Chapitre 8 : Tempête - Partie 1

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Hey ! Vous allez bien ? Posez-moi ces haches, je sais, je suis en retard et c'est impardonnable. Mais le chapitre est terminé et il est très important pour l'intrigue, d'où l'attente ! L'écriture de ce roman deviendra bi-mensuelle dès que j'aurais terminé mon stage, fin juin, je vais essayer d'avancer au rythme d'un chapitre toutes les deux semaines en me donnant un gros coup de pied dans les fesses pour vraiment avancer. En attendant, j'espère que la première partie de ce chapitre vous plaira ! Des bisouilles, n'hésitez pas à commenter, ça m'aide énormément, et à bientôt pour la suite !


Chapitre 8 : Tempête

Partie 1


“C’est ainsi que les barbares de l’est, poussés par la famine et la maladie, se sont sédentarisés dans le désert pour subvenir à leurs besoins et… Aranwë, m’écoutez-vous ?”


Le prince releva vivement la tête et se redressa sur sa chaise. Alveas plissa les yeux, mauvais, avant de se tourner de nouveau vers le tableau, couvert d’annotations à la craie. La géopolitique n’intéressait pas vraiment le jeune homme aujourd’hui, malgré les vaines tentatives de son précepteur pour le maintenir éveillé. Même s’il se sentait mieux, il ressentait toujours cette grande fatigue dont il ne parvenait pas à se débarrasser. Le dos voûté, les yeux cernés, il peinait à rester alerte. Elle faisait presque partie de son existence désormais. Deux semaines s’étaient écoulées au palais depuis son dernier malaise et il avait officiellement eut l’autorisation de sortir de sa chambre depuis la veille.

L’étrange médecin ne quittait pas son esprit et le tourmentait. Il veillait sur lui, ordre du roi, mais quelque chose ne tournait pas rond chez cet homme. Enfin, cet “homme”. Il passait ses journées à l’observer, mais dès que le prince s’approchait, il se volatilisait dans le palais, sans qu’il ne réussisse jamais à le suivre. Son sourire malicieux le rendait fou. Et ses yeux… Ses yeux cachaient quelque chose. A chaque fois qu’il détaillait son visage, le prince n’arrivait pas à se concentrer comme si quelque chose cherchait à l’en détourner. Aranwë voulait des réponses, peu importe le temps que cela prendrait. Ne pas savoir le plongeait dans un état d’anxiété permanente.

Il sursauta lorsque Alveas fit tomber un lourd grimoire à quelques millimètres de ses doigts dans un grand fracas. Le vieux singe était loin d’être dupe. Ses yeux de fouine le dévisageaient avec colère. Ils perdaient tous les deux leur temps ici et cela n’arrangeait pas leurs relations. Aranwë tira le livre vers lui et l’ouvrit sur une page au hasard. “L’art de bien tenir sa fourchette en vingt-cinq leçons”. Il avait déjà hâte de découvrir ce chapitre qui promettait d’être plein de rebondissements et de découvertes insolites : arriverait-il à retenir les trente-sept types de fourchettes différentes sans se tromper ? L’affaire était à suivre. Il poussa un soupir et tourna les pages pour arriver à la thématique des barbares du désert de Snivelak, un peuple qu’il ne rencontrerait probablement jamais tant le royaume ne les comprenaient pas. Son père parlait d’eux comme de bêtes sauvages qui n’auraient pas bien évoluées, aux traditions grotesques et violentes, et sans la moindre définition d’humanité. Cela dit, Archibald Balrarion n’était pas franchement lui-même un modèle de virtuosité, et le jeune homme ne doutait pas une seconde que ce peuple méconnu cachait en réalité bien plus de ressources que ce qu’il pouvait lire dans ces pages rédigées par l’Eglise du Soleil. Aux yeux de la religion, tout ce qui ne se conformait pas à leurs attentes représentait une menace. Aranwë ne fut pas surpris de lire que les barbares rentraient dans cette grande catégorisation d’hérésies. Triste monde.

