Chapitre 48

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   La psychiatrie a déclenché en moi une véritable révolution personnelle. Grâce à elle, tout m'est devenu limpide, intelligible et explicite. Il me semble que j'en possédais déjà, depuis longtemps, la plupart des ingrédients, qu'il me suffisait d'apprendre son langage particulier, de placer au bon endroit les mots qui la spécifient. Elle me parut tellement intelligible que j'en devins plus intelligent, sinon plus mature. Pour preuve, lors des derniers partiels auxquels je dus me soumettre, je grimpais dans le classement, des dernières places habituelles aux trente premières, soit environ soixante-dix places gagnées sans coup férir. Mes bons copains en furent interloqués. Et moi également.


Tout devint simple. Tout se clarifiait. Ma vie prit un tout autre sens. Les complexes internes de la psyché n'avaient rien de complexe à mes yeux. Mes attitudes incongrues, mes contradictions, et celles de mes semblables, trouvèrent comme par enchantement des explications rationnelles, avec des effets bénéfiques immédiats faciles à vérifier sur le terrain. Les débats dialectiques entre la vie et la mort, le bien et le mal, se développèrent à l'intérieur et à l'extérieur de moi-même.


La libido comme source de la pulsion de vie, cela me parlait à l'évidence. Le sexe perdit sa représentation diabolique et perverse pour se transformer en une force vitale. Les femmes. Ah les femmes ! Devant qui j'avais jusque là montré essentiellement ma timidité, ma gêne, mon côté péquenaud et mon ironie déstabilisants, se mirent à papillonner autour de moi comme des insectes la nuit autour d'une lampe allumée. Ce qui m'incita en outre à laisser de côté une parcelle de ma modestie, et à renforcer quelque peu mon estime de soi.


Assez vite j'ai réalisé que pour séduire, il valait mieux être puissant et dominant, avoir les honneurs, la gloire et la richesse. Les infirmières du CHU, notamment les plus jeunes, les plus belles, les plus convoitées, préféraient galéjer et coucher avec les internes, les chefs de clinique, voire les patrons, qu'avec de vulgaires externes, frustrés, nourrissant l'espoir insensé de gravir rapidement les échelons de la hiérarchie. Je revois cette superbe étudiante en kinésithérapie, sculptée par les dieux grecs, qui déambulait dans un service de chirurgie. Elle portait une blouse ultra courte en nylon très fin, largement échancrée, hyper transparente, tel un voile par trop suggestif, sous lequel s'offraient à notre vue un soutien gorge et une petite culotte, dont les couleurs variaient de jour en jour, du rouge écarlate, au violet pontifical, en passant par le noir absolu. Elle était magnifique, traversait les couloirs dans son port de reine, indifférente à nos yeux qui nous sortaient de la tête et à nos sourires puérils en guise de salut. Belle, souriante et douce comme une madone, je me serais bien cassé une jambe pour avoir le bonheur de succomber à ses massages. Conscient de la vanité de mon entreprise, je réussis finalement à nouer un contact avec elle, à lui parler de temps à autre, mais notre relation n'alla pas au-delà d'une amitié distante et de bon aloi.


Au sein de l'hôpital psychiatrique, la sexualité n'avait que faire de la hiérarchie, des honneurs et des richesses. D'emblée les infirmières se montrèrent accueillantes, aguichantes, provocantes, à mon égard. Ce qui me surprit tout d'abord. Toutefois je pus surmonter bien vite cet inhibant effet de surprise pour m'adonner au passage à l'acte. D'autant que je venais de comprendre ce qui clochait dans mon couple, ce que ma névrose et celle de ma compagne mettaient en jeu pour détruire notre union. Alors que, pris séparément nous pouvions fabriquer du positif, ensemble nous ne provoquions que du déchirement et du négatif. Le divorce, la rupture, se profilaient inévitablement comme la moins mauvaise solution. De ce fait les voies d'accès aux bienfaits de la sexualité, en dehors des liens du mariage, s'ouvraient devant moi, sans engendrer trop de culpabilité.


Ma première aventure fut une jeune femme, enjouée, spontanée, mignonne, qui me plaisait beaucoup. Avec mon cœur d'artichaut je me sentais incapable d'envisager une relation sexuelle sans y introduire l'amour. Donc cette fille, je l'aimais. Un soir, elle m'invita chez elle et nous nous sommes rapidement retrouvés dans son lit. Une fois l'acte accompli, elle me regarda bien droit dans les yeux et me dit tranquillement, en douceur, qu'en tant qu'amant j'étais vraiment lamentable, fort minable, et même un des plus nuls qu'elle ait jamais rencontrés, que j'avais en ce domaine quasiment tout à apprendre. Il est vrai que j'ignorais totalement comment procéder pour conduire une femme à l'orgasme. Au sein de ma relation conjugale, la question de l'entente sexuelle n'avait jamais été suffisamment débattue, et je réalisai brutalement qu'elle aurait dû l'être. Sur le coup, je parvins à calmer mon ego, vexé comme un pou, qui voulait se révolter injustement, à conserver un vieux reste de dignité, et demandai à mon amie son aide pour améliorer ce que j'appelai audacieusement, mes compétences. Bonne fille, elle se proposa de parfaire mon apprentissage. Si bien que, quelques mois plus tard, elle se montrait fière de ses talents de professeur, et moi des progrès que j'avais réalisés. Il m'en restait encore beaucoup à accomplir mais j'étais déjà fort heureux de me savoir sur la bonne voie.


Par la suite, je sus de mieux en mieux harmoniser mes sentiments amoureux et mes performances sexuelles. Voire les dissocier au cas où cela s’avérerait nécessaire. L'acquisition de connaissances en psychanalyse m'a aidé, notamment lorsque j'appris que pour posséder un appareil psychique sain et abouti, rarement avant l'âge de vingt-cinq ans, il faut entretenir « des relations sexuelles génito-génitales complètes aboutissant à des orgasmes partagés et simultanés ». Reste le point d'achoppement en ce qui concerne l'homosexualité, mais pour ma part, je considère que la formule reste valable également pour des relations homosexuelles.


L'année suivante, j'allai quitter ma ville de fac pour effectuer mon stage interné, c'est-à-dire pour exercer les fonctions d'interne en psy pendant un an. Je choisis l'HP Seglas, tout neuf, ouvert depuis deux ans à peine, car la loi sur la sectorisation obligeait chaque département à s'équiper pour répondre aux besoins psys de sa population, de construire un HP s'il n'en existait pas auparavant. Mon choix s'est porté vers celui-ci car il se situait à quarante kilomètres de mon village natal, et me permit de me rapprocher de ma famille.

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