Chapitre 5 : Eveil - Partie 1

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Hey ! Bonjour à tous et joyeuses fêtes ! C'est avec un immense plaisir que je vous annonce la sortie de la première partie du chapitre 5 de Tyrnformen, après avoir bien galéré ma mère à l'écrire entre deux partiels et une période de page blanche. Désolée pour les deux mois d'attente, j'espère néanmoins que vous apprécierai ce petit cadeau de Noël ! Comme d'habitude, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, c'est toujours cool d'avoir des avis extérieurs pour s'améliorer ! Je vous souhaite une bonne lecture et vous donne rendez-vous plus tard dans le mois pour une nouvelle sur le personnage en Lazare, en préparation depuis un moment. Oui, oui, je vous gâte :D Bonne lecture, des bisouilles et à bientôt !

Chapitre 5 : Eveil

Partie 1

Les rideaux brutalement tirés irradièrent la chambre d’Aranwë de la lumière aveuglante du jour. Le jeune homme, profondément endormi jusqu’à ce moment, poussa un gémissement plaintif et cacha son visage sous l’épaisse couverture bleue recouvrant son lit. Marie-Rose ne lui laissa pas l’occasion de rattraper sa courte nuit, lui arrachant cruellement le drap de son corps. Le froid acheva de le tirer des bras de Morphée et il finit par ouvrir les paupières en bougonnant.

Debout mon garçon, nous devons discuter.

Le visage courroucé de sa nourrice se tenait au dessus de lui. Main sur les hanches, la vieille dame semblait vraiment en colère contre lui. Il fronça les sourcils, en signe d’incompréhension, ce à quoi elle répondit par un grand geste montrant le reste de la pièce. Un rapide coup d’oeil autour de lui suffit à comprendre la contrariété de sa mère adoptive : des traces de semelles boueuses tapissaient le carrelage blanc et le tapis depuis la fenêtre. De plus, il portait toujours sur lui sa robe de chambre déchirée et toujours un peu humide. Aucune excuse ne serait valable dans ce contexte. Honteux, il s’assit dans son lit en se frottant nerveusement l’arrière de la tête et le regard fuyant. Rentré tard dans l’obscurité, il n’avait pas vraiment pris le temps de constater l’état de ses chaussures, traînant à présent au pied de son lit.

Je suis vraiment désolé, souffla t-il. Je n’avais pas remarqué.

Il se gifla mentalement. Même un enfant de deux ans aurait trouvé une meilleure excuse. Peu habitué à mentir, il lui arrivait souvent de se retrouver embarqué dans des situations complexes comme celle-là. Ce bref regret n’était cependant rien face à la satisfaction de la libération de Lazare. Aranwë avait passé une partie de la nuit à observer son plafond, priant secrètement pour que tout se passe bien pour lui. Marie-Rose, peu satisfaite par sa réponse, s’énerva de plus belle.

Enfin Aranwë, vous n’êtes plus un enfant ! Êtes-vous sorti cette nuit, par ce temps ? Et par la fenêtre qui plus est ! Vous auriez pu vous blesser, où étiez-vous donc ?!

Pris au dépourvu, le prince balbutia des excuses inaudibles, incapable de se justifier. Le rouge lui montait aux joues. Dans toute cette agitation, il n’avait pas prévu de couverture. Il jaugea le pour et le contre de lui avouer la vérité et pensa finalement qu’avoir une alliée dans cette affaire lui serait bénéfique. Il poussa un petit soupir d’appréhension et se lança dans le récit de la libération de Lazare, dans les moindres détails. Il lui expliqua qu’il ne supportait plus cette mise à l’écart d’innocents, qu’il souhaitait de tout coeur que les moeurs évoluent et qu’il était prêt pour cela à prendre toute la responsabilité de son acte. Il avoua également toute la rancoeur que son coeur entretenait à l’égard de son père, restant obstinément sourd à ses appels de détresse. La vieille dame l’écouta patiemment pendant près de deux heures. Quand Aranwë termina son récit, il osa relever le regard. Dans les yeux de sa nourrice brillaient à la fois de l’inquiétude et de la fierté.

