Chapitre 7 : Infiltration - Partie 1

10 minutes de lecture

Plop ! Nouveau chapitre de Tyrnformen ! J'ai eu la méga-inspiration hier et j'ai rédigé intégralement cette première partie de chapitre xD La miracle de Noël, faut croire. Je vous souhaite une bonne lecture et à bientôt pour la suite (j'espère) :D

Chapitre 7 : Infiltration

Partie 1

La foule amassée devant le palais royal était bien agitée en cette fin de soirée. Des torches s’élevaient haut au dessus de la tête des paysans qui criaient en coeur devant les grilles fermées. Les gardes, stoïques et à l’abri derrière l’entrée fermée, repoussaient sèchement les plus téméraires à coup de lance. Des brancards traversaient régulièrement la foule pour transporter les plus gravement blessés. Les ouvertures créées permettaient à Indrala de progresser mètre par mètre vers son objectif.

Elle avait revêtu une longue robe noire que les paysannes présentes jalousaient ouvertement. Son visage, caché sous une ample capuche rouge, attirait l’attention sans que cela ne la gêne pour autant. Elle ne comprenait pas spécialement quelle mouche avait bien pu piquer le peuple d’Isendorn ce soir-là, mais elle profitait de la situation pour poursuivre ses plans d’infiltration. D’après les différentes sources qu’elle avait réunies, Adranar se trouvait effectivement à l’intérieur. Elle avait surpris des bourgeois parler d’un mystérieux médecin venu du sud qui aurait des réponses à apporter quant au mal qui touchait le prince, et sa description physique coïncidait avec l’apparence de son allié.

Un paysan lui donna un violent coup d’épaule pour la dépasser. Il se jeta sur la grille et parvint à saisir l’épée d’un garde qu’il retourna contre son porteur. Immédiatement, une volée de flèches venue des remparts lui transperça le crâne et le dos. Indrala leva les yeux au ciel quand le brancard qui contenait son cadavre repassa devant elle. Le garde, aidé par ses collègues, réussit à arracher son arme des mains d’une vieille dame qui criait comme une hystérique.


“C’est la dernière fois qu’on prévient ! hurla un garde depuis les remparts. Vous reculez ou on sort la baliste !

— Il faudrait que t’aies des couilles pour le faire ! répondit un vieillard derrière la dragonne. Moi ça fait dix jours que mes gosses crèvent de faim !”


Sa réplique fut approuvée par un cri de guerre qui n’atteignit pas leur opposant. Celui-ci discutait à voix basse avec ses frères d’armes beaucoup plus préoccupés. Indrala se fraya un chemin derrière une charrette qui barrait le passage. Les pauvres boeufs qui la tirait beuglaient de terreur, poussés par la foule. Plusieurs cadavres y étaient entassés, dont celui du conducteur du chariot. Son corps, attaché à son siège par une ceinture de sécurité, pendait mollement entre ses deux bêtes, une flèche figée entre les deux yeux et son foulard lui masquant la tête. Chaque révolutionnaire en portait un, jaune, autour du cou pour montrer leur appartenance à ce mouvement paysan peu commun.

Indrala avait déjà vécu plusieurs siècles et elle n’avait encore jamais assisté à pareil événement : des hommes qui s’entretuaient au sein de leur propre ville, c’était nouveau. Depuis les guerres draconiques, l’espèce humaine se morphondait entre des monarchies trop autoritaires et des maladies mortelles qui terrassaient plusieurs milliers de personnes à chaque nouvelle épidémie. Leur existence si pathétique questionnait leurs probabilités de survie dans les années à venir. Certains dragons avançaient déjà l’idée qu’ils disparaîtraient d’eux-mêmes et qu’ils n’avaient pas besoin d’intervenir. Tous ne partageaient pas cette idée : l’esprit de vengeance pour leurs frères et soeurs tombés lors de conflits ancestraux était trop forte. Les générations d’hommes avaient beau se succéder, leur nom devenir mythe, la rancoeur des Sanglants à leur égard restait inchangée.


“Balrarion, démission !”


