Chapitre 8 : Tempête - Partie 2

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Coucou ! Voici la suite des aventures d'Aranwë ! On monte en tension petit à petit et on arrive bientôt aux gros problèmes :3


Chapitre 8 : Tempête

Partie 2


Adranar et Indrala soutenaient le prince dans le tunnel et le forçait à avancer à un rythme soutenu. Il ne tenait plus debout malgré toute la force qu'il mettait dans ses jambes pour alléger le duo et chaque pas lui arrachait un gémissement de douleur. La situation était critique, ils n'avaient plus le temps de s'attarder et discuter.

L'éclat de magie avait alerté les assaillants dans les couloirs du palais et ils avaient dû prendre la fuite rapidement, sans pouvoir répondre aux questions du prince qui avait fini par mettre sa méfiance de côté pour se faire aider. Ils progressaient tous les trois en silence, mais le garçon se sentait mal à l'aise. La force de ses porteurs était anormalement élevée. Ils le soulevaient du sol et le traînaient avec une facilité qui l'inquiétait et renforçait ses suspicions : ces deux-là n'étaient pas humains et ce que cette femme lui avait fait boire était à l'origine de tous ses maux. Cela ne pouvait pas être une simple coïncidence.


Les murs de pierres grises et noires s'enchaînaient inlassablement. Le couloir était beaucoup plus grand que prévu et la sortie toujours pas visible. Derrière eux, des bruits de course leur venaient en écho, de plus en plus nombreux et proches. Les assaillants avaient mis la main sur le passage et les poursuivaient depuis quelques minutes déjà. Le prince avait conscience de ralentir leur course, mais puisque son étrange médecin n'avait pas l'intention de le laisser tomber, il présageait qu'il savait ce qu'il faisait. Bientôt, des torches apparurent sur les façades qui se teintèrent du blanc familier des murs extérieurs du palais. Elles annonçaient l'imminence de la fin de ce calvaire. Lorsqu'il était petit, Aranwë adorait jouer à l'entrée du tunnel de service où personne ne le dérangeait. Il n'avait pas eu l'occasion d'y remettre les pieds depuis de nombreuses années, mais passer devant ces vieux murs familiers lui rappelait de bons souvenirs.

Le médecin freina la course avec brutalité dès que les premiers rayons du soleil apparurent à l'horizon. Il lâcha Aranwë qui se laissa tomber au sol, à bout de souffle. Il se sentait vidé de son énergie et la tête lui tournait. Indrala jeta un regard nerveux derrière elle, leur faisant comprendre que cette pause était malvenue et dangereuse. Des ombres se mouvaient à la lumière des torches, de plus en plus grandes et agitées. Les révolutionnaires arrivaient. Elle saisit Adranar par la manche.


"Emmenons-le maintenant, supplia la jeune femme. Personne n'en saura rien dans la confusion ! Je vais me transformer.

— Non, trancha Adranar. Ce n'est pas le plan et c'est trop dangereux. Il n'est pas prêt. Fais-moi confiance et retiens-toi."


Elle poussa un râle de frustration et se mit à faire les cent pas sur la largeur du couloir, agacée.

Aranwë se retourna pour leur faire face depuis le sol. Son regard suspicieux passa d'un individu à l'autre. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait mais savait qu'ils étaient autant des problèmes que ceux qui les chargeraient d'une minute à l'autre. La femme à la capuche capta son regard et le dévisagea avec mépris et dédain de haut en bas avant de se détourner. Adranar se voulut plus rassurant et tendit les bras pour l'apaiser et tenter de le convaincre que tout irait bien. Mais il ne le croyait plus.

Un souffle au-dessus d'eux et les vibrations des murs les avertirent d'une nouvelle explosion toute proche.


"Pourquoi elle est là ? cracha le garçon à l'attention d'Indrala. Je sais que c'est de sa faute si je suis comme ça ! Vous avez intérêt à me dire ce qu'il se passe ou je vous jure que je raconte tout à mon père, si Alveas ne l'a pas déjà fait.

— Je te déconseille très fortement l'expérience, répondit Adranar sans se laisser démonter et menaçant. Nous sommes les seuls à détenir les réponses à tes questions. Aucun alchimiste ou mage, même compétent, ne sera en mesure de t'aider à soigner ton mal à part nous. Nous ne sommes pas tes ennemis, ne nous oblige pas à user de la force pour te convaincre."


Il fronça les sourcils et les toisa tous les deux du regard avant de frapper le sol du poing pour montrer son mécontentement et sa résignation. La curiosité et l'envie d'en savoir plus dépassaient la sécurité de son royaume et il ne pouvait pas se permettre de ne pas savoir. Il finit par pousser un grognement d'approbation qui arracha un sourire à son interlocuteur qui comprit qu'il avait gagné.

