Chapitre 10 : Chasse - Partie 1

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Plop ! Mais oui, mais oui c'est un nouveau chapitre de Tyrnformen qui pointe déjà le bout de son nez. Il se trouve que je suis super excitée par la suite de l'histoire et j'avais grave envie de continuer tout de suite.

Chapitre 10 : Chasse

Partie 1

Indrala regardait, comme beaucoup d’autres ce jour-là, les affiches que placardaient les gardes royaux dans toute la ville. Le portrait de sa cible s’y trouvait griffonné au crayon de bois, suivi des principales informations qui le décrivait :

RECHERCHE :

Aranwë Balrarion

28 ans, 1m73, homme blanc, cheveux bruns.

Contagieux, merci de ne pas l’approcher

Contactez le palais en cas d’informations

Forte récompense.

Les papiers étaient visibles partout depuis l’accident de la salle du trône, une semaine plus tôt. Des messagers clamaient toutes les deux heures l’avis de recherche aux quatre coins de la citadelle pour ceux qui ne savaient pas lire. Aucun doute possible : ils voulaient retrouver l’héritier. Le rôle d’Indrala était de le retrouver avant eux. Tant qu’à faire, puisque tout le monde le savait disparu, il pourrait être enlevé sans éveiller plus les soupçons. Mais le gamin était rusé et la dragonne peinait à suivre sa trace.

Il ne cessait de jouer avec ses nerfs : un jour, elle repérait sa trace dans la basse-ville, puis le perdait quelques heures plus tard. Elle avait réussi à l’apercevoir dans la foule une fois, mais il l’avait repérée et s’était évaporé. Il était doué pour un humain, à n’en point douter. Indrala le haissait désormais autant qu’elle désirait le retrouver : de plus en plus de personnes se lançaient à sa recherche, avec plus ou moins de bonnes intentions, et elle commençait à craindre qu’il ne soit assassiné avant qu’elle ne mette la main dessus.


Elle s’éloigna de l’attroupement pour descendre dans la basse-ville, là où elle avait perdu sa trace la veille. Elle commençait à saisir ses habitudes : à l’aube, il changeait de quartier, l’arpentait jusqu’à la tombée de la nuit avant de trouver un abri. Elle en faisait donc de même : chaque jour, elle errait dans les différents quartiers de la basse-ville à la recherche d’indices et de témoignages quant à sa présence. Contrairement aux gardes qui s’obstinaient, elle avait compris depuis longtemps que la basse-ville ne dénoncerait pas le prince, tout simplement parce que la rébellion menée contre le palais était née au coeur de cette dernière. Néanmoins, les ragots allaient bon train, et certains se trouvaient être plus véridiques que d’autres.

Les derniers potins, cependant, s’avéraient inquiétants : le prince essayait de quitter Isendorn. Cette information ne plut pas à la jeune femme. Ici, elle espérait encore qu’il ne soit pas assez idiot pour se faire tuer. Dehors, dans le royaume des bandits et des voleurs, il n’avait aucune chance de survivre seul et sans monture. Si ce n’était pas des brigands qui le tuaient à la sortie de la ville, ce serait un animal sauvage ou, pire, un autre dragon en infiltration. Elle savait qu’elle n’était pas seule après lui. Leur voisin de palier du château n’avait pas donné signe de vie depuis qu’elle avait marqué sa porte : soit il avait quitté la ville après son avertissement, ce qui l’étonnerait grandement, soit il avait appris pour leur cobaye et le cherchait lui aussi. Il avait en tout cas plutôt intérêt à ne pas croiser sa route s’il voulait vivre un autre jour.

Les ruelles qu’elle arpentait se remplissaient lentement de leur agitation matinale. Les maris partaient travailler, les femmes nettoyaient les déjections d’animaux nocturnes et les cadavres de bouteille de leurs paliers. Parfois, l’une d’elle se mettait à crier après un ivrogne avachi devant sa porte qu’elle chassait à coups de pelle ou de balai. Les boulangers sortaient leurs plateaux remplis de pains chauds que de rusés gamins s’empressaient de voler pour les partager avec d’autres plus loin ou les revendre trois fois leur prix. Indrala s’attachait à cette partie de la ville qu’elle trouvait bien plus vivante et conviviale que la cité du haut. Elle croisa même plusieurs non-humains camouflés par des familles au grand coeur, alors qu’ils étaient exterminés s’ils n’osaient que s’approcher des grandes portes blanches de la zone marchande. Comme quoi, les hommes n’étaient pas tous des sauvages. Elle salua distraitement plusieurs ouvriers qui passaient près d’elle. Loin d’être rejetée, elle avait fini par tisser des liens cordiaux avec les habitants qui s’arrêtaient volontiers pour bavarder quelques minutes avec elle et l’aider dans ses recherches.

