Chapitre 9 : Trouble - Partie 1

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Coucou ! Il se trouve que mon stage m’a motivé à rédiger la première partie du chapitre 9 de Tyrnformen ! Une chance pour vous, n’est-ce pas ? J’espère que ça vous plaira !


Chapitre 9 : Trouble

Partie 1


Le palais fut repris dans la nuit par les troupes du roi, au prix d’un lourd tribut : près de cinquante morts dans les rangs de l’armée, vingt-trois pertes civiles parmi le personnel et les invités du château, et seulement deux morts parmi les assaillants et dix prisonniers en attente de jugement. Aranwë avait dû être déplacé dans une autre chambre. La sienne avait été ravagée par un incendie que l’armée avait eu du mal à maîtriser.

Épuisé et très faible, le sommeil l’avait gagné en seulement quelques minutes. Il avait passé une nuit agitée et peu sereine, inquiété par les écailles qui avaient poussé sur son bras et la réaction inévitable de son père lorsqu’il l’apprendrait. Il se réveilla difficilement en fin de matinée, l’esprit embrumé et sans le moindre repère spatial. Il voulut se redresser mais une douleur dans son dos l’en dissuada immédiatement. Le monde tanguait autour de lui et il dut fermer les yeux quelques secondes supplémentaires pour calmer sa migraine.

Quand il les rouvrit, il sursauta. Dos à lui, son père fixait l’horizon à travers la baie vitrée. Aranwë remarqua de suite qu’il avait revêtu sa tenue de voyage : une chemise noire surmontée de deux épaulettes d’acier, un pantalon de cuir et des chaussures de chasse. Même si les vêtements avaient vieilli et avaient été rafistolés plusieurs fois, Archibald continuaient de les porter sans sourciller, et pour cause : ils étaient le dernier cadeau d’anniversaire de sa femme avant son décès. Encore un point de séparation entre les deux hommes : Aranwë faisait attention à ne plus conserver aucun objet qui lui rappelait sa mère, là où Archibald vivait toujours dans le passé et s’empressait de sortir les vieilleries du placard à la moindre occasion.

Le prince vit l’homme se tourner légèrement dans sa direction avant de reprendre sa place originelle, comme si rien ne s’était passé. Aranwë le connaissait suffisamment bien pour comprendre qu’il avait quelque chose d’important à lui annoncer. Cependant, comme à chaque fois, ce serait lui qui devrait faire le premier pas pour obtenir des réponses à ses questions. Le roi n’était pas loquace d’ordinaire, il ne faisait que réagir aux paroles des uns et des autres.


“Vous partez, Père ?”


Un fin sourire étira les lèvres du monarque, ravi que son fils ait compris le message. Il se tourna franchement dans sa direction et ses yeux bruns le scrutèrent de haut en bas.


“Oui, finit-il par répondre. Je dois avertir Sang d’Argent de ce qui s’est passé au palais afin qu’ils puissent prévenir tout nouvel incident du genre. Mais je devais te parler avant.”


Son ton froid et distant surprit le prince. Cela faisait bien longtemps qu’il ne s’était pas montré aussi ferme avec lui. Il comprit de suite au regard qu’il lui lança que l’ironie n’aurait aucun effet aujourd’hui. Ce qu’il s’apprêtait à lui dire était la réflexion de plusieurs heures. Le roi s’assit sur le bord du lit, à une distance raisonnable de son visage. Aranwë le regarda faire, silencieux.


“Pour commencer, je dois t’avertir du décès de ta nourrice dans l’attaque d’hier. Son meurtre ne restera pas impuni et je veux que tu m’assistes au procès de cet après-midi. C’est important pour le symbole, pour que tu montres que tu es toujours d’attaque. Les ordres et l’armée sont à cran, nous devons faire face avec dignité et responsabilité face à ce qui s’est passé. Et que l’on soit clair, ils n’échapperont pas à la peine de mort après le mal qu’ils ont causé.”


Aranwë accusa la nouvelle. Cela faisait bien longtemps qu’une personne proche de lui disparaissait aussi brutalement. Il retint difficilement ses larmes, refusant catégoriquement de faire preuve de faiblesse devant son père.


“Ensuite, continua Archibald d’une voix hésitante, il faut que l’on parle de ce qu’il t’arrive. Alveas m’a confirmé que ton mal est d’origine magique suite à ta crise hier, et je n’ai pas d’autres solutions que de t’envoyer à l’école des mages de Mornepierre pour que tu reçoives les meilleurs soins. Adranar et Alveas t’y accompagneront dès que tu seras en mesure de tenir sur tes jambes.”


