Chapitre 68

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    Avec le recul, je me dis que cette période particulière constituait une abréaction à notre échec conjugal et affectif. Une sorte de retour du refoulé. Nous étions semblables à des veaux du charolais qu'on vient de lâcher dans les prés d’embouche. Nos conquêtes s'apparentaient aux nouvelles touffes de luzerne ou de trèfle à déguster dans nos pâtures. J'aurais bien aimé partager quelques plans à trois avec Aksel mais le bougre n'était pas prêteur. Je me souviens d'une splendide pin-up parisienne qui n'aurait pas dit non, que je lui avais bêtement jetée dans les bras, et qu'il s'était accaparée sauvagement. Lors d'un petit voyage ensemble sur la Côte d'Azur, je me vis assumer le rôle de chauffeur de taxi, et tenir la chandelle durant tout le séjour, au point de me laisser envahir par mes penchants hystériques jusqu'à rendre l'atmosphère relationnelle quasiment irrespirable.


Toutefois, en dehors de cet épisode, pour moi essentiellement douloureux, il n'y eut pas d'autre nuage dans le ciel constamment immaculé de notre amitié. Nos expéditions aventureuses demeurent de très bons moments ancrés dans mes souvenirs. Y compris, celles, nombreuses, qui nous conduisirent à Paris. Auparavant, un ami gauchiste militant de la Capitale, rencontré lors de mon monitorat dans une colonie de vacances, m'avait fait découvrir les centres d'intérêt de sa ville natale, au cours de longues et épuisantes balades à pied. Il me montra notamment la faculté de Censier, où il poursuivait ses études en lettres modernes. Un endroit particulièrement sale et négligé, les murs du hall d'entrée regorgeant de tags, de graffitis, d'affiches noircies de slogans appelant à l'insurrection. Par ailleurs, nous avons passé une excellente soirée champagnisée au cabaret « le Sexy », situé près des Champs Élysées. J'avais décemment flirtaillé sur la piste de danse avec sa compagne, quelque peu émoustillée, elle aussi, par le spectacle. Ce fut une vraie chance de côtoyer des gens qui m'ont aidé à mûrir.


Les parents d'Aksel possédaient un petit studio dans le dix-neuvième arrondissement, juste en face l'ambassade du Burundi. Nous y avons fait plusieurs haltes fort mémorables.


Pour notre première escapade à Paris, j'assurai le transport, pépère au volant de ma 204 en rodage. Je l'avais malencontreusement garée sur le Pont Neuf, et au retour elle ne s'y trouvait plus. Aksel comprit illico que nous devions la récupérer à la fourrière, sur les quais de la Seine, ce qui me coûta bonbon vu le prix de l'amende pour stationnement illicite et de la sortie de la fourrière.


Par la suite les trajets s'effectuèrent avec sa mini voiture de sport. Aguerri par ses cours de pilotage en formule 3000 sur le circuit de Magny-Cours, il la conduisait comme une moto, se faufilant habilement et sans retenue, entre les autres véhicules. Je m'accrochais fébrilement aux poignées du plafonnier et de la portière. Dès qu'une ambulance ou une voiture de pompiers nous doublait, toutes sirène hurlantes, il se collait à ses basques et nous traversions la ville à une vitesse folle. Et ô miracle ! Jamais nous n'avons connu d'incident de parcours.


Le plus souvent nous nous retrouvions là, tous les deux, en touristes. Les parisiennes ne semblaient pas être aussi sensibles à nos charmes que les provinciales. Mais de ce côté là nous n'étions pas en manque. Les boîtes de nuit ne nous attiraient pas, nos préférences allaient plutôt vers les bistrots, les restos, les promenades dans les parcs et les endroits pittoresques. Il me reste en mémoire nos pauses dans les arènes de Lutèce, nos dégustations dans des hauts lieux tels que les Deux Marches, les Deux Magots, le café de Flore, le Bigorneau, la Coupole, et surtout... le Rosebud.

Dans un café près de la station de radio Europe no1, que nous avons fréquenté à plusieurs reprises, Aksel connaissait vaguement des célébrités du show-biz, qui méditaient, seules, devant leur consommation. Avec deux ou trois d'entre elles, nous avons pu discuter chaleureusement, mais je ne les ai jamais revues. Il faut dire qu'après nous avoir demandé quel métier nous exercions, car nous nous n'avions pas pour habitude de l'avouer spontanément, elles nous livraient un long récit de leurs angoisses existentielles, de leur mal-être personnel, que nous étions évidemment incapables de soulager dans l'immédiat.


Il y eut bien d'autres sorties, de fêtes par ci par là, généralement en compagnie de fiancées. Je peux citer le réveillon du jour de l'an à Limoges, plutôt tristounet, dont je n'ai retenu que la conduite suicidaire de mon ami, en pleine nuit, sur des routes de campagne à peine visibles sous un brouillard à couper au couteau, la virée à Monaco au moment du grand prix de formule1, la feria de Nîmes, le séjour à Cannes pendant le festival pyrotechnique. Il est clair que ces voyages ont forgé ma jeunesse.


Ce n'est pas l'aspect loisirs, amourettes et flirts, qui m'a permis d'évoluer et de maturer grâce à cette relation amicale et conviviale, puisque je ne cherchais pas vraiment à réparer l'amour cassé, c'est en fait l'ouverture sur le monde, la confrontation à des questionnements sur moi-même, à des fantasmes quant à mon devenir moral, politique et social. C'est enfin, tout un enrichissement intellectuel associé à notre expérience professionnelle.


Si l'amitié s'est prolongée, ma relation de proximité avec Aksel n'aura duré qu'une année car dès le mois d'octobre, je dus quitter Seglas pour accomplir mes obligations militaires.

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