Chapitre 38

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   Autre univers. Autre saut dans le temps. Dans le futur cette fois. Un centre anti cancéreux ultra moderne, assurant tous les soins médicaux, chirurgicaux, tous les examens complémentaires, aux patients atteints ou suspectés de cancer. Le service de radio isotopes se trouvait dans les sous-sols du Centre, dans des locaux blindés au plomb, du fait des rayons émis par la bombe au cobalt, les appareils de scintigraphies, le maniement de produits radio actifs comme l'iode 131.


Ici, et plus particulièrement aux radio-isotopes, tout était nickel-chrome (Cr51), beau et avant gardiste. Y compris la surveillante et les infirmières. Y compris les jeunes et belles patientes adressées là pour des explorations thyroïdiennes. Dans cet univers ouaté et bienveillant, cela coule de source qu'un sosie de Steeve Mac Queen put s'intégrer sans coup férir. Ce fut de loin mon meilleur stage, imposé à la suite d'une rébellion, ce qui signifie qu'il peut y avoir de l'intérêt à s'opposer, contester, et à s'insurger. Il me permit en outre de reconsidérer beaucoup de choses sur le plan émotionnel et intellectuel, face aux liens unissant la beauté, la bonté, et la mort.


Le patron de ce service, un petit homme rondouillard proche de la retraite, affichait une gentillesse incroyable en toute circonstance. Jamais il n'a élevé la voix contre ses subordonnés. Jamais il ne m'a parlé des circonstances qui m'amenèrent dans son fief. Jamais il ne relayait les notes écrites du directeur, lui reprochant son manque de sévérité à l'encontre des opératrices qui négligeaient de porter leur badge de contrôle de radio-activité. Il glissait ces notes sous le sous-main de son bureau, qu'elles me montraient avec un grand sourire lorsqu'il était absent, « tiens regarde, Jean-Paul, il a encore reçu une engueulade du directeur ! »


Il a fallu que j'atterrisse aux radio isotopes, en fin de mes études de médecine, pour apprendre à pratiquer des injections intramusculaires et intraveineuses. Je possédais une bonne technique pour les sutures de plaies, les ponctions intra fémorales, sternales et lombaires, mais je n'avais pas encore piqué dans une fesse ni dans une veine. De plus, j'appris à le faire sans provoquer de douleur au patient. De toute façon, les infirmières m'ont enseigné la pratique et les médecins la théorie. Parfois les rapports entre ces deux catégories professionnelles ne baignaient pas dans l'huile. Je fus le témoin, en gynéco-obstétrique, d'un épisode qui a bien failli mal se terminer, à cause d'une relation conflictuelle entre les infirmières et une interne qu'elles ne pouvaient pas blairer, à juste titre d'ailleurs. Elles lui avaient caché qu'une jeune accouchée se saignait à blanc. Elles attendaient manifestement le coma pour prévenir les médecins, mais, prises de remord, elles m'avaient mis au parfum. La transfusion sanguine put être installée à temps, la malade n'atteignit pas le collapsus. Cet événement m'a littéralement fait froid dans le dos. Je compris qu'il me faudrait vivre en bonne intelligence, tout au long de ma pratique institutionnelle, avec au moins deux corps de métiers, les infirmières et les secrétaires.


Pour ce qui me concernait, là encore, le patron n'a pas suivi les consignes des autorités de la fac, relatives à la pénalisation de la note de stage pour les grévistes. Je quittai son service avec ses gratifications et vingt sur vingt en note de stage.


Puis je me suis retrouvé dans le service de neurologie, qui était dirigé par un professeur âgé, plutôt mince et nerveux (comme il se doit), sec comme un coup de trique, grincheux et bourru, terrorisant tous ses collaborateurs, et bien sûr tous ses étudiants et stagiaires. Mais il était le genre d'homme que j'appréciais beaucoup mieux que les fielleux hypocrites qui aimaient entretenir une cour. Il s'amusait perfidement à voir les carabins pâlir, sur le point de faire dans leur froc, dès qu'il s'adressait autoritairement à eux, sur un ton castrateur et cinglant... moi, ça me faisait sourire. Par contre, avec la surveillance et les infirmières, il se montrait toujours parfaitement respectueux, voire aimable.

D'emblée il me demanda d'où je venais :

- Je suis de S...

- Un sacré bled pourri ! Mais j'ai de la famille là-bas...

- Ah oui... et comment ils s'appellent ?

- Les Cotineau...

- Mais j'ai de lointains cousins qui se nomment comme ça !

- Alors on est cousins ! Et il se marrait.


Par la suite lors de ses visites, quand je sortais une ânerie à la cantonade, reprise aussitôt par le chef de clinique, il déclarait d'un air espiègle : « C'est pas mon idée, c'est celle de l'autre, là, le cousin ! ». Et toute l'assemblée de se réjouir de le voir plaisanter. Nous nous entendions comme larrons en foire. Je l'ai choisi comme président de thèse, rôle qu'il accepta sans hésitation, qu'il accomplira en m'accordant une confiance indéfectible. Personne ne lui demandait cette faveur, tant il avait la triste réputation de recaler les candidats qui présentaient des thèses bourrées de fautes de frappe, de grammaire, de conjugaison, d'orthographe, ou des charabias insipides et abscons. Sans prétention aucune, il est vrai que dans ce domaine, je n'avais pas grand-chose à craindre.


Avec lui, je découvris que les affections neurologiques ne permettaient pas, pour la plupart, beaucoup de succès thérapeutiques. Des espoirs se firent jour pour le traitement de la maladie de Parkinson, avec la L.dopa et les expérimentations de l'amantadine. Des espoirs bien minces toutefois. J'avais appris en cours que l'épilepsie provoquait une déficience intellectuelle, je fis part de mes doutes sur ce point à mon cher patron, en citant Flaubert, Dostoïevski et d'autres. Il me répondit : « Ah ! Tu sais... cousin, la Médecine n'est pas une science exacte. »


Je fus autorisé à assister à une séance d'électrochocs, sur un patient âgé. Il venait à espaces réguliers, avec soulagement, pour « sa séance » qui, semblait-il, améliorait nettement son état dépressif chronique et sévère. Elle se déroulait sous anesthésie générale, il repartait, ragaillardi et reconnaissant, le jour même. J'avoue que ce fut pour moi aussi un choc. Je ne connaissais alors que très peu de choses sur ces thérapeutiques, j'en apprendrai plus par la suite, mais l'ECT (Electro Convulsivo Thérapie) me paraissait intrusive, je comprenais mal comment une crise comitiale pouvait guérir d'autres maladies. Contrairement à la lobotomie, elle conserve aujourd'hui ses indications et se pratique toujours dans les hôpitaux de notre pays. Question d'éthique personnelle il me semble.


Enfin, en quittant « la neuro » je réalisai cette évidence, que les médecins les plus humbles sont ceux qui ont le plus à faire à l'impossibilité de provoquer la guérison.

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