Chapitre 11 : Sauvage - Partie 1

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Hey ! Devinez qui est enfin de retour, ahah. Je sais, je sais : « Ah bah c'est pas trop tôt ! ». Alors, techniquement, on est encore sous la barre des deux mois, donc vous pouvez rien me reprocher :') Je vous jure que j'ai fait au mieux pour être à l'heure, mais il se trouve que ma rentrée a été une longue succession de paniques à bord et de rattrapages de textes en retard. Mais je commence à retrouver un rythme un peu plus stable, et donc ça donne envie d'avancer Tyrnformen. Voici le début du chapitre 11 tant attendu !


Chapitre 11 : Sauvage

Partie 1


Quelques longues heures s’étaient écoulées depuis l’attaque du monstre, mais Aranwë n’osait toujours pas essayer de regagner la surface. Effrayé à l’idée qu’Indrala l’attende à l’extérieur, il se terrait dans un coin de la grotte, silencieux. La nuit tombait à l’extérieur et il faisait de plus en plus sombre dans la faille où il s’était réfugié, ce qui limitait grandement ses mouvements. Assis contre la paroi, la tête levée vers les cieux, le prince attendait que quelque chose arrive. Les plaies liées à sa chute avaient agrandi sa collection d’écailles sur son dos et ses jambes, et il craignait de déclencher une nouvelle crise s’il y touchait trop. Faire du bruit se trouvait être la pire des choses qui pouvait lui arriver.

Son ventre gronda, mécontent. Il commençait à avoir faim et, malheureusement pour lui, ses maigres rations s’étaient envolées avec son cheval. Rien ne poussait autour de lui, pas même les racines. Il faisait aux mieux pour ignorer cette sensation désagréable, quand bien même elle lui parut de plus en plus persistante. Plus il essayait de ne pas y penser et plus il avait faim. Ce cercle infernal le plongeait dans un mal-être général renforcé par l’angoisse d’être enlevé ou dévoré par la bête qui le menaçait, quelques mètres au-dessus de lui.

Agacé par sa couardise, il se releva et fit quelques pas timides en direction de la lumière. Le bruit des ailes de la créature n’étaient plus qu’un lointain souvenir désormais, pourtant, il craignait le piège. De plus, il se trouvait en territoire inconnu. Même s’il gagnait la surface, il n’avait aucune idée de la direction qu’il avait emprunté, et encore moins la capacité de progresser dans la forêt de Qerod sans encombre. Son père lui avait raconté tellement d’histoires horribles sur ce qui se cachait dans ces bois qu’il redoutait d’y mettre les pieds, quand bien même il connaissait la tendance à l’exagération de ce dernier. Il faisait partie de l’école qui pensait que tout conte ou mythe avait des fondements réels. Peut-être n’étaient-ils pas si terribles que dans les histoires, mais prudence était mère de sûreté.

Il examina la paroi rocheuse. Même s’il possédait quelques bases en escalade, la paroi lui parut bien rêche. Il s’approcha du mur minéral et testa la solidité des pierres. Sa prise se décrocha en une tirée. Il lâcha le caillou au sol. Non. Ce n’était définitivement pas une bonne idée à moins qu’il ne soit assez suicidaire pour se tuer tout seul. Mais comment sortir dans ce cas ? Il avança un peu dans la brèche. Celle-ci s’enfonçait loin dans les ténèbres sans garantie d’échappatoire, ce qui ne le rassurait pas. Il étudia brièvement les solutions qui s’offraient à lui : escalader un mur friable ou plonger dans l’inconnu ? Aucune des deux options ne le satisfaisait. Il pouvait toujours attendre d’être secouru, mais il pourrait aussi simplement mourir de faim et de soif dans l’indifférence générale. Ou pire, être retrouvé par celle qui l’avait forcé à se jeter dans ce trou en premier lieu.

Il poussa un râle de frustration. A quel point sa naïveté l’avait-elle convaincu de la réussite de son entreprise ? Il n’était pas prêt pour l’extérieur. Jouer avec les gardes et les chasseurs de primes d’Isendorn ne s’était pas avéré d’un grand secours à l’extérieur. Épuisé, il se replia dans son coin. Il ne servait à rien de s’impatienter dans le noir. Il se coucha sur le sol et ferma les yeux pour tenter de dormir quelques heures tant bien que mal.


A l’aube, une pluie tropicale s'abattit sur la forêt. Il se réveilla difficilement, les vêtements noyés et collés à la peau. L’eau glissait le long des rochers et tapissait le sol de flaques épaisses. Aranwë se redressa et grelotta légèrement. Gravir les parois étaient désormais impossible, trop glissantes et instables. Il se réfugia dans le tunnel naturel offert par la faille. Il y voyait un peu plus loin que la veille, mais pas assez pour s’y aventurer sans risque. Pas équipé pour tenter de créer une torche, il avança à tâtons dans l’obscurité, faute d’alternative. 

