Chapitre 1 : Poison - Partie 1

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Bonsoir tout le monde ! Voici la première partie du chapitre 1 de Tyrnformen ! Pour des raisons pratiques et parce qu'il est assez long, le chapitre sera divisé en trois parties. Merci à Ninlhinn, Piledeplumes, Aislune Seidirey, Claire D, Gobbolino, Palpou, JCVgamer50, Li Chidori, et tous ceux qui ont posté un petit message sur les divers forums d'écriture où je suis allée, à la fois pour avoir lu, mais aussi pour avoir commenté ! Le prologue a bien changé entre sa version 1 et celle actuelle et c'est grâce à vous :3 J'espère encore vous voir pour ce chapitre 1, malgré le long délai entre les deux, à cause d'un blocage ahah. J'espère que ça vous plaira, n'hésitez pas à être sincères dans vos commentaires, il n'y a que comme ça que j'avance !


Chapitre 1 : Poison

Partie 1


Les premières lueurs de l'aurore venaient de se lever sur les plaines froides de Tyrnformen. Une fine couche de neige recouvrait déjà la ville d'Isendorn et les habitants, les bras chargés de paniers ou guidant d'énormes chevaux se dirigeaient tous vers la grande place de la ville. C'était jour de marché aujourd'hui, et le prince Aranwë allait descendre de son palais pour sa sortie hebdomadaire parmi les habitants du peuple. Tout devait être parfait pour ne pas avoir de problèmes avec la garde et le collecteur d'impôts qui le suivait partout où il allait. Chacun faisait bien attention à ne pas paraître suspect, par crainte de représailles ou bien pire. 


Accoudé à la fenêtre de sa chambre, le regard rêveur, Aranwë Balrarion observait la scène de loin, perdu dans ses pensées. Il ne s'était levé que depuis quelques minutes et attendait patiemment le passage de Marie-Rose, sa domestique et nourrice. Toutes les semaines il se plaisait à regarder le peuple s'agiter à l'aube sur la place, sur laquelle il avait une vue plongeante. Il trouvait amusant de les voir courir en tous sens, crier après les voisins pour dix centimètres de place volés, enjolivant tables et marchandise pour faire bonne présentation. Ils faisaient tout ça pour lui, alors qu'en réalité jamais ne lui serait venu l'idée d'arrêter un seul d'entre eux, pas de son plein gré en tout cas. Il quitta son observatoire et se mit à arpenter l'immense pièce qui lui servait de chambre. Un grand lit à baldaquin était positionné en son centre, recouvert d'un drap bleu aux broderies dorées, en désordre. Les coussins étaient, quant à eux, tombés à terre dans la nuit, n'ayant de toute évidence pas apprécié les mouvements brusques de l'homme pendant son sommeil.


Il passa une main dans ses longs cheveux bruns. Ils étaient désordonnés sur l'arrière, plaqués sur le côté droit, emmêlés, indomptables comme à leur habitude. Aranwë poussa un soupir de désespoir. Sa nourrice avait tout tenté pour leur donner une allure convenable sans succès. Vingt-huit ans et toujours incapable de se coiffer convenablement. Il se dirigea vers la penderie en traînant des pieds. Pourquoi les nobles devaient-ils s'habiller convenablement quand les gens du bas peuple se contentaient de haillons ? Il trouvait cette coutume peu utile et s'y pliait seulement parce que ça faisait plaisir à son père. Il n'était pas rare de voir traîner Aranwë en tenue de nuit dans le château, par fainéantise.


Il était en train de fouiller parmi les vêtements de son immense garde-robe sans grande conviction, quand la porte de sa chambre s'ouvrit. Une femme âgée, au visage souriant et aux cheveux gris, assez ronde -de la faute au cuisinier, disait-elle- ne tarda pas à apparaître dans l'encadrement de la porte restée ouverte.


« Avez-vous bien dormi votre Majesté ?

- Parfaitement bien Marie-Rose, je vous en remercie. Auriez-vous l'amabilité de m'aider à choisir mes vêtements pour ma visite en ville ? »


La vieille dame s'inclina respectueusement et pénétra la pièce. Elle savait parfaitement où se trouvait chaque vêtement, ce qui lui facilita la tâche. Marie-Rose avait été embauchée à la naissance d'Aranwë, elle n'avait pour occupation principale que de s'assurer de sa bonne santé. Dès que le prince avait été en mesure de comprendre les choses, il avait ordonné qu'on lui donne une chambre plus convenable et une plus grande autonomie. Les relations de la nourrice et de « son garçon », comme elle l'appelait souvent, étaient alors devenues très solides, presque impossibles à briser. Marie-Rose lui tendit une longue tunique bleue foncée à manches longues et aux broderies dorées, ainsi qu'un pantalon noir. Aranwë s'en saisit, la remerciant du regard. Elle le laissa seul, pour qu'il puisse s'habiller. 


Cinq minutes plus tard, il était prêt. Sa nourrice l'attendait devant la vieille coiffeuse en bois noir. Aranwë s'y installa, et elle commença à lui peigner les cheveux.


