Chapitre 3 : Le jeune soldat

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La princesse était assise sur son siège, à quelques mètres en contrebas sur la droite de l'immense trône en marbre bleu nuit aux motifs dorés de son père défunt. Devant elle, s’étendait la salle où elle recevrait ses prétendants, son regard alla des arcades blanches du plafond jusqu'aux colonnes aux ornements argentés descendant jusqu'au marbre bleu du sol. Puis il fut attiré par un dessin coloré qui venait de la porte-fenêtre d'où la lumière du soleil éclairait les vitraux. Cette dernière balayait les quelques marches devant elle, jusqu'au trône de son père. La princesse tourna son regard vers les grandes portes blanches et bleutées, puis fit signe aux gardes de faire entrer le premier prétendant. Les portes s'ouvrirent laissant apparaître un homme suivi par son serviteur. Cet homme était petit au dos courbé et au nez crochu ; une coupe au bol trônait au sommet de sa tête.

- Bien le bonjour baron Draguis, que faites- vous ici ? demanda la princesse.

- Eh bien, tous les nobles de notre bien-aimé royaume ont été convoqués pour vous faire la cour, Votre Altesse. Alors je me suis dépêché afin d'avoir ma chance.

- Je vois, reprit la princesse complètement abasourdie. Et bien, je vous écoute pourquoi voulez-vous être le roi de mon royaume ?

- C'est simple, pour le pouvoir, répondit le baron.

Le baron sortit pour laisser entrer le second prétendant, un homme aux cheveux bruns avec une allure bien noble et une beauté mystérieuse. Son serviteur s'agenouilla devant lui, ce qui étonna la princesse devant le manque de protocoles manifeste de ce dernier.

- Soyez le bienvenu baron Doriane, dit la princesse, je vous prie de commencer.

- Certes princesse.... euh

- Princesse Lys, souffla le serviteur.

- Oui princesse Lys, je viens pour.... euh

- Pour vous faire la cour, souffla encore le serviteur.

- Pour vous faire la course, dit le baron Doriane.

- Mais non, pour faire la cour ! s'emporta le serviteur.

- Pour vous faire la cour, répondit le baron Doriane.

Les prétendants s’enchaînèrent les uns après les autres, sans qu'aucun ne dise ce que la princesse avait si ardemment espéré entendre. Le général apparut derrière le trône de la princesse qui semblait au bord de la lassitude et du désarroi. Cela faisait trois heures que des courtisans se présentaient à elle, aussi le général demanda une pause. Une fois tout le monde sorti, la princesse resta seule dans la pièce puis dit :

- Je dois vous remercier conseiller Folkins, j'imagine que la pause demandée par le général était votre idée.

- Oui en effet, répondit celui-ci qui venait d'apparaître, mais il semblait heureux de la suivre après tout, nous avions remarqué votre détresse, et nous nous sommes empressés de vous venir en aide.

La princesse et le conseiller se regardèrent avec profondeur sous un lourd silence, l'un l'autre jaugeant les mots qu'ils allaient employer. Puis la princesse demanda :

- Suis-je si exigeante, conseiller ? Vous êtes bien plus qu'un conseiller pour moi, je vous considère comme mon ami le plus fidèle, alors répondez-moi sans entrave, je vous en prie.

- Et bien vous êtes intelligente Princesse, je me doute que vous saviez que ces rencontres n'auraient rien à voir avec des affaires sentimentales.

- Oui, c'est certain, les prétendants que j'ai vus ne cherchent pas un mariage d'amour, mais celui du pouvoir.

- Alors qu'est-ce qui vous contrarie ?

- Et bien tous veulent le trône pour le pouvoir, la possibilité de trouver la pierre sacrée ou encore ceux qui veulent juste me posséder comme un trophée.

- Je vois et qu’espériez-vous Votre Altesse ?

- Je veux un roi qui aime mon royaume plus que sa vie.

Un long silence s'installa entre la princesse et le conseiller, aucun bruit ne vient perturber ce silence, la princesse ferma les yeux puis ordonna de poursuivre les entretiens. Le conseiller appela les gardes qui firent entrer le suivant. Lorsqu'il apparut, la princesse n'y prêta aucune attention, sachant pertinemment qu'elle n'aurait pas le roi tant désiré pour son pays. Le nouveau venu s'arrêta devant les marches et s'agenouilla, il ne dit rien et attendit. Après un long moment, la princesse regarda ce nouveau prétendant qui réclamerait du pouvoir. Elle détailla le jeune homme devant elle, il devait avoir la vingtaine, une certaine élégance se détachait de lui, ses vêtements étaient noirs et manquaient de luxe. Son visage était fin, ses yeux verts étaient intenses et ses cheveux bruns étaient en bataille ; il semblait avoir un physique athlétique taillé pour le combat. Elle reprit contenance et dit :

- Je vous en prie commencez votre cour.