Dans un premier temps, le passage, large, se rétrécit jusqu’à devenir difficilement praticable. Aranwë dut parfois ramper dans la boue pour passer certains enfoncements trop étroits. A cela s’ajouta bientôt l’humidité qui rendait le sol glissant et le froid. L’exploration vira même au cauchemar lorsqu’il chuta dans une poche d’eau qui le trempa intégralement. Perdu dans le noir et désorienté, il continuait à avancer toujours tout droit dans l’espoir d’une lueur pour venir à son secours. Après presque trois heures de marche, le salut se présenta au bout du tunnel. 

La petite artère de roches s’élargit brusquement pour se déverser dans une grande caverne. Un rayon de lumière perçait du toit, signe que la surface ne se trouvait plus très loin. Dans son sillage, une végétation timide avait poussé et servait de paillasse à un animal de grosse taille. Caché derrière un caillou, Aranwë le regardait depuis plusieurs minutes, incapable de se décider sur la marche à suivre. La bête faisait dans les trois mètres de long. Son corps était celui d’un grand fauve, tandis que sa tête prenait plus du rapace. Deux grandes ailes brunes reposaient de chaque côté de son corps. Roulées en boule contre la grosse créature, trois jeunes dormaient paisiblement. Incertain de la dangerosité de l’animal, il hésita. 

Il fit un pas dans leur direction. L’embranchement qui l’intéressait se situait derrière eux. Faire le tour lui parut le plus sécurisé, mais s’il devait courir, cela pouvait signer son arrêt de mort. Comme si elle l’avait senti, la bête releva soudain la tête. Ses yeux scrutèrent les ténèbres avec méfiance. Le jeune homme s’était réfugié derrière son rocher le plus discrètement possible, mais il n’était pas certain que cela suffise. L’animal glapit, les trois petits s’éveillèrent, alerte, et se réfugièrent dans les pattes de leur mère. Elle sentait qu’il était là. Elle reniflait l’air avec attention, les plumes gonflées comme un chat effrayé. Ses ailes pendaient le long de son corps, protégeant les rejetons qui n’en menaient pas large.

Elle avança légèrement dans sa direction. Sa gorge émettait des sons rauques, menaçants. Aranwë, en danger, tenta de contourner l’animal en faisant le tour du rocher. Il tomba nez à nez avec l’un des petits resté en arrière. La bête se gonfla comme un soufflé et drensa à son encontre. Alertée, la mère bondit devant lui. Ses plumes se dressèrent et se mirent à se secouer comme un serpent à sonnette alors qu’elle lui feulait dessus avec agressivité. Terrifié, le prince recula contre le mur pour mettre un maximum d’écart entre lui et la créature de plus en plus menaçante.


“Je ne te veux pas de mal, lui dit-il comme si elle pouvait le comprendre.”


Le son de sa voix renforça l’agitation de la bête qui donna un coup de patte dans l’air pour l’avertir qu’elle pouvait devenir plus violente encore. Les petits lui grognaient dessus plus timidement. Cependant, elle n’attaquait pas. Aranwë savait qu’elle voulait éviter le conflit. Se blesser dans l’opération pourrait s’avérer dangereux pour sa portée. Mais il savait aussi à quel point une mère pouvait aller loin lorsqu’il s’agissait de ses enfants et la sous-estimer était l’erreur à ne pas commettre. C’était une impasse.

Le jeune homme recula légèrement vers le tunnel. La bête ne bougea pas jusqu’à ce qu’il soit hors de vue. Aranwë la vit saisir doucement un des petits par la peau du cou, et elle plongea vers la faille au-dessus d’elle pour les emmener en sécurité. Le prince patienta jusqu’à ce que le dernier petit soit emporté, avant de courir vers le tunnel de l’autre côté de la caverne comme si sa vie en dépendait. Il débouchait sur un monticule rocheux que la lumière du soleil illuminait. Aranwë, rassuré, commença à escalader pour regagner la surface. Il se hissa sur le bord et se laissa choir, épuisé. Il était dans un sale état : ses bras, ses jambes et son visage étaient couverts de terre et de bleus, ses vêtements étaient troués par endroit. Mais il était libre.


Cependant, sa joie ne dura pas bien longtemps. La caverne l’avait mené au beau milieu de la forêt de Qerod. Des arbres d’une hauteur vertigineuse l’entourait de partout, sans sentier visible. Certes, il était de toute évidence loin de la zone brûlée par le dragon, mais maintenant, il n’avait plus la moindre idée d’où est-ce qu’il se trouvait. Il se redressa et fit quelques pas incertains dans la végétation luxuriante. Le masque végétal lui bloquait la vue du soleil, il ignorait combien de temps il lui restait avant la tombée de la nuit. Son aventure dans le noir l’avait quelque peu désorienté.

Son ventre se rappela à lui de manière sonore. Il n’avait pas mangé depuis un petit moment et il commençait à en sentir les symptômes. Il y avait des buissons et des arbres partout autour de lui, peut-être trouverait-il son bonheur en route. Il n’était jamais frileux pour de nouvelles découvertes culinaires. Après un instant d’hésitation, il choisit d’avancer droit devant lui, dans ce qu’il espérait être le nord.