Elle avait choisi de leur dévoiler la raison de sa venue pour ne pas avoir de problèmes et elle ne le regrettait pas. Bien sûr, elle restait évasive sur les détails de son opération, et notamment sur pourquoi elle tenait tant à retrouver “le petit prince des pauvres” qui leur plaisait tant, avec plus ou moins de modération. Véritable coqueluche du peuple, Aranwë avait réussi à se trouver des alliés ici-bas et elle savait très bien que ses nouveaux amis pouvaient très bien lui mentir pour la mettre sur de fausses routes. Elle comptait néanmoins sur les restes des familles des prisonniers que le gamin avait massacré à grand coups de flammes pour obtenir des informations fiables et intéressées. Même si personne ne savait exactement l’ampleur des événements qui s’étaient produits dans le palais, beaucoup le considéraient comme responsable. Les églises qui criaient déjà à l’hérésie dans tous leurs prêches n’aidaient pas à apaiser la situation.


“Eh, petiote !”


Indrala sortit de ses pensées et chercha la voix qui l’avait interpellée. Elle reconnut sans mal le vieil homme, à moitié caché derrière son bâtiment. Il s’agissait du père de l’homme décapité par le prince et il était plutôt remonté contre lui. Indrala décida donc qu’il était digne d’intérêt. Un grand sourire forcé illumina son visage alors qu’elle se rapprochait de façon la plus innocente possible.


“J’l’ai vu ton corniaud. Il courait comme s’il avait le feu au cul vers les écuries, il y cinq minutes à peine. J’crois bien qu’il va prendre la fuite. J’espère qu’un ours va le bouffer.

— Merci, monsieur, répondit-il avec une once de panique dans la voix.

— Vous devriez le laisser partir, c’est pas un type qu’mérite qu’on s’batte pour s’pomme.”


Elle le remercia d’un signe de tête et fit demi-tour. Il avait dû la voir arriver. Une fois passée derrière un magasin, elle se mit à courir vers l’entrée de la ville. Elle devait l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard, ou elle le paierait cher : Adranar serait mécontent, certes, mais c’était surtout devant le Haut-Conseil qu’elle risquait sa vie en cas d’échec de leur mission. Ils avaient été très clair : aucun mutant dans la nature.


Le temps qu’elle arrive à l’entrée de la ville, un cheval avait été volé au maréchal-ferrand, qui n’avait décidément pas de chance ces derniers jours. En apercevant Indrala tourner autour de ses bêtes, il saisit son marteau et s’avança, menaçant.


“Toi… Je te jure que si tu touches encore à un d’mes chevaux…”


Indrala lui arracha le marteau des mains sans la moindre difficulté et le retourna contre son propriétaire, droit dans les parties sensibles. Plié en deux, le pauvre homme ne put qu’assister impuissant au vol d’un autre de ses étalons sous le regard médusé des passants. A l’entrée de la ville, elle repéra sans mal les premières traces du cheval du prince. Il partait vers l’ouest et se rapprochait dangereusement des rives du fleuve Miroir. S’il traversait, elle le perdrait pour de bon.

Sans plus de cérémonie, elle lança son étalon au galop sur les traces du fuyard. Elle n’avait encore jamais échoué une mission et ce n’était pas ce petit humain croisé reptilien qui ouvrirait le bal.


***************


Archibald faisait les cent pas dans la salle du trône sous les regards nerveux d’Alveas, d’Adranar et du chef de la garde. Un nouveau groupe de soldats venait de lui apprendre qu’ils avaient perdu de nouveau la trace de son fils en ville. Le roi commençait à craindre pour la vie de ce pauvre fou. Les Eglises ne donnaient plus signe de vie depuis quelques jours et il savait qu’elles avaient mis leurs meilleurs paladins sur le coup.

La moitié d’Isendorn courait après lui sans succès et cela le rendait fou. Il s’en voulait terriblement pour ne pas avoir réussi à l’arrêter, mais se réjouissait de l’incompétence des ordres et des assassins qui n’avaient de toute évidence pas plus d’informations que lui. Aranwë était loin d’être bête et il pouvait très bien avoir réussi à quitter la ville malgré la surveillance des entrées. Mais pour aller où ? Il devait bien avoir un plan. Partir seul dans la brousse était suicidaire.


“Docteur, combien de temps encore peut-il tenir dans sa condition ? demanda le monarque à Adranar.

— Difficile à dire étant donné l’unicité de son cas. La peur pourrait accélérer le processus et le faucher dans les jours qui viennent. Mais au contraire, l’adrénaline pourrait le faire tenir bien plus longtemps. Quelques semaines, quelques mois, qui sait.

