Chapitre 6 : Obsession - Partie 1

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Bonjour à tous ! Je suis presque à l’heure pour le nouveau chapitre, ça devient bon les Timelines ! C’est partie pour la première partie du chapitre 6, qui, je l’espère, vous fera plaisir. Merci à tous pour votre soutien et j’espère que vous aimerez bien votre lecture ! Bisouilles !

Chapitre 6 : Obsession

Partie 1

Le bruit des tambours du peloton d’exécution tirèrent Aranwë de son sommeil. Il se redressa brusquement dans son lit, couvert de sueur. Ses cheveux désordonnés collaient à son front et sa robe de nuit, humide, arracherait une raillerie à son précepteur tant elle était froissée. Il posa une main sur sa tête, pour essayer de se focaliser sur ce qui l’entourait et tira une grimace. Le monde tanguait autour de lui, mais tant pis, il devait voir. Il posa un pied au sol et se traîna jusqu’à la fenêtre. Il ne put retenir un soupir de soulagement en apercevant un homme se balancer au bout d’une corde. Ce n’était pas Lazare. C’était tout ce qui importait.

Il jeta un coup d’oeil à sa chambre, anormalement silencieuse. Que s’était-il passé ? Il n’arrivait pas à remettre des images sur ses souvenirs désordonnés. Il se souvenait du message de Lazare, de son père qui avait fait irruption… Et puis rien que du noir. Il poussa un grognement et tenta de se relever. Ses genoux cédèrent et il tomba à plat ventre sur la moquette. Il n’arrivait plus à figer sa vision et le vertige devenait insupportable. La porte s’ouvrit.

“Aranwë !”

La voix familière de sa nourrice lui arracha un soupir de soulagement. Elle l’attrapa sous les bras et le remit au lit, avec une force surprenante qu’il ne lui soupçonnait pas. La couverture fut replacée correctement. Aranwë voyait trouble, mais, apaisé, il ne lutta pas.

“Pauvre fou, vous n’auriez jamais dû vous lever ! Vous êtes très malade, avec une fièvre à tuer un cheval. Voilà les conséquences de vos petites sorties nocturnes avec votre ami elfe.

— Il s’appelle Lazare, murmura faiblement le prince.

— Peu importe ! Regardez votre état. Vous ne tenez même pas debout ! Je vous ai apporté de la glace.”

Elle posa une serviette froide sur son front et s’empressa de fermer les rideaux pourpre. L’obscurité et le cocon de couverture chaudes le rassura.

“Qui s’est fait exécuté ? demanda le garçon, curieux, d’une voix faible.

— Un voleur. Il a passé les grilles pour s’emparer de deux chiens royaux pour chasser dans les bois.”

Le prince pinça les lèvre, contrarié par cette décision abusive, mais ne répondit pas. La fatigue lui interdisait de se battre avec son père pour le moment. Il se contenta de fermer les yeux et de se reposer un peu, comme le voulait Marie-Rose. La vieille femme s’installa à son chevet et posa une main réconfortante sur sa joue.

“Vous allez bientôt guérir, chuchota t-elle. Votre père a convoqué les meilleurs médecins du royaume pour vous soigner. Tout ira bien, vous verrez.

— J’ai juste un peu de fièvre, je vais pas en mourir…

— Vous avez dormi pendant trois jours, jeune homme. Le roi s’inquiète, c’est normal.

— Trois jours ?”

Cette nouvelle le déstabilisa légèrement. Il pensait s’être assoupi pendant une heure ou deux, il se sentait même un peu fatigué. Son regard devait trahir son désarroi puisque Marie-Rose lui prit la main. Il détesta ce sentiment de pitié qui émanait d’elle jusqu’au plus profond de son âme, mais se refusa à le lui faire remarquer, par peur de la blesser.

