lui étaient proposés. Son professeur était un vieux noble qui résidait au château depuis aussi longtemps qu'Aranwë s'en souvenait. C'était un ancien ministre devenu trop âgé pour exercer, mais sur lequel son père comptait toujours énormément, par sa fiabilité. Et il aimait beaucoup les chevaux, peut-être même plus que sa propre femme, lui reprochant sans cesse de passer plus de temps avec ses bêtes qu'avec elle.


L'apprenti échangea quelques mots avec son maître, puis ils se mirent en selle. Son professeur montait un robuste cheval de guerre à la robe baie, Jouvence de son nom, un vieux destrier qui avait connu de meilleurs jours. Il avait participé à la bataille de Mornepierre, dont le père d'Aranwë ne cessait de se vanter. C'était la bataille de sa vie, celle qui l'avait mis sur le trône, et il ne manquait pas de déformer les faits pour la rendre plus épique encore. Aranwë l'avait compris le jour où il était passé d'un combat contre une tribu d'orques sanguinaires à deux tribus, avec des elfes archers et de puissantes manticores comme montures. Dès lors, plus personne n'accordait réellement attention à ses histoires, si ce n'est les jeunes courtisans de la cour, toujours avares de ces bêtises.


Son professeur l'entraîna vers les grands jardins du palais : une immense étendue d'herbe boisée, où se déroulaient parfois de grandes fêtes, en plein été, quand il faisait trop chaud pour festoyer à l'intérieur. Il travailla le pas, le trot et le galop, puis son maître lui laissa plus de liberté, le laissant zigzaguer entre les arbres et sauter par dessus les petites souches. Aranwë appréciait ces petits moments de liberté dans sa vie déjà bien chargée. Quand il chevauchait, il ne pensait plus à toutes les obligations qu'il devait suivre en tant que prince héritier, il était un jeune homme banal, d'une vingtaine d'années, insouciant et profitant du vent fouettant sa chevelure grâce à la vitesse de son destrier.


C'est pourtant souvent dans les meilleurs moments qu'arrivent les plus grands imprévus. Aranwë contournait un arbre sous le regard de son professeur, quand des hennissements les surprirent tous deux. Une grande roulotte un peu bancale, tirée par quatre énormes chevaux à la robe noire, traversa la plaine boisée au galop. Le prince se retourna, aussi curieux qu'étonné. Le maître cavalier se rapprocha instinctivement de lui, une main sur le pommeau de l'épée courte qu'il ne quittait jamais, alors que le convoi ralentissait à leur approche. L'homme qui menait les chevaux finit par arrêter ses bêtes.


« Eh toi là, t'as l'air d'être intelligent, t'vas peut-être pouvoir m'éclairer ma lanterne ! Vous savez comment qu'on rentre dans le château ? J'ai un prisonnier à livrer, c'est mon premier jour de travail, et je suis un peu perdu.

- Vous n'êtes pas au bon endroit, Messire, répondit courtoisement son professeur, quoiqu'un peu crispé. L'entrée du château est de l'autre côté. »


L'inconnu tapa un grand coup sur sa charrette, contrarié par cette annonce.


« V'là qu'arrange pas mon affaire, grogna l'inconnu. Et comment qu'on la rattrape l'grande route d'ici ? Il est meugnon votre p'tiot.

- Vous venez de vous adresser sans permission au prince Aranwë Balrarion, digne héritier du trône de Tyrnformen, lâcha mécaniquement le maître cavalier, veuillez vous excuser immédiatement avant que je n'appelle la garde.

- Qué ? C'est lui le rejeton du Roi ? J'vous prie de m'excuser, mon Seigneur, j'vous avais pas r'connu. 'Faut dire que ça fait un moment que je suis pas venu au château.

