Chapitre 1 : Poison - Partie 2

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Bonsoir tout le monde ! Après... Beaucoup d'heures de travail, je vous présente la seconde partie du chapitre 1 de Tyrnformen ! On se penche cette fois-ci du côté d'Indrala. J'aimerais surtout des avis sur la fin de le ce chapitre, parce que je le trouve assez boarf. Mais je vous laisse juger :) Faisons notre petit tour des commentateurs avant ça. Merci à Rosamund, Rashka Nolwel, Jb Desplanches, La Mandragore de Nantes, Auré Lysia, Awen 22, Claire D, Aislune Seidirey et ma petite Fanbase d'Aventures pour les conseils, la relecture, le soutien et la grosse patate et la force que vous m'avez donné pour continuer ce texte. Merci beaucoup, vous êtes géniaux :D J'espère que cette seconde partie de chapitre vous plaira autant que la première, je vous fait des bisous et n'hésitez pas à commenter !


Chapitre 1 : Poison

Partie 2


Indrala avait passé une très mauvaise nuit. Le matelas d'Adranar était de très mauvaise qualité et elle s'était réveillée à l'aube, avec des courbatures atroces. Elle avait trouvé son ami sur le sol, endormi sur une pile de papiers, sa chaise renversée. Comme dans ses souvenirs, il avait dû travailler un peu trop tard et était tombé de fatigue. La jeune femme se souvenait l'avoir vu travailler des nuits entières à l'académie de Warazi, bien qu'elle n'arrivât pas à comprendre comment est-ce qu'il faisait.


« Adranar ? Appela-t-elle timidement. »


Le dragon ouvrit un œil fatigué dans sa direction. Il pencha la tête sur le côté en voyant Indrala au dessus de lui, réalisant dans quelle position il se trouvait. Il attrapa la main que son amie lui tendit et se releva, avant de s'étirer, faisant craquer ses os endoloris. Il jeta un coup d’œil à la pièce, constatant qu'il était grand temps de faire du rangement, avant de se reconcentrer sur son invitée.


« Bien dormi ? Désolé pour le bazar, je n'avais pas réalisé hier soir. Il était tard et...

- Ce n'est pas grave, j'ai connu bien pire. »


Il se gratta l'arrière de la tête, assez nerveux. Un silence gênant s'installa entre eux. Cela faisait bien longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus, les mots avaient encore un peu de mal à passer la barrière de leurs lèvres. Indrala décida finalement de prendre les devants.


« Où se trouve la salle d'eau ?

- A l'étage du dessous, mais je ne te conseille pas d'y aller. Je suis déjà tombé sur un rat mort. Je m'étonne parfois de voir que personne ici n'a encore attrapé la peste. Ces bestioles grouillent de puces et de maladies. Et ça ne semble inquiéter personne.

- Parce que leurs « dieux » sont bienveillants, lâcha ironiquement la dragonne, dans un petit rire. Je ferais attention à ne pas me faire dévorer par un rongeur une centaine de fois plus petit que moi, ne t'inquiète pas. »


Elle le frôla et quitta tranquillement la pièce, dans un déhanché qui ne laissa pas indifférent Adranar. Le scientifique n'était cependant pas du genre à vivre en couple. La vie qu'il menait était assez difficile et il refusait de l'imposer à qui que ce soit. Il poussa un soupir. La femme qu'il aimait était toujours à Warazi. Il avait refusé qu'elle l'accompagne, elle et son fils, par peur d'échouer et qu'ils soient tous trois exécutés. Il ne se faisait cependant pas d'idées. S'il s'était porté volontaire pour gagner le royaume humain, c'est aussi parce qu'il avait découvert que sa belle était infidèle. Il avait eu du mal à accepter ce fait, mais en partant, il lui avait offert une chance de faire sa vie avec un autre qu'elle aimait plus que lui. Le petit ne serait pas sans père au moins, ça facilitait les choses. Il ramassa sa chaise et commença à débarrasser son bureau, sans grande conviction.