- Et bien, je vous demande pardon Votre Altesse, il se trouve que je ne suis pas ici pour cela.

- Et que désirez-vous donc... seigneur... baron ? Écoutez, je suis navré, mais je ne me rappelle pas de votre titre.

- C'est normal Votre Altesse, je ne fais pas parti des nobles de notre beau royaume.

Soudain, cinq guerriers apparurent autour du jeune homme, leurs lances pointaient sur lui. La princesse se leva et dit :

- Il faut être fou pour venir se faire passer pour l'un de mes prétendants.

- À vrai dire Votre Altesse, je n'ai jamais dit être l'un de vos prétendants, c'est vous qui l'avez présumé.

- Surveille tes paroles ! tonna un des guerriers, pressant sa lame plus encore contre le jeune homme, dis la raison de ta venue, mais attention cela pourrait être tes dernières paroles.

- La demande que je suis venue faire est la suivante, je souhaite entrer dans les chevaliers royaux.

- Toi ? Chevaliers royaux ? ricana une guerrière.

- Silence ! tonna la princesse, où as-tu fait tes armes en tant que soldat ?

- Au village de Kir Votre Altesse, j'étais le meilleur de la milice, et nous avons été les héros lors de la tentative d'invasion de nos ennemis. Voici les documents officiels de mon commandant.

Le jeune homme tendit une lettre cachetée, un soldat la prit, la donna au conseiller qui la lut et dit :

- Ce que dit cet homme est vrai, cette lettre atteste de ses dires.

Les cinq guerriers rengainèrent leurs lames, mais restèrent autour du jeune homme. La princesse se rassit, pris un air plein de compassion et dit :

- Écoute, je comprends ton désir de devenir un chevaliers royaux mais la loi est formelle, seuls ceux naissant nobles et pouvant utiliser le don du roi peuvent devenir chevaliers royaux. Regarde les guerriers autour de toi, ce sont tous des chevaliers royaux. Penses-tu pouvoir égaler, ne serait-ce qu'un seul d'entre eux ? Ta force est peut-être grande parmi les miliciens, mais ici cette force est nulle.

- Princesse Lys, ma force surpasse de loin vos chevaliers royaux, répondit le jeune homme.

- Jeune présomptueux ! hurla l'un des cinq guerriers royaux présents, comment oses-tu tenir de tel propos ?

- Je n'ai pas fini ! tonna le jeune homme, si le fait d'être une princesse élue par les dieux, impose de suivre des lois faites par les hommes, alors je prie l'aide des dieux de venir en aide à notre royaume. Sans compter que je donnerais ma vie pour ce pays. Alors oui je le proclame haut et fort, laissez-moi affronter vos chevaliers royaux, vous verrez ainsi si mes propos sont présomptueux.

Un silence pesant s'installa, les guerriers étaient sur les nerfs, le conseiller et le général étaient gênés, puis la princesse regarda tout le monde chercher une solution pour apaiser les tensions. Les paroles du jeune soldat devant elle, résonnaient dans sa tête puis elle dit :

- Il faut être fou pour venir sans autorisation, mais il faut être suicidaire pour prétendre pouvoir battre tous les guerriers royaux de mon pays. Mais toi contre toute attente, tu penses pouvoir tous les affronter. Très bien, nous allons organiser un combat amical dès demain, si tu viens à bout de, disons, d'un seul d'entre eux, tu pourras devenir chevalier royaux.

Tous se tournèrent vers elle, mais son regard déterminé, les découragea d'aller à l'encontre de sa décision ; demain aurait lieu le combat. Le soldat fut raccompagné jusqu'à l’extérieur de la Tour blanche sous bonne garde et avec peu de considération. Le jeune homme ne tint pas compte d'un tel comportement, car il savait que comme tout guerrier, les chevaliers royaux étaient fiers et ils se sentaient insultés par ses propos. Il chemina dans les ruelles d'Ailesia que l'ont surnommé la divine, certainement grâce à sa surprenante façon de défier les lois naturelles, île suspendue dans le ciel. Après plusieurs heures a visité la capitale, le jeune soldat se dirigea vers un restaurant nommé la Feuille d'érable. Il s'installa sur le balcon au dernier étage de l'établissement, un serveur lui demanda ce qu'il souhaitait boire puis revint quelques minutes plus tard avec la commande. Le jeune soldat observa la magnifique vue qu’offrait le restaurant, d'ici, on pouvait voir l’étendue des terres du Nord du royaume de Désailia. Ainsi qu'une partie de celle du royaume d'Andronia avec qui, ils étaient dans une guerre froide depuis de nombreuses années, comme avec leur autre voisin de Dragonis.