Dans quelle histoire vous êtes vous encore embarqué…

- Je l’ignore, Marie-Rose. Je crois que je suis moi-même un peu perdu. Le monde évolue autour de nous et nous nous coltinons toujours le même passé, les mêmes vieilles rancoeurs. Je sais que la bataille de Mornepierre a beaucoup affecté mon père, peut-être même est-ce là un traumatisme qui l’enferme dans un seul chemin de pensée mais sommes-nous vraiment obligé de tuer tout ce qui ne nous ressemble pas sous le simple prétexte de la peur ? Lazare souhaitait nous aider, il était venu nous avertir. Et voyez vous-même comme ils l’ont traité !

- Et ce message, l’avez-vous remis au roi ?

Le prince baissa légèrement la tête. Il tendit la main vers sa table de nuit et tira le long parchemin ensanglanté de son tiroir. Il n’avait pas songé à l’ouvrir la veille, trop préoccupé par le sort de son nouvel ami. Doucement, il brisa le sceau et l’ouvrit, sous les yeux de sa nourrice. L’artefact vibra légèrement, surprenant les deux propriétaires. Aranwë jeta le parchemin au sol. Une image bleutée, translucide, s’éleva au dessus des lettres étranges, d’une origine qui lui était parfaitement inconnue. L’image s’anima bientôt, laissant apparaître une créature massive reptilienne, volant au dessus d’une forêt dense. La créature sembla planer pendant quelques instants puis l’image se volatilisa.

Marie-Rose, cachée derrière lui, psalmodia un verset de l'Église du Soleil à voix basse, pour se rassurer. Le jeune homme à la chevelure dissidente semblait lui fasciné. Ils restèrent tous deux en retrait pendant quelques secondes avant qu’Aranwë ne tende la main vers le papier. Ses doigts effleurèrent les lettres encrées, luisant d’une lumière dorée. La feuille vibra de nouveau et les symboles devinrent nébuleux. Le texte, originellement incompréhensible, sembla se traduire seul au contact de sa main.

Rapport AY568-B

Créature massive écailleuse non-identifiée en vol en direction des terres centrales. Nouvelle espèce. Possiblement dangereuse. Peuple elfe encourage grandement la prise de mesures pour préparer au pire. En espérant votre considération et amitié.

Commandement de Lothaliel.

Captivé, Aranwë passa une nouvelle fois la main sur le papier. Rien de nouveau ne se produit. Il se tourna vers sa nourrice, toujours à l’écart. Secouée, elle refusait catégoriquement d’approcher de cette hérésie. Le prince fronça les sourcils devant sa réaction démesurée. Il savait son peuple frileux à la magie, il ignorait que même ses plus proches alliés pouvaient y être sensibles. La crainte qu’elle aille tout raconter à son père s’insinua dans son esprit. S’il l’apprenait, il aurait des problèmes, non seulement avec lui mais aussi avec les Eglises, beaucoup plus sévères quant à l’utilisation des dons naturels que lui.

Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas dangereux, tenta t-il. C’est un parchemin. Lazare disait qu’il avait un message pour notre royaume. J’ignorais que l’effet que cela produirait en l’ouvrant.

- C’est une hérésie ! C’est de la magie ! Vous n’auriez jamais dû jouer avec des forces que vous ne connaissez pas. Cela aura peut-être des conséquences… Vous… vous devriez vous purifier !

- Mais… Ce message est menaçant, vous l’avez vu comme moi !

- Vous l’avez eu des mains d’un monstre, souffla t-elle, la voix teintée de peur. Cette… chose pourrait vous corrompre ou pire… vous transformer en l’un d’entre eux !

- Du calme, Marie-Rose ! Je ne suis pas corrompu ou quoi que ce soit, je ne vais pas me transformer en elfe. Ce sont des croyances populaires, des fantaisies ! Mais ce danger, lui, est bien réel !

La vieille femme le dévisagea, bouche bée. Elle secoua la tête une nouvelle fois et chercha à se replier vers la sortie de la chambre. Aranwë bondit et lui barra la route. Son regard se fit suppliant.

N’en parlez pas à mon père, s’il vous plaît. Je vais régler ce problème, seul. Je ne veux pas qu’il soit au courant et c’est un ordre. Me suis-je bien fait comprendre ?

- Vous allez vous perdre, mon Seigneur. Cette chose, souffla t-elle en pointant le parchemin, vous perdra.

