Chapitre 31

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   La conscience politique ne me bousculait pas vraiment. Les tracts et harangues des militants de l'UNEF ne me laissaient pas indifférent, mais au cours de mon éducation, accroché aux femmes qui ne s'intéressaient pas à la politique, obéissant aux hommes qui la haïssaient, rien ne m'inclinait à les intégrer dans mon système idéologique. Mais dès que je pris connaissance du mouvement du 22 mars 1968 qui déclencha à Antony la lutte pour la libre circulation dans les cités U, je pris une part active à la contestation estudiantine, qui connut son apogée en mai de cette année là. Les événements, les violences, le climat de peur m'atteignirent de plein fouet. Je passais des nuits entières l'oreille collée à mon transistor, et ne mis pas longtemps à choisir mon camp, celui des forces de gauche, et même d'extrême gauche, qui me semblait mieux partager mes vraies valeurs que celui des fachos de la droite et d'Occident. Et puis j'avais une grande sympathie pour les Léon Blum, Jean Jaurès, Pierre Mendès-France, Michel Rocard... et Jean-Paul Sartre qui a soutenu d'emblée le mouvement contestataire et défendu la démocratie en dénonçant le système en place, en déclarant son fameux « Élections pièges à cons ! »


J'approfondis les théories de Karl Marx, je pris à cœur les manipulations outrancières du capitalisme américain contre les travailleurs, ses républiques bananières en Amérique du Sud, ses guerres ouvertes ou souterraines au Vietnam et au Moyen-Orient, alors qu'on m'avait largement informé des manipulations outrancières du communisme contre les travailleurs sous la férule de l'URSS, ses répressions contre la Hongrie et sa mainmise sur les pays de l'Est et d'Asie. Les deux me paraissant aussi inacceptables l'un que l'autre, il fallait en effet une révolution pour éradiquer ces deux fléaux. En fait, la « révolution » de mai 68, elle fut bien plus opérationnelle dans ma tête que sur le terrain socio-politique. J'avais des amis à l'UNEF, dans les partis de gauche et d'extrême-gauche, mais je ne me suis engagé dans aucun syndicat et parti.
Trop trouillard et pas assez confiant en la politique, j'évitais les échauffourées avec les « fachos », je n'ai participé qu'à une manifestation dans ma ville de fac de province, qui n'a pas connu de débordements ni de violences excessives. Je ne suis pas allé à Paris avec des camarades pour en découdre avec les CRS. C'est parce que je ne voyais pas d'intérêt ni de plaisir à me battre que je ne suis pas devenu un militant. Cependant cette question m'a envahi et culpabilisé, en reconnaissant qu'il était parfois nécessaire d'avoir recours à la violence. Au terme de longs et innombrables débats avec mes copains sur le sujet, le sentiment de faire preuve de lâcheté, de fuir devant la peur, m'a souvent titillé. Sans pouvoir résoudre ce cas de conscience, j'ai laissé les choses en l'état, et ne me suis jamais battu physiquement contre qui que ce soit. Et je continue lâchement à laisser la brutalité aux autres.


Un autre de mes paradoxes a été de me lancer dès le début du mouvement, à corps perdu, dans la contestation en allumant les mandarins qui cherchaient à nous récupérer, en sensibilisant les troupes dans les amphis, avec quelques copains qui y voyaient une autre façon de faire la fête. Je fus même élu démocratiquement porte-parole de la première organisation des étudiants en médecine. Mon mandat n'a duré que deux semaines car ensuite sont arrivés de Marseille et de Lyon des pros de la lutte partisane, affidés au PC et aux gauchos, qui ont réorganisé et hiérarchisé le mouvement en l'inféodant aux positions des leaders nationaux, Cohn-Bendit, Geismar et Sauvageot en particulier. Lesquels m'ont d'ailleurs convaincu de rester un militant solitaire.

Si les hommes m'ont déçu, les idées n'en ont pas moins poursuivi leur chemin dans ma tête. La liberté prenait tout son sens. La liberté de parole et l'humour des slogans sont gravés dans ma mémoire. « Ce n'est qu'un début, continuons le combat », « Il est interdit d'interdire », « Faites l'amour pas la guerre », « Aimons-nous les uns sur les autres », « je ne veux pas perdre ma vie à la gagner », « la volonté générale contre la volonté du Général », « L'imagination au pouvoir ! », le fait d'avoir changé l'ordre des lettres de l'usine BERLIET à Lyon en LIBERTE, et bien d'autres démonstrations de notre créativité encore. Alors ceux qui me disent que je suis un nostalgique de mai 68 me font sourire, car pour être nostalgique de quelque chose il faut l'avoir perdu et ce n'est pas mon cas.


Puis il y a eu la grève, un mouvement social généralisé sans précédent, concernant tous les secteurs économiques, toutes les catégories professionnelles, qui a duré presque un mois. L'essence a manqué, la nourriture a manqué, les transports en commun ne fonctionnaient plus. Avec Janine nous avons décidé d'aller chez mes parents pour nous ravitailler en légumes du jardin. Un automobiliste très aimable nous a pris en stop, qui roulait lentement pour épargner son essence. Arrivés à destination, mon père qui m'avait souvent dit : « te f'ras c'que t'voudras quand t'auras vingt-et-un ans !», et je venais tout juste d'avoir vingt-et-un ans, n'y alla pas par quatre chemins:

- Vous vous rendez compte d'la merde qu'ont foutue ces voyous au lieu d'étudier ?

- Ben... oui...

- J'espère que vous êtes pas d'accord avec eux !

- Ben... si..

- Quoi ? Vous êtes d'accord avec eux ?

- Ben oui...

- Foutez-moi l'camp!R'tournez d'où vous v'nez ! J'veux p'us vous r'voir !


Nous sommes repartis aussi sec, en stop, furieux et vexés comme des poux, les sacs vides. Nous avons survécu à la crise, comme bien d'autres, en renouant quelques mois plus tard le lien trans générationnel avec mes parents, mais en sachant de part et d'autre que le schisme était irrémédiablement installé sur le plan politique.


Mai 68, en ayant mis à mal l'organisation des études en général, et celles de Médecine en particulier, avec la suppression des examens de juin, la peur chez les profs de se voir à nouveau malmenés, et des réformes à mettre en place, aura permis à notre promotion de passer allègrement en troisième année d'études médicales AR, grâce à des corrections indulgentes aux examens de septembre-octobre. AR signifiant ancien régime, qui s'est appliqué jusqu'à la fin de notre cursus. Nous avons continué à bénéficier, de ce fait, de la « complaisance » des enseignants, qui ne souhaitaient pas nous voir redoubler et mettre la pagaille dans le « nouveau régime » qu'ils commençaient à contrôler chez nos camarades plus jeunes.


En réalité, ces fameux événements m'ont facilité la tâche pour accéder au grade de docteur en Médecine, et pour me forger une conscience politique. Ma famille fut scandalisée quand je lui ai annoncé que j'avais voté Alain Krivine aux présidentielles de 1969, avant de me lancer dans un long parcours d'abstentionniste. Nul n'est parfait.

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