Or étrangement, si l'on regardait vers le nord au-delà des terres humaines, on pouvait voir un gigantesque mur. Celui-ci atteignait les trente mètres de haut uniquement fait de pierre et d'aciers, séparant les terres dévastées du Nord avec celle des trois royaumes. C'était le signe pour de rares personnes que contrairement à ce que les historiens racontaient, les trois royaumes n'avaient pas toujours été ennemi, et qu'ils avaient dû s'unir pour bâtir pareille merveille. Mais personne ne savait quand, ni comment, tout ce qu'on pouvait dire, c'est qu'ils n'étaient plus là pour le raconter. De nos jours la seule vérité, était que ce mur avait été érigé par l'un des élus de la pierre sacrée pour protéger les hommes de ce qu'il y avait derrière. Pour les habitants de Désailia il ne faisait aucun doute que c'était l’œuvre de la déesse guerrière Athéna, ancienne reine du royaume et élue de la pierre sacrée. Celle-la même qui avait érigé la barrière que l'on voyait au loin derrière le mur, lors de sa guerre contre les créatures infâmes du Nord. Mais pour une mystérieuse raison, les Terres du Nord aussi connues sous le nom de Vallée des rois n'étaient restées qu'une terre désertique au sol cendré et aux arbres fossiles n'abritant aucune vie connue. Et bien qu'il ne semblait plus y avoir de menace, ses terres étaient étroitement surveillées depuis le haut du mur grâce à divers avant-postes. Car tous ceux, s'étant aventurés sur les Terres du Nord au-delà du mur ne sont jamais revenus pour raconter ce qu'ils y avaient vu.

Bien sûr, le mur n'était plus très bien protégé, le soldat le savait pour y être allé, les habitants au nord des trois royaumes ne plaisantaient pas avec les terres au-delà du mur, car ils sentaient toute la noirceur qui s'y cachait. Le soldat avait pu apprendre que seul le roi Androis maintenait une surveillance constante avec un armement optimal. Contrairement au roi Clovius qui avait laissé la frontière à l'abandon, quant à Désailia il ne restait qu'une faible quantité de soldats. Pour tous les guerriers du village de Kir, les chevaliers royaux ou soldats envoyés sur le mur étaient des gens qui avaient été mis dans un placard à balais pour arranger tel ou tel noble. Le jeune soldat but une gorgée du thé à l’érable et au miel qu'il avait commandé, quand il vit un homme s’asseoir derrière lui à une autre table.

- Tu les as bien semés, félicitation, dit l'homme.

- Merci du compliment, mais ce n'était pas bien difficile, ils ne me suivaient que parce que leur fierté de chevaliers en avait prit un coup, dit le soldat.

- Je n'étais pas sûr que tu arrives à temps.

- Quand je fais une promesse, je la respecte.

- Je sais, mais es-tu sûr de vouloir faire cela ? demanda l'homme. Tu n'imagines pas dans quoi tu plonges, c'est un amoncellement de serpent plus vicieux et vénéneux les uns que les autres.

- Si je veux atteindre mon but, je n'ai guère le choix et puis cela sera certainement très amusant.

- Tu ne vas rien me dire de la suite de tes plans ?

- Non, dit le soldat en souriant, je ne voudrais pas te gâcher la surprise. Tiens tant à ce qu'on avait décidé.

- Pauvre fou, fais comme bon te semble, je suivrai les instructions que tu m'as donné et je te souhaite bien du plaisir. Mais n'oublie pas qu'il faut à tout prit protéger la princesse.

Le jeune soldat demeura silencieux, ce qui exaspéra l'homme qui partit de façon irritée sans ajouter un seul mot. Le soldat but une autre gorgée de son thé observant l'homme disparaître ; il eut un petit sourire en se disant que tout se passait tel qu'il l'avait prévu. Rien ne l’empêcherait d'atteindre son but, quel qu’en soit le prix pour la réalisation de son rêve, nul sacrifice n'était trop grand.

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