Chapitre 24 : vision idyllique.

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La pierre magique, pierre de la destinée ou pierre de pouvoir ; joyau divin, cadeau des dieux. Depuis des siècles et des siècles, les royaumes se déchirent pour obtenir son pouvoir et aujourd'hui encore, cette chimère continue ; lutte de pouvoir pour la pierre sacrée.
Lys ouvrit les yeux, les mots dans son rêve résonnait encore dans sa tête, pierre sacrée, que cela signifiait-il ? Elle regarda aux alentours, une large pièce aux murs marbrés rose et blanc finement travaillé s'étalaient autour d'elle. Les rideaux et les tapis en velours de couleur parme, la coiffeuse en bois blanc sculpté laissaient à la rêverie et chassaient toutes mauvaises pensées, Lys sortit du lit, ses pieds nus trouvèrent le doux contact du tapis, elle s'avança vers le miroir de sa coiffeuse, ses yeux bleus regardaient ses cheveux blonds tout emmêlés. Elle attrapa sa brosse à cheveux, s'armant de courage pour démêler tous ça, après un long moment elle revêtit une robe blanche et parme jetant un dernier regard aux miroirs et dit :

- Ça y est, je suis une grande fille maintenant, et je suis prête pour fêter mes six ans.

Lys s'avança vers la porte de la chambre, l’ouvrit, regarda à gauche puis à droite. Le couloir était désert, son visage s'émerveilla ; courant dans les différents couloirs marbre bleu et blanc passant devant les armures et les tableaux, elle descendit les escaliers, franchit la porte menant vers la salle du trône, le soleil l'aveugla quelques minutes la forçant à s’arrêter, devant elle, s'étalait l'immense et magnifique salle du trône, le marbre blanc du sol, le tapis rouge montait les escaliers menant au trône bleu, où un homme aux cheveux noirs et aux yeux bleus écoutait un soldat agenouillé au bas des escaliers. Cet homme avait une barbe de trois jours et un charme naturel émané de lui. Chacun à ses côtés l'aimait et le respectait, cet homme c'était Esteban Von Himlen Argia. Lys sentit son cœur battre à tout rompre comme si elle le revoyait pour la première fois, elle accourut vers lui mais soudain tout devint flou, quelqu'un la rattrapa, son visage paraissait inquiet et ses lèvres remuaient mais aucun son n'en sorti, puis tout s'assombrit.
Lys rouvrit les yeux, elle se tenait debout devant la porte de la salle du conseil de guerre. Elle ferma les yeux cherchant à se remémorer ce qui venait de se passer. Tout à coup, une vague de souvenirs la submergea, elle se voyait courir vers son père à quatre ans qui lui offrit un cheval à bascule, puis à dix ans faisant la course à cheval en tirant sur des cibles avec un arc, son père applaudissait à tout rompre puis à seize ans où elle avait un réel talent pour l'escrime emportant des duels contre des maîtres dans cet art. Lys rouvrit les yeux, ce dernier souvenir s'était passé il y a peine quinze jours, mais chacun était clair et identique comme si elle venait de les vivre. Non cela était impossible, se dit-elle en regardant son reflet dans le miroir, elle était Lys Von Himlen Argia, elle avait seize ans, tout était normal. Tout à coup des voix s'élevèrent de la salle du conseil de guerre, Lys tendit l'oreille afin d'entendre la conversation.

- Votre majesté, je vous en prie, c'est la seule solution pour faire la paix, dit une voix grave.

- Certes et en tant que roi, je l'approuve, mais en tant que père cela me révulse.

- Les royaumes de Dragonis et d'Andronia ont déjà eu recours à cette méthode, c'est le roi de Dragonis lui-même qui a accepté la fille d'Androis, Angelina. Et le roi Clovius a un fils de l'âge de notre princesse et il ne serait certainement pas contre ce genre de paix, dit une voix douce.

- Un mariage arrangé n'est aucunement ce que souhaite un père pour son enfant.

- Nous le comprenons votre majesté, mais vous êtes aussi le roi de ce royaume, dit une voix aiguë.

- Taisez-vous ! tonna la voix d'une femme, vous condamneriez ma fille à vivre un mariage sans amour ?