La voix forte sortit Indrala de ses pensées. L’injonction s’accompagna d’un lancer de cailloux. Une pierre frappa le chef des gardes à la tempe. Il s’écroula en arrière, rattrapé de peu par ses collègues. Il y eut un silence généralisé, et puis deux hommes s’approchèrent du bord des remparts. Indrala ressentit leur aura magique bien avant qu’ils n’agissent. Ils portaient des armures de cuir légères et leurs yeux brillaient dans la pénombre d’un violet luminescent. Des paladins améliorés. Le tonnerre grogna au dessus d’eux dans le ciel. Un des hommes marmonna une formule à voix basse. Indrala écarquilla les yeux et se jeta sous la charrette. Elle mit sa tête dans ses bras et protégea ses oreilles. La foudre s’abattit en plein milieu de la foule, quelques mètres derrière elle. Les boeufs poussèrent un cri de terreur et foncèrent vers les portes. Indrala se redressa vite pour éviter le mouvement de foule.

L’impact, gigantesque, avait tué au hasard une centaine de personnes. Leurs corps partiellement brûlés étaient étendus en cercle autour de l’impact, certains étaient encore agités de spasmes violents. En quelques minutes, les devants du château se vidèrent. Ne restèrent que les pseudo-médecins pour évacuer les rares survivants de l’attaque des gardes, la plupart sourds ou aveugles. Indrala hésita un moment avant de rebrousser chemin avec la foule. Si un éclair “tuait” sa forme humaine, sa forme dragonne réapparaitrait aussitôt. Les armes humaines n’étaient pas très efficaces contre elle, mais après un accident pareil, il ne serait plus possible de cacher la présence des dragons aux hommes. Oh, et elle se ferait exécuter par le Haut-Conseil sans ménagement, éventuellement.

Le peuple s’était réuni dans un grand parc devant le château. Des enfants perdus pleuraient, des gens criaient leur douleur à qui voulait bien l’entendre et d’autres, en colère, se regroupaient pour fermenter un nouveau plan d’attaque. S’ils fallaient qu’ils reviennent tous les jours pour se faire entendre, ils le feraient sans ménagement. “J’ai peut-être perdu une jambe, mais on a pas perdu la guerre”, lui lança un vieillard éclopé bien excité, tiré par des paysans pour l’empêcher d’aller charger les gardes seul.

Indrala s’éloigna un peu d’eux pour faire un état de ses chances d’entrer. Sa robe tâchée de boue lui donnait maintenant l’air d’une vagabonde et elle n’osait pas imaginer l’état de ses cheveux. Les remparts avant devaient être noir de gardes. Même en volant, il y avait de fortes chances qu’elle soit remarquée… A moins qu’elle n’attire l’attention sur elle pour qu’on l’aide. Un plan germa immédiatement dans son esprit. Elle bomba légèrement le torse, remit ses cheveux en ordre et s’approcha d’un groupe de mâles édentés en mettant fortement en valeur ses atouts féminins. Dès qu’elle s’approcha d’eux, elle se mit à chercher quelque chose. Son visage se peignit d’un masque d’inquiétude et ses mains se mirent à trembler. Pour parfaire son déguisement, quelques larmes se mirent à couler le long de ses joues.


“Qu’est-ce qu’elle a la p’tite dame ? demanda une voix grave.”


Un homme brun aux grosses mains ridées la prit par les épaules. Son haleine sentait fortement la bière et la dragonne fit un effort surhumain pour ne pas tirer une grimace de dégoût devant ses dents jaune noirâtre. Concentrée, elle hoqueta pitoyablement en se frottant les yeux, elle ouvrit la bouche, chercha ses mots avant de se mettre à pleurer à chaudes larmes dans les bras de cet artisan bourru qui ne trouva rien d’autre à faire pour la consoler que de lui donner de grandes claques dans le dos.


“Allons, allons. Disez-moi tout. Comment qu’on peut t’aider ma p’tiote ?