Alors que son professeur reprenait son cours sans se soucier davantage de son écoute, Aranwë laissa ses pensées divaguer vers le paysage visible depuis la fenêtre du bureau où il se trouvait. La vue était partiellement masquée par les piles de livres de son précepteur, mais quelque chose d’inhabituel attira son attention. Une fumée noire planait au dessus des quartiers riches. Le prince fronça les sourcils et se leva pour y voir plus clair.


“Aranwë… Je vous…”


Un nuage de feu s’éleva soudain des habitations, alors que les murs du palais vibraient sous la force de l’explosion. Aranwë, inquiet, ouvrit la fenêtre pour se pencher vers les jardins. Il eut juste le temps de voir plusieurs villageois courir, poursuivis par des gardes, avant qu’une bourrasque ne le repousse violemment en arrière sous la force d’une nouvelle explosion, juste sous sa fenêtre un étage plus bas. Le prince s’écrasa dans la bibliothèque de son précepteur quelques mètres derrière. Confus, il mit quelques secondes à retrouver ses esprits. Ses oreilles bourdonnaient et une épaisse fumée noire avait envahi l’espace. Il passa une main sur son visage et grimaça en se rendant compte que des morceaux de verre de taille plus ou moins gros dépassaient de sa peau. Les fenêtres, les livres, le bureau entier avait été soufflé par la détonation.

Le prince se redressa maladroitement et fit quelques pas dans la pièce jonchée de débris. Le tableau de son précepteur était troué au milieu, un projectile l’avait traversé comme un ballon dans une vitre. Il passa la pièce en revue. Où était Alveas ? La fumée l’empêchait de voir à plus d’un pas, il ne savait pas si son précepteur avait réussi à s’enfuir. Il s’avança près d’une pile de débris là où se tenait les fenêtres encore quelques minutes plus tôt. Le mur ouvrait désormais sur le vide. Aranwë osa un oeil à l’extérieur : plusieurs corps de gardes étaient étendus dans la pelouse, marionnettes désarticulées. Des généraux aboyaient déjà des ordres et des soldats s’activaient de toutes parts pour aider les blessés.


“Votre Majesté ! cria soudain l’un d’eux à son attention. Vous êtes blessé ?

— Je pense que ça va, répondit-il d’une voix faible. Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Nous avons été attaqué par une bande de révolutionnaires. Ne bougez pas, j’envoie une escouade vous récupérer tout de suite. Surtout ne...”


Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Un carreau d’arbalète venait de se planter entre ses deux yeux. Aranwë mit ses deux mains devant sa bouche pour s’empêcher de pousser un cri de surprise et se jeta derrière un pan de mur en remarquant l’assaillant du pauvre homme en train de recharger son arme quelques mètres plus loin. Une foule de villageois courait vers le palais, armés de fourches et d’arcs artisanaux. Aranwë en compta au moins une centaine.


“Ils sont entrés à l’arrière ! cria la voix d’un général. Protégez le roi et le prince à tout prix !”


Une main saisit Aranwë au bras. Le garçon poussa un cri et fit volte-face pour se retrouver face à son précepteur. Il était aussi abîmé que lui, à en juger le sang qui coulait de son crâne chauve et le bras qu’il tenait en écharpe. Son visage était livide.


“Ils sont dans les couloirs, chuchota t-il. Je les ai vu massacré des gardes plus haut. Nous devons vous faire sortir d’ici ou nous sommes tous les deux morts.

— Pour aller où ? répondit le prince sur le même ton. Ils vont entrer par devant, on va se retrouver encerclé !

— Il faut aller au tombeau de votre mère. La salle est conçue pour être scellée magiquement. Votre père a déjà dû être mené là bas. Nous allons devoir être prudent. Suivez-moi et ne commettez aucune imprudence, c’est clair ?”


