Chapitre 5 : Eveil - Partie 2

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Bonjouuuuuur ! J'ai mis un peu (beaucoup) de temps à terminer ce chapitre, je m'en excuse. Deux mois et demi, ça va, on a connu pire hein xD J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à le commenter, c'est important et des bisouilles ! Et je vous rappelle l'existence d'une nouvelle sur Lazare, disponible sur mon profil, qui raconte les multiples (més)aventures de ce pauvre elfe :3 Bonne lecture !


Chapitre 5 : Eveil

Partie 2


Les pas lourds d’un cheval de trait à l’approche tirèrent Indrala d’une rêverie solitaire dans laquelle elle était plongée depuis plusieurs minutes maintenant. Elle avait repéré ce convoi de nobles quelques minutes plus tôt alors qu’elle se trouvait à une trentaine de lieues d’Isendorn, la capitale humaine. Fatiguée par le vol, elle avait longtemps cherché un moyen de ne pas à avoir à se rendre là bas à pieds. Originellement, elle s’était dit qu’une charrette de paysans ferait l’affaire, puis ce carrosse était apparu dans son champ de vision et avec lui, l’ambition d’un voyage de luxe.


La dragonne avait préparé la mise en scène depuis plusieurs minutes. Des vêtements arrachés, un sac renversé, du maquillage étalé sur son visage comme si elle avait pleuré. L’air de la parfaite victime innocente d’un ignoble crime. Elle attendit encore quelques instants que le véhicule apparaisse à l’horizon et elle poussa de longs sanglots de détresse. Les dragons possédaient des vocalises différentes pour chaque émotion : imiter les pleurs des humains s’avérait d’une facilité déconcertante. Sa poitrine se soulevait irrégulièrement alors qu’un torrent de larmes coulait le long de ses joues. N’importe quel idiot avec un peu de coeur aurait pu s’y méprendre. Et pourtant, le carosse passa à côté d’elle sans ralentir, l’éclaboussant même de boue au passage.


Outrée, Indrala se releva, en colère. Elle avait essayé d’être gentille, on l’avait ignorée. Tant pis. Elle dégaina ses dagues alors qu’une paire d’ailes pourpre commença à se détacher de son dos. Elle effectua un détour pour ne pas se faire voir des humains et se posa soudainement devant la monture. Le cheval se cabra de terreur, glissa dans la boue et tomba sur le côté. Le carrosse tangua dangereusement avec lui. Le cocher, effrayé, abandonna le véhicule et fonça vers la forêt en hurlant, abandonnant les voyageurs à leur sort. La dragonne sourit doucement et s’avança vers la porte de la coque de fer, en secouant légèrement le bassin. Elle essaya d’ouvrir une première fois, mais une pression de l’autre côté lui indiqua que quelqu’un tenait la poignée. Elle poussa un soupir las en levant les yeux au ciel et arracha la porte, ses gonds et une partie de la tôle qu’elle jeta nonchalamment derrière elle.


Un homme en armure se jeta immédiatement sur elle en hurlant avec bien peu d’assurance, une épée à deux mains pointée dans sa direction. Indrala reconnut avec une joie non-dissimulée le symbole de l’ordre du Soleil sur les protections étincelantes de ce dernier : un rond grossier en or au centre duquel la flamme de l’astre de la vie se trouvait. Il s’agissait d’un paladin, jeune, en conclut-elle aux tremblements peu professionnels de son arme. Ce n’était pas la première fois qu’elle en croisait sur les routes. Aucun ne rapporterait jamais l’exploit d’avoir tué un dragon à ses frères d’armes. Amusée, elle laissa la pointe de l’épée lui toucher la gorge.


“Et maintenant ? demanda t-elle, d’une voix arrogante. Tu m’as eue, bravo petit chevalier ! S’attaquer à une femme innocente, en détresse, au milieu de nulle part…. Quel acte de bravoure !

- Tais-toi, démon ! Mon épée va te purifier comme elle a purifié tes frères et soeurs !

- Oh. Vraiment ? Dans ce cas, mon corps est tout à toi, n’hésite pas.”