Indrala avait, quant à elle, descendu les marches de l'escalier menant au rez-de-chaussée. Le tavernier était occupé au comptoir, l'air visiblement soucieux. Face à lui se trouvait un garde au visage fermé, attendant de toute évidence quelque chose. Elle se rapprocha imperceptiblement, curieuse de savoir ce que les sbires du pouvoir pouvaient bien vouloir à un pauvre vieil homme.


« C'est hors de question. Avec tous mes respects Messire, mon père et son père avant lui tenaient cet établissement. J'ai été assez clair, répondez au roi qu'il n'aura qu'à attendre ma mort. Mais aussi qu'un assassinat, dans le coin, ça se voit rapidement. Il court droit à une révolution, s'il songe à ce que je pense qu'il serait capable de faire.

- J'ai les moyens de vous faire sortir d'ici. Le Roi a été très clair, vous fermez aujourd'hui ou sinon...

- Ou sinon ? Répéta le tavernier sur un ton provocateur. »


Le garde dégaina une longue épée et la pointa sur la gorge de l'homme. Indrala haussa un sourcil. Elle releva sa cape, dévoilant un fourreau en cuir, couvert de symboles étranges, dans une langue inconnue, brodés avec du fil d'or. Elle en sortit une petite rapière en argent, qu'elle posa sur l'épée du garde qui se tourna vers elle, le regard colérique.


« Ce ne sont pas tes affaires, femme. Déguerpis.

- Tout ce que je vois, c'est que vous êtes en train de faire peur à un vieil homme. C'est de coutume dans votre pays de persécuter tout ce qui n'a pas l'air assez riche pour vous ? Ou pas assez humain ?

- Vous parlez à un garde du Roi ! Vous allez... »


La rapière s'enfonça dans la poitrine de l'homme. Il resta un moment interdit, à regarder la lame le traversant de part en part, puis il s'effondra au sol. Elle était expérimentée et avait frappé dans le cœur, d'un coup sec. Le tavernier, derrière elle, plissa les yeux.


« L'avez-vous...

- Ça pose un problème ?

- Non... C'est une solution comme une autre, je suppose. »


Adranar, alerté par le bruit, avait descendu les marches quatre à quatre. Essoufflé, il resta bouche bée devant la scène qu'il avait sous les yeux. Il s'approcha du corps à pas feutrés, se pencha et posa deux doigts sur sa jugulaire, confirmant la mort de ce pauvre garde qui ne faisait que son travail. Son regard reptilien croisa celui de sa comparse. Elle haussa simplement les épaules, n'exprimant pas le moindre regret, se justifiant même d'un « il l'a cherché » avant de se diriger vers la salle d'eau et de s'y enfermer.


« Ne vous inquiétez pas Umwen, dit calmement Adranar à l'attention du tavernier, toujours silencieux. Vous n'aurez pas de problèmes, je vais m'occuper du corps.

- Votre amie semble... dangereuse. Vous devriez faire attention à elle. Vous savez très bien que les gardes finissent par tout savoir dans cette ville.

- Elle ne va pas rester longtemps. Elle sera repartie dans la soirée. »


Le vieil homme plissa les yeux, hocha la tête et prit la porte en bois menant vers les cuisines. Le dragon jeta un regard au cadavre, qui continuait de se vider de son sang sur le plancher tout juste nettoyé. Il l'attrapa sous les bras et le traîna, avec une facilité déconcertante, vers la porte arrière de l'établissement, donnant sur le Fleuve Miroir coupant Isendorn en deux. Adranar vérifia que personne ne se trouvait dans les environs, et jeta le corps dans l'eau froide. Il fut immédiatement entraîné par le courant, coulant et remontant à la surface par intermittence. Avec un peu de chance, il atteindrait la Mer Oubliée sans que personne ne s'en aperçoive. Le temps qu'Indrala termine sa toilette, son ami s'occupa de nettoyer le sol de l'auberge et se changea, effaçant ainsi les traces du meurtre.


La dragonne sortit de la salle d'eau quelques minutes plus tard. Elle poussa un sifflement admiratif en découvrant qu'il ne restait plus aucune trace de son petit défouloir. Elle remonta à l'étage, où Adranar l'attendait. Il semblait soucieux, presque contrarié. Elle leva les yeux au ciel, sentant les reproches venir.


