Chapitre 7 : Infiltration - Partie 2

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Plop ! Avez-vous remarqué que mes chapitre sort souvent aux alentours des fêtes ? Je crois que je m'ennuie tellement que ma seule motivation en ce moment, c'est l'écriture de mon roman (et la préparation de mon dossier de candidature de Master T-T). Quoi qu'il en soit, par le miracle de la magie de Nowel, voici la suite du chapitre 7 !

Chapitre 7 : Infiltration

Partie 2

La décoration du palais royal ébahit Indrala. De toute sa vie, elle n’avait encore jamais vu autant de dorures concentrées dans un si petit endroit. Un grand escalier recouvert d’un somptueux tapis rouge lui faisait face, encadré par d’immenses murs d’un blanc immaculé où les ancêtres du roi Archibald Balrarion la jugeait silencieusement. Pourquoi Adranar ne s’était-il pas directement infiltré dans cette somptueuse demeure ? Elle lui convenait bien plus que cette petite auberge miteuse dans laquelle elle avait passé la nuit quelques jours plus tôt à peine.

Son garde attitré monta les marches sans lui accorder un regard. La dragonne lui emboîta le pas, excitée à l’idée d’en découvrir plus. L’étage s’étirait sur un long couloir à droite et à gauche. Des portes blanches en tapissaient chaque côté, si bien qu’elle se demanda ce que la famille royale pouvait bien faire d’autant de pièces. Elle avait bien compris que les primates arboraient leur richesse dans la démesure, mais elle s’interrogeait toujours de l’utilité d’avoir vingt salles d’eau, trente salons et autant de bibliothèques. Des noms étaient inscrits en lettres d’or sur chaque porte. Elle repéra sans mal celle d’Aranwë Balrarion, au bout de l’aile est : cinq gardes montaient férocement la garde, le visage inexpressif, alors même que le nombre de personnes présentes dans la chambre du prince lui paraissait bien trop élevé pour être normal. Quelque chose se préparait, elle le sentait.

Sa chambre attitrée se trouvait quelques pièces plus loin, dans l’intersection longeant les appartements royaux. La décoration y était plus défraîchie, signe qu’on accordait moins d’importance aux invités qui s’y trouvaient. Elle eut la surprise de voir son prénom inscrit sur la porte, juste à côté de celle d’Adranar. La peinture était encore fraîche, signe que les fines lettres avaient été tracées peu de temps auparavant. Ce détail insignifiant devait leur coûter cher, mais elle apprécia l’attention. Le garde lui ouvrit la porte. Il s’inclina ensuite et repartit avant même qu’elle n’aie pu lui dire un mot. Indrala poussa la porte.

La pièce était immense, plus que tout ce qu’elle aurait jamais pu se payer chez les humains. Un lustre de cristal pendait du très haut plafond décoré de peintures mythologiques. Sa lumière se reflétait sur les grands murs pourpres aux tapisseries colorées représentant la campagne. Un grand lit à baldaquin se trouvait au centre de la pièce, ses rideaux rouges baissés, au dessus d’un tapis aux mosaïques orange et noir. Devant la salle d’eau, dans deux fauteuils de la même couleur que les rideaux du lit, deux jeunes filles patientaient sagement, un sourire obligé par la convenance sociale plaqué sur le visage. Indrala les dévisagea un moment, mal à l’aise. Contrairement à plusieurs dragons - Zoldrak en tête -, elle n’avait jamais eu d’esclaves humains. Elle ne savait pas ce qu’elle était supposée en faire, cela n’avait jamais fait partie de sa culture. Une des petites se redressa poliment et s’inclina devant elle.


“Je m’appelle Vallao, et voici Marçy. Nous avons été mandées par sir Adranar pour vous servir pendant votre séjour au palais d’Isendorn. Messire Panrion a commandé une robe pour vous, désirez-vous vous changer ?”