— C’est… C’est mon fils ! Nous allions au château et je l’ai perdu dans la foule après l’éclair. Et je… je… Oh mon dieu, mon petit !”


Elle hoqueta de plus belle et se jeta de nouveau dans les bras de l’homme. Il patienta le temps qu’elle se calme avant de la prendre par l’épaule et la faire reculer. Dans son regard brillait la flamme du héros en devenir, celle qui fait passer un homme du statut de poussière à celui-lui de demi-dieu. Indrala en fut profondément agacée, même si elle ne le montra pas. Nobles ou artisans, les hommes étaient tous les mêmes : de pathétiques crétins prêts à tout pour mettre en avant leur masculinité. Sa tenue avait déjà changé : ses yeux noisettes s’étaient faits plus vifs, son torse s’était bombé et il s’était redressé comme une planche de bois tordue, prêt à bondir au secours de la veuve et de son demi-orphelin. Peut-être même s’imaginait-il déjà repartir ensuite avec la veuve pour passer une bonne soirée…


“Disez-moi à quoi qu’il ressemble votre p’tiot. Moi et mes gars, on s’en va vous l’ébusquer comme une putain dans un bordel.”


Indrala cligna quelques secondes des yeux, pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Elle finit par se reprendre en réalisant brutalement qu’elle le dévisageait les yeux écarquillés par le choc de ce vocabulaire si grossier.


“Il a huit ans, les cheveux noirs. Il lui manque une dent en bas. Il est habillé avec un pourpoint pourpre sur mesure, avec une montre à gousset en or. Quand je l’ai laissé, il tenait la bride d’un grand cheval blanc, un étalon pur race, avec une selle brodée de fils d’argent. Oh, par pitié, retrouvez-le !”


La main de l’artisan se crispa brutalement. La dragonne réprima un fin sourire. La description avait fait mouche, elle savait déjà qu’elle avait remporté la partie. Le regard se fit colérique, les joues se teintèrent de rouge et gonflèrent comme celles de ces poissons exotiques que l’on trouvait dans la Mer Oubliée.


“Quoi ? Z’êtes une richarde ?!

— Mes excuses, monsieur, je suis en effet de la famille Balrarion. Je venais rendre visite au prince. On m’a dit qu’il est malade, je me rendais à son chevet.”


Il y eut un souffle outré dans la foule, tous les regards se tournèrent vers elle. Indrala les compta silencieusement : au moins trente personnes gonflaient maintenant les joues comme des hamster, le visage aussi rouge que le foulard qui couvrait sa tête. Elle leur sourit courtoisement, feignant de ne pas avoir remarqué la grogne qui se propageait peu à peu dans les rangs. La nouvelle se répandait vite.


“Matez-moi ça, les gars ! C’est un p’tiote richarde, et en plus c’est une putain du roi ! M’est d’avis qu’t’aurais mieux fait de fermer ta gueule. Tu sais pas dans quel merdasse que tu viens de te fourrer, la richarde. On va pas te rater.”


Indrala posa une main sur sa bouche, profondément “choquée” par les propos “menaçants” de cette “menace inquiétante”. La foule se rapprocha d’elle à droite et à gauche. Plusieurs suggérèrent de suite de lui couper la tête et de la jeter au garde. Un autre proposa de la violer avant, mais le coup de pied que sa propre femme lui inculqua entre les cuisses dissuada les “mâles” de le faire. Les murmures devinrent bientôt des cris de colère et des revendications. Il était temps de penser à la retraite.

Lentement, la jeune femme apeurée recula pas à pas. Ses hoquets reprirent de plus belle, mêlés à une terreur non-dissimulée. Le dos d’Indrala heurta un homme. Un caillou la rata de près. Des insultes fusèrent. Des torches et des cordes passaient vers le devant pour tenter de l’atteindre. La tension était palpable et de plus en plus forte. Un homme lui attrapa la robe, lui offrant le signal rêvé. Elle se retourna et se mit à courir. Le tissu fut violemment arraché, créant une large fissure dans le vêtement. Comme une horde de loups, le peuple la suivit. Ils criaient comme des sauvages. Si elle était une vraie “richarde”, Indrala ne douta pas une seconde qu’elle aurait été réduit à l’état de pâtée pour chien.