« Tu m'en veux vraiment pour ça ? Ce n'était qu'un vulgaire humain, il y en a des milliers d'autres dans cette ville.

- Nous sommes en infiltration très chère, nous ne pouvons pas nous permettre de nous faire remarquer. Si vous retournez vous terrer à Warazi avec les autres, ce n'est pas mon cas. Je ne compte pas compromettre dix ans de recherches à cause d'une erreur de débutante. Est-ce bien clair, jeune fille ? »


Elle lui tira sa langue fourchue pour simple réponse, pas le moins du monde impressionnée. Ce n'était pas la première personne qu'elle tuait, ce ne serait pas la dernière non plus. Les états d'âme de son compagnon lui importaient guère. Elle s'approcha du bureau et s'installa dessus.


« Je sais ce que je fais.

- J'espère bien. »


Adranar lui tendit un petit coffret en bois, couvert de motifs étranges qu'elle identifia comme de l'elfique. Elle l'ouvrit. La potion qu'elle devait faire ingérer au prince se trouvait à l'intérieur.


« J'ai pris des précautions, expliqua Adranar. S'ils commencent à chercher des responsables, ils iront d'abord voir du côté des elfes noirs. C'est bien leur genre, manipuler l'alchimie et des potions dont ils ne contrôlent pas les effets. Il y en a une population assez importante dans les environs. Il est temps pour toi d'y aller, je t'ai réservé un stand au marché. »


Un silence s'installa entre les deux dragons. Indrala baissa la tête.


« Je suppose que nous devons nous dire au revoir dans ce cas. Je volerai un cheval pour fuir la ville et je retournerai à Warazi, comme convenu. Mais tu sais, tu devrais venir, ils risquent de te démasquer et...

- J'ai fait mon choix Indrala, tu le sais bien. Bonne chance, et passe mes salutations au Haut-Conseil. »


Elle le serra dans ses bras, prit une inspiration et sortit de la pièce. Les premiers clients entraient dans la taverne lorsqu'elle la quitta. Elle s'inquiétait quelque peu pour son ami, mais n'en montra rien. Elle quitta les ruelles sombres de la ville basse pour la cité moyenne. Il neigeait, ce qui la fit sourire. Les Sanglants étaient habitués aux climats chauds du désert, mais leurs lointains ancêtres parcouraient les froides montagnes du nord, ce qui leur avait permis de développer une résistance naturelle aux écarts de température. Elle effleura la poudreuse du doigt et gagna la place du marché en sautillant. Des commerçants et des paysans convergeaient vers la place Clothilde, les bras chargés de fruits, de légumes, de vases et d'autres objets étranges. Elle ne repéra cependant aucun alchimiste.


Son stand était déjà installé. Une table en bois l'attendait, couverte d'une nappe à carreaux rose et blanche. De nombreuses bouteilles se trouvaient dessus, contenant un liquide d'une couleur semblable à celle de la potion à l'intérieur de son propre flacon. Curieuse, elle en ouvrit une et la goûta. Elle tira une grimace. Jus de fraise. Elle avait toujours détesté les fruits, et la majorité des végétaux. Il n'y avait que les humains pour manger des choses comme celles-là. Elle reposa la bouteille dans le tas, observant du coin de l'oeil les stands qui l'entouraient. Les marchands ne se préoccupaient pas d'elle, trop occupés à arranger leurs tables. Une grande agitation anima soudain le marché. Les allées se libérèrent comme par magie, les marchands devenaient silencieux. Elle se leva sur la pointe des pieds pour apercevoir l'objet de ce brusque changement d'attitude.


Un jeune homme discutait avec un vendeur de vases, qui semblait complètement affolé. Elle ne comprenait décidément pas les humains. A Warazi, tous les dragons étaient au même niveau. Il y avait certes le Haut Conseil qui décidait de l'organisation des guerres, mais eux même avaient tendance à écouter la majorité. Confier le pouvoir aux mains d'une seule famille lui était inconcevable et la vision de cet enfant pourri gâté lui donna la nausée. Ce petit prince ne pouvait pas savoir ce qu'elle avait enduré pendant son enfance, luttant pour survivre dans un territoire où la nourriture et l'eau sont des denrées rares. Son visage se crispa. L'envie de brûler cette ville et tous ses habitants était forte, mais elle ne devait pas faillir à sa mission.