Indrala se tourna vers la grande armoire qui recouvrait le mur de la salle d’eau. Une robe d’un rouge sang patientait sagement. Le décolleté provoquant lui arracha un sourire. Adranar la connaissait mieux que ce qu’elle le pensait. Elle hocha la tête pour répondre à la jeune fille. Les deux adolescentes la firent entrer dans la salle de bain. Elles la lavèrent, massèrent, arrangèrent ses cheveux avant de l’habiller. Cette grande opération dura environ deux heures, desquelles elle sortit détendue et souriante. Les filles étaient douées.

Indrala s’admira dans le miroir. La robe était de grande qualité, probablement réalisée avec des étoffes hors de prix. Serrée jusqu’à la taille, elle laissait apparaître ses formes généreuses. Le bas, plus ample, tombait en longue traîne derrière elle, sans pour autant qu’elle ne la dérange. Si elle avait été humaine, elle se serait trouvée magnifique. Elle remercia les deux jeunes filles qui la laissèrent ensuite pour vaquer à d’autres occupations. Elles promirent de revenir en soirée avec son dîner. La dragonne resta encore quelques minutes dans la pièce. Elle testa le lit, fouilla les tiroirs, mangea une fleur-de-dragon laissée à l’abandon dans un vase de porcelaine. Les reptiles en raffolaient, mais elles avaient tendance à leur faire prendre du poids. Un peu comme l’herbe à chat, une fois que les dragons en mangeaient une, ils pouvaient raser un champ en entier. Le ventre d’Indrala en gargouilla de mécontentement.

Elle avait faim. Elle aurait bien dévoré les deux filles de compagnie mais elle n’allait pas gâcher de suite le cadeau d’Adranar. Le dragon en faisait rarement, elle préférait en profiter. Lentement, elle ouvrit la porte et surveilla le couloir. Personne. Elle referma la porte derrière elle avant de s’approcher de celle de son complice. Elle frappa trois fois et n’eut aucune réponse. Elle tenta de forcer l’ouverture, connaissant le caractère lunatique du scientifique, mais celle-ci était fermée à clé. Indrala réfléchit un instant, avant de se diriger d’un pas hésitant vers la chambre du prince. Elle doutait.

Balrarion avait déjà vu son visage et devait maintenant avoir fait le rapprochement entre la potion et elle. S’il se mettait à crier à la garde, elle ne donnait pas cher sa peau. Finalement, elle rebroussa chemin et préféra attendre dans sa chambre. Sur le chemin du retour, une porte sur le mur gauche attira son attention. En lettres d’or, un nom y était gravé : “Sir Julian Drolca”.


“Quelle étrange coïncidence, marmonna t-elle sur un ton ironique.”


Une fine griffe apparut au bout du doigt de la dragonne. D’un coup sec, elle se planta l’ongle dans la paume de sa main. Elle étala ensuite le sang sous le prénom, le visage fermé. Ce n’était pas une bonne nouvelle. Elle devait en avertir Adranar.

Obligée d’attendre, elle décida de s’adonner à l’une de ses activités favorites lorsqu’elle partait en mission : la sieste. Les dragons dormaient peu sous leur forme naturelle, toujours sous la crainte d’une attaque. Ils avaient beau être les plus grands carnivores que cette terre n’avait jamais porté, ils n’en restaient pas moins vulnérables : beaucoup de trahisons, beaucoup de disputes conjugales, beaucoup de meurtres. Indrala possédait beaucoup d’ennemis à Warazi, principalement à cause de ses origines. Elle ne se sentait en sécurité que lors de ses échappées dans la nature où elle apprenait à vivre normalement.

Le lit était confortable, mais un peu trop dur pour son dos. Elle détestait dormir sous sa forme humaine et ignorait même comment les primates pouvaient y trouver du plaisir. A l’étroit, elle n’avait cessé de remuer dans les couvertures qu’elle avait arrangé pour former un nid. Roulée en boule, elle ne s’éveilla que lorsque ses dames de compagnie toquèrent à la porte pour lui ramener son dîner : une cuisse de mouton accompagnée de pommes de terre et de légumes à la vapeur. Elle mangea, poussée par la faim, mais uniquement par celle-ci. La viande cuite était une aberration à ses yeux. Elle perdait toute saveur et toutes les protéines dont elle jutait à cru.

