Chapitre 52

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     La psychiatrie est un monde merveilleux, éblouissant, qui vous subjugue, vous ensorcelle et vous isole. Au début on a tendance à ne pas vouloir se distinguer du socios, alors on ne dévoile pas sa profession, car à partir de ce moment là les gens ne vous considèrent plus comme un citoyen lambda mais comme un psy, et rien qu'un psy. Ils ne vous parlent plus que de leurs états d'âme, de leurs angoisses, de leurs conflits internes, de leurs différents avec leurs proches. Et puis, à la longue, on s'y habitue, on ne cache plus cet univers qui nous habite et constitue notre seconde nature. On le fait entièrement sien. Il devient quasiment impossible de vivre en couple avec un non psy. La famille, le conjoint, les enfants se sentent moins appréciés, moins favorisés, moins aimés que nos patients. C'est un drame. Il nous faut bien vivre avec, durant toute notre existence.


De plus, la vie de famille et l'avis de la famille, se retrouvent toujours en porte-à-faux. Ils avaient bien de la chance ces psychiatres d'autrefois, qui vivaient dans l'HP et confiaient les soins et une partie de l'éducation de leurs enfants, voire, l'éducation et une partie des soins de leurs enfants, aux malades mentaux. Au moins, le hiatus n'existait pas entre leur vie privée et leur vie professionnelle.


La société évolue plus vite que nos modes de pensée, nos us et coutumes. Nous avons dû, Janine et moi nous adapter à une situation particulièrement compliquée pendant plusieurs mois, source d'angoisses, de crises et de mal être, en attendant qu'elle aille, avec notre fils, rejoindre son nouveau compagnon. Au registre de mes plus grandes lâchetés, il y eut mon incapacité à avouer le divorce à mes parents. C'est Janine qui s'en est courageusement chargée et qui a pris la volée de critiques, de reproches et de griefs. Pour eux, l'échec de notre couple relevait de son entière responsabilité. Lorsque par la suite je leur ai affirmé que c'était du cinquante – cinquante, mon père a finalement reconnu : « c'est vrai... t'étais pas fait pour le mariage. »


Chaque semaine, se déroulait le marathon des transports en 2 cv. Pour conduire notre fils chez ma sœur Angèle. Nous avions trouvé la nounou idéale, domiciliée tout près de notre berceau familial, entourée de son mari que j'adorais et de ses deux intrépides garçons de neuf et huit ans. Là au moins il était bien. Pour accompagner Janine à son travail, où elle restait une partie de la semaine, ce qui représentait un trajet d'environ deux cents kilomètres, aller et retour. Je me demande encore comment j'ai échappé aux accidents, lorsque seul au volant, fatigué, je prenais des risques inconsidérés, doublais les camions dans des brouillards à couper au couteau. La 2 cv a tenu bon mais il était temps que ça s'arrête. Le seul organe qui m'a lâché fut l’essuie-glace, mais par chance et ingéniosité, je pus le réparer efficacement en lui greffant un ressort de stylo à bille.


Un avocat parmi nos relations de la faculté s'est occupé de notre divorce. Il a fallu rencontrer le juge des affaires familiales. Je pris tous les torts à ma charge. La juriste, une dame assez forte, cinquantenaire pincée et raide comme la justice, ne nous a pas accueillis chaleureusement, c'est le moins que l'on puisse dire. En découvrant sur ses documents notre lieu d'habitation, l'hôpital psychiatrique Seglas, elle nous prit pour des malades mentaux.


- Monsieur, pourquoi voulez-vous divorcer ?

- Parce que je suis tombé amoureux d'une autre femme et je vais vivre avec elle.

- Votre décision est irrévocable ?

- Oui.

- Vous logez actuellement tous les deux à Seglas ?

- Oui.

- Vous avez une activité professionnelle ?

- Oui.

- Laquelle ?

- Interne en psychiatrie.


Et là, son ton changea instantanément, prête à s'excuser pour sa rudesse, elle signa l'ordonnance de non conciliation et nous renvoya illico à nos moutons.


Notre divorce fut officiellement prononcé deux années plus tard, à mes torts, la garde de l'enfant attribuée à la mère, avec un droit de visite classique pour le père, assorti d'une pension alimentaire mensuelle dérisoire. Dès lors, notre relation allait enfin connaître des jours meilleurs, où nos accords à l'amiable dépasseraient largement le cadre de la juridiction.

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