Lys sentit son cœur défaillir en entendant la voix de sa mère. Sans même s'en rendre compte, elle poussa la porte et entra dans la pièce, tous les murs étaient recouverts de lambris et une table ronde en bois ouvragé occupait tout le centre de la pièce. Cinq personnes occupaient les sièges autour de la dite table, Lys reconnut le conseiller de son père Folkins, le colonel Silver et le cardinal Valic puis son père, il avait de long cheveux blanc et une courte barbe blanche, son visage et son corps avait subi le contrecoup d'une guerre d'usure dont la cause remontait à des siècles, et dont personne ne se souvenait la raison. Mais la personne qui intéressa le plus Lys, c'était sa mère, une femme sublime au corps fin et bien dessiné, ses longs cheveux blonds ondulaient tels une cascade et ses yeux noisette laissaient deviner une force à toute épreuve, la reine Alicia Von Himlen Argia. Lys remarqua soudain que tous la regardaient, son irruption dans la salle du conseil n'était pas passée inaperçue, prenant une grande inspiration et dit :

- Je suis d'accord pour un mariage arrangé avec le fils du roi Clovius de Dragonis, afin de garantir une paix entre tous les royaumes.

- Non, je ne peux pas te laisser faire une telle chose, dit le roi. Tu n'as pas à payer de ton cœur une paix illusoire.

- Le roi Clovius est puissant et il aime la guerre, dit la reine, et le prix à payer pour cette paix est trop grand.

- Non, vous vous trompez, répondit Lys, père, mère, vous m'avez appris à être une grande guerrière, une bonne princesse. Laissez-moi être une grande reine, le prix vous semble élevé, il n'est rien face à la paix pour les peuples des trois royaumes, qui après plus de mille ans de guerre seront des frères.

- Bien, tu as pris ta décision et nous la respectons, dit la reine.

- Envoyez un message au royaume de Dragonis, dit le roi.

- Ne vous en faites pas princesse, dit le conseiller, le roi Clovius est un homme d'honneur, s’il offre la paix, il tiendra parole. Et son fils Dragonis Von Himlen Dragonia sera un bon roi.

Lys sortit de la salle lentement, la décision avait été prise, elle épouserait le prince Dragonis. Soudain, comme saisi par une peur incontrôlable, elle courut dans le couloir passant les portes et les tableaux jusqu'à la sortie de l'immense tour blanche. Elle siffla son cheval blanc, grimpa dessus et galopa en continu sans jamais s'arrêter. Au bout d'un moment, elle ferma les yeux gagnés par la fatigue, les yeux toujours clos, quelqu'un la secouer et l'appeler. Tout à coup, elle se sentit tombée, lorsqu'elle ouvrit les yeux, le sol dur et poussiéreux la ramenait à la réalité. Elle avait fui ses responsabilités et son royaume. Lys regarda autour d'elle et vit un panneau où il était inscrit Anaris. Mais cela était impossible, pensa-t-elle, cette ville était une ville frontalière entre le royaume de Désailia et Dragonis, situées à des mois de chevauchée d'Ailesia la capitale de Désailia. Ne comprenant pas comment cela était possible, elle décida d'explorer la ville, ses craintes étaient bien réelles car elle était occupée par les soldats de Dragonis, maintenant leur ennemi pouvait envahir son royaume sans souci. Lys marcha dans les rues commerçantes, les habitants continuaient à vivre comme si rien n'avait changé, soudain une jeune fille bouscula un soldat de Dragonis sans avoir fait exprès, renversant son sac de provisions. Le soldat attrapa la jeune fille et la frappa au visage, ignorant ses excuses. Voyant le deuxième coup venir, Lys s'interposa, bloqua le coup du soldat.

- Cela suffit ! Elle s'est excusée, il me semble, dit-elle avec colère.

- Quoi, tu es jalouse ? ricana le soldat.

Il sortit son épée, prêt à frapper de sa lame les deux jeunes filles devant lui. Lys mit sa main à sa ceinture et fut horrifiée de voir qu'elle avait oublié son épée dans sa fugue. Le soldat arma son coup, sa lame s’élança sur Lys quand tout à coup, il perdit l'équilibre et tomba par terre.
Lys fut étonnée de voir un jeune homme d'une vingtaine d'années, les cheveux en bataille et ses yeux verts la fixaient intensément. Il était très proche d'elle, trop si l'on se réfère à la politesse, puis il dit tout en souriant :

- Tiens, tu devrais en manger un, tu as l'air d'avoir faim.