Elle quitta précipitamment la pièce en fermant la porte. Aranwë, désemparé, se tourna vers le parchemin, qui luisait toujours au sol. Il reserra sa robe de chambre autour de lui et se rapprocha. Il devait s’en débarrasser. Marie-Rose allait en parler à son père, il en était certain. Lorsqu’il approcha la main du papier, celle-ci se figea dans l’air. Ses yeux s’écarquillèrent alors que cette même sensation qui l’avait touché la veille réapparaissait. Les lettres elfiques s’élevèrent vers lui dans une lumière dorée. Il pouvait sentir chaque filon de magie les traversant, chaque rayonnement non-naturel. Sa main se referma sur une des lettres. La magie pénétra sa chair, il la sentait traverser son corps, entrer dans chaque parcelle de sa peau. C’était à la fois magnifique et douloureux. C’était à la fois grisant et angoissant. Mille et une émotions couraient dans son esprit, incontrôlables, folles.

Et puis la douleur prit le dessus. Il fut propulsé en arrière malgré lui. L’énergie le rejetait sans qu’il ne comprenne pourquoi. Il atterrit lourdement contre sa table de nuit, égratignant le dos sur les poignées rondes de celle-ci. Abasourdi, il reprit sa respiration, haletant. Comme la veille, sa main avait été partiellement brûlée. Comme la veille, cette dernière disparaissait toute seule devant lui. Il passa son autre main sur sa peau. Il ne sentait rien sous ses doigts, la blessure s’évaporait sous ses yeux. Il replia ses doigts et jeta un regard anxieux au parchemin.

Il ne brillait plus. Les lettres dorées ne volaient plus à sa surface. Douloureusement, Aranwë se redressa. Il s’approcha de la feuille et donna un petit coup dedans. Le parchemin s’envola sous le coup de la propulsion et retomba au sol, inanimé. Le prince, avec une certaine hésitation, s’en saisit. Rien d’anormal ne se produit. Il replia rapidement le papier, souleva son matelas d’une main et plaça le message sur une latte en bois, à l’abri des regards. Une gravure de sa mère chuta à ses pieds, signe qu’il ne s’agissait pas de la première utilisation de cette cachette. Il saisit le portrait, l’embrassa timidement et le replaça à sa place, nostalgique. Il eut juste le temps de baisser le matelas que la porte s’ouvrait en grand.

Archibald Balrarion fit irruption dans son territoire sans s’annoncer. Son fils eut juste le temps de se jeter contre l’appui de fenêtre pour faire mine de regarder à l’extérieur, oubliant la terre tapissant ce dernier, le sol et une partie de ses draps. Malgré sa culpabilité évidente, il se tourna vers son géniteur, furieux, le dominant de toute sa hauteur à seulement quelques centimètres. Ce visage devait impressionner des armées ou de pauvres innocents comme Lazare, mais pas lui. Aranwë savait depuis longtemps que ce masque de tyran ne faisait office que d’illusion pour cacher tout le vide de ses actions. Marie-Rose, toujours terrifiée, suivait le roi à la manière de ces caniches fidèles que toutes les courtisanes de la cour portaient dans leurs sacs en cette période. Alveas ne se trouvait pas plus loin, une inquiétude manifeste peinte sur son visage. Probablement plus pour son travail que pour la condition du pauvre prince qui se leva vaillamment devant ce public imprévu.

Que puis-je pour vous, père ?

- Aranwë, je n’ai qu’une question. Une seule. Tu vas méditer ta réponse et faire bien attention à ce que tu vas dire dans ces murs. Qui a libéré l’elfe ?

Le prince baissa la tête. De toute évidence, il était au courant. Le jeune homme ne put qu’espérer que Lazare soit assez loin à cet instant. Il releva la tête et se confronta au regard intransigeant de son père.

C’est moi, répondit-il froidement. Les traitements qui lui ont été infligés étaient inacceptables. Sommes-nous des animaux pour traiter nos alter-egos comme des bêtes ?

- Aranwë… La politique, la justice ne sont pas des jouets que tu peux manipuler à ta guise ! Tu n’imagines pas les conséquences que cet acte va avoir. Les ordres religieux t’ont à l’oeil, ils guettent le moindre de tes faux pas pour les retourner contre toi. Et toi… Toi, bêtement, tu tombes bras ouverts dans leurs traquenards !

Il se retourna vers Alveas et Marie-Rose.