Le prince hocha la tête. Alveas s’avança vers la porte. Elle pendait tristement, partiellement dégondée. Les tableaux sur le mur étaient tous de travers ou à terre, témoins silencieux de la violence de l’explosion. Aranwë fit attention à ne pas marcher sur le visage de son arrière-arrière-grand-père en suivant son enseignant qui avançait accroupi vers le couloir qui menait aux escaliers principaux. Ils n’eurent pas besoin de s’approcher pour comprendre que cette issue était condamnée : les cris de rages des combattants et le fracas des armes suffirent à les en dissuader. Ils retournèrent sur leur pas et empruntèrent le chemin qui menait aux chambres royales et à celles des invités, plus épargné par l’attaque.

L’étrange médecin se trouvait là, lui aussi, accompagné de sa mystérieuse assistante. Aranwë n’avait jamais pu voir son visage, la jeune femme s’y opposait farouchement à chaque fois. A bien y réfléchir, il ne l’avait vu que deux fois en deux semaines : une fois pour être présentée par son médecin, l’autre par hasard, dans les couloirs. Les deux duos se regardèrent un moment dans le blanc des yeux avant qu’Adranar ne prennent la parole.


“Les escaliers secondaires sont bouchés, dit-il d’une voix assurée, nous en venons. Si vous êtes là, je suppose que c’est la même chose de l’autre côté ?”


Alveas hocha la tête en signe d’approbation, avant de se redresser.


“Je sais par où nous pourrions partir, suivez-moi.”


Il poussa sans tarder une porte au fond du couloir. Aranwë s’arrêta sur le pas de la pièce avec la curieuse impression de commettre un sacrilège. Il n’était pas venu ici depuis fort, fort longtemps et pour cause : il s’agissait de la chambre de sa mère. Depuis sa mort, il n’avait jamais osé y remettre les pieds. Rien n’avait changé : la parure bleue nuit du lit était soigneusement disposée, prête à l’accueillir, face à une armoire imposante aux portes-miroirs qui prenait la poussière. Adranar ferma la porte une fois tous rentrés à l’intérieur.

Pendant qu’Alveas s’affairait derrière l’armoire, Aranwë ne put s’empêcher d’effleurer le lit du bout des doigts. Il avait passé son enfance ici. Plus jeune, il était incapable de dormir seul et passait ses nuits dans les bras de celle qui lui avait donné la vie. Elle lui manquait terriblement. Dès que ses doigts se posèrent sur l’oreiller, il sentit comme un courant électrique passer dans son corps. Il releva la main et recula vivement, en serrant son bras contre lui. Cette sensation était trop familière.


“Pas ici, murmura t-il, angoissé.”


Il ferma les yeux et chercha à calmer sa respiration, ne réussissant qu’à provoquer l’effet inverse. Ses mains vibraient de manière incontrôlée alors que la peur prenait posséssion de son être. Deux mains fortes lui saisirent les épaules. Aranwë releva la tête, le visage du médecin était à quelques centimètres du sien.


“Ne perds pas le contrôle, chuchota Adranar. Tu peux te maîtriser. Prends de grandes inspirations.

— Qu’est-ce qui m’arrive ?

— Les prémices. Tu développes ta magie. N’aie pas peur. Accepte-la.”


Le prince lui lança un regard franchement effrayé. Qu’est-ce qu’il voulait dire par là ? Et puis l’accepter comment ? Il chercha du soutien auprès de son précepteur, mais celui-ci ne le regardait pas : il s’acharnait sur l’armoire, plus pressé de se mettre en sécurité lui-même que d’assurer sa survie. La capuche sombre de l’acolyte d’Adranar était tournée vers lui, scruteuse. Le regard du jeune prince alla du lit au médecin, incapable de se concentrer. Quelque chose grondait en lui, de plus en plus fort, et il se sentait incapable de l’arrêter. Quoi que c’était, il voulait sortir et finirait par sortir de gré ou de force.


“Je n’y arrive pas ! cria le prince. Je… Je ne sais pas ce que je dois faire !”


