Chapitre 9 : Trouble - Partie 2

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Coucou ! Avec un peu d'attente, voici la fin du chapitre 9 et son lot de drama. J'espère vraiment pouvoir réussir à écrire le chapitre 10 pendant les grandes vacances :D Merci encore à tous pour votre soutien et à très bientôt pour de nouvelles aventures !

Chapitre 9 : Trouble

Partie 2

Deux timides serviteurs tapèrent à sa porte en fin de matinée. Aranwë ne réagit pas vraiment à leur présence, installé sur l’appui de fenêtre, le regard vide. Les deux jeunes filles déposèrent son repas sur son lit et s’empressèrent de déplier sa tenue pour les audiences : une tunique noire qui appartenait à son père et un pantalon de la même couleur. Le prince poussa un soupir et se rapprocha d’elles. Les deux filles s’inclinèrent immédiatement, leurs joues rougies. Elles étaient à peine adolescentes, une brune et une blonde, le visage et les joues bien rondes. Il était évident qu’elles n’étaient pas là par hasard, son père n’avait de toute évidence pas abandonné l’idée de le marier de gré ou de force. Dans un silence pesant, elle l’habillèrent avant de le laisser seul face à son petit-déjeuner.

Perdu dans ses pensées, Aranwë fut dérangé par un bruit à la fenêtre. Il tourna la tête : un aigle noir le regardait à travers la vitre et attendait manifestement quelque chose. Cette vision insolite le déstabilisa. Les oiseaux de ce type valaient une petite fortune et il n’avait jamais eu l’occasion d’en voir un de cette couleur. Le prince s’approcha lentement pour ne pas l’effrayer et ouvrit le volet. L’oiseau ne bougea pas et piailla dans sa direction.


“D’où est-ce que tu viens ? lui demanda le prince.”


Son père n’avait plus voulu de rapaces depuis que sa meute de chiens de chasse était entrée par effraction dans la volière et y avait commis un massacre mémorable, mais Aranwë avait toujours été fasciné par ces gros oiseaux de proie que les nobles avaient parfois chez eux. Peut-être celui-ci s’était-il perdu ? Il enroula son bras dans une serviette et lui tendit. Il avait lu la force que pouvaient avoir les rapaces dans les pattes et voulait éviter l’apparition de nouvelles écailles en se blessant stupidement. Naturellement, l’oiseau monta dessus. Le courtrier qui pendait de sa patte droite lui indiqua que son nouvel ami était bel et bien domestique. Habituellement, les propriétaire gravaient leur adresse dans le cuir, mais il n’y avait rien sur celui-ci.

La bête pesait son poids et les serres lui griffèrent le bras malgré la protection, mais il apprécia ce court contact. Un petit parchemin était enroulé autour du courtrier. Aranwë décrocha le message et l’ouvrit. Au dessus du papier, une image familière se forma : Lazare le regardait, droit dans les yeux, entouré de deux petites elfes qu’il identifia comme ses filles. Son coeur en bondit de joie. Une bonne nouvelle, c’était tout ce dont il avait besoin pour retrouver le sourire. Amusé par le moyen de communication peu ordinaire utilisé par son ami, Aranwë saisit son encrier et un parchemin vierge dans sa table de chevet et lui rédigea une lettre pour le remercier, lui souhaiter le meilleur et surtout lui conseiller de ne plus revenir à Isendorn où la situation était compliquée actuellement.

Il replia le papier pour qu’il soit transportable et l’attacha à la bande de cuir, dans un petit renfoncement prévu de toute évidence à cet effet. Il caressa quelques secondes les plumes de l’oiseau et le porta jusqu’à la fenêtre.


“Rapporte-lui ça.”


L’aigle poussa un cri avant de prendre son envol, propulsé par le prince. Aranwë le suivit jusqu’à ce qu’il soit hors de vue, sourire aux lèvres.


Il prit quelques instants supplémentaires pour arranger sa tenue et faire disparaître les traces de sa rencontre insolite avant de quitter la pièce. Deux gardes attendaient devant la porte, le dos droit et le regard alerte. Leurs armures de fer blanc épaisses témoignaient de leur appartenance aux hauts-rangs de l’église du Soleil. Il s’agissait de paladins haut-gradés. La situation le troubla. Ces hommes coutaient si cher à la mobilisation qu’il réalisa brutalement que son père craignait pour sa vie. Le plus grand des deux hommes, le visage caché derrière le visage de son casque, s’inclina légèrement.


