Chapitre 2

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 Ma chambre, au premier étage de la maison, faisait la taille d’un petit studio. Un lit king size, un Holo-écran, une console de jeu dernier cri, un grand dressing et même une salle de bain privative avec baignoire balnéo. Tout ce qui plairait à une fille de mon âge.

 Mais pas à moi.

 Je préférais bien plus la compagnie des livres de ma bibliothèque. Ma tante Moro ne comprenait pas pourquoi je n’utilisais pas la liseuse automatique sur l’interface, plutôt que de m’encombrer de livre. Mais j’avais toujours préféré le contact du papier dans mes mains, plutôt que de rester passif à regarder l'histoire prendre vie devant mes yeux.

 Je me suis regardé dans le miroir quand je suis entrée dans la salle de bain. J'étais le portrait craché de ma mère, jusqu'au bleu des yeux. J'ai vérifié mes cheveux (le sang avait durci, créant des trainées blanches), attrapé ma mèche verte et, avec un ciseau, je l’ai coupé avec rage. Je savais que ça ne servait à rien, qu’elle aurait repoussée aussi longue le lendemain, mais au moins, ma colère était un peu descendue. C’était comme un rituel. Chaque fois que mon statut devenait trop lourd à porter. Pendant le temps d’une soirée, ça me donnait l’impression d’être comme les autres membres de ma famille.

 J’ai fini par retourner dans ma chambre, sans m’être douchée. J’ai pris la boite noire dans le tiroir de ma table de nuit, et je me suis assise sur mon lit, face à la porte. J’ai ouvert l’écrin et récupéré la pastille à l’intérieur. Ronde, épaisse de quelques millimètres avec un aspect métallique, elle était lourde dans le creux de ma main.

 Une autre de mes activités.

 Avec un soupir nerveux, j’ai posé la pastille sur ma tempe. J’ai senti un frisson d’appréhension me parcourir quand j’ai appuyé sur le bouton de lancement. L’aiguille m’a piquée et ma vue s’est brouillée un instant avant qu’une forme vaporeuse apparaisse devant moi. Un sourire a fendu mes lèvres quand la silhouette est devenue claire.

Maman…

 Ma mère était là, devant moi. Elle me regardait de son œil valide, et me souriait tendrement.

 Mon cœur s’est serré quand je me suis rappelé que son sourire ne m’était pas destiné. Elle n’était qu’un souvenir enregistré que m’avait fourni ma tante Moro quelques années auparavant. Un instant qu’elles avaient passé ensemble, quand elles étaient jeunes. Elle m’y avait laissé l’accès depuis l’interface principale. Il se déroulait dans la chambre de ma tante, et j’avais son point de vue. Au début, je l’utilisais tel quel, et ça m’allait. Mais à force, j’avais plus l’impression d’être une voyeuse qui épiais la scène plus de la vivre. J’avais alors négocié avec Franck contre une semaine de mon temps sur l’interface principale pour qu’il m’aide à modifier la scène. On a isolé ma mère pour qu’elle apparaisse sans changer le décor et rallongé la séquence par une boucle. Puis on l’a inséré dans une pastille de lecture me permettait de lancer une illusion préprogrammée avec ces paramètres. Quand je l'utilisais, j'étais la seule à la voir.

 Une merveille de technologie.

 Ma tante Moro n’était pas au courant de notre arrangement, ni de l’existence de cette pastille. Même s’il trouvait ça plutôt malsain, Franck m’avait promis de ne pas lui vendre la mèche. Elle avait culpabilisé de m’avoir montré ce souvenir, voyant que je le visionnais plus que nécessaire. C'est quand j'ai commencé à me servir de la pastille qu'elle a finalement pensé que mon besoin de la voir s'était calmé. C’était très bien comme ça et je ne voulais pas que ça change.

 On a toqué à la porte. Ma mère s’avançait vers moi, toujours muni de son sourire, quand j’ai enlevé la pastille et qu’elle a disparue. Je l’ai mise dans ma poche et je suis allé ouvrir la porte.

 C’était ma tante Moro.

 - Salut… Je peux entrer ?

 Je me suis détournée pour aller jusqu’à mon lit. Elle s’est assise à ma gauche. Sa main a effleuré mes cheveux.

 - Tu l’as à nouveau coupée… Si Ania voyait ça, elle ne serait pas très contente.

 Je n’ai rien dit, trouvant une passion soudaine pour l’interstice entre mes doigts.

 - Ecoute, ne lui en veut pas trop. Elle s’inquiète pour toi. Depuis que tu es toute petite. Elle a peur de ce qui pourrait t’arriver dehors.

 Je l’ai regardé en biais. Ma colère était revenue et a de nouveau explosée.

 - Quel dehors ? Je ne suis jamais allé dehors ! Je n’ai jamais vu plus loin que le bout du jardin ! Alors qu’est-ce qu’il m’y attend ? J’en sais rien ! Je ne sais même pas contre quoi je m’entraine ! Alors je ne veux pas de tes phrases d’explications totalement vides !

 J’ai tourné la tête, tentant de retenir les larmes qui me brulaient les yeux. Je ne voulais pas pleurer devant elle. Si ma tante avait été offusquée, elle ne l’avait pas montré. Elle s’est juste contentée de se lever et de continuer à me sourire. Elle me rappelait ma mère, mais avec des yeux verts. J’avais juste envie de lui jeter quelque chose à la figure tellement je me sentais furieuse. A la place, je l’ai regardé se diriger vers la porte et commencer à sortir.

 - Si tu as faim, tu trouveras quelque chose à réchauffer dans le frigo.

 Et elle est sortie.

 J’ai attendu quelques minutes pour être sûre qu’elle soit bien partie, et j’ai ressorti la pastille de ma poche pour la réinstaller sur ma tempe. Ma mère est apparue, toujours avec le même air, qui me réchauffait le cœur malgré la boule qui pesait dans mon ventre. Sans que je puisse les contrôler, des larmes ont roulées sur mes joues et je me suis surprise à imaginer que ma mère viendrait à mes côtés pour me prendre dans ses bras. Mais, comme le prévoyait le scénario, elle s’est approchée pour s’asseoir à côté de moi, là où se tenait ma tante auparavant.

 - Tu sais que je t’aimerais toujours ? a-t-elle chuchoté doucement.

 - Moi aussi maman, ai-je répondu plus pour moi que pour elle, tu me manque tellement…

 Elle s’est alors mise à fredonner une chanson que je ne connaissais pas, tout en caressant ses longs cheveux. C’était ici que commençait la boucle. A l’origine, cette scène ne durait à peine plus d'une minute avant que ma tante Moro congédie ma mère avec un si tu veux chanter, va le faire dans ta chambre. Je n’avais gardé que le passage avec la musique.

 Je me suis allongée toute habillée et j’ai fermé les yeux, me laissant bercer par sa voix.


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Je n'aime pas trop mettre de mot à la fin d’un chapitre, mais bon… je le supprimerais sur la prochaine version.

Normalement, cette partie est censée être dans le chapitre 1, mais j'ai remarqué que c'était un peu long à lire, donc... J'espère juste qu'il sera assez compréhensif, c'est pas facile d'expliquer la technologie de l'illusion.

J'en profite aussi pour dire que j'ai fait une mise à jour sur le prologue et le chapitre 1. Il y a quelques détails en plus et j'ai corrigé les fautes et autres erreurs qui m'avaient été signalées en annotations.

Merci beaucoup pour vos retours, ça m'aide énormément !

Bonne journée !

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