Elle accéléra vers la grille du château. Les jets de pierre se firent plus nombreux, tout comme les obstacles sur la route. Elle sautait au dessus des cadavres brûlés, zigzaguait entre les débris de charrettes abandonnés à la fuite des paysans. Les plus jeunes manifestants la talonnait, et malgré ses capacités physiques inépuisables, elle douta pendant un instant d’être récupérée.


“Ouvrez la porte ! cria t-elle dans sa course. Ouvrez la porte, ils veulent me tuer !”


Les gardes lancèrent un regard vers leur chef sur les remparts, nerveux. Certains s’avancèrent vers les leviers, attendant un ordre pour confirmer l’ouverture de la porte.

Quinze mètres. Toujours aucun mouvement. Indrala commença à douter : son pari contre la mort allait-il porter ses fruits ? Dix mètres. Mais qu’attendaient-ils pour agir ? Qu’un manifestant l’assomme d’une pierre ? Un bras se posa sur son épaule pour essayer de l’arrêter. Elle se dégagea sur le côté et son agresseur tomba à la renverse. Indrala bondit de manière surhumaine au dessus des deux boeufs morts qu’elle avait vu plus tôt, couverts de flèches. La porte était toujours fermée et de nouveaux poursuivants se rapprochaient.


“Ouvrez la porte ! hurla t-elle une nouvelle fois. Je suis une noble ! Je ne suis pas avec eux !”


Un éclair s’abattit derrière elle. Confus, une partie du peuple fit demi-tour, terrifié par la magie. Les derniers résistants qui la coursaient s’arrêtèrent pour courir à la rencontre des blessés, si bien qu’elle arriva seule à la grille. Un garde l’entrouvrit, lui saisit le bras et referma immédiatement derrière elle. Essouflée, Indrala se laissa tomber sur le sol rocailleux de la cour intérieure. Pendant que le chef des gardes descendait des remparts, un soldat lui posa une couverture sur les épaules. Sa robe était entièrement déchirée sur l’arrière, elle ne l’avait même pas remarqué.


“Qui êtes-vous ? demanda sèchement le chef des gardes en arrivant à sa rencontre.”


Il s’agissait d’un homme bien bâti, en armure étincelante de la tête aux pieds, si bien qu’elle ne put voir son visage. Les deux paladins magiques, ceux qui lançaient des éclairs, se tenaient droits derrière lui, le regard méfiant. Indrala réfléchit rapidement à la suite des événements. Elle se releva et sourit aux gardes.


“Je suis la nièce de messire Adranar Panrion, le médecin du prince. Il m’a fait mandé pour l’assister.

— Une femme médecin ? s’étonna le chef des gardes. Vous avez des moeurs bien étranges dans votre pays. Nous sommes profondément désolés de l’accueil que vous avez reçu, poursuivit-il. Comme vous l’avez constaté, la situation est… compliquée. Nous vous garantissons que vous ne risquez plus rien.”


Elle hocha la tête, neutre. L’homme pointa un autre soldat en armure.


“Voici monsieur Akka. Il vous conduira à vos appartements. Messire Panrion vous a attribué deux femmes de compagnie. Elles vous conduiront à lui. Mousse, dit-il au garde, fais bien attention à sa sécurité. Bienvenue au palais, madame.”


Indrala ne put cacher sa surprise. Ainsi, Adranar avait prévu son arrivée ? La situation devenait intéressante. Le garde lui tendit son bras. Elle lui sourit hypocritement et le suivit vers le palais.

