Chapitre 61

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 Quelques mois auparavant, alors que je terminais le second semestre de mon « stage interné », dans le service adultes du Dr P, je reçus un soir un coup de fil d'un copain de promotion un peu plus âgé que moi, qui venait se s'installer comme généraliste dans sa ville natale. Un des rares avec qui j'ai conservé des liens d'amitié.


- Allo Jean-Paul ! c'est Pierre-Philippe.

- Hello ! Comment se passe ton installation ?

- Plutôt bien, ma foi. Mais je vois pas mal de patients qui souffrent de troubles psychologiques, voire psychiatriques, et je voudrais te demander quelque chose.

- Ok ! Vas-y... pas de problème si je peux te rendre service, ce sera avec grand plaisir.

- Et bien voilà... pourrais-tu me prendre comme stagiaire pendant une semaine ? Je rentrerai le soir, je ne suis qu'à cinquante kilomètres de chez toi.

- Pas de souci... c'est quand tu veux... et j'ai largement de quoi te nourrir et te loger.

- Merci c'est d'accord.


Une fois la date fixée, j'ai raccroché en me disant que mon petit père Pierre-Philipe, un ami discret, fidèle, gros mangeur et fin connaisseur en vins, donc forcément en surpoids, avait de bien nobles projets et ambitions pour mieux soigner ses malades.


Il a débarqué chez moi avec deux bouteilles, une de vin rouge et une de vin blanc, dont la remémoration me fait encore saliver, tant mes papilles les ont gravées dans leurs cellules. Il m'a suivi partout, observateur attentif, peu disert et non intrusif, sur mes lieux de travail, contemplateur passif dans mes soirées festives et bien arrosées, lui qui, contrairement à moi, ne draguait pas, ne dansait pas, ne s'exhibait pas tel un agité du bocal.


Au milieu de la semaine, nous sommes allés un après-midi effectuer des consultations au dispensaire d'hygiène mentale (DHM) de N., une petite ville touristique située à soixante kilomètres de l'HP. Parmi les consultants, il y avait un jeune homme sorti récemment de notre hôpital psychiatrique. Il se comportait, je dirais, normalement, s'exprimant sans difficulté dans un langage correct, ni précieux, ni vulgaire. Après environ une demi-heure d'entretien, je lui ai renouvelé son ordonnance de neuroleptique retard à dose modérée, lui ai fixé un rendez-vous un mois plus tard et l'ai congédié en lui souhaitant bon courage. Dans la voiture, sur le chemin du retour, Pierre-Philippe me dit :


- Il avait l'air tout-à-fait bien ce jeune homme. Je ne le voyais même pas malade.

- Ah ! Ça mon cher !... sauf qu'il délirait à plein tube.

- Quoi ?! Tu es sûr de ce que tu dis là ?

- Ben oui.

- J'ai peine à te croire.

- Pourtant c'est la vérité. Par exemple, quand il disait que ses médicaments l'empoisonnaient, il ne parlait pas au second degré mais bien comme s'il avalait un vrai poison, alors que c'est justement ce qui lui permet de se comporter normalement, en plus sans avoir le moindre effet secondaire. Le problème, vois-tu c'est que lorsque le délire s'atténue ou disparaît, chez nos patients, ils ont une nette tendance à déprimer.


Mon ami se montrait cependant sceptique. Le lendemain, dans le service, il alla consulter le dossier du jeune homme, puis revint me voir dans mon bureau, tout pâle.


- Alors là, Jean-Paul... j'en ai pris un sacré coup sur la tête ! Jamais j'aurais pu penser qu'il était schizophrène ! Il va falloir que je fasse attention dans ma pratique de généraliste pour ne pas passer à côté de ce genre de diagnostics.

- Tu sais, même pour nous ce n'est pas si facile d'y voir clair... et c'est encore pire avec les paranoïaques car, en les écoutant, on finit par penser que toute cette persécution qu'ils décrivent dans les moindres détails, avec un raisonnement logique implacable, peut être bel et bien réelle. En plus ces sujets, victimes de complots imaginaires, peuvent être très dangereux et aller jusqu'à occire ceux qu'ils considèrent comme leurs persécuteurs. Cliniquement, ce sont des « persécutés-persécuteurs ».

- En effet je vois que ce n'est pas si simple.

- Pourtant, la psychiatrie c'est simple, à condition de douter de tout, de n'affirmer un diagnostic qu'après une enquête quasi policière, sans a priori, sans présupposés de base, sans chercher à vouloir à tout prix faire coller ce qu'on entend, ce qu'on voit, avec des idées préconçues, même si on les tire de l'enseignement de nos maîtres.


Pendant plus de quarante ans, à chacune de nos rencontres, relativement rares en fait, car par la suite nos lieux d'exercice et d'habitation se trouvèrent séparés de plus de trois-cent-cinquante kilomètres, Pierre-Philippe me rappelait combien ce stage et cet entretien l'avaient marqué.



Ensuite, vint le moment officiel du choix des postes d'interne en psy de la région. Des places étaient vacantes à Seglas, je décidai d'y rester pour y accomplir ma première année d'internat, un internat qui comportera six semestres de pratique, validés par les différents médecins chefs de service.

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