Lys regarda le fruit qu'il tendait, inconsciemment, elle le prit, le jeune homme ramassa le sac de courses de l'autre jeune fille et lui rendit puis il se tourna à nouveau vers elle. Il se gratta la tête, puis mima le geste de manger et donna l'impression de se régaler. Tous le regardaient avec étonnement, mêmes les soldats restaient immobiles, Lys sourit puis mordit dans le fruit, soudain, ce fut comme si un liquide frais et sucrée s'écoulait dans sa bouche. Le jeune homme semblait satisfait quand tout à coup, les deux soldats frappèrent le jeune homme avec l'épée. Sans crier gare, le nouveau venu désarma les soldats et leur fit un croc-en-jambe les faisant tombaient au sol. Toujours souriant, le jeune homme attrapa la main de Lys et courut à toute vitesse. Lys regarda, personne ne les suivait, elle ralentit l'allure.

- Ne ralentis pas, les renforts vont arriver, dit le jeune homme.

Et il avait raison, quelques minutes plus tard, plusieurs soldats arrivèrent de tous les côtés. Le jeune homme, sans une once d'hésitation face à tous ses ennemis qu'ils leur barraient la route, ouvrit la porte d'une habitation, traversa le salon et monta à l'étage, il porta Lys dans ses bras sans lui laisser le temps de réagir, et sauta par la fenêtre sur le toit des bâtiments courant avec un visage émerveillé. Il se tourna vers et dit :

- Au fait, je m’appelle Clay enchanté.

Étonnée par cette forme de présentation, Lys sentit quelque chose qu'elle n'avait encore jamais connue, elle sourit et dit :

- Enchantée, moi c'est Lys et merci pour le fruit c'était très bon.

Un soldat apparu par une ouverture sur un toit, il tenait un nodachi, un sabre très long. Il arma sa frappe, mais Clay ne ralentit pas sa course, il esquiva le coup tout en portant Lys puis il sauta dans une rue, mais des soldats arrivaient aussi. Il se mit à accélérer et courut sur le mur devant le regard ébahi des soldats. Après plusieurs minutes, Clay s’arrêta près d'un lac, posa Lys, enleva ses bottes, ses chaussettes, son T-shirt blanc et son pantalon noir. Lys se couvrit les yeux devant une telle forme de manque de respect, mais surtout cela la mis mal à l'aise a tel point qu'elle en rougit. Clay était à présent en sous-vêtements dans l'eau scrutant la surface puis il :

- Lys, tes parents t’ont appelés comme ça à cause de la princesse de Désailia ?

- Oui, c'est bien cela, répondit-elle toujours gênée.

- Tu es une habitante de ce royaume, n'est-ce pas ?

- Oui, pourquoi tu ne l'es pas toi ?

- Non, je suis un enfant de Dragonis.

Lys inspecta le jeune homme avec beaucoup d'attention, les légendes disaient que les habitants de Dragonis naissaient dans les œufs de dragon, c'est pourquoi ils les contrôlaient.

- Et non, dit Clay en souriant interrompant les pensées de Lys, je n'ai pas d'écailles.

Clay et Lys se mirent à rire aux éclats et elle s'arrêta et demanda :

- Comment est le prince Dragonis ?

Clay la regarda surpris par cette question, puis il dit :

- C'est un homme présomptueux, il se croit meilleur que tout le monde, mais il est plutôt bon avec une arme dans les mains. Et toi, comment est la princesse Lys ?

- Heu... Je ne sais pas trop quoi dire, répondit Lys mal à l'aise.

- À Dragonis, on dit que c'est la plus belle des femmes, et même que c'est un ange, mais ça je crois que c'est à cause des ailes.

- Des ailes ? demanda Lys étonné qu'on puisse penser qu'elle ait des ailes.

- Eh bien, tout le monde à Dragonis pense que la princesse Lys a de belles ailes blanches qui vous protègent et vous emmènent dans un monde merveilleux.

- Dans ce cas, pardon de te décevoir, mais aucun habitant du royaume ne possède des ailes.

- C'est amusant, dit Clay en souriant, nos peuples sont voisins depuis plusieurs milliers d'années, nous nous faisons la guerre, et pourtant, on ne se connaît pas du tout.

- C'est vrai, tu as raison.

- Mais j'espère quand même que ce qu'on dit d'autres sur la princesse est vrai.

