Chapitre 60

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    Entre mon travail à l'hôpital, les fêtes, les sorties avec les copains, les week-ends de garde de mon fils, je me dirigeais négligemment vers la fin de mes études médicales. Afin d'obtenir le titre de médecin, il me fallait passer les trois épreuves cliniques, dans l'ordre, médecine, chirurgie et obstétrique. Pour la première, je fus convoqué au CHU un lundi matin à neuf heures. Fidèle à ma distraction coutumière, et victime du stress, je n'entendis pas mon réveil et sortis du lit en catastrophe à huit heures quarante-cinq. Après une toilette express et un habillage digne d'un magicien expert en quick change, je m'installai dans ma 204 flambant neuve. Je n'allai pas risquer de couler une bielle dans mon moulin en rodage, en dépassant les quatre-vingt kilomètres-heure, même si la limite supérieure autorisée était fixée à cent-dix.

Je me pointai donc sur les lieux de l'épreuve avec un retard conséquent. Les deux patrons, qui constituaient le jury, s'apprêtaient à quitter la chambre de la malade que je devais examiner devant eux. Ils m'accueillirent un peu froidement. Sans réfléchir, un pieux mensonge me vint illico à l'esprit :

- Il y avait un accident sur la nationale, heureusement, que des blessés légers... je les ai rassurés.

- Tu as bien fait ! Allez !... P'tit-p'tit !... installe-toi devant cette patiente, interroge-là, examine-là succinctement, dis-nous de quoi elle souffre et quel traitement il lui faut.


En arrivant dans ce service, l'interne, un copain de ma promo m'avait glissé vite-fait, dans le tuyau de l'oreille, le diagnostic et le traitement de la patiente en question. Le jury me félicita chaudement pour ma brillante prestation et m'attribua la mention « très bien ».

- Parfait ! Tu as choisi une spécialité ou médecine générale ?

- Une spécialité...

- Laquelle ?

- Psychiatrie. - Ah ! (Agrémenté d'une légère grimace). P'tit-p'tit... n'oublie jamais... la Médecine avant tout !

- Oui monsieur.


Pour les deux autres examens cliniques je me suis pointé à l'heure. Avant de pénétrer dans la chambre concernée, un collègue me livrait, à chaque fois, des informations essentielles sur le patient qui m'était désigné. Pour la chirurgie tout s'est très bien passé et j'obtins la mention « bien ». Mais pour l'obstétrique je me suis retrouvé face à l'ancien patron qui m'avait dans le nez. Il se souvenait encore de moi, le bougre. Il me fit évidemment quelques remarques désobligeantes. Cependant il m'accorda le gain de l'épreuve avec mention « assez bien ».


Ouf ! Cette fois, j'étais médecin. Pas docteur, car il me restait la thèse à rédiger et à soutenir.


Quant à la spécialisation, elle allait prolonger mes études de quatre années. Toutefois, celle de mon stage interné au centre psychothérapique Seglas, fut validée comme première année du CES (certificat d'études spéciales) de psychiatrie.


Pour m'inscrire à ce CES, je devais réussir le concours de l'internat en psychiatrie de ma région, organisé dans la foulée des épreuves cliniques, au sein de ma fac. Là, pas de problème, pas de stress, je nageais dans mon élément naturel. Nous étions huit candidats pour dix postes. L'épreuve se déroulait par écrit, une partie consistant à répondre à des questions de médecine générale et chirurgie, de législation, d'anatomie du cerveau, et l'autre portant sur la rédaction d'une vignette clinique à la suite d'un entretien, en live, d'un patient volontaire interrogé par un membre du jury.


Nous venions tous de notre chère faculté, sauf un olibrius, placé juste derrière moi, une réplique parfaite du cow-boy de Marlboro, un viking aux yeux d'un bleu acier à faire voler en éclats les boucliers des nanas les mieux armées contre la séduction du mâle dominant, aux cheveux blond doré, savamment ondulés, qui lui tombaient sur les épaules, un dandy costumé par Ted Lapidus, qui souriait aimablement à tout le monde, comme s'il voulait se faire pardonner de jouer les intrus dans cet aréopage de provinciaux sous cultivés. Durant toute l'épreuve, il jetait des regards avides, appuyés et consciencieux, sur les pages noircies par mes savantes lumières.


Quelle ne fut pas ma surprise de voir l'après-midi, le médecin-chef du service enfants de Seglas interroger, devant nous, une jeune fille de dix-neuf ans. À ce moment là je ne le connaissais pas vraiment, n'ayant pas encore choisi de travailler dans son service. Il menait l'entretien avec beaucoup de tact et de considération, en évitant les questions trop intrusives qui auraient pu la mettre mal à l'aise. J'appréciai cette attitude, alors que ce genre d'instrumentalisation des malades ne me semblait pas très conforme au respect qu'on leur devait. Mais le règlement des concours l’exigeait ainsi, en attendant que la technologie des retransmissions vidéos soit au point.


Tous les candidats furent admis, mais vu leur nombre, je ne pus guère tirer profit de ma place de major. Néanmoins par la suite, le docteur R. me félicita pour la rédaction de mon analyse clinique, qui me valut la note mirobolante de dix-huit sur vingt.


Après des vacances d'été bien méritées, je me lançai, à l'automne suivant, dans ma carrière d'interne en psychiatrie titulaire. Enfin, je me voyais titré dans l'univers socio-professionnel.

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