Il attendit une réaction de son fils mais rien ne vint. Abasourdi, le jeune homme resta silencieux, le regard dans le vague. Il n’avaient encore jamais eu le droit de sortir seul d’Isendorn, et encore moins pour aller à Mornepierre. Il n’avait jamais mis les pieds dans cette ville, dans aucune autre ville d’ailleurs, mis à part Sang d’Argent où la famille du frère du roi habitait et où il passait généralement les fêtes d’hiver avec sa cousine.

Le prince prit une grande inspiration et refoula le choc provoqué par les deux annonces. Il releva le visage vers son père.


“Ce sera tout ? demanda t-il la voix tremblante.

— Fils…”


Archibald s’approcha de lui et, à sa grand surprise, le prit dans ses bras. Aranwë se laissa faire. Les marques d’affection de son père étaient trop rares pour qu’il n’en profite pas. Il se laissa même aller à quelques larmes dans ses bras. Mais il ne fit malheureusement pas attention à sa manche de chemise et constata trop tard que son père avait le regard braqué sur ses écailles. Mal à l’aise, le prince se dégagea de son emprise mais trop tard. Archibald lui avait saisi le bras et détaillait maintenant sa blessure avec attention.


“Quand est-ce apparu ? demanda t-il avec méfiance.

— Hier, avoua Aranwë. Je me suis blessé au bras et c’est apparu à la place de la plaie.

— Et ça te fais mal ?

— Pas vraiment. Je ne le sens pas vraiment.”


Archibald resta quelques instants à le dévisager, l’air soucieux, avant de reculer légèrement vers la porte.


“Nous nous verrons en début d’après-midi. Je t’envoie le médecin.”


Il quitta la pièce l’air grave. Aranwë attrapa les montants de son lit et tira sur ses bras pour se redresser en position assise. Il ne se sentait pas encore capable de marcher, mais il avait l’impression qu’il allait mieux qu’à son réveil. Il saisit le verre d’eau laissé à son attention sur sa table chevet et le but entièrement. Le métal vibra entre ses mains. Effrayé, il lança le verre contre le mur : il se brisa en plusieurs morceaux.


“Non, pas encore… Non, non, non…”


Il ferma les yeux et calma les battements affolés de son coeur. Il refusait de laisser son “mal” prendre le contrôle encore une fois. Ce qu’il avait fait dans la chambre de sa mère ne devait plus se reproduire. Mais l’inquiétude le gagnait au fil que les secondes s’égrénaient. Si son père avait eu vent de ses nouveaux pouvoirs, qui d’autre ? Pourrait-il être jugé pour hérésie lui aussi ? Les ordres n’étaient pas tendres envers ceux qui faisaient preuve de magie et il le savait. En qui pouvait-il encore placé sa confiance dans le palais ?

Sa seule confidente, celle qui avait toujours été là pour lui, venait de mourir. Il ne parvenait pas encore à se faire à l’idée. Il l’avait déjà chassée dans un coin de son esprit. La vieille dame avait vu tellement de choses, elle ne pouvait simplement pas avoir disparu de cette façon. Pourquoi même avait-elle été assassinée ? Elle était appréciée en ville, elle n’avait jamais attiré les problèmes ou le mauvais oeil sur elle. Alors pourquoi ? L’incompréhension laissa peu à peu place à la colère. Ses doigts se refermèrent sur la couverture et la serrèrent. Il devait la venger. Il devait retrouver ceux qui avaient fait ça et les tuer, peu importe le prix.

Devant ses yeux perdus dans le vague, quelque chose se mit à briller, de plus en plus fort au fur et à mesure que des idées sombres s’implantaient dans son esprit. Mais ce n’était pas ses idées, et il le savait. Il revint à lui sous l’odeur alarmante de brûlé. Sa couverture prenait feu dans ses mains.

Il jeta vivement le tissu à terre et versa le reste de son eau dessus. Les flammes moururent. Ses jambes étaient partiellement brûlées, et pourtant il ne sentait rien. Fasciné, il posa la main sur la blessure. Sous sa paume, il sentait la texture se modifier. Quelque chose sous sa peau bougeait. Quand il retira ses doigts, une écaille dorée déchirait sa peau. Il sursauta et saisit la couverture roussie pour cacher cette nouvelle apparition.


Lorsque la porte s’ouvrit sur Adranar, Aranwë se rendit compte qu’il était envahi par la fumée. Le visage du docteur s’étira d’un rictus entre satisfaction et surprise alors qu’il se dirigeait vers la fenêtre pour aérer la pièce. La forme féline d’Indrala se faufila tranquillement vers un coin de la chambre. Dans la fumée, ses yeux oranges brillaient, confortant Aranwë dans l’idée que ces deux-là n’étaient définitivement pas humains.

Le prince adressa un regard méfiant à l’homme qui se rapprochait pour prendre son pouls et sa température.