“Votre père, le Roi, nous a quéri pour vous accompagner partout où vous le désirerez, dit-il d’une voix grave et profonde.

— Je dois me rendre aux audiences du jour.”


Il préféra ne pas contester la décision de son père pour cette fois. S’il y a bien une chose qu’il avait appris, Archibald Balrarion ne dépensait jamais sans que ce ne soit en dernier recours. Si ces paladins se trouvaient là, alors quelque chose menaçait véritablement sa vie. Il se laissa guider dans le palais où les stigmates de l’attentat étaient encore nombreux : portraits royaux tranchés par des coups d’épée rageurs, des murs enfoncés, des traces de sang sur les fauteuils en tissus… Un sentiment de colère lui serra le ventre alors qu’il découvrait, abasourdi, les dégâts commis. Le plus impressionnant restait la partie écroulée du chateau, là où se trouvait sa chambre la veille encore. Le toit s’était écroulé sous l’explosion et plusieurs murs s’étaient effondrés. Les ouvriers qui travaillaient sur le chantier s’arrêtèrent brièvement pour le saluer avant qu’il ne reprenne la route, le regard hagard.

Le rez de chaussée du palais avait été relativement épargné. Les portes d’entrée n’existaient plus et quelques statues de marbre avait été défigurées, mais dans l’ensemble, tout était intact. Dans la grande salle des audiences, il fut rassuré de voir que seul le lustre de cristal n’était plus accroché au plafond. Il s’était effondré plusieurs fois par le passé, il serait remonté en un rien de temps, il ne s’en inquiétait pas.

Plusieurs nobles s’applatirent à son passage. Aranwë réalisa que cela faisait longtemps qu’il ne les avait pas vu. Plusieurs murmures s’élevèrent derrière lui et lui confirmèrent la surprise que provoquait son retour surprise au conseil. Même si la plupart des regards étaient bienveillants, quelques personnalités, notamment écclésiastiques et militaires, lui parurent suspicieuse. Parmi elles, il reconnut le prêtre qui avait jugé Lazare, libéré quelques minutes avant qu’ils ne l’embarquent vers l'échafaud. Il choisit de leur adresser un regard hautain et froid pour témoignait à ces personnes qui ne croyaient pas en lui tout le mépris qu’elles lui inspiraient.

A l’entrée des escaliers menant au niveau surélevé, Aranwë remercia les deux paladins et prit sa place à côté de son père. Il fut surpris de constater l’absence de cette fouine d’Alveas à ses côtés. Archibald sourit faiblement à son fils et il lui rendit timidement la pareille. Il n’avait pas envie de se battre aujourd’hui. Il voulait simplement faire payer les assassins de Marie-Rose de la manière la plus juste qui soit.


Les trompettes ne tardèrent pas à annoncer l’arrivée des prévenus. Menottés les bras derrière le dos, six hommes et trois femmes entrèrent dans la cour de justice sous la huée d’insultes et d’appel au meurtre des nobles qui composaient le public. Si la plupart paraissaient digne, l’un des prisonniers, un homme aux cheveux blonds et au visage fatigué, ne tarda pas à éclater en sanglots. Ils furent alignés devant le conseil, les uns à côté des autres, par des gardes royaux agités. Eux aussi avaient perdu beaucoup d’amis dans cette bataille. Ensuite, les portes s’ouvrirent de nouveau et d’autres gardes poussèrent des gens dans des charrettes jusque dans le public. Les soldats blessés avaient tenu à assister au “procès”. Aranwë l’avait déjà compris, il s’agissait davantage d’un spectacle pour asseoir l’autorité royale plutôt qu’un jugement.

Archibald se leva de son siège et fit taire la salle d’un seul regard. Il garda le silence pendant plusieurs minutes et toisa avec mépris et colère les assaillants qui n’avaient pas réussi à s’enfuir. Ils paieraient pour tous ceux qui ne le seraient jamais. Un deuxième homme, un brun en tunique de jute trouée, commença à renifler, incapable de soutenir le regard du monarque. Dans le regard des autres, une détermination sans faille brillait, effrayante.


“Je serais bref, prononça lentement Archibald. Vos crimes seront punis de peine de mort, et je pense que mes collègues de l’armée et des ordres, dont vous avez arraché plusieurs bons soldats, des hommes innocents, seront d’accord avec moi. Dans cette cour, cependant, nous demandons toujours la justification des actes des prévenus. Nous vous laissons donc vous exprimer.”


Un homme s’avança vaillamment à la barre, sous les murmures de plus en plus agités de la foule.