« J'ai entendu des choses, dans le château, dit-elle simplement, en continuant son activité. »


Aranwë leva les yeux au ciel, en poussant un soupir las. Ce refrain, il le connaissait par cœur.


« Qu'est-ce que mon père a encore fait ? Il a encore engrossé une de ses femmes de chambre ? Va-t-elle se plaindre ? Elle demande combien ?

- Non, non, rien de tout ça, répondit la vieille dame. Le Roi parlait de vous, et du fait que vous n'avez toujours pas trouvé l'amour alors que vous prenez de l'âge.

- Marie-Rose, vous savez bien que s'il apprenait que je suis... que je ne suis pas exactement comme il veut que je le sois... C'est interdit. Je préfère faire vœu d'abstinence jusqu'à sa mort, il le sait très bien. »


La domestique essayait tant bien que mal de défaire un nœud important dans ses cheveux. Aranwë tira une petite grimace de douleur.


« Vous devriez lui dire. Avant qu'il ne le découvre lui-même.

- Je le sais bien. »


Un silence pesant tomba entre les deux individus. Il fut interrompu quelques secondes plus tard par le grincement significatif de la porte qui s'ouvre. Aranwë se crispa légèrement.


« Père, que puis-je pour vous ? demanda t-il d'une voix froide, amère. »


Archibald Balrarion était un homme imposant, la soixantaine, des cheveux noirs et une barbe bien épaisse de la même couleur. Il était jadis renommé comme étant le soldat qui avait libéré la ville de Mornepierre de « l'infection magique » qui y régnait. Le peuple l'avait élu roi suite à l'incompétence du précédent, qu'il avait traîné sur la place publique et décapité, avec son dauphin et sa femme. C'était un roi respecté, craint, réputé pour sa cruauté envers les autres, ceux qui ne sont pas humains.


« Aranwë, fils, je dois te parler. Marie-Rose, pouvez-vous nous laisser un instant ?

- Bien sûr mon Seigneur.

- Est-ce que ça ne peut pas attendre ? Je dois sortir dans une heure, j'aimerais être à l'heure. »


Son père avait déjà pris place sur son lit, signifiant très clairement que non, ça ne pouvait pas attendre. La nourrice s'inclina devant le roi et quitta la pièce, la tête basse. Aranwë resta un instant immobile, à observer son reflet dans le miroir, avant de tourner le regard vers son géniteur. Ses yeux bleus pâles étaient posés sur lui, le détaillant.


« Mon enfant, ta situation ne peut plus durer. Les rois des régions aux alentours ne parlent plus que de toi. Ils ont plusieurs filles à marier, et beaucoup souhaitent s'allier à notre royaume. Et tu sais très bien...

- Qu'un mariage permettrait une alliance prospère et la sécurité de nos terres, répéta Aranwë sans conviction, à la manière d'une leçon apprise par cœur. Père, je ne veux pas me marier, vous le savez très bien. Ne pouvez-vous pas vous allier militairement ou économiquement ? Comme ils le font dans les régions de l'est ? Il me semble que les caisses du royaume sont suffisamment remplies pour que nous puissions nous le permettre. »


Archibald tiqua. Le fils savait parfaitement que l'argent était le principal soucis de son père, parfois plus que lui-même, et qu'il rechignait toujours à donner le moindre centime en échange commercial. Aranwë avait passé cinq ans à le convaincre de le laisser gérer les affaires économiques, et même après ça, le père gardait toujours un œil sur les dépenses, juste au cas où. 


« Les caisses du royaume doivent être utilisées en priorité pour notre peuple, tenta vainement le Roi. »


Aranwë se mit à rire doucement, en secouant la tête. Qu'est-ce qu'il connaissait du peuple ? Il passait la majorité de son temps au château ou à assister à des exécutions et des fêtes, dans les grandes villes de son domaine. Seul le plus jeune n'hésitait pas à s'aventurer dans la foule, prendre des nouvelles, faire des rapports. On le surnommait déjà « le petit prince des pauvres » dans le pays à cause de cette manie de toujours s'intéresser à la sociologie des paysans.


« Très bien, grogna Archibald, tu as gagné. Mais ne t'y méprends pas Aranwë, nous aurons de nouveau cette conversation. Je veux te savoir marié et assez riche pour subvenir à tes besoins une fois que je serai passé à trépas.

- Père, ne pouvez-vous vraiment pas parler de choses plus joyeuses ? »


Il quitta la chambre sans répondre à son appel, le laissant seul. Marie-Rose ne tarda pas à réapparaître pour terminer de le coiffer, et il put enfin quitter sa chambre. La demeure des Balrarion était immense, un peu vieillotte, certes, mais très luxueuse: de la moquette bleue absolument partout, des murs beiges recouverts de vieux tableaux, des meubles provenant des régions les plus lointaines, tout indiquait que l'on se trouvait dans un château de nobles. Aranwë descendit rapidement les marches en marbres menant au rez-de-chaussée. Deux servants portant le manteau du prince, ses conseillers et le collecteur des impôts, M. Phédia, Wilkie de son prénom, patientaient. Le jeune homme laissa les domestiques l'habiller et il ouvrit en grand la double porte en bois du palais.