Heureusement, il fut sauvé par le bruit grinçant de la porte qui s’ouvre. Archibald Balrarion entra, en grande discussion avec un étranger. Le jeune homme se crispa, hostile à leur présence et redoutant un nouvel affrontement avec son père. L’inconnu, en chemise blanche, s’inclina et se présenta comme le médecin royal. En réfléchissant, Aranwë se souvint vaguement de lui. Ou plutôt de ce qu’il avait fait pour sa mère : absolument rien. Cet homme avait déclaré le décès, sans tenter d’en savoir plus. Ce simple souvenir dissuada le jeune homme de lui faire confiance. Il lui jeta un regard froid et dédaigneux alors qu’il se rapprochait pour lui saisir le bras.

“Tu sembles avoir repris des couleurs, déclara calmement le roi, comme s’il s’agissait d’une banalité.

— Oui, répondit le prince.

— Tu dois avoir faim.

— Non.”

Et ce fut tout. Le monarque, mal à l’aise, quitta rapidement la pièce en rappelant au médecin qu’un gros sac d’or l’attendait s’il parvenait à le soigner. Aranwë sentit une remarque sarcastique poindre mais il ne tenta pas le diable et se contenta d’un sourire hypocrite et d’une révérence de tête irrespectueuse. Sa vie dépendait peut-être de la grosseur de la bourse que son cher père voulait bien offrir à ce “spécialiste de la santé”, il ne méritait même pas son attention.

Le médecin l’ausculta pendant de longues minutes, en lui posant des questions toutes plus ridicules les unes que les autres : l’elfe était-il malade ? L’elfe l’avait-il embrassé ? L’elfe l’avait-il touché, utilisé de la magie, saigné sur lui ? Pour ce parfait crétin, sa maladie venait de Lazare et il ne pouvait en être autrement.

“Messire, votre manque de coopération est très handicapant pour dresser un diagnostic. Pouvez-vous répondre de nouveau à ces questions ? L’elfe était-il…

— Non, il n’était pas “malade”, cracha le prince, agacé. Il était blessé et donner des bandages à un nécessiteux n’est pas un crime, à ce que je sache.”

Son interlocuteur pinça les lèvres, peu convaincu. Il resta encore quelques minutes à son chevet et quitta la pièce, sans même un regard pour lui. Aranwë soupira d’aise à la simple idée d’avoir enfin un peu de calme. Sa nourrice s’éclipsa doucement pour le laisser se reposer. Le jeune homme attendit patiemment que la porte se ferme pour se redresser. Plus vite il marcherait, plus vite on arrêterait de le biberonner. Il s’accrocha à la barre supérieure du lit à baldaquins et se leva.

Ses jambes tremblèrent quelques secondes puis le lâchèrent. Il s’écroula au sol dans une plainte qui relevait plus de la colère que de la douleur. Il retenta immédiatement, sans plus de succès. Son vertige grandit et il fut contraint de fermer les yeux pour le calmer. Une sensation de malaise l’envahit, il se coucha au sol pour ne pas tenter le diable. Il massa ses tempes en gémissant. Même demander de l’aide était au dessus de ses forces.

Il se retourna. Une douleur inconnue le saisit à l’estomac, il se plia en deux et cria franchement cette fois. Le mal, puissant, tétanisa l’intégralité de son corps. Un essaim de guêpes paraissait l’avoir traversé et il refusait de le laisser tranquille. La porte ne mit que quelques secondes à s’ouvrir de nouveau. Alvéas et Marie-Rose s’organisèrent pour le remettre sur son lit, malgré les coups de bras et de jambes involontaires du jeune homme.

Le précepteur lui plaqua les bras sur le lit le temps que la crise passe. Aranwë prit de grandes bouffées d’air, puis se détendit peu à peu. Il cligna plusieurs fois des paupières, comme s’il reprenait conscience de son environnement. Sa nourrice, au pied du lit, se rongeait les ongles avec inquiétude, tandis que la tête rouge et chauve de son précepteur lui masquait une bonne partie de son champ de vision. Le prince secoua la tête et repoussa les mains de son aîné qui se redressa dignement et dépoussiéra un peu sa longue robe noire, mal à l’aise.