Lys était étonnée de voir son ennemi s’intéresser autant à elle, se demandant pour quelles raisons, Clay n'attendit pas et continua :

- On dit que la princesse Lys est la meilleure épéiste de tous les royaumes, c'est ce qui se dit mais on n’est jamais sûr de rien.

Clay haussa les épaules et reporta son regard sur la surface de l'eau, et tout à coup, il en sortit un énorme poisson et dit le visage émerveillé :

- J'ai attrapé le dîner.

Tout deux s'activèrent pour faire un feu et mirent le poisson à cuire, ils discutèrent pendant de longues heures savourant le poisson, rigolant par moments, puis s’amusant à se chatouiller. Le soir ne tarda pas à arriver jusqu'à ce qu'il cède sa place au matin, Lys et Clay s'étaient amusés une bonne partie de la nuit. Tous deux se regardèrent longuement pendant que le soleil illuminait le monde de ses rayons, chacun conscient de quelque chose qui naissait entre eux. Lys brisa le silence et dit:

- As-tu entendu parler du mariage arrangé de la princesse Lys et du prince Dragonis ?

- Oui, j'en ai entendu parler, répondit Clay le visage sombre.

- Penses-tu normal de leur imposer cela ? Je ne sais pas pour le prince, mais il se pourrait que la princesse soit intéressée par quelqu'un d'autre, dit-elle en rougissant.

- Je pense que si c'est le prix de la paix, il n'y a pas à hésiter. Car même si le prince est intéressé par une jeune femme rencontrée récemment, il ne peut écouter son cœur.

- Pourquoi ? demanda Lys, des larmes naissant dans ses yeux, pourquoi ne pourraient-ils pas avoir le droit au bonheur ?

- Parce qu'ils sont souverains, le peuple dépend d'eux et de son futur. Et sait-on jamais, peut-être que le prince saura faire oublier les sentiments qu'à la princesse pour cette autre personne.

Lys comprit que Clay avait raison, Dragonis était dans la même situation et leurs vies ne leur appartenaient pas, alors sans réfléchir, Lys embrassa Clay d'un long baiser, essayant de graver ses souvenirs et ses sentiments dans son cœur pour l’éternité. Puis sans prévenir, elle partit en courant, retrouvant son cheval, galopant au triple galop vers Ailesia, et vers son destin. Lorsqu'elle arriva, Lys fut étonnée que personne ne la réprimande, car plusieurs semaines étaient passées depuis sa fugue, mais personne ne lui reprocha. Le lendemain, lors de son habillage, ses fidèles servantes lui parlèrent d'un bal masqué organisé par les nobles du royaume de Désailia dans quelques semaines ; tous les nobles, quels que soient leurs royaumes étaient conviés en vue de la paix. Lys se laissa convaincre de s'y rendre incognito afin de profiter d'une soirée agréable, loin des tensions, des conflits entre les frontières qui continuaient et la menace d'un mariage arrangé qui s'avançait. Ses pensées étaient toujours tournées vers Clay, cela faisait deux semaines qu'elle l'avait quitté, leurs discussions lui manqué, son rire, ses lèvres sur les siennes et un sentiment qui demeurait tout en s'effaçant douloureusement. Elle s'approcha d'un miroir, regardant son reflet, lui lançant un regard sévère comme si elle n'avait rien à faire ici, puis tout à coup deux mains sortirent du miroir et la saisirent essayant de la forcer à y entrer. Son visage franchit le miroir, la gelant à tel point qu'elle dû fermer les yeux. Au loin une voix qu'elle connaissait lui hurler :

- Dépêche-toi de te réveiller, sinon tu vas être bloqué ma petite.

Elle rouvrit les yeux, la sensation de froid avait disparu. Elle regarda autour et vit plusieurs personnes masquées en train de valser, dans une salle magnifique en marbre bleu et aux écritures dorées, un gigantesque miroir trônait au loin, elle put voir qu'elle portait une ravissante toilette blanche avec des rubans bleus et un masque doré représentant une étoile était posée sur la moitié haute de son visage. Lys vit plusieurs jeunes femmes à ses côtés la regardaient d'un air anxieux.
Puis l'une d'elles, portant une robe rouge se pencha et chuchota :

- Tout va bien Votre Altesse ?

- Oui, répondit-elle, reconnaissant l'une de ses servantes.