“Qu’est-ce qui s’est passé ? lui demanda t-il d’une voix calme.

— Je ne sais pas, mentit le prince, mal à l’aise à l’idée de se confier de nouveau à cet homme qu’il ne connaissait.

— Le feu vous a blessé ? Les premières flammes sont toujours une grande aventure. Indrala peut en témoigner.”


Aranwë fronça les sourcils. L’homme resta concentré, ne lui adressant pas un regard. Il tourna la tête vers sa complice tranquillement installée contre l’armoire, l’air absent. Le prince se tendit légèrement au contact de l’homme avec les écailles de son bras. Il se dégagea d’un mouvement sec et rabattit la manche de sa chemise au-dessus.

Il en avait assez de cette mascarade. Il posa pied à terre et se redressa fébrilement sur ses jambes, pour être à la hauteur de cet homme qui se pensait de toute évidence plus intelligent que lui. Pour une fois, les conseils de son père lui étaient utiles : quoiqu’il arrive, peu importe ton état, ne leur montre jamais que tu es faible.

Adranar ne s’offusqua nullement de son rejet. Il recula d’un pas et lui sourit poliment, comme s’il s’attendait à sa réaction.


“Qui êtes-vous ? l’interrogea le prince d’une voix autoritaire. Qu’est-ce que vous me cachez ?

— Des alliés, répliqua le médecin sans sourciller. Nous sommes là pour vous aider, je pensais que vous l’aviez compris.

— Eh bien non, justement ! cria le prince. Ce qui m’arrive, tout ce qui m’arrive, c’est parce que j’ai bu sa potion ! hurla t-il en pointant un doigt accusateur vers Indrala. Elle m’a empoisonnée, ou maudit, ou je ne sais quoi et vous la protégez. Ne me dites pas que vous êtes un allié.

— Elle vous a promis que votre monde allait changer, et il change, siffla Adranar. Vous n’êtes pas empoisonné. Vous devenez quelqu’un d’important. N’était-ce pas ce qui comptait pour vous ? Changer la mentalité de votre père, faire avancer les choses ?”


Aranwë se redressa, le regard mauvais. Il se mit sur la pointe des pieds pour surpasser légèrement son interlocuteur en taille et paraître plus impressionnant.


“Même si c’était le cas, cela ne vous regarde pas. Cette affaire est entre mon père et moi.

— Oh, voyons… Tout le royaume sait que le rejeton des Balrarion est différent du reste de sa lignée. Le monde attend le souffle coupé de voir si vous ferez pire que votre père. Votre prénom n’est pas un hasard. A-ran-wë. “Espoir du peuple” en langue elfique ancienne. Tout est gravé sur votre front. C’est votre destinée.”


Adranar lui tourna le dos et se dirigea vers la fenêtre. Troublé, le prince lui saisit le bras et le força à se retourner une nouvelle fois.


“Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?”


Le médecin lui sourit étrangement.


“Oh… Juste que vous devriez questionner les choix de prénoms de votre mère. Ce qui vous arrive n’est pas un hasard. Vous devriez remettre en question votre place dans ce monde. Regarder au-delà des livres d’histoire. Ce que je suis… Ce que nous sommes, rectifia t-il en posant un doigt sur la poitrine de son patient, ne sera jamais plus oublié.”


Adranar laissa planer un silence avant de reculer. Il sourit au prince et changea brusquement de sujet.


“Le roi sera ravi d’apprendre que vous tenez de nouveau debout. Vos serviteurs seront bientôt là pour s’occuper de vous habiller pour l’audience de cet après-midi. Indrala, très chère, nous avons du travail.”


Il tendit son bras à l’intrigante jeune femme qui salua Aranwë d’une courbette avant de saisir la poigne de son ami. Ils sortirent tous deux de la pièce, abandonnant le prince à son désarroi et ses nombreuses questions.

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Adrien de saint-Alban


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Le premier à se lever tôt est le citadin noir. Il est le premier à prendre le métro, le premier à aller gagner sa croûte, le premier à aller à la guerre. Le premier à se faire massacrer. Le casse-pipe c'est toujours pour le noir. Une fois qu'il a balayé, nettoyé, sécurisé le terrain, il laisse la place au parisien blanc propre sur lui et cravaté. Les stigmates du colonialisme se sont déplacés du pays colonisé à celui colonisateur. Le même schéma est ici reproduit avec les mêmes codes et le colonisé n'a fait que suivre son colonisateur. Les mêmes rapports de force sont toujours identiques et toujours favorables au blanc. C'est d'autant plus vrai qu'ils s'appliquent chez lui, chez le maître blanc.
J'ai toujours eu une fascination pour le clochard parisien. A chaque mégalopole ses clochards. La physionomie du clochard varie dans le temps et dans l'espace.

La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
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Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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