Elle tendit les deux bras en l’air et patienta, yeux dans les yeux avec son bourreau. Déboussolé, le paladin effectua un pas en avant avant de reculer. De toute sa formation, il n’avait encore jamais croiser une hérésie s’offrant à lui de la sorte. Méfiant, il n’osait plus esquisser le moindre geste. Derrière lui, toujours dans le carrosse, un jeune homme en costume sombre serrait contre lui une dame âgée. Dans leurs pupilles écarquillées pouvait se lire la terreur de l’instant. Indrala rit intérieurement. Les riches humains étaient tellement délicats.


Le guerrier la tenait toujours en joue.


“Vous allez me suivre jusqu’à Isendorn où vous serez emprisonnée et jugée pour sorcellerie.

- Je ne crois pas, non. En revanche, je veux bien votre carrosse.

- Rendez-vous ou vous goûterez à la justice de l’Inquisition !”


Indrala poussa un soupir las. Elle fit un pas vers le garde. Sa peau se recouvrit d’écailles rouge sang. Elle effectua un deuxième pas vers lui. Sa bouche se tordit d’un rictus effrayant, ses dents devinrent plus pointues et acérées. Le paladin se jeta sur elle. Il leva son épée à deux mains et l’abattit sur la dragonne de toute ses forces, en récitant des versets de son ordre. L’effet ne fut pas exactement celui qu’il espérait. Au contact de l’épaisse carapace d’écailles, la lame se brisa en deux, comme une vulgaire brindille. Perturbé, le religieux chercha tout de même à la frapper avec ce qu’il lui restait d’arme. Le reptile ne lui en laissa pas le temps. Elle lui saisit brusquement le bras et lui retourna dans le dos avec l’agilité d’un félin. Sa fine rapière vint se placer entre les interstices de l’armure et elle commença à exercer une légère pression sur la peau lisse et tendre de ce vaillant primate.


“Je vous demande la merci, tenta le bipède, d’une voix faible. Le code de chevalerie exige que lorsqu’un guerrier est mis en défaite, son assaillant lui laisse la vie sauve en échange d’un service.

- Les humains. Toujours en train de vous excuser au moment de mourir. C’est d’un ennui… Dans les coutumes de mon peuple, celui qui s’incline face à la mort ne voit s’ouvrir devant lui que les abysses des Enfers. Un vrai guerrier devrait rester fier jusque dans le tombeau. Votre âme est salie de négociations insipides qui ne vous mèneront que dans les ténèbres.”


Elle appuya un peu plus fort, laissant la lame pénétrer la chair de l’ennemi. Il se crispa, ne poussa pas un cri. Indrala sourit. Le paladin, de sa main droite, cherchait à saisir une dague accrochée à sa ceinture. Du bout de l’aile, la dragonne se saisit de l’arme.


“Bien essayé.”


Elle plongea entièrement la rapière dans le corps de son ennemi, le touchant en plein coeur. Il s’affaissa sur lui-même et commença à s’agiter de spasmes dans d’affreux gargouillements. Nonchalamment, la reptile enjamba sa victime pour se diriger vers son moyen de transport désormais inutilisable. En basculant, le cheval s’était brisé une patte. Couché sur le flanc, il se débattait inutilement sous la carcasse de fer le maintenant prisonnier. Les yeux de chats d’Indrala se posèrent sur le couple.


“Nous vous offrons no… notre or, tenta l’homme, en serrant la femme contre lui. Prenez-tout. Tuez-moi également si vous le désirez mais laissez ma vieille mère vivre.”


Leur véhicule empestait la luxure et la richesse. Habillés de tissus de qualité rare, couverts de fils d’or, l’appartenance nobiliaire de ces étrangers ne faisait aucun doute. Les mains de la vieille, couvertes de bagues en or, serraient compulsivement le costume impeccablement taillé de son fils. Que faire d’eux ? Elle avait agi sans réfléchir et se trouvait maintenant dans une situation délicate. La dragonne savait qu’elle ne pouvait pas les laisser partir. Mais les tuer simplement, là tout de suite, ne lui plaisait guère. Elle réfléchit un instant, puis sourit. Elle pointa la rapière sous la gorge du jeune homme.