“Vous êtes un fardeau, se plaignit immédiatement son professeur. Votre domestique vous a pourtant bien dit de rester au lit ! Vous n’arrêtez pas de gémir sur le fait qu’on ne vous considère pas comme un adulte mais avez-vous seulement vu à quel point votre comportement est inapproprié ?

— Enfin, Alvéas ! râla la nourrice. Vous voyez bien que le pauvre garçon est malade. Retournez grommeler dans votre laboratoire, il n’a aucunement besoin de vos leçons de morale !

— Et vous le surprotégez trop. Ce “garçon” est le futur monarque de ce royaume et…

— Oui, justement. C’est lui, le futur monarque, pas vous, espèce de vieille vipère. Menacez-le et vous devrez en rendre compte au roi.”

Le mage, hostile, la dévisagea de toute sa hauteur sans que cela ne l’effraie. Il finit par tourner les talons et la vieille dame l’entendit geindre jusqu’au bout du couloir. Lorsqu’elle se retourna, Aranwë la regardait, un mélange de surprise et de satisfaction dissimulée peint sur le visage. Elle se rapprocha pour border ses couvertures et posa une main soucieuse sur son front.

“Votre fièvre est remontée. Dormez maintenant. Vous n’êtes pas en état de vous lever, vous allez vous faire du mal inutilement.”

Le prince, fébrile, hocha la tête. Il s’enfonça dans ses couvertures et se laissa sombrer dans un sommeil semi-comateux.

*********

Deux heures s’étaient écoulées au palais et la vie avait repris son cours. Dans la salle des audiences, Archibald Balrarion et Alvéas discutaient avec animation devant une statue de marbre taillée grossièrement. En plissant fortement les yeux, la silhouette du monarque pouvait se démarquer, difforme, avec un nez énorme et une corpulence anormalement tordue. Le sculpteur, qui patientait devant son oeuvre, refusait catégoriquement de discuter de la qualité de l’ouvrage. Le roi avait bien tenté d’y trouver des qualités, pour ne pas humilier le tailleur de pierres, mais le précepteur n’en démordait pas : il s’agissait d’une honte et cette “chose” ne pouvait décemment pas gagner les grands jardins du château.

“Mais enfin ! Sa Majesté est mal culottée ! reprocha t-il au sculpteur.

— C’est vrai, lui dit le roi. Il faut la remettre à l’endroit.”

L’artiste croisa les bras, vexé par la remarque de son mécène. Son travail était parfait, il ne pouvait en être autrement. Le conseiller du roi finit par appeler la garde, qui emporta l’homme et sa création. Tant d’argent gâché inutilement ! Archibald attendit qu’il se trouve hors de vue pour se tourner vers le vieil homme.

“Tu n’as pas été un peu dur ? Ce n’était qu’une statue…

— Vous avez une réputation à tenir, Messire. Si cette horreur avait atterri dans nos jardins, la Cour aurait eu matière à rire jusqu’à la prochaine grande fête. Je suis un amateur d’art, mon Seigneur, faites-moi confiance.”

Archibald secoua la tête, sourire aux lèvres. Il leva sa main gantée pour que les gardes à l’entrée laissent entrer leur invité suivant. Un homme, en tenue négligée, s’approcha d’un pas digne vers le trône. Il s’inclina et patienta un instant que le roi lui ordonne de se redresser. Il se releva alors et sourit.

“Bien le bonjour, mon Seigneur. Je suis un médecin et scientifique des terres du sud. Je voudrais vous faire une proposition.

— Du sud ? s’étonna Alveas. Nous n’attendions pas de visite officielle aujourd’hui !

— Laisse-le parler, grogna le roi, en lui donnant une petite tape sur l’épaule.”

L’individu, à la peau hâlée et aux longues tresses noires, ne possédait pas vraiment l’allure des nobles du sud, ni même celle d’un médecin. Il portait des habits de voyage simplistes, froissés et troués par endroits, camouflés par une cape d’un noir sombre. Plusieurs sacoches pendaient des deux côtés de ses hanches, desquelles dépassaient des herbes étranges, que même Alveas, alchimiste amateur, n’avait jamais vu. Dans ses yeux se reflétaient une pointe de malice, de manigance, qui ne plaisait pas spécialement au conseiller du monarque.

