Chapitre 6 : Obsession - Partie 2

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Why hello there, old sports…. Surprise ! Quoi, vous pensiez que je vous avais oublié ?! Je suis tellement désolée de l’immense retard, une fois encore xD Vous savez à quel point l’écriture de ces chapitres est compliquée, et ce chapitre n’a pas échappé à la règle. Néanmoins, il est là \o/ On avance, on avance, vous voyez :D J’espère qu’il vous plaira, parce qu’il a vraiment été ultra-galère à rédiger ! Bonne lecture, n’hésitez pas à me faire parvenir vos retours et plein de bisouilles ! Et à la prochaine fois, je suppose xD

TYRNFORMEN

Chapitre 6 : Obsession

Partie 2

Aranwë Balrarion, l’esprit embrumé, ne savait plus où il se trouvait. Il nageait dans un brouillard opaque, vide de sensations et de pensées. Il n’entendait plus vraiment, comme si sa tête était prisonnière d’un bocal de coton. Sa vision trouble ne lui permettait pas de se repérer efficacement dans l’espace et il se sentait nauséeux. Une partie de lui-même pensait être réveillée, l’autre demeurait toujours dans un sommeil réparateur léger. Il flottait entre ces deux états de conscience, sans jamais pencher vers l’un ou l’autre.

Puis, peu à peu, la sensation revient. Il sentit le tissu sous ses doigts, il entendit des échos de paroles. Il sentait des mains tâter son corps endormi et cela lui déplaisait. Il fit un effort surhumain pour se concentrer sur son environnement afin d’en cerner les contours et de sortir de son cocon. Bientôt, la lumière trouva son chemin derrière ses paupières closes et l’éblouit. Dérangé, il décida de prendre son courage pour émerger une bonne fois pour toute de ce monde empreint d’obscurité qui continuait de l’appeler sans relâche.

Il entrouvrit les paupières. Seul le bruit de ses battements de coeur lui revint en écho. Il cligna plusieurs fois des yeux, chassant les derniers voiles de brume qui l’enveloppait toujours. Où se trouvait-il ? Plusieurs formes indécises se mouvaient devant lui. Il ne lui arrivait que des murmures qu’il n’arrivait pas à cerner. La douleur l’aveuglait et continuait de le serrer dans ses bras. Il ne parvenait pas à remettre des mots sur ce qu’il ressentait, comme si le monde le rejetait avec force vers la fosse sombre dont il s’extirpait avec difficulté. Il plissa les yeux jusqu’à s’en faire mal et finit par distinguer plusieurs formes humaines vers lesquelles il tendit une main fiévreuse qui ne désirait plus que de l’aide.

Les ombres qui entouraient le lit du jeune homme se turent promptement, figées par le geste du garçon. Peu à peu, la lumière lui parut moins agressive et il perçut plus nettement ce qui l’entourait. Archibald Balrarion, l’air inquiet et le geste nerveux, surveillait l’étranger qui s’était présenté plus tôt au palais et avait proposé son aide pour examiner le jeune prince. Il opérait diverses manipulations sur l’héritier du trône, concentré : Adranar lui préleva du sang, puis écouta son coeur, il prit sa tension et enfin testa les réflexes du garçon à divers endroits. Un peu à l’écart, appuyés contre le mur, Alveas et Marie-Rose, silencieux, se tenaient prêts à intervenir à la demande. Le sourire satisfait qu’affichait son précepteur déplut immédiatement au garçon, qui fronça les sourcils.

Mais l’attention d’Aranwë se reconcentra immédiatement sur le médecin qu’il suivit du regard, obnubilé par cet étrange personnage. Au fond de lui, quelque chose venait de se réveiller. Il sentait des papillons fourmiller dans son estomac. Il ne parvenait pas à détourner cet attention de cet homme : tout son être l’appelait, envoûté par un chant de sirène inaudible. Sa nature profonde entrait dans une harmonie parfaite avec celle du médecin qu’il ne connaissait pourtant que depuis quelques minutes.Yeux écarquillés, il ne pouvait s’empêcher de le dévisager, l’air perdu. Que se passait-il ? Il n’avait encore jamais ressenti cela, avec quiconque. Autant effrayé que fasciné, il laissa le médecin lui prendre le bras.

“Bonjour, Aranwë.”