Les jeunes filles l’avertirent de la visite d’Adranar dans une heure. Il s’excusait de ne pas avoir pu passer plutôt, étant retenu au chevet du prince. Les servantes arrangèrent sa coiffure, défroissèrent sa robe avant qu’Indrala ne les congédient pour la soirée. Elle voulait être seule pour recevoir son ami, question de sécurité. Elle passa sa dernière heure à manger le bouquet de fleurs-de-dragon tout frais déposé par son service de chambre. Alors qu’elle avalait les dernières pétales, on toqua finalement à la porte. La jeune femme se redressa, un sourire illumina immédiatement son visage et elle ouvrit grand la porte.

Adranar se tenait droit dans le couloir, dans un pourpoint assorti à la couleur de sa robe. Il n’était pas de première jeunesse mais paraissait suffisamment riche pour se mêler aux nobles qui erraient dans le palais malgré les quelques tâches de gras qui détonnait du tissu. Ses cheveux gras et mal coiffés témoignaient de la difficulté des derniers jours passés au chevet d’Aranwë Balrarion. Ses yeux brillaient déjà d’une lueur surnaturelle qu’il n’avait pas pris la peine de camoufler pour l’occasion. Indrala lui rendit sa révérence et l’invita à entrer d’un geste ample de la main. Le dragon avança calmement. Son regard s’arrêta un instant sur le vase vide, avant qu’il ne se dirige vers le lit où il se laissa choir avec la grâce d’un ours.


“Je ne t’attendais pas aussi rapidement, avoua t-il. J’ai reçu une lettre du Haut-Conseil il y a deux jours, remplie de gentilles menaces quant à l’obligation de ma réussite. Je suppose donc que notre petite prouesse n’a pas été aussi bien reçue que ce que je l’imaginais.”


Indrala pinça les lèvres, légèrement contrariée.


“Disons que j’ai la chance d’avoir Joldra de mon côté. Elle a couvert les frais de notre entreprise, à la condition que des résultats arrivent rapidement. Je suis chargée de surveiller le cobaye et son scientifique fou.

— Fort bien, fort bien, dit-il en ignorant son reproche. Je suppose que tu n’as pas encore eu de nouvelles de notre protégé ?”


La dragonne poussa un soupir et s’installa à ses côtés sur le lit. Adranar ne s’excusait jamais : seule la science l’intéressait suffisamment pour qu’il lui porte un respect sans faille. Les dragons rouges scientifiques étaient rares, ils préféraient habituellement tuer et déléguer les tâches intellectuelles aux dragons verts, bien plus doués dans ce domaine. Mais Adranar était une exception. Son ambition avait conduit le Haut-Conseil à l’éloigner de Warazi, afin de prévenir des dérives qui pourraient se retourner contre eux. Il l’avait accepté sans ciller et restait malgré tout en bons termes avec les dragons en chef qui toléraient ses activités tant qu’elles ne mettaient pas en danger leur espèce. Pendant son enseignement à l’Académie, le dragon avait réussi à mettre au point une maladie affectant le cerveau des humains, capables de les tuer en quelques secondes. Malheureusement, le virus évolua et se mit aussi à attaquer les dragons. Une vingtaine d’étudiants avaient agonisé pendant des jours avant de rendre l’âme. Depuis, Warazi préférait l’utiliser en dehors de ses murs.


“D’après ce que j’ai entendu, répondit Indrala, il n’est pas en forme. Certains bourgeois disent même craindre sa mort prochaine.

