Chapitre 36

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   Marié à une personne de qualité, jolie, intelligente, gaie, racée, ayant obtenu brillamment le concours pour enseigner les langues dans les collèges et les lycées, je ne pouvais imaginer que notre couple ne tiendrait pas même une demi décade. Si notre entente intellectuelle perdurait, tout le reste se délita à une vitesse inimaginable. Avec le recul je me dis qu'au moment du mariage, le seul à croire en sa réussite fut notre curé et ami de la famille. Il avait sorti ses parures des grands jours, son calice et ciboire en or massif. Ses sermons dignes de Bossuet ou de Bourdaloue n'en finissaient pas. Il s'adressait à Dieu, il nous adressait à Dieu, mais Dieu ne l'a pas écouté. Peut-être parce qu'il ne passait pas pour être un serviteur discipliné aux yeux de sa hiérarchie, en conservant sa soutane noire, fermée par ses vingt-quatre boutons, en célébrant la messe en français, et en pestant sans cesse contre son évêque. Dieu ne pouvait pas désavouer son fidèle corps épiscopal.


Le CROUS nous avait logés dans un petit appartement au troisième étage d'un immeuble qui en comprenait quatre, sans ascenseur, situé dans une cité dortoir immense où se côtoyaient des barres HLM et des tours de standing amélioré. Qui évoluera plus tard sur le mode de la Courneuve ou des Minguettes. Mais à l'époque le calme régnait dans la cité, notre cuisine donnait sur une petite colline boisée, lieu de promenade pour notre chat, que nous tenions en laisse comme un toutou. Sur notre palier vivait une famille nombreuse italienne, des gens adorables qui nous aimaient bien, nous aidaient efficacement en maintes circonstances, en contrepartie nous soutenions leurs enfants dans leurs devoirs scolaires. Au-dessus, un jeune couple dont la femme présentait une pathologie mentale sévère qui se manifestait par des crises fréquentes avec hurlements et vacarme de meubles déplacés ou fracassés. Cela lui valut de nombreux séjours à l'HP, qui ramenaient le calme dans l'immeuble.


Un mieux-être matériel nous permit d'avoir un confort relativement douillet et agréable. Nous occupions un appartement coquettement décoré par Janine, une chambre à coucher en bois de rose, une cuisine fonctionnelle, les sols rutilants que nous parcourions en glissant sur des patins. Nous possédions une machine à laver le linge, livrée dans une gamme supérieure à celle que nous avions commandée et payée. Puis, une voiture, une 2 cv d'occasion, offerte bon marché par un copain de mon bled. Paradoxalement, je ne me suis pas déplu dans cet univers cosmopolite et vivant. Au départ nous nous sommes situés dans la norme des couples de notre âge et de notre condition. Nous étions entourés d'amis avec lesquels nous passions de bons moments à partager les plaisirs de la table, à jouer à la pétanque en bas de chez nous, à organiser des pique-niques et campings, à assister à des concerts de rock et de folk. Certains avaient déjà un enfant qu'ils emmenaient partout avec eux. D'autres vivaient carrément en communauté. Nous nous considérions comme des sujets libres et en apparence responsables.


Un dimanche, à la sortie de la messe, le curé de la paroisse nous demanda si nous accepterions de faire le catéchisme à un groupe d'enfants de onze ans. Bien évidemment nous avons dit oui. Les gamins eurent droit à des collations, des gâteaux, chocolats, jus de fruits, ils ne rataient pas leurs « séances ». Notre enseignement ne s'est guère prolongé, car un beau jour le curé débarqua chez nous pour mettre fin à l'expérience, nos propos ayant été jugés subversifs par les parents. Nous venions d'aborder avec les mômes la condition de vie des gens dans les prisons, en déclarant qu'il ne fallait pas croire tout ce qu'on racontait sur les soi-disant privilèges accordés aux prisonniers, que les parents n'avaient pas toujours raison. Exit notre catéchisme libératoire !


Par la suite, dans le couple, nous nous sommes efforcés d'assumer tant bien que mal nos distorsions relationnelles, et l'intrusion du négatif dans notre intimité conjugale. Si moins par moins ça fait plus, c'est hélas parfois au prix de sérieux dégâts. Les choses ne pouvaient qu'empirer, mon cœur saigne en revisitant cet échec, mais il n'a jamais succombé à la tentation de la haine. En réalité, pendant toute la durée de mes études, j'ai laissé l'amour emprunter les voies de garage. Sorti de la fac, je n'étais mûr dans aucun domaine de l'existence. Nul de chez les nuls sur le plan spirituel, affectif et sexuel.

Mon stage en pédiatrie s'était déroulé de manière satisfaisante. La communication avec les enfants me semblait facile à établir. J'étais subjugué par la beauté des nourrissons maghrébins. Par contre en gynéco-obstétrique ce fut la catastrophe. Non pas à cause des parturientes, que mes camarades nommaient délicatement « les grosses », mais en raison des nombreux affrontements avec le chef de service, un jeune agrégé pétri d'ambition, à l'ego surdimensionné, qui ne supportait pas mes réparties caustiques et insolentes, sapant directement les bases de son édifice narcissique. C'est peut-être dû à un malencontreux hasard s'il m'a fallu quatre tentatives pour valider le partiel qu'il corrigeait, mais quand même... selon moi, ma copie méritait, à chaque fois, largement la moyenne.


Le seul accouchement auquel j'ai participé m'a posé quelque souci au moment de l'expulsion du nouveau-né. Il est sorti comme un boulet, je le saisis au vol, mes gants glissèrent sur sa peau gluante, je réussis à le retenir, in extremis, sous les bras et à le déposer sur le ventre de sa mère, mais il a bien failli atterrir dans la corbeille de compresses. Quant à l'autre expérience douloureuse rencontrée au cours de ce stage, elle consistait en un curetage. Je la terminai, envahi par une chaleur et des odeurs vertigineuses, en évitant de justesse le malaise vagal, grâce à un suprême effort sur moi-même. Mais ça avait été moins une...

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