Chapitre 57

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    Enfin libre ! Mais quelle folie ne fut-ce pas que d'avoir connu cette liberté ! Woodstock n'était pas si loin. Liberté j'écris ton nom. Liberté, en ton nom j'ai pu agir en triste con. Si, à cette époque, j'avais constitué un journal intime au quotidien, il serait garni de conquêtes féminines, avec force détails les plus affriolants, dignes des auteurs libertins du XVIIIe siècle. Abandonné, mon statut d'ami sincère, de confident, qu'on ne saurait aimer que comme un grand frère. Même si je demeurais le confident de ces dames, je me suis vu transformé en séducteur patenté et impénitent, un séducteur sur qui d'aucunes, visant un bon parti, eussent volontiers mis le grappin. Mes conquêtes, jeunes et jolies, mais rarement seules, fleuraient bon la joie de vivre, l'envie de plaire et de se donner du bon temps.


Autour de moi gravitait un petit échantillon de notre provinciale classe dominante, notamment des infirmières et élèves, filles de professeurs de mon lycée, de cuistots et hôteliers étoilés, d'élus locaux, d'artisans et commerçants riches. Cependant, je ne choisissais pas mes partenaires en fonction de leur rang social, vu mon absence d'ambition politique, d'esprit de richesse, mon désintérêt pour ce qui procure les honneurs et la reconnaissance officiels. En outre, il ne me restait plus de revanche à prendre sur les bourgeois et les rognures.


Dans mes débuts à Seglas, une nuit, pendant ma garde, je fus appelé par la surveillante du service enfants. Elle était accompagnée d'une infirmière et d'une élève stagiaire. Fort séduisantes toutes les trois. En réalité l'urgence de l'appel reposait sur leur envie de faire ma connaissance. Une envie qui les a conduites, séparément, lorsque nous étions isolés en couple dans un coin de couloir, à me rouler des patins profonds et mémorables. Je ne pouvais rêver meilleur accueil. D'autant plus prometteur que par la suite, les connaissances se multiplièrent.

Via la séduction, je me consacrais méthodiquement à la conquête des femmes que je désirais, à partir de points d'appel nombreux et variés, en les entourant d'une cour assidue. Le contrat s'établissait d'emblée, sans hypocrisie ni faux fuyants. Venant de divorcer, je n'envisageais pas de me caser à nouveau, je proposais seulement de m'engager dans une amitié amoureuse, hors de toute vie commune, hors de la fidélité réciproque. Pour des prouesses sexuelles à la hussarde, avec glaive pourfendeur vaginal et ramonage en règle, il valait mieux ne pas compter sur moi, je ne garantissais pas l'orgasme ni la révélation de plaisirs insoupçonnés, mais seulement des attentions et des échanges aussi agréables que possible. Pour ma part, toutes les déclinaisons de l'érotisme me convenaient, du simple flirt à la relation complète et nirvanique. De ce fait les plus nombreuses à accepter ce contrat se retrouvaient déjà casées, mariées le plus souvent. Elle n'étaient pas rares, celles qui n'avaient jamais trompé leur conjoint, toutefois notre "amitié" ne gênait en rien leur situation conjugale, d'ailleurs l'une d'entre elles me dit un jour, après une énième séance au lit particulièrement réussie : « c'est drôle, avec toi je n'ai pas l'impression d'être infidèle à mon mari. ». Sur le plan idéologique, affectivité et jouissance se mêlaient étroitement à liberté et indépendance.


Indiscutablement, je les ai aimées, ces filles. Nos effusions nous révélaient le meilleur de nous-mêmes, nous conduisaient jusqu'au coït, consécration suprême du partage, mais à mille lieues de représenter un objectif prioritaire. Comme l'a dit Louis-Ferdinand Céline : « l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches...». Je l'utilisais comme ultime élément d'un long processus chargé de discussions, préliminaires, câlins, et d'affection, venant plutôt compléter que déclencher des orgasmes simultanés. Parfois nous pouvions carrément nous en passer. Malgré mon mépris pour la pénétration machiste, dominante et douloureuse, on me fit une réputation de « bon coup » dans notre quartier résidentiel. Quelques petites coquines gourmandes voulurent constater par elles-mêmes, si j'étais à la hauteur de ma réputation, et la seule avec qui j'acceptai le challenge, repartit fort déçue, ma foi.


Ninon fut un cas à part. Jeune élève infirmière, grande brune aux cheveux courts, au regard pétillant de malice et de joie de vivre, belle à croquer, sa meilleure amie m'avait dit : « celle-là, tu n'y touches pas ! ». Pourtant je l'ai touchée, elle aussi m'a touché. Et je devins amoureux fou d'elle. Notre entente fut idyllique à tous les niveaux. Elle sortait avec un rugbyman jaloux et possessif, dont elle avait peur et qu'elle n'envisageait pas de quitter. Un soir, nous étions dans son studio, et qu'il devait être sur le stade, à l'entraînement, il frappa à sa porte. Panique à bord. Heureusement, la porte était fermée à clef. Elle allait lui ouvrir ou l'appeler, je l'ai enlacée fermement, main plaquée sur sa bouche, l'implorant de ne pas bouger, d'éviter de faire le moindre bruit. Il a insisté le bougre, la sueur perlait sur mon front, finalement il est reparti. Nous avions eu très chaud. Je ne sais quel bobard elle a dû lui raconter ensuite, mais notre relation a pu se poursuivre sans encombres, tout en prenant néanmoins moult précautions, évidemment.


Fidèle à mon principe d'infidélité d'une part, Ninon occupée par son rugbyman d'autre part, je continuais à faire défiler d'autres filles dans mon lit. Mais les nombreux moments que nous avons passés ensemble demeurent inoubliables. Nous étions heureux. Pendant nos sorties en voiture, nous écoutions notre chanson fétiche, « Je suis un pingouin » de Pierre Vassiliu, qui est restée ancrée dans ma mémoire. Au bout d'un an et demi, avant mon départ pour Libourne, afin d'accomplir mon service militaire, nous avons effectué un séjour sur la Côte d'Azur, en guise de lune d'adieu. Et là, le dernier soir, au plein milieu de nos étreintes, Ninon tomba brusquement en larmes et me déclara : « c'est la dernière fois que nous faisons l'amour. » Sa prémonition se réalisa.


Quelques années plus tard, je l'ai revue par hasard, lors d'une visite d'un ami à Seglas. Elle avait pris du galon, exerçait les fonctions de surveillante, et beaucoup perdu de son innocence, de son empathie à l'égard des malades. Le charme fut définitivement rompu. Il me reste le souvenir des fortes et belles émotions de ce parcours d'amour éphémère qui ne n'est pas devenu amer.


Le plus déroutant, alors que je suis dans le troisième âge de mon existence, c'est que de cette addiction au sexe, de cette quête permanente et irrépressible d'érotisme, de cette érotolâtrie qui m'a envahi pendant plusieurs décennies, je n'en suis pas fier et n'en conserve pas un sentiment de satisfaction. Aujourd'hui l'addiction a disparu et c'est tant mieux. Il me faut bien admettre que la testostérone a sûrement joué un rôle non négligeable dans mon fonctionnement psychologique, ainsi que dans l'élaboration de mes précieuses rationalisations autour de la libération sexuelle. Je croyais ma raison au service d'une idéologie, mais elle a su me trahir pour servir la testostérone en pleine floraison. Il m'aura fallu beaucoup de temps pour réaliser combien j'ai dû frustrer et rendre malheureuses celles qui ont mis du sentiment et des espoirs importants dans notre relation. J'en profite pour leur demander ici de bien vouloir m'accorder leur pardon.

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