“Dites à votre vieille mère de se déshabiller.”


Après quelques heures supplémentaires de marche, Indrala aperçut enfin les remparts fortifiés de la ville d’Isendorn à l’horizon. Habillée d’une robe blanche aux jointures en or, la jeune femme, le visage caché sous un foulard, se frayait un chemin entre les différentes chariots et paysans qui occupaient le passage. Des gardes se trouvaient à l’entrée de la cité, en rangs serrés. Ils vérifiaient les papiers de chacune des personnes qui s’avançaient, impassibles. Elle s’arrêta à une trentaine de mètres de l’entrée, pour chercher un moyen de se glisser dans la ville sans se faire repérer. Elle avait tué un homme ici, quelques jours plus tôt, son visage devait être placardé partout en ville. Son déguisement risquait de s’avérer insuffisant.


Elle se mit à regarder autour d’elle. Elle percevait un mouvement de foule derrière elle, comme si l’on s’écartait pour laisser passer quelqu’un. Elle aperçut bientôt un cheval noir armuré, monté par un chevalier qui portait les écus de la ville. Il allait lentement et grognait au peuple de s’écarter. La dragonne ne voulait pas courir le risque de se faire arrêter maintenant, il fallait qu’elle agisse rapidement.


Un vieil homme donnait désespérément des coups de canne sur les fesses de ses boeufs à côté d’elle, elle saisit l’opportunité. Sans crier gare, la jeune femme se jeta contre l’animal qui s’agita de surprise. Sa corne arracha une partie de la robe et égratigna légèrement sa jambe. Indrala lança un sourire désolé au paysan, choqué et elle hurla à la mort, comme si le taureau venait de l’égorger. L’animal prit peur et chargea la foule. Des cris retentirent partout autour d’elle. Hommes, femmes, enfants couraient dans tous les sens. La panique gagnait du terrain rapidement, si bien que les gardes de l’entrée se retrouvèrent rapidement débordés par les paysans terrorisés. La dragonne se fraya un chemin entre les chariots renversés et les fourches et glissa telle une anguille vers l’entrée de la ville dans laquelle elle pénétra sans aucun mal.


Rapidement, elle rentra dans les écuries réservées aux marchands qui se trouvaient juste devant l’entrée et se cacha dans l’un des enclos. Juste à temps. Le chevelier et cinq gardes royaux passèrent devant elle au trot, sans s’arrêter. Elle patienta encore quelques secondes avant de se relever.


“Vous !”


Indrala sursauta et se retourna vivement. Un homme, un marteau à la main, lui faisait face. Elle mit quelques secondes à le reconnaître. Il s’agissait du maréchal-ferrant qu’elle avait brutalisé après l’accomplissement de sa première mission. Le haut de son crâne, bandé, laissait supposer que les dégâts infligés par le même marteau qu’il portait n’avaient pas été si importants que prévus. Son visage s’empourprait de colère au fur et à mesure qu’il avançait vers elle. De toute évidence, la demoiselle était compromise. Elle dégaina sa dague et la pointa dans sa direction. L’homme se figea et écarquilla les yeux.


“Vous m’avez volé un cheval et j’ai eu des problèmes à cause de vous ! Je devrais appeler la garde !

- Êtes-vous sûr de vouloir le faire ? siffla t-elle en rapprochant la lame de son cou.”


Il déglutit et chercha ses mots, dans une vaine tentative de se donner un peu de contenance.


“Déguerpissez d’ici, on ne veut pas de problèmes en ces lieux.

- Ravie de l’entendre.”


Elle s’inclina et quitta rapidement les lieux. La jeune femme erra quelques secondes dans les rues bien remplies des quartiers marchands, sur ses gardes. Des enfants mendiaient devant les stands de légumes. Rachitiques, Indrala était certaine qu’ils ne passeraient pas l’hiver froid et impitoyable de la région. Les humains survivaient mal aux désagréments du climat. Chaque année, dès que le temps refroidissait, les morts se comptaient par centaines. Lentement, elle tira quelques pièces de sa poche et les lança avec pitié aux pieds des mômes. Ils se jetèrent dessus avec la rage des chiens de combat, griffant et mordant leurs camarades pour en récupérer un maximum. Le spectacle hypnotisa un instant la dragonne. Il y avait finalement si peu de différences entre ces créatures et leurs animaux de compagnie qu’elle en vint à trouver cette situation affligeante.