La nuit tomba deux heures plus tard, sans qu’il ne soit plus avancé. La forêt était de plus en plus dense, mais aucun signe de civilisation à l’horizon. Il aurait aimé rebrousser chemin, seulement, il n’avait plus la moindre idée d’où il venait. Peut-être était-ce d’ailleurs déjà le cas. Il établit son camp de fortune contre un arbre au tronc massif. Dans l’obscurité, il n’avait aucune chance seul. Il se camoufla maladroitement en se recouvrant de feuilles mortes. Cette journée avait été compliquée et longue et le poids de la fatigue s’abattait déjà sur lui. Il hésita à faire un feu, mais quelques minutes de recherches dans les fourrés lui indiquèrent qu’il n’y avait pas le matériel adéquat pour. Il se coucha, frigorifié par sa chute dans le lac souterrain, et tenta de s’endormir tant bien que mal, sans se douter une seconde que le réveil serait on ne peut plus brutal.

Un peu avant l’aube, un bruit étrange raisonna sous terre et le tira de sa rêverie. Il s’agissait d’une vibration assez soutenue, comme les pas de chevaux au galop. Inquiet à l’idée que les hommes de son père puisse l’avoir retrouvé, le prince se réveilla en sursaut. Il effraya un petit écureuil qui l’avait escaladé bravement et qui disparut dans les fourrés. Les bruits de sabot se rapprochaient. Il essuya son pantalon et se mit à courir à l’opposé de la source sonore pour lui échapper. Un cri sauvage retentit derrière lui, pas humain. Ou tout du moins pas dans sa langue. Il était repéré.

Le prince accéléra l’allure, mais déjà, les sabots se rapprochaient. Il réfléchit rapidement et choisit d’emprunter un chemin plus risqué : beaucoup de racines, moins de chances pour que les chevaux le suivent. Il avait cependant sous-estimé ses adversaires. Dès qu’il tourna la tête, il les aperçut pour la première fois contournant l’obstacle. Il s’agissait de chevaux, certes, mais ceux-là avaient un buste humain. Des femmes et des hommes nus le chassaient, des filets dans les mains qu’ils ne tardèrent pas à lancer dans sa direction. Le jeune homme tourna plein est et en évita deux, mais bientôt, un autre groupe équestre lui barra la route de l’autre côté. Encerclé, il tenta le tout pour le tout et fonça dans la barrière. Un filet lui faucha les jambes et il s’écroula au sol. Les hommes-chevaux fondirent sur lui pour lui attacher les bras derrière le dos, malgré ses cris de contestations. L’une des créatures l’examina avec suspicion.


“Eno uy Ippino ? lui demanda-t-il d’une voix grave.”


Aranwë secoua la tête. Il ne comprenait pas ce qu’il lui disait, et sa position inconfortable n’aidait pas à se calmer pour appréhender la situation d’un oeil neutre. L’un des gardes souleva soudain sa manche. Les créatures eurent un mouvement de recul devant ses écailles. Ils se mirent tous à discuter en même temps, de toute évidence effrayés ou inquiets.


“Qu’est-ce toi est ? articula difficilement son interlocuteur, avec un fort accent. Toi pas humain.

- Humain, tenta Aranwë. Je suis humain.”


Les murmures reprirent plus fort. Ils débattaient sur son sort dans leur langue natale. A leur gestuelle, il devina que les opinions étaient partagées. Une femme-cheval lui parut clairement hostile à son encontre, tandis que d’autres affichaient une mine plus curieuse et intriguée. Ligoté au sol, le prince ne pouvaient que les regarder avec impuissance, avec l’impression tenace d’être un morceau de viande que l’on vendait au plus offrant. Le chef de la troupe renâcla, agacé par les jérémiades de ses compagnons. Voir un homme produire ce son le déstabilisa. Comment de telles créatures pouvaient-elles seulement exister ? Chez lui, en audience, il avait déjà eu le cas d’un homme qui aimait un peu trop sa jument, et il était à peu près certain que leur union n’avait jamais donné chose pareille. Ou il l’avait bien caché.

L’homme-cheval donna un coup de sabot sec au sol et l’assemblée se tut. Tous le dévisageaient comme s’il était un monstre. Il avait déjà vu ce regard dans les yeux des inquisiteurs des ordres le jour de l’accident qui l’avait conduit ici et il ne lui plaisait pas. 


“Toi chose nouveau, reprit la créature. Toi accompagner nous Sicaaras pour rencontrer Eorwain. Chef nous, expliqua-t-il en pointant ses acolytes.”


Deux créatures le relevèrent, et le portèrent sur le dos du plus imposant d’entre eux, un homme à la longue chevelure blonde qui descendait en crinière sur sa partie équine gris-noire. Mal installé, Aranwë n’eut pas le temps de se plaindre : déjà, les créatures partaient au galop au coeur de la forêt, là où jamais il n’aurait osé s’aventurer seul.

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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
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Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
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Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
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Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
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