Des cris teintés de rage et de joie se firent entendre derrière eux alors que les premières ombres armées apparaissent au bout du couloir. Indrala se redressa et dégaina sa rapière instinctivement. Elle lança un regard nerveux à ses deux compagnons avant de serrer la prise sur son arme et de faire un pas vers les ennemis.


"Partez devant, je m'en occupe.

— Indrala, très chère, la sermonna Adranar, vous savez ce que je pense de vos méthodes.

— Je me contenterais de leur briser les rotules, promit-elle, juste de quoi permettre à notre petit bichon de regagner son nid, siffla t-elle avec ironie."


Adranar désapprouva son attitude d'un regard désespéré avant de saisir Aranwë par le bras pour le pousser vers l'extérieur. Le prince se laissa faire sans protester. Alors qu'ils s'enfuyaient, les premiers cris de douleur des révolutionnaires et le fracas des armes qui s'entrechoquaient leur parvinrent aux oreilles. Les deux hommes n'en doutèrent point, Indrala remporterait cette bataille avant même qu'elle n'ait commencé.


Le soleil brûla les yeux du prince lorsqu'ils atteignirent enfin l'extérieur après encore une bonne minute de course. Une fumée opaque et noire leur bloquait la vue périphérique. Des cris de peur et de douleur retentissaient partout autour d'eux, sans pouvoir définir d'où ils venaient. Certains appartenaient aux gardes qui aboyaient des ordres à qui voulait bien l'entendre, l'autre aux révolutionnaires qui hurlaient des insultes et des slogans anti-royalistes repris en choeur par leurs camarades. Aranwë leva la tête. L'aile est du palais qui surplombait le tunnel était relativement intacte. Quelques fenêtres étaient brisées mais les agresseurs n'avaient pas détruits les murs comme à l'avant.

Le jeune homme pointa droit devant lui pour indiquer à Adranar où ils devaient se rendre. Le médecin commença à avancer, incertain. Il détaillait les environs avec méfiance et sursautait au moindre bruit suspect, comme un prédateur sur le point de sauter sur sa proie. Les arbres du jardins royal étaient pour la plupart en feu ou à terre. Le terrain vert était maintenant boueux et sans vie, et plusieurs corps étaient enfoncés dedans, morts ou agonisants. Adranar, plus expérimenté, savait qu'ils risquaient une embuscade à n'importe quel moment. Son attitude angoissait Aranwë qui commençait à se sentir vulnérable dans cette brume sombre et opaque où les sons, à la manière des esprits, l'agressaient et l'appelaient. Et soudain, une forme se détacha des ténèbres.

Un homme poussa un cri de guerre et se jeta sur le prince, l'arrachant à la poigne d'Adranar. Aranwë s'effondra sur le dos et plaça ses deux mains devant son visage pour tenter d'éviter l'énorme massue qui s'abattit en direction de sa tête. Le coup fut très violent et douloureux. Il sentit son bras droit craquer sous l'impact. Un cri de douleur s'échappa de sa gorge avant qu'il ne se retourne et s'appuie sur son bras valide pour reculer avec difficulté et mettre de l'espace avec son adversaire. Il reconnut difficilement l'homme dont il avait félicité le travail au marché tant son visage était déformé par la haine et le plaisir de faire mal. L'avait-il seulement reconnu ? Il roula sur le côté dès que la massue s'abbattit une nouvelle fois sur lui et il envoya son pied dans le ventre de son agresseur pour le tenir à l'écart et se défendre. Il ne prit pas le temps de vérifier s'il avait fait mouche et se retourna sur le ventre. Il s'aida d'un rocher pour se mettre difficilement sur ses jambes. Elles tremblaient et il n'était pas sûr de pouvoir faire deux pas sans chuter de nouveau. Le révolutionnaire tenta une nouvelle charge, plus colérique encore, mais deux bras puissants le repoussèrent sèchement sur le côté. Yeux écarquillés, Aranwë regarda Adranar, des écailles rouge sang sur l'intégralité du corps, déchiqueter à mains nues les entrailles de sa victime. Effrayé et perdu, Aranwë contourna les rochers et se mit à courir, droit devant lui. Il chuta plusieurs fois, mais la peur l'encouragea à se relever à chaque fois.


Enfin, l'arbre de sa mère apparut à l'horizon, salvateur, et il se jeta dans le passage qui permettait d'accéder à la salle intérieure. Il dévala les escaliers sur les genoux et le dos avant de s'écraser tristement sur le sol boisé et froid. La lumière l'éblouit et il chercha à se redresser pour se défendre de nouveaux dangers.


"Aranwë ! cria la voix de son père, surpris et anxieux. Tu vas bien ?"