La première partie de son plan d’infiltration avait été un succès complet.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Adrien de saint-Alban


L'avenue Charles de Gaulle à Neuilly sur seine entame son réveil. On apercevait la silhouette majestueuse de l'Arc de triomphe qui se détachait du ciel d'un matin de juin resté sombre et gris.
Vers huit heure, l'avenue commençait à se remplir, le brouhaha des voitures précédait celui des piétons qui se multipliaient comme des fourmis au sortir des bouches de métro. Bientôt, c'est une armée de zombies que l'on verra déferler sur l'avenue, une armée d'humains déshumanisés se ruant pour les uns au bureau, pour d'autres à l'usine. Paris, la ville lumière est devenue la ville fantômes. Une ville où il fait sombre vivre. Une ville où il fait sombre travailler. Un désert d'hommes. Une forêt de solitudes. Des corps qui se meuvent comme des mécanismes qui se remontent chaque soir. Des corps dont la mécanique huilée se détend dès la descente du métro et pour tout le long de la journée, pour être remontée le soir même. Et ainsi de suite tout au long de l'année, tout au long de la vie du parisien.

Faire accroire à la ville et au monde que Paris est une ville lumière. Toute la nuit durant, la tour Eiffel scintille de mille feux. Cet échafaudage en ferraille que les beaufs du monde entier nous envient. Donner le sentiment à la ville et au monde que l'environnement est une préoccupation bien française, un souci de tous les jours. Oui, faire venir la terre entière à Paris, tout ce qui se compte de costumes sombres et de nœuds papillons, pour les abreuver de discours et leur donner l'impression que les générations futures pourront respirer un air nouveau et pur. Paris est un concentré d'absurdités. Le panaméen paiera la facture. Un pigeon rêvé, le parisien. Tous ceux qui ont eu en charge l'administration de la capitale n'ont pas eu trop de mal à rouler le parigot dans la farine en le matraquant, en le bernant, en le cocufiant. La dernière en date est cette hispanique hystérique dont la taille du cerveau n'excède pas celui d'un colibri du Vénézuela.
J'ai réussi à trouver une place où me garer. Mon rendez-vous chez le médecin est pour treize heure quinze. Je dois patienter dans ma voiture.
Je pouvais de mon point de vue, à l'abri, voir sans être vu, tel un concierge, épier la foule qui se densifiait à vue d'oeil. Je pouvais scruter le parisien, ses manies, sa manière de marcher, de se mouvoir. Et pourtant, dans ce magma humain craché par les profondeurs de la ville, magma uniforme, désincarné et farouche, chaque parisien est différent. La somme d'individualités est infinie chez le peuple de Paris.
Pourtant, une seule chose les unit : la peur. Une peur inconsciente dont ils ne sont plus les maîtres.
Vous ne verrez jamais un parisien sans une oreillette et un smartphone. Il y a ceux qui se déplacent à pieds, d'autres en trottinette. Je pouvais à loisir faire l'inventaire amusant de tous les travers d'un peuple qui s'ignore.
Je scrute de ma voiture la sociologie parisienne à sept heures du matin. Le parisien blanc est rare à cette heure. Il est encore dans son lit. Le parisien blanc apparaît avec les premières clartés, pas avant.
Le premier à se lever tôt est le citadin noir. Il est le premier à prendre le métro, le premier à aller gagner sa croûte, le premier à aller à la guerre. Le premier à se faire massacrer. Le casse-pipe c'est toujours pour le noir. Une fois qu'il a balayé, nettoyé, sécurisé le terrain, il laisse la place au parisien blanc propre sur lui et cravaté. Les stigmates du colonialisme se sont déplacés du pays colonisé à celui colonisateur. Le même schéma est ici reproduit avec les mêmes codes et le colonisé n'a fait que suivre son colonisateur. Les mêmes rapports de force sont toujours identiques et toujours favorables au blanc. C'est d'autant plus vrai qu'ils s'appliquent chez lui, chez le maître blanc.
J'ai toujours eu une fascination pour le clochard parisien. A chaque mégalopole ses clochards. La physionomie du clochard varie dans le temps et dans l'espace.

La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
0
0
0
6
Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
C'est dans ces conditions que va naitre Nathalie Verseau.
Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
8
20
111
17
Défi
Charlie Jdan
Une souris se faufile dans la maison,
et voilà que tout prend des proportions démentielles...


Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
4
3
0
5

Vous aimez lire Myfanwi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0