Le prince croisa finalement son regard, et elle sentit la pression monter. Le moment était venu. Elle tâcha de prendre un air amical, malgré les nombreuses pensées sombres animant son cerveau actuellement, essayant de faire jouer de ses charmes naturels pour l'amadouer. Bon nombre de ses chiens le suivaient de près ce qui n'était pas vraiment pour arranger son affaire. Elle s'inclina devant le noble quand il s'arrêta devant son étalage, comme il était coutume de le faire dans cette région du monde.


« Salutations Milady, dit-il d'une voix calme. Je ne vous ai jamais vu auparavant à Isendorn, je me trompe ?

- Je suis nomade Messire, je ne viens qu'une fois l'an. Je parcours la région depuis peu. »


Elle se redressa. Le prince fixait avec intérêt les potions avec les yeux d'un enfant devant un étalage de confiseries. Elle sourit, peut-être l'affaire serait-elle plus simple que prévue.


« Mes potions permettent de guérir bien des maladies. Et sauf votre respect, vous me semblez un peu pâle.

- Oh, je le connais ce petit jeu là. Qu'est-ce qu'il y a dans ces potions ? Du jus de fraise ? »


L'assemblée se mit à rire alors que la dragonne se crispait légèrement. Elle posa un regard froid sur le jeune homme. Il se croyait malin ? Très bien, second plan.


« J'ai entendu dire que la magie avait disparu de ce royaume.

- C'est exact.

- Et si j'en avais trouvé une source ? Et si elle conduisait à la vie éternelle ? »


Le noble plissa les yeux, cherchant sans doute à déceler un quelconque mensonge dans son regard. Indrala lui sourit innocemment, pour camoufler l'angoisse qui montait de secondes en secondes en elle, mais aussi la soif de meurtre qui commençait sérieusement à l'animer.


« La magie est interdite dans notre royaume vous savez, finit par lâcher le jeune prince.

- Et vous écoutez tout ce que dit votre père ? Cracha-t-elle, provocante, en croisant les bras tout en le défiant du regard. »


Il soutint son regard, relevant le défi. Indrala lui tendit une bouteille au hasard dans celles disposées sur son stand, sachant pertinemment ce qu'il allait faire. Il l'attrapa, détailla l'étiquette un instant, puis il la tendit à l'un de ses gardes, celui qui n'était pas humain. Le guerrier le regarda sans comprendre un moment, puis, dans un soupir, s'en saisit et avala le contenu de la potion. Le prince guetta sa réaction, puis, ne constatant rien d'anormal, il se retourna vers Indrala.


« Disons que je suis partant. Les effets se manifestent quand ?

- Dans les trois mois à venir. C'est votre vie qui va changer votre Majesté, vous allez adorer ça.

- Et ça va me coûter combien ?

- Rien n'est trop beau pour mon Seigneur. Cet échantillon est gratuit. Revenez me voir l'année prochaine si vous êtes convaincu. »


Elle lui tendit la boîte couverte de symboles elfiques. Il s'en saisit, et la rangea précieusement dans sa sacoche. Il la salua brièvement et poursuivit son chemin, en direction d'un autre stand. Indrala poussa un soupir de soulagement. Une bonne chose de faite. Elle s'apprêta à quitter la place, mais le récolteur d'impôts l'interpella.


« Vous n'êtes pas sur la liste Mademoiselle. Votre stand est-il légal ? Puis-je voir vos papiers ?

- Ils sont dans mon auberge, à deux rues d'ici, voulez-vous m'y accompagner ? Je peux aussi vous payer en nature. »


Elle accompagna sa phrase en retirant l'un des boutons de sa veste. L'homme lui lança un regard intéressé, sourit d'un air pervers et la suivit. Elle le tira dans une ruelle esseulée, puis elle le plaqua contre le mur. Alors que lui cherchait déjà à jouer d'elle, la peau de sa douce se recouvrit d'écailles rouge sang. Elle lui sourit alors que lui se décomposait, puis elle lui claqua la tête contre le mur. Le geste fut si violent que son crâne se fendit, couvrant les pierres, puis le sol, d'un liquide rougeâtre. Il n'avait pas eu le temps de hurler ou même de comprendre ce qu'il s'était passé. Elle s'étira gracieusement, osant même donner un petit coup de pied au cadavre avant de faire demi-tour en sautillant. Il ne lui restait plus qu'une mission à accomplir.