“Ouaip ! cria t-il. On a que’que chose à dire ! Pourquoi vot’ gamin va pas s’faire zigouiller avec nous ?! On a tous vu c’qu’il a fait ! On a p’têtre pas eu de pot, mais lui, juste parce qu’il est richard, tout le monde s’en fout ? Il a craché des flammes avec c’mains ! Hérésie !”


Aranwë, tétanisé, sentit tous les regards de l’assemblée se tourner vers lui, y compris ceux des prêtres des églises de la ville, interrogateurs et suspicieux. Il allait devoir leur rendre des comptes. Une vague de murmures s’élevèrent. Il lança un regard vers son père, il hésitait. Alors le prince se leva à son tour de sa chaise et se pencha pour mieux voir les prisonniers.


“Ayez la décence de vous adresser à moi directement lorsque vous profanez de telles infamités, dit-il sur un ton qui le surprit lui-même. Ce n’est pas moi qui suis actuellement sur le siège des prévenus, et ce n’est pas moi non plus qui ai cherché à assassiner la famille royale.

— J’parle pas aux conneries d’hérétiques ! Va crever en enfer !

— Parmi les victimes de votre odieuse attaque se trouvait une vieille dame, du nom de Marie-Rose. Elle a toujours été là pour moi depuis le décès de ma mère. Vous l’avez tuée, elle, qui fait pourtant partie de votre caste et qui a toujours vécu en travailleuse honnête. Pourquoi ? Je parle en mon nom ici, mais aussi en celui de tous les membres du conseil. Nous vous avons posé une question et nous attendons votre réponse.”


L’homme le défia du regard, alors Aranwë descendit les marches de la scène de bois, sous les regards ahuris des conseillers et du Roi, qui le laissa faire malgré tout. Le prince se plata en face de l’accusé.


“Pourquoi ? répéta t-il plus fermement.”


Une hésitation passa dans le regard de son interlocuteur, avant qu’un fin sourire dénué de tout remord n’étire ses lèvres.


“Marie-Rose ? cracha t-il. Une vieille grosse avec une robe rose ? Elle a crié comme une truie pendant qu’on l’dépeçait vivante et qu’on f’sait des guirlandes avec ses entrailles. On a tous pissé sur son cadavre et après on lui a fait bouffer son propre estomac.”


Une secousse fit vibrer les murs de la salle. Plusieurs cris de peur résonnèrent dans le public. Aranwë sentait ses mains trembler, de plus en plus fort, sans contrôle. C’était en train de se produire à nouveau, il le sentait. La colère montait, et une voix lui soufflait de céder.


“Tu mens, répondit froidement le prince.

— Va voir dans t’chambre, t’y trouveras encore l’boyaux du macchabé.”


Les yeux d’Aranwë se mirent à luire, sous les murmures de stupéfaction de la foule. Le prince saisit le prisonnier à la gorge et le décolla du sol d’une seule main.


“Aranwë ! cria Archibald derrière lui. Qu’est-ce que tu fais ?!”


Le jeune homme ne l’entendait plus. Yeux dans les yeux avec sa proie, il ressentait sa peur grandissante et la vie qui le quittait lentement alors que l’accusé se débattait à la recherche d’air, les yeux écarquillés. Lentement, des griffes poussèrent au bout de ses doigts et s’enfoncèrent dans la chair de sa victime. Il voulut hurler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Son autre main s’apposa sur le visage rouge de souffrance, et un gigantesque trait de flammes fit voler sa tête à travers la pièce. Des cris de terreur et de panique résonnèrent partout autour de lui alors que les nobles se précipitaient à l’extérieur.

Le corps décapité retomba au sol, et le prince s’écroula à son tour, les mains sur la tête, plié en deux sous la douleur. Il vit à peine Adranar s’accroupir près de lui.


“Du calme, chuchota t-il à son oreille. L’heure n’est pas encore venue. Calme-toi.”


Le médecin posa une pierre rose sur sa tête et la douleur s’évapora peu à peu. Aranwë, essouflé, retrouva ses esprits. Il réalisa brutalement ce qui venait de se passer et fit volte-face vers le conseil. Son père était déjà parti, les prêtres et les militaires exclamaient leur mécontentement et leur choc à voix haute. Les gradins du public brûlaient, les huit prisonniers étaient couchés au sol, carbonisés.

Il regarda ses mains, et se releva difficilement. Cette fois-ci, il était fini. Adranar tenta de le retenir, mais Aranwë fuyait déjà dans les couloirs, droit vers la sortie du palais.

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Adrien de saint-Alban
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