Chapitre 27

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   Vingt ans, le bel âge. Un psychisme extraverti et inconséquent. Des succès intellectuels inattendus, imprévus et inespérés. Des cadeaux somptueux, une gourmette en argent de ma tante, ex paysanne reconvertie dans le commerce, un bijou qui noircissait au contact de ma peau et que j'ai perdu au bout de quelques semaines. De ma mère, une chevalière en argent, plaquée or, sur laquelle on avait gravé mes initiales, et que j'ai conservée un peu plus longtemps à l'annulaire droit, avant de la perdre également. Ce qui ne m'a pas manqué outre mesure, car de tout temps, y compris lorsque je fus intégré au cercle envié des hauts salaires, j'ai affiché un souverain mépris à l'égard des objets de valeur, des produits de luxe, quels qu'ils soient, vendus à des prix fous. Avec toutefois une très raisonnable exception : mes stylos à plume, en évitant bien évidemment de les hisser jusqu'aux Mont-Blanc. Je me suis acharné, sans succès en ce qui concerne la représentation sociale, à revaloriser en moi le « français moyen », disons... à être un français dans la moyenne, un « honnête homme » au sens philosophique du terme. Encore aujourd'hui, cela m'amuse de constater que je fais plus pitié qu'envie. Les boutiquiers qui ignorent ma profession, me proposent régulièrement leur marchandise à bon marché, et pour un peu, me donneraient un euro pour m'acheter du pain.


    Vingt ans, le bel âge. Une bonne constitution physique, entretenue par la pratique de sports variés. Une santé de fer. Mais à y regarder de plus près, je dois comptabiliser mes innombrables angines à répétition, qui m'ont conduit à dix-sept ans sur la chaise de l'ORL, pour l'ablation des amygdales, à la tenaille et sous une anesthésie locale symbolique. Auxquelles je dois ajouter un décollement du ménisque droit traité par des séances d'ondes ultra-courtes fort peu efficaces, quelques caries dentaires particulièrement douloureuses, avant, pendant, et après mes rencontres avec le dentiste.   

Et j'allais oublier mon accident le plus marquant, une spectaculaire chute de vélo lorsque j'avais dix ans. C'est arrivé par une chaude journée de juin, nous sortions de l'école, mon copain Nono avait insisté pour me raccompagner chez moi sur le porte-bagage de sa bicyclette. J'acceptai non sans réticence, sachant qu'il aimait la vitesse et les acrobaties, en digne fils de son père, un immigré italien entrepreneur en maçonnerie, qui traversait notre village en poussant à fond les chevaux de sa DS19, en soulevant des nuages de poussière comme dans les westerns de John Ford ou de Sam Peckinpah. Nous descendîmes à vive allure la première pente du haut de la colline, Nono pédalant comme un malade sur la petite route en terre battue. En bas de la côte, à la sortie du virage débouchant sur un long faux plat rectiligne, je vis à cent mètres devant nous, de dos, la directrice d'école, un cabas à la main, et sa fille, qui marchaient tranquillement en direction du bourg. Pris de panique, j'ai supplié mon copain de ralentir, il ne voulut rien entendre. Je l'ai menacé de sauter s'il continuait à ce train là, sans plus de résultat. Alors j'ai sauté. Mes deux pieds ont bien atterri sur le sol sablonneux, puis mon corps, sous l'effet de la vitesse, fut projeté brutalement vers l'avant, la main droite qui tenait le cartable était ensanglantée, la lèvre inférieure également. Mes incisives supérieures laissèrent quelques éclats sur la chaussée.

La peur me fit oublier la douleur et, à la directrice qui n'avait rien vu, mais entendu ma chute, je répondis que tout allait bien et marchai d'un bon pas, fuyant comme un voleur, accompagné par Nono qui ne tarda pas à remonter sur sa bécane, à reprendre sa course folle, mais tout seul cette fois. Par la suite ma main s'est mise à enfler, le petit doigt à bleuir et la douleur à devenir insupportable. Ma mère, qui avait exercé dans sa jeunesse comme infirmière, ne s'est pas trop inquiétée. Mon père m'envoya chez sa grand-mère maternelle, qui vivait encore, dans une petite maison pas loin de chez nous, et possédait le don de guérir les entorses et autres contusions musculaires. « T'en fais pas mon gars, elle va te gôgner ça et dans deux jours, te sentiras pu rien ! » Ce ne fut hélas pas le cas, au contraire, les massages à l'huile camphrée de l'ancêtre n'ont fait qu'aggraver l’oedème et la douleur au niveau de la main. Elle me traitait de douillet, ce que je trouvais vexant et injuste. En désespoir de cause, on me conduisit à l'hôpital, où une radio mit en évidence une fracture de la première phalange de mon petit doigt. Qui guérit rapidement, grâce à un plâtre bien ajusté, empêchant tout travail d'écriture, et à la rééducation kinesthésique. Cet avatar me laissera juste un petit doigt moins alerte, moins vigoureux, ainsi qu'un très léger zozotement.


Tous les soins se pratiquaient dans les centres médicaux de la Mine, par des praticiens de la Mine, aussi compétents, sinon plus, que leurs collègues exerçant en libéral, dans les hôpitaux de l’État, ou dans les cliniques privées. Je leur suis reconnaissant de m'avoir maintenu en bonne santé. Tout en regrettant, qu'à l'époque dont je parle, la douleur n'ait pas fait l'objet d'attentions particulières. Atteint d'affections bénignes, qui ne gênaient pas mes activités quotidiennes, dont on me disait : « tu n'y penseras plus le jour où tu vas te marier », je devais apprendre à supporter la souffrance physique, à être « dur au mal », avant de pouvoir bénéficier de l'aspirine, pourtant remarquablement efficace. Chez nous on se méfiait des médicaments, on comptait d'abord sur les remèdes de grand-mères, les recours aux fakirs et guérisseurs, les eaux bénites quand on manquait d'eau de Lourdes, les saintes prières... et les défenses biologiques naturelles. Par contre, on tenait scrupuleusement à jour les carnets de vaccination, en espérant la découverte de nouveaux vaccins, dont celui qui éradiquerait l'effroyable cancer, que l'on n'osait pas nommer tant l'on craignait de le faire apparaître.


   Revenons à notre bel âge insouciant de vingt ans. Aussi, en première année d'études de Médecine, mon inconscient ne se satisfaisait-il plus de m'endolorir la gorge, le genou, les gencives, le doigt et parfois la tête. Il lui fallait une vraie maladie, capable d'intéresser le monde hospitalo-universitaire, pour qu'il transmette son savoir aux apprentis docteurs. J'ignore tout des tractations qu'il a eues avec mon corps, toujours est-il que j'ai passé de sales quarts d'heure avec mes coliques néphrétiques.

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