Deux gardes accoururent à son chevet et l'aidèrent à s'asseoir contre le cercueil. Il poussa un cri de détresse quand on lui toucha son bras blessé et se rebiffa, poussant les bras qui essayait de l'aider. Plusieurs soldats le ceinturèrent avant qu'il ne se calme peu à peu en se rendant compte qu'il n'était plus en danger. Ses jambes tremblaient encore sous l'effort qu'il avait dû accomplir et ses mains ne répondaient plus vraiment. Il n'entendait que son souffle rauque et aléatoire, et ne parvenait pas à se concentrer sur ce qui l'entourait.


"Il est en état de choc psychologique, annonça le médecin familial en l'auscultant brièvement. Couvrez-le et mettez-le au calme, il a besoin d'espace. Ne le secouez pas trop."


Il ne comprit pas vraiment ce qu'il se passa. Son cerveau s'était comme déconnecté de la réalité et les images qui défilaient sous ses yeux ne lui apparaissaient plus comme siennes. On le transporta dans un espace plus à l'écart et pendant que l'on bandait son bras, les survivants de l'attaque cherchaient à le réconforter de paroles qu'il ne comprenait pas. Il était épuisé mentalement et physiquement et il était à peu près certain qui n'importe quoi pouvait le faire fondre en larmes. Malgré tout, dans son délire, il capta le regard noir d'Alveas, braqué sur lui. Son précepteur se rapprocha du Roi et lui murmura quelques mots à l'oreille. Ce dernier tourna vers lui un regard triste et inquiet avant que le prince ne cède aux ténèbres et ne perde connaissance.


********


Aranwë reprit connaissance une heure plus tard, toujours couché sur le côté. Une douleur à son bras l'avait réveillé et il s'était redressé avec inquiétude, persuadé de se trouver de nouveau au milieu de révolutionnaires enragés. Il mit quelques secondes à calmer les battements de son coeur affolé avant d'oser un regard vers son bras. Il poussa un cri de surprise et baissa immédiatement la manche de sa chemise. Des pas pressés s'avancèrent dans sa direction et le médecin royal s'accroupit près de lui, inquiet.


"Votre Majesté, tout va bien ? Vous vous sentez mieux ?

— Je... Oui... Oui, tout va bien, répondit-il d'une voix perdue."


Il tendit une main vers son bras mais Aranwë se dégagea vivement et le serra contre lui. Son interlocuteur lui adressa un regard surpris mais le laissa faire sans se plaindre. Il n'en avait pas le droit, de toute façon. Il recula et lança un regard méfiant à Adranar qui venait d'entrer à sa suite et déjà tranquillement installé contre le mur à quelques mètres de lui.

L'homme aux longues tresses noires se redressa et s'approcha de lui sans se presser. Contrairement aux siens en lambeaux, les vêtements de son "sauveur" n'avaient pas une seule éraflure, si ce n'était quelques traces de sang par endroits. Il lui offrit un sourire mutin et complice avant de se tourner vers le médecin de la famille, tendu et méfiant.


"Vous pouvez partir maintenant, déclara calmement Adranar à ce dernier. Je dois m'entretenir avec le prince.

— Il a besoin de soins ! s'outra son interlocuteur.

— Il a besoin de calme et d'une oreille attentive. Je suis son médecin attitré et je veux que vous quittiez les parages."


Le vieil homme aux cheveux gris poussa un soupir contrarié et tourna les talons. Aranwë se sentit mal pour lui. Après la mort de sa mère, le médecin avait pris soin de lui, du physique jusqu'au mental, et il pouvait parfaitement comprendre sa colère d'être mis ainsi à l'écart. Les places étaient chères à la Cour d'Archibald Balrarion et nombreux étaient les médecins qui convoitaient sa place privilégiée. Bien qu'Adranar n'en fasse pas partie, il en était certain désormais, il ne pouvait s'empêcher de ressentir de la peine envers ce bonhomme aux joues rouges et à l'alcool facile qui l'avait accompagné jusqu'à l'âge adulte.

Adranar s'installa confortablement à côté de lui, les jambes croisées et le regard braqué sur son bras. Aranwë serra un peu plus la prise sur la manche de sa chemise, mal à l'aise. Il hésitait à lui révéler la cause de sa soudaine panique, mais ce qu'il avait vu plus tôt l'en empêchait. Cet homme s'était transformé en lézard rouge devant lui ! Comment était-il possible de lui faire encore confiance ?


"Je ne suis pas ton ennemi, lui dit le médecin à voix basse sur le ton de la confidence. Montre-moi."


Le prince serra les dents avant de soulever lentement sa manche. Là où la plaie de sa fracture aurait dû être apparente se trouvait des écailles brillantes d'un doré puissant.

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Adrien de saint-Alban


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Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
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Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

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Adrien de saint-Alban
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