- Votre Altesse doit être épuisée après toutes ces luttes pour la possession de la pierre sacrée, dit l'une de ses servantes en robe bleue.

Lys écarquilla les yeux, plusieurs combats auxquels elle avait participé lui traversèrent l'esprit, mais que pouvait bien être la pierre sacrée ?

- Je vous demande pardon, qu'avez-vous dit ?

- Et bien que cela a dû être dur de lutter pour la possession de ces territoires, répéta la servante en robe bleue.

Les trois servantes se regardèrent l'air inquiètes, puis celle en robe verte dit à voix basse :

- Allons majesté, détendez-vous et laissez-vous porter par la musique. Tout le monde est masqué pendant ce bal, vous pouvez y aller incognito.

- Ceci est fort aimable, mais je crains d'avoir passé trop de temps à guerroyer, et pas assez à apprendre à danser.

- Qu'a cela tienne Altesse, dit la servante en robe rouge, il vous suffit de trouver un danseur suffisamment habile pour vous guider et pour vous donner l'impression d'avoir toujours dansé, allez y.

Lys s'avança vers la piste de danse regardant les couples masqués effectuant des pas ici, puis elle ferma les yeux et dit :

- Ah... inutile, jamais je ne pourrais virevolter entre les bras d'un parfait inconnu. Et je suis de toute façon trop préoccupée à trouver une solution pour mettre un terme à ces combats sans fin, une autre solution.

- L'idée est ma foi excellente, et j'ai le plaisir de la partager avec vous, dit un jeune homme s'approchant d'elle.

Lys regarda le nouveau venu, il était élégamment vêtu d'un costume noir long avec des broderies en argents représentants deux ailes d'oiseaux. Il était plus grand qu'elle, et semblait athlétique, ses cheveux étaient bruns et son visage était couvert par un masque d'argent représentants un Arlequin dissimulant la moitié haute de son visage.

- Mais qui êtes-vous ? demanda Lys.

- J'ai cru comprendre que l'anonymat était de rigueur, répondu l'inconnu.

- Oui, cela est exact, il faut m'excuser, voyez-vous, c'est mon premier bal masqué.

- Pour moi aussi.

Lys sourit à l'inconnu, ravi de ne pas être la seule à se sentir mal dans ce monde qui lui était inconnu.

- Je dois avouer que je n'ai que peu de temps à consacrer à des choses aussi frivoles que la danse, poursuivit le jeune homme, et mon entourage et mon conseiller ont décidé que cela me ferait le plus grand bien, que j'avais besoin de détente.

- Il en est de même pour moi, dit Lys en souriant.

- Nous détestons tous les deux la guerre et c'est notre premier bal masqué. Il semble que cela nous fasse déjà deux points en commun, dit-il en souriant.

Le jeune homme s'inclina et poursuivit :

- M’accorderiez-vous cette valse ?

- Ça aurait été avec joie, mais je ne suis qu'une piètre danseuse.

- Rassurez-vous, chuchota l'inconnu, je ne vaux sûrement pas mieux que vous.

- Je sais déjà que je vous marcherais sur les pieds, répondit Lys avec un sourire gêné.

- Eh bien, j'essayerai d'éviter de trop les laisser traîner.

Tous les deux sourirent l'un pour l'autre, ils se mirent à danser avec noblesse et élégance, la musique rythmée leur pas d'une longue conversation à cœur ouvert, sans qu'aucun mot ne sorte de leurs bouches. Lys sentait son cœur battre à tout rompre se demandant si le prince Dragonis serait capable de lui faire sentir pareils sentiments que deux hommes étaient parvenus à faire. Après plusieurs heures de danse qui ne semblait ne duré qu'une minute. Le jeune homme invita Lys à l'accompagner dans les jardins, elle s'assit sur un banc sous une tonnelle de pierre. L'homme s'agenouilla et dit :

- Mademoiselle, je suis le fils d'un marquis de Dragonis, mon nom est Clay.

Il retira le masque d'argent pour laisser apparaître le visage du jeune homme qu'elle avait rencontré de nombreuses semaines auparavant, ce visage qu'elle n'avait pu oublier. Elle retira son masque et dit :

- Je suis la fille d'un marquis de Désailia et mon nom est Lys. Ravi de te revoir Clay.

