Chapitre 40

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   Auparavant, je vais dire un mot de mes gardes d'externe et de faisant fonction d'interne à la fin de mon parcours au CHU. Je n'en conserve pas un si mauvais souvenir que l'on pourrait s'imaginer. Je n'y étais jamais seul. On dérangeait facilement l'interne, qui dérangeait moins facilement le chef de clinique, lequel dérangeait encore moins facilement le patron. Très souvent les infirmières et la surveillante me tiraient une épine du pied en me disant : « dans cette situation le chef de service aurait demandé tels examens, il aurait prescrit tels médicaments... » j'appliquais leurs conseils à la lettre et tout le monde s'en trouvait bien.

Il me reste assez précisément en mémoire ma dernière garde d'interne. Un patient d'une trentaine d'années fut admis un soir aux urgences médicales, dans un état de coma vigile, avec une tension imprenable. Son épouse m'annonça qu'il souffrait d'une maladie de Trippleson. Toute la nuit, l'équipe soignante et les laborantines se sont mobilisées pour remonter sa tension, équilibrer son ionogramme. Au petit matin, nettement amélioré, nous avons pu le transférer dans un service adéquat.

Vers onze heures trente, un collègue de ma promo avec lequel je n'étais pas en très bons termes, probablement en raison des liens d'amitié que j'entretenais avec sa jolie épouse, me téléphona et me dit :

- Je fais fonction d'interne dans le service où est entré monsieur L. ce matin. C'est toi qui t'en es occupé cette nuit ?

- Oui

- Tu as diagnostiqué une maladie de Trippleson ?

- Oui

- Tu a pris ça où ?

- C'est sa femme qui me l'a dit.

- Et bien ! Tu crois vraiment n'importe qui. Il n'a rien du tout. Je vais attendre le résultat de ses examens sanguins et le faire sortir sous peu. Et il raccrocha.

Je restai coi, interloqué, pensant que quelque chose avait dû m'échapper, j'avais encore foiré. Décidément je n'étais pas fait pour ce métier. Ma fin d'études ressemblait à une fin de non recevoir mes idéaux.

Quelques jours plus tard, je reçus un nouveau coup de téléphone, cette fois, du patron du service dans lequel sévissait mon collègue.

- C'était vous l'interne de garde qui à pris en charge monsieur L. à son arrivée ?

- Oui Monsieur.

- Je tenais à vous féliciter pour la qualité de votre travail auprès de ce patient, vous informer que nous avons rétabli le diagnostic de maladie de Trippleson, et que j'ai sévèrement remonté les bretelles à votre collègue.

- Merci Monsieur !

- Allez ! Ne vous découragez pas ! Vous en verrez d'autres au cours de votre carrière. Au revoir.

Ouf ! Ce réconfort me fit le plus grand bien. Vu que j'affichais complaisamment les traits les moins glorieux de mon caractère, à savoir facétie, frivolité et le peu de sérieux en apparence, j'appréciai grandement que pour une fois justice me fut rendue. Malgré tout, il ne me restait qu'un frêle espoir de trouver ma voie sur le plan professionnel. Je ne voyais pas trop ce que la psychiatrie pourrait m'offrir lors de mon dernier stage en tant qu'étudiant en médecine.

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