Il sursauta brutalement sur son lit et s’échappa vivement de son emprise, comme si le contact venait de le brûler. Le roi fronça brièvement les sourcils, mais l’air serein de l’étranger le rassura quelque peu et il ne dit rien. Adranar, le visage penché vers le jeune monarque, souriait mystérieusement. Ce n’était pas un sourire rassurant, loin de là. Aranwë l’avait déjà vu sur le visage des lèches-bottes étrangers qui venaient parfois supplier son père de les aider à faire la guerre, ou pour l’inviter à de grands buffets. Dans la plupart des cas, il s’agissait d’un traquenard pour le piéger. Archibald avait tous les défauts du monde, mais pas celui de la naïveté.

Le prince, perdu, détourna vite le regard, mal à l’aise. Cette voix, il en était certain, avait résonné dans son esprit. Pourtant, personne ne réagissait, si bien qu’il crut un instant avoir rêvé. Il resta un long moment à regarder son géniteur dans le blanc des yeux, cherchant à y déceler un élément qui lui assurerait qu’il n’était pas en train de perdre l’esprit.

“N’aie pas peur, reprit la voix. Le lien peut parfois mettre un peu de temps à s’établir.”

Le jeune homme fronça les sourcils et tourna lentement la tête vers le médecin. Bien qu’il paraissait impassible, l’étrange homme ne put s’empêcher d’esquisser un rictus mutin. Aranwë en était sûr désormais, la voix provenait de lui. Il s’amusait avec son esprit et cela le rendait fou. Mais pourquoi ? Et plus important… Comment ? Le garçon soupçonnait l’utilisation d’une magie interdite, mais il balaya cette idée de la main. Quel genre de fou oserait user de magie devant le Roi ? Toutes les créatures magiques du royaumes savait que se montrer devant le monarque relevait de l’acte suicidaire. Aranwë releva un sourcil : à moins qu’il soit réellement le seul à entendre cette voix… Perturbé, il chercha un point de repère dans le visage de sa nourrice, qui lui souriait avec inquiétude, encourageante.

Le médecin se baissa pour ramasser un objet dans l’imposant sac noir qui patientait à ses pieds. Aranwë put ainsi détailler son regard avec plus d’attention. Sa pupille était de forme étrange. Elle ressemblait aux yeux des chats, avec quelque chose de plus sauvage. Une lueur bestiale régnait dans ce regard en apparence innocente. Les légendes sur des créatures hybrides couraient souvent dans la ville, il n’était pas rare qu’un demi-elfe soit confondu avec un elfe à cause de ses oreilles pointues (sans qu’il ne soit épargné pour autant…), mais ça, c’était nouveau. Curieux, Aranwë se promit de fouiller la bibliothèque dès qu’il en aurait l’occasion pour en savoir plus. Par ailleurs, en se concentrant un peu plus, il remarqua qu’une fine couche recouvrait son oeil, si bien que lorsqu’il se releva, son oeil reprit une apparence normale, plus humaine.

L’étanger sortit une pierre bleue, qui luisait d’un éclat puissant. Fasciné, le jeune prince put admirer son reflet dans la surface du minerai précieux. Sa richesse lui avait permis d’approcher toutes sortes de pierres précieuses, mais encore jamais une comme celle-ci. Une aura étrange émanait de l’objet, par ailleurs. Quand Aranwë tendit ses mains pour s’en saisir, il ressentit un picotement étrange dans ses doigts. Un frisson d’excitation remonta le long de sa colonne vertébrale. Cependant, alors qu’il atteignait son but, un bras fort s’interposa et repoussa le médecin sèchement.

“Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda le père du garçon, méfiant. Ce n’est pas humain. Je n’en ai jamais vu de pareilles.

— En effet, Messire. C’est une pierre paroïde naine. Elle réagit au contact de la magie environnante. Comme vous pouvez le voir, elle est bleue, une couleur très inhabituelle. Les nains s’en servent dans toutes leurs constructions, à cause d’un pouvoir en particulier : mis à part si celle-ci est maîtrisée, le minerai est capable de détecter de la magie élémentaire. Très pratique pour se débarrasser de créatures malvenues. Lorsqu’une créature magique touche la pierre, celle-ci devient verte.”

Adranar sourit au Roi et posa la pierre dans la main d’Aranwë. Immédiatement, la surface du cristal se modifia pour renvoyer une lumière verte éclatante. Puis la paroi du cristal se fissura, et la pierre tomba en poussière dans les mains du prince, surpris.

“Qu’est-ce que cela veut dire ? rugit le Roi. Comment pourrais-je savoir que vous ne me mentez pas ?!

— Je vous ai promis un verdict et le voici : votre fils, pour une raison inconnue, développe une affiliation importante à la magie, au point d’en devenir un émetteur. Cette pierre n’est pas censée se briser, sauf si la magie déployée est trop puissante pour elle. Je crains fort que les potions et l’alchimie telle qu’on la connaît ne puisse l’aider en rien.”