— Dites plutôt que vous n’en savez rien, intervint Alveas. Mon Seigneur, nos meilleurs éléments sont sur sa piste. Il sera bientôt de retour ici et pourra être traité pour son mal.”


Adranar se leva et mains dans le dos, rejoignit le politicien qui s’était arrêté devant la fenêtre.


“Vous pensez qu’il a quitté la ville, n’est-ce pas ? demanda le dragon.

— Honnêtement, oui. Il se sait en danger ici, pourquoi courrait-il le risque de rester ici ?

— Je le pense aussi. Sa curiosité pourrait bien le mener à Mornepierre, vous savez. Comme vous, je pense que le prince est intelligent et sait ce qu’il fait. Il cherche sans doute à soigner le mal de lui-même.”


Archibald prit le temps de réfléchir à sa remarque, puis il se tourna vers le nouveau chef des armées. Le dernier avait été malheureusement tué dans la bataille contre les rebelles. L’homme se releva et se mit au garde-à-vous dès que le Roi lui accorda de l’attention. Il n’était pas forcément un homme rusé, mais il était expérimenté et avait le sens du devoir.


“Envoyez des oiseaux voyageur ainsi qu’une délégation dans toutes les grandes villes du domaine. Je veux que nos hommes soient prêts à intervenir sur le champ si Aranwë est repéré. Posez des affiches dans tous les villages que vous croisez. Et surtout, surtout, soyez discrets et efficaces.”


Son air s’assombrit alors que sa voix devenait plus grave et inquiète.


“J’aimerais votre aide pour rédiger un nouvel arrêté. Tant que mon fils n’aura pas été retrouvé, le clergé a interdiction de quitter les grandes villes.

— Mon Seigneur, intervint Alveas, avec votre respect, ce n’est vraiment pas une bonne idée. Vous savez comme moi le pouvoir que les ordres ont sur votre gouvernement, sur les impôts. Si vous les liguez contre nous…

— J’ai laissé mon fils derrière pendant près de vingt-huit ans, et maintenant je le paie. Je n’enterrerais pas mon enfant, Alveas. Pas après ce qui est arrivé à Clothilde. Je me fiche de ce que pensent les ordres, et s’ils veulent nous déclarer la guerre, je les attends les bras ouverts. Je ne changerai pas d’avis pour autant.”


Alveas voulut réagir de nouveau, mais Archibald lui intima l’ordre de se taire d’un regard. Le Roi se tourna vers Adranar, toujours à ses côtés.


“Vous pensez vraiment qu’il prend la route de Mornepierre ?

— Assurément. Au nord, vos cousins risquent de le reconnaître, au sud, il n’y a que le désert. Ne m’avez-vous pas dit qu’il a eu un contact avec un elfe récemment ?”


La mention du non-humain agit comme un éclair sur le monarque.


“Vous avez raison. L’elfe a peut-être tenté de reprendre contact avec lui. S’il atteint la forêt de Qerod, il est perdu. Ils l’utiliseront contre moi. Il faut l’arrêter avant. Je vous fait confiance. Si vous pouvez partir immédiatement, je vous en serais extrêmement reconnaissant.

— Ce sera un immense honneur pour moi, Messire.

— Très bien. Alveas, tu pars avec lui. Je te veux à Mornepierre pour prendre le contrôle des opérations.”


L’homme de main du Roi se releva immédiatement, choqué.


“Seul ? Avec lui ?

— Oui, c’est un ordre. Tu es alchimiste, tu sais te battre. Cesse de faire ta mauviette et prends tes responsabilités. Si tu réussis, tu seras récompensé.”


La lueur ambitieuse qui brilla dans ses yeux confirma au monarque qu’il avait son attention. Adranar quitta la pièce en prétextant devoir emballer son matériel. Dans le couloir qui menait à sa chambre, il sortit une orbe bleue de sa poche.


“Indrala, très chère, avez-vous retrouvé sa piste ?

— Oui, répondit l’image de la dragonne. Il a quitté la ville et se dirige vers l’ouest. Mais j’ai peur qu’il traverse le fleuve.

— Tâchez de ne pas le perdre, il se dirige vers Mornepierre. Je m’y rends prestement sous ordre du Roi à mon tour. Je vais appeler le Haut-Conseil pour placer des renforts sur place. Il ne doit pas nous échapper.

— Compris. Si je l’attrape avant ?

— Tu as autorisation de l’évacuer vers Warazi sans tarder sous forme draconique. Nous allons écrire l’histoire, très chère.”


Il se regarda dans le miroir. Sa peau se modifia pour devenir écailleuse et rouge comme le sang.


“Nous allons écrire notre histoire, et plus jamais on ne nous oubliera.”

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Adrien de saint-Alban
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