Tous deux se regardèrent ébahis par cette rencontre plus qu'improbable. Lys senti son cœur défaillir sous le regard de Clay, cet homme avait fait à nouveau surgir ce sentiment qu'elle ne connaissait que trop peu et pour cause Clay avait été la seule à éveiller cette émotion. Elle reprit convenance et dit avec des larmes découlant de son visage:

- J'ignorais que vous étiez le fils d'un noble d'un de ces royaumes voisins avec lequel je suis en guerre en ce moment même.

- Lys, séchez dont ces larmes et acceptez de me pardonner. J'ai honte d'avoir fait pleurer celle dont le sourire radieux apporte joie et réconfort à tous ceux qui le contemplent.

Clay rassembla son courage, jamais il n'aurait pu imaginer revoir cette fille qui avait éveillé en lui un tel sentiment, le poussant pour la première fois de sa vie à la faute.

- Mais voilà, poursuivit-il, je suis incapable de lutter contre mes sentiments Lys, je vous aime.

Lys fut surprise par une telle déclaration sentant son cœur battre de joie puis se briser.

- Malheureusement, je suis incapable de répondre aux sentiments que vous éprouvez pour moi.

- Est-ce donc parce que vous ne m'aimez pas ? demanda Clay sentant son cœur s’arrêter.

- Non ce n'est pas ça au contraire je vous… commença Lys.

Elle pensa à tout ce qu'elle ressentait pour lui, mais elle était une princesse avec des devoirs et des responsabilités. La paix était possible si elle épousait le prince Dragonis, cette même paix que Clay souhaitait plus que tout au monde. Alors s’il savait qui elle était, il comprendrait que pour le peuple du monde entier, il fallait qu'elle fasse ce mariage arrangé. Elle baissa les yeux et s'avança près de lui, les yeux en pleurs et poursuivit :

- Je suis désolée Clay, je ne peux dire les mots que vous attendez de moi ; non, je vous en prie, vous devez m'oublier Clay. Vous devez me bannir de votre vie et de votre cœur. Vous comprenez, vous devez me bannir de votre cœur ?

Elle partit en courant sous le regard de Clay quand soudain, un coup de feu retentit puis des cris. Lys et Clay accourus dans la salle de réception par le balconnet qui les avait menés au jardin. Plusieurs hommes armés descendaient les marches de l'entrée de la demeure puis un vieil homme apparu sur la rambarde et regarda tout le monde :

- Bonsoir chers invités, je suis le marquis Travius du royaume de Désailia, c'est moi qui ai organisé ce bal afin de vous permettre d'aider l'avènement de la paix.

Il se tut en parcourant la salle du regard et s'arrêtant sur chacun d'eux afin qu'ils comprennent, puis continua :

- Afin d'avoir une paix prospère, il nous faut éliminer les royaumes voisins et pour cela il nous faut la guerre.

Encore une fois, il s’arrêta afin que ses paroles pénètrent bien dans l'esprit de chacun et continua :

- Et pour que cela puisse se produire, vous devez tous mourir. Je vous remercie par avance.

Tout le monde était terrifié, des cris s'élevaient par endroits, d'autres essayaient de passer par les fenêtres, mais elle était gardée par des hommes lourdement armés. Lys voyant le marquis Travius faire une telle chose ne pus rester sans rien faire. Elle s'avança face au marquis Travius, puis dit :

- Marquis Travius, quel est cette folie ? Si vous continuez dans cette voie toute chance d'avoir la paix, sera réduite à néant. Le royaume de Désailia pensera à une attaque de Dragonis et inversement sans qu'une réconciliation ne soit possible pour les siècles à venir.

Les soldats pointèrent leurs armes sur Lys prêts à faire feu sans la moindre hésitation, dès que leur maître en donnerait l'ordre. Mais Travius resta immobile, souriant, face à cette jeune fille.

- Eh bien quel esprit, quelle perspicacité, la jeunesse d'aujourd'hui est très intelligente. Mais qui est donc cette personne qui nous fait démonstration d'une telle vérité ?

Lys ôta son masque révélant son visage à tous, provoquant des bruits d'étonnement puis elle pensa à Clay et à ce qui allait suivre après, mais elle devait le dire quitte à mourir ou à briser officiellement son cœur.

- Je suis la princesse Lys Von Himlen Argia, fille d'Esteban Von Hilem Argia, le roi du royaume de Désailia, ce même souverain à qui vous avez juré allégeance.