Elle quitta la ruelle, en faisant attention de ne croiser aucun garde. Les écuries n'étaient pas loin de l'entrée, elle les avait repérées en arrivant. Un homme était occupé avec un jeune étalon noir, probablement son maréchal ferrant à en juger par les outils qu'il utilisait. Indrala s'approcha et prit une voix pseudo-dramatique.


« Messire ! Messire ! Je fais appel à votre bonté ! Ma monture est décédée dans la nuit et je dois me rendre d'urgence dans une petite ville au sud d'ici. Accepteriez-vous de me prêter l'une de vos bêtes ? Je reviendrai avant l'aube.

- Je pourrais, mais ce n'est pas gratuit. »


Il lança un regard vers son décolleté entrouvert, légèrement ensanglanté. Ce n'était pas gênant pour son interlocuteur. C'était ses seins qu'il fixait avec envie. Le visage de la dragonne se crispa. Ces primates n'étaient vraiment que des bêtes en manque de sexe. D'un geste sec, elle attrapa un marteau au sol et lui écrasa derrière la tête. L'homme s'affala sur le sol, alors qu'elle montait sur le cheval. Elle le lança au trot dans la ville et la quitta rapidement, sans un regard en arrière. Adranar lui enverrait certainement une lettre peu sympathique d'ici quelques jours pour lui faire la morale sur les morts qu'elle avait abandonnés dans son sillage, mais elle n'en avait que faire.


Elle parcourut les plaines sur quelques lieues, vers le sud, en longeant le fleuve Miroir. Dès que l'on quittait la civilisation, on ne voyait plus un chien dans les environs, et pour cause. De nombreuses rumeurs courraient sur les créatures étranges que l'on trouvait dans les terres de Tyrnformen, et personne ne voulait se retrouver pris en embuscade par un groupe d'orques.


Indrala fit arrêter sa monture au pied d'un gigantesque chêne. Elle descendit tranquillement, et frotta l'encolure de la bête.


« Je sais que les humains mettent du temps à obtenir des créatures comme toi et je t'assure que si je n'avais pas autant de route à faire je t'aurais laissé partir. Malheureusement, Warazi est très loin, et j'ai déjà faim. »


Le cheval semblait avoir décelé le changement de ton dans la voix de sa ravisseuse. Il fit quelques pas en arrière, hésitant entre la fuite et la fidélité. Mais lorsque la personne qu'il avait devant lui se mit à grandir, de plusieurs dizaines de mètres, il fila à travers les plaines. Deux grandes ailes rouges foncées avaient poussé dans le dos d'Indrala, son cou s'était allongé, ses bras et jambes avaient grossi. Elle n'eut bientôt plus rien d'humain, renouant enfin avec sa forme draconique. Retrouver son apparence originelle lui fit grand plaisir, et elle s'autorisa même un petit vol au dessus du fleuve Miroir en crachant quelques flammes de sa gueule immense, se libérant, laissant ses instincts bestiaux refoulés reprendre le dessus. Puis elle prit un peu d'altitude avant de foncer sur le cheval, parti au galop, vers le Nord.


Ses serres se plantèrent dans son dos, lui broyant plusieurs os et organes importants sous son poids. L'animal poussa un cri de douleur et de frayeur lorsqu'il décolla du sol. D'un geste sec, la dragonne lui arracha la tête pour le faire taire, la laissant retomber dans le fleuve, et elle prit la direction du sud, sa proie entre les pattes, direction Warazi.

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Adrien de saint-Alban


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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
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Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
C'est dans ces conditions que va naitre Nathalie Verseau.
Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
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Défi
Charlie Jdan
Une souris se faufile dans la maison,
et voilà que tout prend des proportions démentielles...


Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
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