Après la dispersion des enfants parmi les étals des commerçants, Indrala prit le chemin qui menait à la basse-ville. Isendorn possédait quatre quartiers principaux. Les quartiers commerçants se situaient à l’entrée de la ville et couvraient près d’un quart de la ville. Tous les travailleurs s’y activaient quotidiennement, pour quelques piécettes d’or qui servaient à peine à nourrir leur famille. Puis, entourant la place Clothilde, se trouvait la haute-ville, où nobles, bourgeois aisés et membres importants des ordres religieux vivaient paisiblement, à l’abri de la pauvreté et de la misère. Ceux-là ne se mêlaient guère au reste du peuple, les deux mondes possédaient leurs propres commerces. Dominant la cité haute, les hauts remparts du château d’Isendorn et de sa cour représentaient le troisième quartier. C’était ici que trônaient fièrement les ambassades des ordres religieux, des régions voisines ainsi que les logements des invités de la famille royale.


Et enfin, bien cachée à l’extrême ouest de la ville, presque dans les égouts, la basse-ville mal-illuminée et ses pauvres survivaient tant bien que mal à l’ombre des grandes habitations et derrière de hauts murs gardés. Y rentrer s’avérait facile. En sortir l’était beaucoup moins. Seul ceux qui possédaient les papiers adéquats étaient autorisés à le faire. Indrala profita d’un conflit entre un mendiant et un garde pour se glisser à l’intérieur de manière inaperçue. Elle marcha sur quelques centaines de mètres, sous les regards envieux de brigands et joueurs en tout genre qui traînaient sur les trottoirs mal entretenus. Ses habits empruntés ne passaient guère inaperçus au milieu de la misère ambiante. Inconsciemment, elle accéléra le pas.


Elle tourna dans une ruelle étroite et se glissa sur un chemin qu’elle connaissait déjà, pour l’avoir emprunté quelques jours plus tôt. Cependant, l’environnement lui parut de suite différent. Une épaisse fumée noire flottait dans l’allée qui menait à la taverne des Trois Rosiers, où elle avait prévu de retrouver Adranar. Une foule d’ivrognes compacte et en colère encerclait les restes embrasés de l’établissement, que les gardes tentaient en vain de faire reculer. La dragonne ralentit le pas, inquiète. Elle se glissa entre les mécontents pour se rapprocher des premières lignes.


“Que se passe t-il ici ? demanda t-elle à un vieil homme qui lui paraissait plus sobre que ses voisins.

- Le roi a fait fermé le quartier pour agrandir la haute-ville. Le vieux tavernier refuse de partir depuis plusieurs semaines. Et ces monstres sont venus ce matin avec des torches et ils ont mis le feu !

- Et les gens qui se trouvaient à l’intérieur ?

- Le tavernier est resté à l’intérieur, il a brûlé avec son bâtiment. Adranar, je l’ai vu filer vers le nord avec son matériel. Ce chien aura pas de mal à retrouver une maison. Mais nous, en attendant, on a plus de quoi boire…”


Indrala le remercia d’un geste de tête et recula. Elle s’agrippa à une terrasse, en face du brasier, pour prendre un peu de hauteur. Au nord, elle pouvait apercevoir la haute-ville et le château d’Isendorn. Qu’est-ce que ce pauvre fou pouvait bien avoir en tête pour se mettre à ce point en danger ? Elle l’ignorait pour l’instant, mais elle décida de s’y rendre elle-aussi. Ils avaient commencé cette expérience ensemble et ils la finiraient de la même manière.