“J’ai entendu le peuple parler de l’état préoccupant de votre fils, le prince. Les murmures vont vite dans la ville et beaucoup le voient déjà sur son lit de mort. Il se trouve que j’ai déjà vu des monarques aux symptômes semblables, pendant mes longs voyages, et je pense être en mesure de lui venir en aide, avec votre bénédiction.”

Un silence plana pendant quelques secondes. Archibald posa une main dans sa barbe grise, en pleine réflexion. Il lança un coup d’oeil à Alvéas, mais le précepteur se préoccupait peu du sort du jeune homme et lui fit bien comprendre d’un regard qu’il ne pourrait l’aider. Le roi se leva et s’approcha du vieil homme, qui ne bougea pas d’un cil.

“Vous comprendrez que je ne peux faire confiance à des inconnus. Ma femme fut jadis empoisonnée et je crains que ce ne soit également le cas de mon fils.

— Si ce que j’ai entendu sur lui s’avère véritable, un empoisonnement serait préférable à votre fils plutôt que ce qu’il est en train de vivre. De plus, je ne suis pas un inconnu. Voici une recommandation de votre soeur, Anaëlle Sang d’Argent. J’ai soigné son aîné l’année passée.”

Il tira sa cape et récupéra un parchemin de l’une de ses nombreuses sacoches qu’il tendit au monarque. Archibald le déplia et le lut rapidement.

“J’ignorais que mon neveu avait été malade.

— Ce n’était qu’une grippe qui s’était aggravée. Il vit parfaitement aujourd’hui.”

Le vieil homme renifla et tendit le parchemin à Alveas. Le conseiller l’explora rapidement et finit par hausser les épaules, pour lui confirmer qu’il s’agissait d’un vrai. Archibald releva la tête vers le médecin, bras derrière le dos et sourire volcanique dérangeant collé au visage.

“Vous pourriez vraiment l’aider ? Notre médecin pense qu’il s’agit d’une maladie liée à son exposition avec un elfe, il y a quelques jours. Il pense à la rage.

— La rage ? rit son interlocuteur. Les elfes ne sont pas des molosses. Et par expérience, je sais aussi qu’ils sont l’un des peuples les plus saints de notre région. Votre médecin n’y connait pas grand chose. Laissez-moi examiner le prince, je vous garantis des résultats dans les deux jours.”

Le monarque se détendit et lui tendit la main, que l’homme s’empressa de serrer. Alvéas fit la grimace, visiblement mécontent de cet accord soudain.

“Nous allons vous offrir une chambre à la Cour, le temps de votre séjour ici. Alvéas vous guidera à celle-ci, vous y trouverez des costumes et je me charge de vous faire parvenir des instruments de soin de notre infirmerie. Aranwë se repose pour l’instant, vous pourrez le voir en soirée. Merci beaucoup, monsieur…

— Panrion. Adranar Panrion.”

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Adrien de saint-Alban


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Le premier à se lever tôt est le citadin noir. Il est le premier à prendre le métro, le premier à aller gagner sa croûte, le premier à aller à la guerre. Le premier à se faire massacrer. Le casse-pipe c'est toujours pour le noir. Une fois qu'il a balayé, nettoyé, sécurisé le terrain, il laisse la place au parisien blanc propre sur lui et cravaté. Les stigmates du colonialisme se sont déplacés du pays colonisé à celui colonisateur. Le même schéma est ici reproduit avec les mêmes codes et le colonisé n'a fait que suivre son colonisateur. Les mêmes rapports de force sont toujours identiques et toujours favorables au blanc. C'est d'autant plus vrai qu'ils s'appliquent chez lui, chez le maître blanc.
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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
C'est dans ces conditions que va naitre Nathalie Verseau.
Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
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Défi
Charlie Jdan
Une souris se faufile dans la maison,
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Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
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