Lys sentit tous les regards sur elle, fixant le marquis Travius avec autorité espérant que ces mots suffiraient à le faire hésiter lui et son armée, mais aussi espérant éviter d'avoir à lire la déception dans les yeux de Clay. Le marquis Travis resta silencieux, immobile puis il dit :

- La fille de mon roi, la princesse de mon royaume. Esteban est un homme bon et un grand souverain, mais le monde n'a pas fait assez d'homme de son genre pour que ces idéaux naissent. La paix ne durera éternellement que s’il n'y a plus d'ennemi, et si mon roi perd sa fille, il n'en sera que plus redoutable.

Il sortit un pistolet, le pointa vers Lys puis poursuivit :

- Ne vous inquiétez pas, c'est moi qui vous tuerai et vous ne souffrirez pas, je vous le promets.

Le coup de feu retentit, hurlant de sa fureur meurtrière. Sous son cri, bon nombre de personnes étaient tombées de peur, mais sa cible restait droite, immobile, implacable face à la mort. Tout à coup, une lame surgit, frappant la balle qui fut renvoyée dans son emplacement d'origine ; détruisant le pistolet et blessant par la même occasion la main de Travius. Ce dernier regarda qui avait eu l'audace d'intervenir, de le blesser, mais surtout qui pouvait avoir une telle adresse. C'était un jeune homme d'une vingtaine d'années, les cheveux bruns en bataille, un masque d'arlequin sur le visage. Il tenait une épée, posé sur son épaule et une autre à sa ceinture.

- Qui es-tu pour attenter à ma vie ? hurla Travius. Et où as-tu eu ces armes ?

- Pardon marquis, railla Clay avec un sourire, mais vos soldats sont très mal entraînés. Ils sont cupides et un tel défaut peut être fatal dans une bataille.

Lys regarda Clay avec des yeux ronds, elle avait la vie sauve grâce à l'habilité époustouflante de Clay, qui avait réussi une manœuvre qu'elle pensait impossible. Bien sûr, elle avait remarqué le talent de Clay lors de leur première rencontre, mais ce niveau-là est impossible.

- Ensuite, poursuivit Clay avec sourire, je suis le prince Dragonis Von Himlen Ténèbraé, mon père est Clovius Von Himlen Ténebraé, roi du royaume de Dragonis, mais je vous en prie, appelez moi Clay.

Tout le monde commença à chuchoter entre eux, Travius avait perdu de son assurance, et même ses soldats tremblaient à l'idée que deux héritiers de deux royaumes était la face à eux. Lys regardait Clay avec une émotion nouvelle, depuis tout ce temps-là l'homme qu'elle désirait était l'époux qu'elle fuyait.

- Tuez-les ! ordonna Travius, ils ne sont pas ce qu'ils prétendent, vite, dépêchez-vous.

Les tirs fusèrent sur Lys et Clay, mais aucun n’atteignirent leurs cibles, car Clay virevoltait autour de Lys repoussant les balles puis il sortit sa seconde épée et la lança à Lys, qui l’attrapa un peu surprise.

- Que veux-tu que je fasse avec ça ? demanda-t-elle.

- N'est-ce pas évident ? Que tu m'aides à repousser ces balles et à vaincre cette armée afin de sauver nos sujets et la paix.

- Désolé, mais face à un pistolet, je ne te serai d'aucune aide, une épée ne peut vaincre une arme à feu, dit-elle sous les rafales de balles.

- Et ce que j'ai fait tout à l'heure ? Ça ne prouve pas que j'ai triomphé de l'arme à feu avec mon épée?

- Peut-être, mais je ne suis pas toi, dit Lys dans le brouhaha des coups de feu.

- Bien sûr que n'est pas moi, tu es bien plus douée. Il suffit que tu y croies et tu y arriveras, dit Clay détournant les tirs.

Elle serra la garde de l'épée puis se mit à repousser les balles en virevoltant dans les airs puis soudain elle renvoya une balle qui se logea dans la tête d'un soldat ennemi.

- Waouh, regarde Clay, j'ai réussi, cria de joie Lys, c'est génial.

- Oui, c'est super, sourit Clay, moi jamais je n'aurais pu le faire.

- Qu'est-ce tu racontes ? demanda Lys, tu l'as fait tout à l'heure.

