Chapitre 1

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 La première chose que j’ai entendu quand ma tête à heurté le sol fut le craquement de ma boite crânienne. Ensuite vint la douleur, qui me vrilla les sens et manqua de me faire perdre connaissance. Je pouvais déjà sentir toutes les cellules de mon corps s’activer pour réparer les dégâts.

 L’herbe sous moi me chatouillait le nez et au loin, j’entendais des oiseaux chanter.

 J’ai ouvert difficilement les yeux, n’y voyant que du brouillard pendant quelques secondes. Le soleil commençait doucement à décliner, donnant au ciel une teinte orangée. Une légère brise agitait les feuilles de l’arbre au fond du jardin.

 Le tout paraissait plus vrai que nature.

 Soudain, un pied est entré dans mon champ de vision. Avec un effort surhumain, j'ai réussi à relever la tête et je suis tombée nez à nez avec le canon d’un pistolet.

 Un Magnum Desert Eagle, calibre 50, 7 coups. Je connaissais cette arme par cœur. Capable de la démonter et de la remonter les yeux bandés en moins d’une minute et tirer sur une cible de la taille d’une boite de camembert à vingt mètres.

 Sauf que cette fois ci, ce n’était pas moi qui étais du bon côté. C’était ma tante, Ania Verseau.

 Mon regard a bifurqué sur son visage. Nous venions de nous battre pendant au moins une trentaine de minutes et elle semblait à peine essoufflée. Seules ses boucles brunes légèrement ébouriffées montraient l’effort qu’elle venait de fournir.

 Elle me fixait de ses yeux gris, sans expression, et avait son doigt sur la détente, prête à tirer. Instinctivement, j'ai fermé les yeux, attendant que le coup parte, résignée.

 Mais à la place du bruit familier d’une balle expulsée d’un canon, ce fut une voix criarde qui retentit.

 -Simulation terminée.

 J'ai rouvert les yeux pour regarder à nouveau ma tante. Avec un soupir, elle a baissé son arme et s'est détournée, la main dans les cheveux.

 - Lève-toi.

 Sa voix était aussi froide que son regard. Elle se dirigeait déjà vers la porte de la maison juste derrière moi.

 Doucement, en m’appuyant sur un bras, j'ai réussi à me relever avant de me mettre sur mes jambes. La terre sous moi a tangué un instant avant de se stabiliser. Du coin de l’œil, j'ai vu ma tante appuyer sur un bouton près de l'entrée. Soudain, le paysage s'est désintégré. Le ciel rosé de la soirée a disparu dans une neige blanche, puis ce fut au tour de l’arbre, de la maison et pour finir, de l’herbe. Ne restait plus, sous mes pieds et au-dessus de ma tête, que le béton et autour de moi, quatre murs gris. Un sous-sol vide avec une simple ampoule chaude pour lumière.

 Ma tante a ouvert la porte, donnant accès à un escalier de pierre grise.

 - Dépêche-toi de remonter, il faut examiner ta blessure, a-t-elle dit avant de disparaitre dans les escaliers.

 J'ai levé la main jusqu'à ma tête pour constater l’étendue des dégâts. Je ne sentais déjà presque plus la douleur mais c’était encore humide au niveau de la plaie. Ce n’était pas la première fois que je me blessais pendant un entrainement, mais c’était rarement aussi sérieux. Elle n’y était pas allée de main morte cette fois. Elle ne m’avait laissé aucune chance de la toucher. Mon ensemble de combat technique fumait alors qu’il évacuait la chaleur que produisait mon corps.

 Mes yeux se sont posés sur le sol, observant le sang blanc qui s’y était répandu. Décidant d’ignorer la boule qui s’installait dans mon estomac à cette vue, j'ai rejoint les escaliers en éteignant la lumière. J’avais à peine posé le pied sur la première marche que j’entendais déjà les robots ménagers se mettre au travail pour nettoyer la pièce.

 La porte du sous-sol donnait directement sur le salon. Je fus immédiatement accueillie par ma deuxième tante, Moro Moreau, toujours impeccable dans son top en soie blanc et sa jupe noire. Mariée depuis dix ans à Max Moreau elle était mère d'un fils de 17 ans, Franck Moreau.

 - Nathalie, te voilà enfin. Ania m’a dit que tu avais été blessée pendant l’entrainement. Montre-moi ça.

 - Ça va tante Moro, c’est pas grand-chose, juste une égratignure.

 Elle m'a fait un sourire contrit et m'a installé à la table avant de lever un scanner de poche à l'endroit que je lui ai désigné. L’appareil a émis un bruit mécanique avant de biper pour annoncer la fin du scan. Elle a envoyé les informations sur son interface, qui a généré une représentation 3D holographique de mon crâne. Les zones surlignées en rouge correspondaient à la lésion. Elle semblait plus petite que ce que j’avais senti dans le sous-sol.

 - Bon, à priori, l’os est fissuré, mais il semble que tes cellules ont déjà commencé à travailler pour le resouder. Ta capacité de guérison est très efficace, tu n’as presque plus rien. Quant à ta peau (elle a posé les mains sur ma tête pour l'examiner), c’est cicatrisé, il faudra juste que tu prennes une douche pour enlever le sang.

 Ma tante Moro m'a souri en rangeant sa tablette et s'est tournée vers ma tante Ania qui était en train de nettoyer son arme, à l’autre bout de la table.

 - Ania. Quand tu m’as dit qu’elle avait une blessure, je pensais à quelque chose de superficielle, pas à un os fendu ! Bon sang, qu’est ce qui t’as pris ?

 - Elle a trop baissé sa garde. Ça a été facile de la mettre au sol.

 - Mais enfin ! Elle n’a que 14 ans, tu ne peux pas être aussi violente avec elle ! (Elle eut soudain l’air exaspéré) et pour l’amour de Névaeh, je t’ai déjà dit de ne pas emmener d’arme dans l’illusion !

 Ma tante s’est interrompue dans son nettoyage et a posé son pistolet sur la table.

 - Et à quoi bon l’entrainer si je dois faire attention ? Tu crois qu’ils feront attention dehors ?

 - Et si le coup était parti ? Peut-être qu’elle peut guérir comme Névaeh elle-même, mais si tu détruis son système central, c’est terminé. Et tout ce qu’on aura fait n’aura servi à rien.

 La boule dans mon estomac est revenue, encore plus grosse. Cette discussion commençait à me mettre les nerfs à vif. Ma tante Moro a continué sa tirade.

 - Et le Pulsar fourni par la police ?

 - les COMOPS, a corrigé ma tante Ania.

 - Oui, pardon, les Commandos Opérations Spéciales (Elle a insisté sur « spéciales », comme si le mot la dégoutait). Tu peux bien bloquer le tir, ou au moins le diminuer.

 - Même réglé à la puissance minimale, le pulsar peut faire de très gros dégâts… Et puis, si je bloque le tir, ce ne sera pas une situation réelle. Il faut qu’elle s’habitue à son statut, je suis là pour l’empêcher de se faire tuer.

 - C’est justement parce qu’elle a ce statut que tu ne peux pas te comporter comme ça. Elle est bien trop précieuse. Si tu…

 C’en était trop. Ma rage a éclaté. Je me suis levée et j’ai tapé du plat de la main sur la table.

 -Ça suffit ! Cessez de parler de moi comme si je n’étais pas là ! Je n’ai jamais demandé à être la foutue réincarnation de "Névaeh" !

 Et je suis partie, les laissant seules avec leur air choqué.

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