Le roi eut un mouvement de recul. Stupéfait, il dévisagea intensément son fils. Le jeune homme se sentit offusqué par la pointe de dégoût qui venait de naître dans ses yeux. Il voulut lui parler, mais rien ne sortit. Archibald finit par secouer la tête avant de quitter précipitamment la pièce, sans dire un mot. Ses pas secs et durs résonnèrent longtemps dans la tête du garçon, qui ne comprit pas ce que les propos du médecin signifiait réellement. Le malade resta un long moment le regard rivé sur la porte, perplexe. Cette réaction était nouvelle et elle lui serra le coeur de manière incompréhensible. Son père venait-il de le rejeter ? Une pression nouvelle lui oppressait la poitrine : celle de l’abandon.

Le jeune prince, nerveux, chercha de l’aide et du soutien auprès de sa nourrice, mais elle sortit avec Alveas à la suite du Roi. Les mots du médecin résonnaient dans sa tête. Il repensait aux étranges événements qui s’étaient déroulés lors de la visite à sa mère dans le caveau familial. Cette source de puissance qui avait émané de ses mains le terrifiait. Devrait-il s’y habituer à présent ? Etait-ce ce qu’il avait essayé d’expliquer ? Il chassa rapidement ces idées parasites d’un mouvement de main. Il ne pouvait pas s’en inquiéter maintenant.

Il reconcentra son attention sur la dernière personne restée dans la pièce, qui continuait de sourire avec une fierté à peine dissimulée. Aranwë releva le regard vers le médecin, suspicieux. Le prince jeta un regard autour de lui, pour s’assurer que personne ne les espionnait.

“Cette voix, dans ma tête, elle provenait de vous. J’en suis certain.”

Il ne répondit pas et continua à ranger tranquillement ses instruments dans son sac. Son sourire s’était encore élargi : il se moquait de lui. Cette attitude agaça profondément le jeune homme. Bien qu’il ne l’était que lorsque ça l’arrangeait, il restait une autorité monarchique et cet affront volontaire le mit en colère.

“Qui êtes-vous ? demanda t-il de manière plus agressive.”

Amusé, l’étranger arrêta son rangement pour s’installer sur une chaise devant son lit, énigmatique. Ses longs cheveux noirs s’étalèrent négligemment sur les bras du jeune prince. Il le jaugea d’un regard passionné un certain temps avant de prendre la parole.

“La vraie question que vous voulez me poser, Majesté, est la suivante : “qu’est-ce qui a changé chez moi ?”. La réponse ne se trouve encore dans aucun livre de médecine. Vous êtes un spécimen unique et vous ignorez tout. Vous aurez beaucoup à apprendre et à découvrir dans les mois et années à venir. Toutes les réponses à vos questions viendront bientôt. Soyez patient.”

Il se redressa tranquillement, saisit son sac et s’apprêta à quitter la pièce. Aranwë, la curiosité piquée à vif, chercha à lui attraper le poignet, mais il était déjà trop loin.

“Attendez ! l’interpella le prince. Êtes-vous… Êtes-vous humain ?’

Adranar lui offrit un sourire provocateur. Ses yeux avaient repris cette allure reptilienne inquiétante.

“Non.”

Et il quitta la chambre sans plus d’indications, plongeant le pauvre garçon dans un désarroi total. Aranwë chercha à se relever dans son lit, dans un vain espoir de le rattraper, sans succès. Marie-Louise bloquait déjà l’entrée. Elle le repoussa sur le lit et remonta ses couvertures. Son air soucieux alerta le garçon.

“Je ne suis pas mourant, grogna t-il. Je vais bien.

— Ce n’est pas ça… Votre père… Il parle de Mornepierre. Je m’inquiète pour vous. Tout le monde sait que les gens que l’on envoie à Mornepierre ne reviennent que rarement… pareils qu’avant.”

Aranwë se recoucha dans son lit et leva les yeux vers le plafond. Mornepierre, cité de la médecine, avait la réputation d’effectuer de terribles expérimentations sur les sujets qui osaient franchir le pas de leur portes. Le prince se tourna vers sa nourrice.

“Je suis de sang royal. Je n’ai rien à craindre.

— Je l’espère, mon garçon. Je l’espère…”

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Adrien de saint-Alban


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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
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Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
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Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
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Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
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Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
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Charlie Jdan
Une souris se faufile dans la maison,
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Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
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