Confiant, Aranwë prit la tête du cortège. Cinq gardes patientaient devant le pont levis. C'étaient eux qui étaient chargés de la protection du prince, et ils savaient parfaitement que s'il lui arrivait quelque chose, ils seraient sans doute pendus, brûlés ou décapités en fonction de l'humeur du roi. Ils prenaient donc leur rôle très au sérieux. Parmi eux se trouvait un homme un peu spécial, un « hominidé » comme on les appelait. Des hommes à priori normaux, mais cachant des secrets, utilisant la magie. Ils étaient les seuls tolérés dans la ville, embauchés dans les différentes Eglises, liées aux éléments. Le prince passa devant eux, la tête haute. Les gardes encadraient le cortège, mains sur leur épée ou arbalète, prêt à dégainer au moindre problème.


Ils devaient d'abord traverser les quartiers riches pour atteindre la place Clothilde, nom donné par son père à la mort de sa mère, il y a de cela quatre ans. Aranwë avait eu beaucoup de mal à s'en remettre, refusant même de sortir de sa chambre pendant quelques semaines. Puis la douleur s'était partiellement effacée naturellement, avec le temps. Il en souffrait toujours, le soir, quand il se retrouvait seul dans son lit, mais il refusait d'en parler à quiconque. 


La ville riche était composée en grande partie de grandes habitations sur plusieurs étages. Elle abritait les nobles, les médecins et les commerçants, parfois même les étrangers venant d'autres villes ou régions. C'est ici également que se déroulaient les fêtes bourgeoises, telle que la fête des quartiers, créée par le père d'Aranwë une dizaine d'années plus tôt. Les habitants étaient sortis de chez eux et se regroupaient désormais sur la chaussée, pour acclamer le prince. Les jeunes femmes se bousculèrent bien sûr en riant stupidement, tentant de faire valoir leurs atouts, dans l'espoir de devenir la maîtresse du prince. Il se contenta de les ignorer, peu intéressé. Les filles de bourgeoises recherchaient surtout la célébrité et l'argent, bien plus que l'amour du prince ; Aranwë se disait qu'elles devaient rester là où elles étaient, pour leur sécurité. Dans le château, il y avait son père, et aucune d'elle ne voulait lui faire face quand il était en chasse, il en était convaincu. Son père était connu pour être un croqueur de femmes, à l'opposé de son fils.


Les gardes essayaient de contenir la foule, de plus en plus nombreuse, hurlant le nom du prince. Le collecteur d'impôts était déjà au travail, interpellant des commerçants ici et là, récupérant des bourses, donnant des pièces à d'autres. Tout se passait relativement bien, les nobles et les bourgeois étaient plutôt compréhensifs. 


En arrivant sur la place Clothilde, où se tenait le grand marché, l'ambiance se fit nettement plus froide. Petits marchands, paysans et pauvres se trouvaient regroupés sur ce gigantesque terrain pavé.  Quelques nobles arpentaient les étalages, discutant entre eux ou avec les marchands. Lorsque le prince s'approcha, un silence quasi-religieux prit place. Certains marchands rangèrent rapidement leurs étalages, les mendiants détalaient en jetant des regards noirs à la garde, les nobles s'inclinèrent respectueusement. Aranwë s'approcha doucement des tables en bois. Les marchands étaient toujours un peu nerveux lors des visites royales, mais pas à cause du prince lui-même, mais plutôt de ses conseillers, des gardes et de M. Phédia, la bête noire d'Isendorn.


Aranwë poussa un soupir et s'approcha du premier étalage. Le vendeur, un homme aux cheveux bruns, la quarantaine, habillé d'une tunique verte rafistolée à de nombreux endroits, s'inclina respectueusement. Le prince jeta un coup d’œil rapide à la marchandise : c'était des vases en terre cuite, sculptés et peints à la main, rien de bien intéressant, pas étonnant que chaque semaine, il avait l'impression de revoir toujours les mêmes.


« Les affaires n'ont pas l'air florissantes, dit calmement le prince.

- Je fais de mon mieux Messire, mais... Les gens changent, leurs goûts changent, et l'arrivée des pots en verre de Madame Lucius...

- Si les pots en verre fonctionnent, pourquoi vous n'en faites pas ?

- Fierté personnelle Messire. Mon père et son père avant lui fabriquaient ces pots et les vendaient sur la place du marché. Je ne compte pas laisser leur héritage tomber dans l'oubli. »


Aranwë eut un petit sourire en coin. Il fit approcher l'un de ses conseillers.


« Achetez six grands pots à cet homme. »


Le regard du marchand s'illumina. Les objets achetés par le prince intéressaient toujours les nobles de la ville haute, Aranwë venait possiblement de relancer son commerce. Le prince continua son chemin, d'étalage en étalage, admirant les tissus, goûtant à divers aliments qu'on lui proposait. Et, finalement, son regard se posa sur un stand qu'il n'avait encore jamais vu, ce qui attira immédiatement son attention.

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Adrien de saint-Alban


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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
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Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
C'est dans ces conditions que va naitre Nathalie Verseau.
Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
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Charlie Jdan
Une souris se faufile dans la maison,
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