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Adrien de saint-Alban


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Le premier à se lever tôt est le citadin noir. Il est le premier à prendre le métro, le premier à aller gagner sa croûte, le premier à aller à la guerre. Le premier à se faire massacrer. Le casse-pipe c'est toujours pour le noir. Une fois qu'il a balayé, nettoyé, sécurisé le terrain, il laisse la place au parisien blanc propre sur lui et cravaté. Les stigmates du colonialisme se sont déplacés du pays colonisé à celui colonisateur. Le même schéma est ici reproduit avec les mêmes codes et le colonisé n'a fait que suivre son colonisateur. Les mêmes rapports de force sont toujours identiques et toujours favorables au blanc. C'est d'autant plus vrai qu'ils s'appliquent chez lui, chez le maître blanc.
J'ai toujours eu une fascination pour le clochard parisien. A chaque mégalopole ses clochards. La physionomie du clochard varie dans le temps et dans l'espace.

La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
L'objet devenu orphelin attend d'être adopté, il fera le bonheur d'un clochard.

Aujourd'hui un matelas n'a plus trouvé grâce chez un bourgeois. Il s'est retrouvé à la rue. Il était là, gisant sur le trottoir, jeté là par ceux dont il a accompagné l'intimité et partagé les secrets pendant des années, déchu brutalement après avoir rempli ses états de service, après avoir soulagé un corps fatigué, celui d'une femme ou celui d'un homme, ou peut-être les deux à la fois, fonctionnaire de l'amour et témoin malgré lui de secrets d'alcôve dont la carrière s'achève, désormais immondice. L'ingratitude de l'être humain est sans limite. Personne n'en voulait. Il était là étendu sur le trottoir attendant qu'une âme charitable lui redonne une considération, lui rende son statut perdu .
Les passants continuaient de passer. Les blancs se mêlaient aux noirs. Parfois quelques asiatiques donnaient de Paris son aspect cosmopolite et international.
Personne ne prêtait attention au matelas. Une jeune femme la tête plongée dans son smartphone. Un type d'un certain âge qui trainait une valise à roulettes. Un jeune homme sur un segway passant sans même jeter un oeil compassionnel au matelas.

Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
Quand elle passa à coté du matelas, la femme en haillons fut intriguée, son regard se fixa sur cet objet encore intact qui n'avait rien à faire là. Le malheureux matelas étendu sur le trottoir, auquel seule une nécessiteuse semblait s'intéresser et auprès de laquelle il avait trouvé grâce. Et d'ailleurs, qui pouvait s'intéresser à un matelas jeté sur le trottoir sinon une clocharde? L'état du matelas laissait croire qu'il pouvait encore servir longtemps. Les autres passants passaient à coté, ou parfois l'enjambaient machinalement, la tête plongée dans leur smartphone. On pouvait facilement deviner à l'intérêt qu'ils portaient pour le matelas qu'ils avaient un toit. On devinait que leur souci premier n'était pas de dormir dans un matelas bien moelleux, c'était un luxe devenu banal pour le parisien mortel. Il ne veut en aucun cas se pencher sur ce matelas. Le prendre en considération. Le prendre en commisération. Non, le souci premier du passant de Neuilly est d'aller bosser pour payer son loyer et ne pas se retrouver à la rue comme cet infortuné matelas qui était là à entraver sa trajectoire. Le matelas est l'avenir de l'homme parisien. Ce matelas qui est en quelque sorte le négatif de leur vie. Le matelas et le parisien ont leur destin lié l'un à l'autre. Quand l'un a perdu pied, l'autre trébuche.

Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
Une nouvelle race intelligente a été découverte par les humains, leur permettant de mettre au monde des enfants capables de vivre des centaines d'années. Un siècle plus tard, chaque enfant né avec ces capacités doit être répertorié et utilisé soit pour des analyses, soit pour leurs capacités spéciales.
C'est dans ces conditions que va naitre Nathalie Verseau.
Elevée par ses deux tantes, elle n’a jamais été autorisée à sortir de chez elle. Mais à ses quatorze ans, elle se retrouve obligée d’aller dans une école où sont regroupés chaque membre de son espèce.
Elle va alors devoir évoluer dans un monde dont elle ne connait rien.
Roman futuriste.
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Défi
Charlie Jdan
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Texte en réponse au défi "Héros malheureux" lancé par Felónwë
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