- Non, répondit Clay, tout à l'heure, j'ai simplement renvoyé une balle, ce n'est pas de ma faute si elle est retournée dans le canon du flingue.

- Quoi ? hurla Lys, à travers le brouhaha, tu veux dire que tu ne l'as pas fait exprès ?

- À ton avis, rigola Clay, pourquoi je reste là a renvoyer les balles ? Pour voir si j'y arrive à nouveau.

- C'est sûr que c'est amusant, sourit Lys, mais on devrait se mettre à attaquer, non ?

Clay acquiesça, puis tous deux se séparèrent, frappant chaque soldat qu'ils rencontraient, puis ils montèrent chacun par un escalier, abattant chaque ennemi devant eux sans aucun souci. Ils arrivèrent enfin devant Travius qui les observait paniqué, une nouvelle arme à feu pointait alternativement l'un sur l'autre.

- N'approchez pas, pauvres idiots ! Vous avez conduit tous les royaumes à une paix éphémère et à la guerre.

- Non, marquis Travius, nous conduirons ce monde à la stabilité, répondit Lys d'une voix calme.

Travius respirait avec difficulté puis il pointa son arme sur son cou et mis fin à ses jours. Lys regarda le corps de Travius, le sang se répandait sur le sol marbré renvoyant son reflet. Tout à coup, tout le sol autour d'elle s'effondra, l'entraînant dans le vide. Personne autour d'elle ne semblait remarquer ce phénomène, puis elle tomba dans un abîme froid comme si elle était dans une eau glacée, les images d'elle se mariant avec Clay apparurent dans les morceaux du sol qui coulés avec elle. Soudain de la chaleur l'envahie et elle se retrouva dans les bras d'un homme. Lys se redressa, n'arrivant pas à croire qui était devant elle dans cette pièce sombre, où seuls eux émanaient de lumière. Son père, le roi Esteban souverain du royaume de Désailia.

- Lys ça va ? M'entends-tu ? demanda le roi.

- Oui, mais que fais-tu ici ? demanda Lys, tu devrais être avec maman à la capitale.

- Non, Lys ma petite, dit le roi avec tristesse, tu sais très bien que je suis mort il y a bien longtemps et que ta mère aussi.

- Non, c'est impossible, vous étiez là, vous étiez vivants, dit Lys prise de panique.

- Rappelle-toi Lys, tu es la princesse du royaume de Désailia, tu es parti avec tes compagnons récupérer la pierre sacrée.

Lys réfléchi posément et se rappela de la grotte puis son combat contre Clay et le moment où elle toucha la pierre.

- Mais comment est-ce possible ? Toute cette vie que j'ai vécue n'était qu'une illusion ?

- Oui une illusion créée par la pierre, et si tu ne t'en échappes pas, tu vas mourir.

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Calie
Alana Morbier d'origine bretonne est une jeune trentenaire qui vit à Paris où elle travaille avec son frère jumeau Jeck, ensemble ils ont créé leur entreprise. Elle vit une vie banale jusqu’à ce que son frère décide de présenter sa petite amie Anna Bauer à leurs parents. C’est la nuit de leur arrivée que leurs vies vont basculer après le kidnapping de ceux qui leur sont chers. Ils apprendront alors, qu’ils ne sont pas de simples humains, mais qu’ils portent en eux une part de l’âme des dieux de la mythologie nordique. Ils devront non seulement délivrer les personnes qu’ils aiment des monstres qui les ont enlevés, mais également déjouer leur plan machiavélique, afin de sauver leur monde du destin funeste qu’ils lui réservent…
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J-T150901
Un ensemble de textes autobiographiques. Des pensées qui naissent (souvent tard le soir) et avec elles des mots que je vous fais partager.

Je tiens à préciser que dans certains chapitres je peux être vulgaire/violente et tenir des propos qui peuvent être choquants. Même si je "caricature" mes pensées pour les rendre amusantes/divertissantes/émouvantes, je précise que je respecte tout le monde et ne vise personne en particulier quand je critique :)
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Défi
J-T150901
Au milieu de l'année scolaire, des murmures circulent au lycée. Alexia, Sheila, Simon et Kevin, quatre terminales vont enquêter sur l'étrange rumeur. Plus ils vont creuser, à la recherche de la vérité, et plus ils vont se rendre compte que toute cette histoire est bien plus complexe qu'elle n'y paraît...
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