Dégagez de là ! Je dois lui parler.

Les deux subalternes obéirent sans discuter. Les portes en bois se refermèrent sur la chambre, qui devint subitement glaciale. Aranwë eut l’impression d’être le mouton inoffensif devant le boucher, conscient que sa victime ne pouvait plus lui échapper à présent. Archibald s’assit sur le lit et invita son fils à en faire de même. Le cadet s’installa sur l’appui de fenêtre, refusant ce contact rapproché avec la source de ses ennuis actuels.

Aranwë, tu as vingt-huit ans. Et tu agis encore comme un enfant, soupira t-il. Ma patience a ses limites et elles sont mises à rude épreuve depuis quelques jours. Je ne veux plus que tu te comportes comme un adolescent en pleine crise existentielle, je veux que tu deviennes un monarque, un homme capable de diriger le pays sans le mettre en danger au moindre écart de conduite. Dans deux ans, s'emporta t-il, je comptais t’offrir ta première terre, voir comment tu te débrouillais sans mon aide. Mais actuellement, j’ignore ce dont tu pourrais être capable. Tu es une menace pour le royaume, lâcha t-il, lacérant son âme. Tu remets en question ses fondements même ! Les Églises y voient une opportunité pour t’empêcher d’accéder au trône et ce n’est qu’une question de temps avant que nos ennemis nous prennent pour cible afin d’exploiter cette faille que tu représentes. Le peuple craint tes idées de paix entre les peuples, reprit-il d'un ton plus calme. Le monde ne tourne pas autour de toi, fils. Nos lois ont été construites pour garantir la paix de notre royaume. Ce que tu recherches, ce fantasme des créatures non-humaines… Ce n’est qu’une chimère, un rêve vide de profondeur. Pendant que tu papillonnes avec tes amis hérétiques, je me bats quotidiennement pour garantir ta place dans ce royaume !

Il joua quelques secondes avec ses mains.

Hélas, je ne pourrais bientôt plus te l’assurer si tu continues à te comporter de la sorte.

Le prince l’écoutait sans mot-dire, touché en plein coeur. Cette menace d’exil, dissimulée, le tétanisa. Bouche bée, il secoua la tête, cherchant vainement ses mots. Archibald se redressa et plaça une main sur son épaule. Abasourdi, le prince se laissa faire, le regard fuyant.

Je comprends ta position, reprit-il. Tu as des convictions et c’est bien. Mais un royaume ne peut être conduit par un rêveur. Le peuple recherche de la stabilité et après ce qu’il s’est passé à Mornepierre, il en a encore plus besoin. Le progrès, c’est pour les élites, pour les bourgeois de la cour un peu philosophe. Notre rôle est de créer un équilibre entre le progrès et l’ancien monde. Si l’un prend le pas sur l’autre, alors la peur et les révoltes prendront de l’ampleur. Le monde ne s’est pas bâti en un jour, nous devons le faire à notre rythme.

Le jeune homme hocha timidement la tête, avec l’espoir que cela suffise à le laisser en paix. La robe bleue du roi, teintée de fils d’or, ne bougeait plus, s’attendant malheureusement à une réponse. Aranwë s’agita, mal à l’aise. Débattre avec son père n’avait plus rien de naturel. Il considérait l’acte comme une épreuve, un exercice de style où le meilleur gagnait le privilège de ne plus adresser la parole à l’autre le temps de quelques heures.

Tu veux me montrer que tu es capable de prendre des décisions ? finit par lâcher le roi, s’impatientant. Alors rattrape-moi cet elfe et organise son exécution. Répare ton erreur.

- Non, trancha immédiatement le prince, en s’éventant avec la main, pris d’une bouffée de chaleur. C’est hors de question. Cet “elfe” a mérité sa liberté et je ne la lui reprendrais pas. Il m’a accordé sa confiance et je ne compte pas le trahir. C’est mon ami.

- Ton ami…

Le monarque leva les yeux au ciel en riant nerveusement. Il retourna s’asseoir sur le lit.

Laisse-moi t’apprendre une chose sur ton ami de la forêt. Les elfes ne sont pas bienveillants. Ce sont des manipulateurs, avides de pouvoir et prêts à tout pour obtenir des terres supplémentaires. Celui que tu as libéré venait ici en repérage, histoire de jauger nos forces. Ils savent peut-être maintenant que le prince du royaume leur ouvrira grand la porte sitôt qu’ils sembleront affaiblis ou malheureux.