Alveas figea son mouvement pour se tourner vers lui. A son air interloqué, le jeune prince sut que quelque chose n’allait pas. Le médecin recula lui aussi d’un pas et fit signe à son amie de ne pas intervenir, alors que celle-ci menaçait de lui bondir dessus. Aranwë regarda ses mains. Des filins dorés couraient le long de sa peau. Ils l’encerclaient, de plus en plus brillants, de plus en plus nombreux, de plus en plus étouffants. Le prince se laissa tomber au sol, il ne pouvait plus rester debout. Il hoqueta de manière incontrôlable, à la recherche d’air. Le cocon magique le serrait trop, il ne pouvait le supporter. Il suffoquait.


“Qu’est-ce qui se passe ? demanda une voix féminine familière.

— Je ne sais pas trop, avoua le médecin. Ce n’était pas censé se produire.

— Adranar, s’il se change ici…

— De quoi diantre parlez-vous ? cria son précepteur. Il… Il a besoin d’aide.

— Non ! Ne le touchez pas !”


La main d’Alveas lui saisit le bras. Et alors Aranwë sut qu’il ne pourrait plus contenir cette puissance. Il tendit les mains, droit devant lui et poussa un cri suraïgu, inhumain, alors qu’un rayon de lumière pur s’échappait de ses mains. Le mur de la chambre vola en éclat, laissant la magie trouver son chemin vers l’extérieur. C’était une force brute, sauvage, naturelle, vestige d’une époque que tous les livres d’Histoire présentaient comme révolue. Aranwë pouvait la sentir aller en lui, pénétrer le moindre muscle, le moindre os. Elle l’appelait à lui, comme si cela avait toujours été le cas, mais qu’il ne l’entendait que maintenant. Sentiment grisant et exaltant, il pensait que rien ne pourrait l’arrêter.

Mais son corps en décida autrement. Très vite, une douleur lacinante lui vrilla le crâne. Il poussa un cri de douleur et se jeta au sol, les mains sur la tête. Un tambour battait de plus en plus fort dans sa tête, comme s’il essayait d’en sortir. Le mal était indescriptible, il ne ressemblait à rien de ce qu’il avait connu avant. Il avait l’impression que son esprit se déchirait, se divisait pour désolidariser la partie humaine et la partie sauvage, qui prenait de plus en plus de place. Au milieu du combat, un troisième parti, plus discret, s’adressait à lui plus urgent. Il mourait. S’il ne cessait pas cet afflux de magie, il allait y laisser la peau. Alors il se concentra sur la vie, de toutes ses forces. Peu à peu, magie et homme s’assombrirent : il devait suivre le chemin de la vie, il devait lui faire confiance. Il tendit une main vers cette entité sans forme, et alors tout cessa.

Il était de nouveau dans la chambre de sa mère, ravagée comme si un ouragan venait d’y passer. Le lit était brisé en deux et retourné, le mur face à lui n’existait plus. La porte de l’armoire s’ouvrit lentement, pour laisser sortir Alveas, Adranar et sa compagne, qui y avaient passé la tempête.

Aranwë put brièvement apercevoir son reflet dans la glace. Il était d’une pâleur effrayante, les yeux rougis et cernés comme s’il n’avait pas dormi depuis plusieurs mois. Les veines de son visage avaient pris une teinte noire inquiétante et apparaissaient clairement. Du sang coulait encore de son nez et ses oreilles, alors qu’il ne l’avait même pas remarqué quelques secondes plus tôt. Il hoqueta et se tourna vers Adranar.


“Qu’est-ce que je suis ?! rugit-il. Vous le savez ! Je sais que vous le savez !”


Il ne répondit pas et lança un regard anxieux vers son précepteur. Celui-ci recula de quelques pas, puis s’engouffra par la porte des serviteurs derrière l’armoire, prenant ses jambes à son cou. La jeune femme retira sa capuche et Aranwë tressaillit.


“Vous ? souffla le prince, choqué. Mais…

— Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Indrala.

— Rien du tout, répondit Adranar. Le plan se déroule encore mieux que prévu.”

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Adrien de saint-Alban


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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
C'est dans ces conditions que va naitre Nathalie Verseau.
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Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
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Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
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