- Excuses acceptées, répondit Aranwë avec un sourire timide, un peu mal à l'aise. »


S’apercevant sans doute qu'il n'était pas le bienvenu, l'homme fit faire demi-tour à sa charrette, pour repartir d'où il venait, non sans souffler et insulter le mauvais sort au passage. Aranwë se leva un peu sur son cheval, essayant de voir le contenu du chariot. Son regard croisa brièvement celui d'un être humanoïde, beaucoup plus petit qu'un humain, bâillonné et solidement attaché, qui lui lança un regard sombre, lourd de reproches.


Le prince serra les dents. Il devait y aller. Il jeta un regard en biais à son professeur, occupé à frotter l'encolure de son cheval, sali par des éclaboussures de boues suite au passage de la charette. Aranwë prit les rênes et lança son palefroi au trot, pour rattraper l'étrange convoi, comptant sur l'effet de surprise pour gagner quelques secondes. Son conducteur lui lança un regard curieux.


« Qu'est qu’y a mon Seigneur ?

- Qu'est-ce que vous transportez ? Demanda t-il, curieux.

- Oh. Bah c'est un nain. Il traînait dans les champs derrière chez moi, à voler l'bouffe de ma famille. 'Fallait bien que j'm'en débarrasse, vous m'voyez. Donc j'ai d'mandé à ma femme de m'ramener une pelle, et j'lui ai écrasé sur le caillou. Un voisin m'a dit qu'en le vendant au château j'pourrais gagner assez de blé pour t'nir jusqu'à la prochaine récolte.

- Vous êtes sûr qu'il vous a volé ? J'ai lu dans un livre que les nains ne vivaient qu'au nord, qu'ils ne s'aventuraient guère dans les plaines.

- Ouais, bah c'est un nain quoi. On aime pas les types louches dans m'village vous savez. Sa disparition f'ra du bien à tout le monde. Puis c'est vot' père qui dit qu'on doit ramener les machins magiques à la Capitale, j'fais qu'obéir moi. »


Ils furent interrompus par le maître cavalier du prince, qui plaça son cheval entre le convoi et l'héritier. Son regard était glacial, meurtrier, il ne semblait pas avoir apprécié la petite escapade du prince, qui sentait déjà tomber les reproches sur ses épaules.


« Mon prince, sauf votre respect, cette affaire ne concerne que votre géniteur, pas vous. Suivez-moi, la leçon est bientôt achevée, et j'ai promis à votre précepteur de vous amener à votre cours suivant à l'heure. »


A contre-coeur et résigné, Aranwë fit demi-tour, vers le château, non sans un regard pour le nain, désormais debout, le dévisageant intensément, le visage fermé. De retour au château, on le conduisit à Alveas, son précepteur, pour qu'il puisse recevoir son cours de politique. Il n'écouta son professeur que d'une oreille, plongé dans une profonde réflexion. Depuis quand son père faisait-il enfermer des nains ? Se pouvait-il que d'autres choses lui aient été cachées ? Il se promit d'en discuter avec son père dès le lendemain.


Après un rapide repas, il regagna sa chambre, se jetant dans son lit. Il posa ses deux mains sur son ventre, un petit sourire finit même par pointer au coin de ses lèvres. Il avait encore beaucoup de choses à étudier, ce qui, en soit, était une bonne chose. Maintenant qu'il avait la certitude que toutes ces créatures qu'il avait découvertes à travers les livres étaient peut-être réelles, il ne pouvait cesser de s'imaginer courant dans les bois, avec, à ses côtés, un troupeau de ces centaures mythologiques le passionnant tant. Il avait temps de questions, beaucoup trop.


Il ouvrit d'une main le tiroir, attrapant la petite fiole soit-disant magique reçue le matin même. Il mourrait d'envie de la boire, « pour essayer ». Mais une certaine retenue l'en empêchait. Il reposa le flacon à sa place originelle, referma précautionneusement le tiroir, avant de se glisser sous sa couverture. Un sourire étira largement son visage, alors qu'il fermait doucement les yeux, se laissant guider vers le pays des songes.

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Adrien de saint-Alban


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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
C'est dans ces conditions que va naitre Nathalie Verseau.
Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
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Défi
Charlie Jdan
Une souris se faufile dans la maison,
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Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
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