— Ils se trompent lourdement ! cria Adranar. Le plan fonctionne à merveille ! Il développe peu à peu la réception magique. Cette étape est cruciale pour sa survie. Un dragon incapable de l’utiliser nous serait bien incapable. Il change, jour après jour, et c’est prodigieux. Sans me vanter, je dirais que nous faisons face à la plus grande réussite de ma carrière. Il commence à se poser des questions sur sa nature. Son père a découvert hier qu’il est sensible à la magie et m’a mangé dans la main lorsque je lui ai proposé d’emmener le garçon à Mornepierre. Ce n’est plus qu’une question de jours avant que l’ordre ne soit donné. Nous progressons vers l’avenir, cher Indrala ! s’exclama t-il dans un geste de bras théâtral. Très bientôt, nous aurons un chef dragon à la tête de ce royaume. Il ne restera plus qu’à guider nos troupes sur ces terres. Les hommes ne pourront rien y faire.”


La dragonne croisa les jambes et posa la tête entre ses paumes de main, songeuse. Les éclats d’ambition de son ami avait tendance à lui faire oublier des détails fort importants.


“As-tu vu la marque de sang que j’ai tracé sur la porte des voisins ? Je pense que tu as surestimé certains problèmes. Les Autres sont ici également. Un certain “Julian Drolca” semble s’être bien installé depuis un moment.

— Qui ça ?

— Drolca est un dragon vert d’Aïdooluth. Du temps où j’y habitais, il servait Ydrule avec ferveur, dans l’espoir de lui succéder. Il faut croire qu’il a été recalé et écarté du pouvoir. Ydrule ne l’aurait jamais envoyé en infiltration s’il était un élément indispensable. J’ai marqué sa porte dans l’espoir qu’il parte de lui-même. Tu sais comme moi à quel point les Autres sont pacifiques. S’il devine que nous sommes plusieurs, il sera assez sage pour fuir de lui-même. S’il ne le fait pas, eh bien, je m’en débarrasserais personnellement.”


Adranar secoua la tête.


“Hors de question de le laisser fuir. S’il sait quelque chose, reprit le dragon, nous risquons une guerre à Mornepierre. Nous sommes encore trop affaiblis pour risquer un combat entre clans. Les pertes seraient terribles et il nous faudrait encore des centaines d’années pour nous en remettre. Ils sont plus nombreux et mieux armés que les Sanglants. Les défier serait du suicide, aussi “pacifiques” soient-ils. Gardons-le sous contrôle. N’interviens que pour l’intimider s’il menace de fuir. Relie-le à notre cause si tu le peux. Ne cherche pas à la provoquer, s’il te plaît.

— Hum, grogna la dragonne, peu convaincue, l’air boudeur.

— Ne fais pas cette tête. Ce n’est pas comme si nous avions le choix !”


Indrala se releva et fit quelques pas dans la pièce, le regard songeur. Ses mains effleurèrent la commode en bois sur lequel le vase vide attendait.


“Demain, je t’emmènerais rencontrer notre dragonneau, reprit Adranar.

— Il a déjà vu mon visage, remarqua Indrala. C’est imprudent. Il fera le rapprochement.

— Il a déjà fait le rapprochement mais n’a parlé à personne de la potion. Il est curieux avant tout et il ne résistera pas à ton charme, tu peux me faire confiance. Si nous avons de la concurrence, nous devons le mettre dans notre poche le plus rapidement possible. Le plus tôt sera le mieux.”


Indrala ne parut pas convaincue mais acquiesça. Adranar se leva. Il lui attrapa la main et la baisa du bout des lèvres.


“Le devoir m’appelle. Ne dévore aucune dame de chambre en mon absence. Je te ferais livrer un nouveau bouquet de fleurs-de-dragon ce soir, vu le sort funeste qu’a connu le précédent.

— J’en mérite au moins deux pour survivre dans ce palais de petits richards.

— C’est ce que nous verrons.”


Il s’éclipsa en souriant. Indrala finit à son tour par rejoindre son lit et s’endormit une heure plus tard, la tête plein de rêves d’un meilleur futur pour son espèce.

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Adrien de saint-Alban
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