- Il venait nous avertir.

- Oui, comme ils souhaitaient nous avertir de l’arrivée des orques à Mornepierre, cracha t-il d'une voix d'où la haine et la rancœur transparaissaient. Nous avons fait l’erreur de leur faire confiance. Quand les orques ont pénétré la ville, leurs flèches se sont retournés contre nos soldats. Deux cent d’entre-nous sommes tombés aux barricades de la main de tes amis de la forêt.

- Bon sang, père ! hurla t-il de manière plus agressive que ce qu’il aurait voulu. Tout ne se résume pas à Mornepierre ! Les hommes sont différents en temps de guerre. C’est la haine qui l’emporte sur la réflexion, on ne cherche qu’à trouver des coupables et jamais des causes. Et je… je...

Aranwë, dans un élan, s’était relevé. Sans qu’il ne comprenne réellement pourquoi, la pièce s’était mise à tourner autour de lui. Il posa une main sur son front et s’appuya contre le mur, le souffle coupé. Son père le dévisagea, sourcils froncés, hésitant à approcher.

Fils, tout va bien ?

- Je… Je ne sais pas trop.

Il secoua légèrement la tête. Sa vision se troublait par intermittence et il sentait son corps se balancer dangereusement vers le sol. Archibald, le rejoignit et lui agrippa le bras, pour le reconduire dans son lit. Aranwë se laissa tomber dedans, le laissant poser une main sur son front.

Tu as de la fièvre, pauvre fou ! Gardes ! Appelez-un médecin !

- Père… Je… Je ne veux pas que l’on fasse du mal à Lazare. Il a des enfants, il est comme vous. Comme moi…

- Chut, tu délires. Repose-toi.

- Non, je suis sérieux. Je…

Aranwë se crispa soudainement et poussa un grand hurlement de douleur. Son père, surpris, bondit en arrière. Il hurla une nouvelle fois après la garde alors que son fils se mit à trembler de manière incontrôlée, à la manière de ces pauvres fermiers mourant sous l’effort les jours de canicule. Impuissant, Archibald recula, laissant passer deux médecins et leurs trousses qui se jetèrent vers l’héritier, secoué de spasmes incontrôlables.

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Adrien de saint-Alban


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La ville de Neully sur seine a ses bourgeois et ses clochards. Le bourgeois qui jette et le clochard qui ramasse. Le bourgeois de Neuilly jette en fonction de son chéquier. Les poubelles jonchent le trottoir. Le bourgeois de Neuilly se débarasse de l'objet qui l'encombre. Le bourgeois de Neuilly n'a pas d'état d'âme. Quand il a décidé de se séparer d'un objet devenu encombrant et dont il ne veut plus en entendre parler, il s'en débarrasse comme d'un cadavre aux premières lueurs du jour, à l'abri des regards, comme ces gens sans âme qui abandonnent discrètement leur chien sur le bord des routes. Seule sa conscience est là pour le juger, mais il s'en fiche, le bourgeois de Neuilly, il est riche, le rupin de Neuilly. L'objet sitôt jeté, sitôt oublié. Son petit confort personnel avant tout autre considération.
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Soudain, parmi la foule de gens pressés et absents, je vis apparaître une silhouette un peu étrange. Une femme déguisée par nécessité se traînait, le regard vif et aux aguets. Elle avait un masque pour se protéger de la pollution, ou pour ne pas qu'on la reconnaisse. Elle avait un sac bourré de ne je sais quoi. Un sac à l'enseigne Tati. Tati ne pouvait avoir qu'une pauvre misérable comme ambassadrice. Peut-être une ancienne cliente qui a subi les aléas de la vie jusqu'à descendre aux enfers de la rue. Combien de clients de chez Tati se sont retrouvés à la rue? Un sac Vuitton l'aurait protégée des aléas stupides de la vie parisienne. Au lieu de passer son temps à ramasser ce dont le bourgeois de Neuilly ne veut plus, elle aurait embrassé la carrière de jeteuse.
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Pour le moment il fait mine de l'ignorer sachant que tôt ou tard son tour viendra .

Adrien de saint-Alban
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Karandja
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Roman futuriste.
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