Chapitre 13

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   Politiquement nous suivions grosso modo les opinions de nos parents. Richard était socialiste et athée comme son père, et moi gaulliste catholique comme mon père. Ce qui ne nous posait pas de problème majeur. Presque tous les jeudis nous écumions la région à bicyclette, dans un rayon de quarante kilomètres à partir de notre village. Nous n'avions pas l'esprit de corps, pas d'affiliation à un groupe, un clan, une organisation quelconque. J'avais bien tenté la JEC (jeunesse étudiante chrétienne) mais très vite j'ai laissé tomber. Je me souviens seulement que la copine, qui m'avait embringué dans ce mouvement, déclara au jeune aumônier qui nous mettait en garde contre la lubricité : « C'est bien normal que vous vous trimballiez avec cette photo de pin-up dans votre porte-monnaie ? » Ma piété demeurait toujours aussi forte mais sur la question du sexe je ne suivis plus du tout les recommandations de l’Épiscopat. Paradoxalement, tout comme Richard, je me sentais proche en pensée de Jacques Brel, Georges Brassens et Léo Ferré. Il décidait de l'itinéraire de nos virées pour la chasse au cotillon hebdomadaire. Il voulait tout le temps commander, et moi je ne voulais pas tout le temps obéir. Parfois chacun partait de son côté et passait le jeudi après-midi en coureur solitaire. Le plus souvent c'était l'entente parfaite. Les petites routes de campagne, peu fréquentées, nous permettaient de rouler de front, d'accompagner quelque soubrette qui allait faire ses courses à la ferme, ou à l'autre bout de son village. Richard se montrait silencieux et se marrait en admirant mes exceptionnels talents de baratineur. Les filles aussi se marraient. Sauf une qui se mit à paniquer, sur son solex, en constatant que nous nous rapprochions d'elle à grands coups de pédales. Pourtant nous n'avions rien d'effrayant, bien au contraire, nous donnions le sentiment de rassurer, protéger. Mais celle-là ne voulait rien entendre à nos exhortations au calme. Elle pédalait à mort et poussait à fond le moteur du solex, faisant couiner le galet sur le pneu avant. Mais pousser nos vélos à des sprints de plus de 40 km/h ne nous demandait qu'un léger effort supplémentaire, et dieu merci la belle ne s'est pas retrouvée dans le fossé, elle a abandonné la résistance et nous nous sommes quittés en bons termes, une fois parvenue à sa destination.


Richard tenait à m'emmener dans les booms chez les fils de bourges qui l'invitaient, lui, tolérant malgré tout ma présence. Et on les comprend parce que mon exubérance, mon charme discret du prolétariat évangélisé, mes facilités à délier les langues des filles timides mais jolies, à lire quelques petits secrets faussement cachés derrière leurs sourires ou leurs mimiques, à les faire virevolter dans mes bras musclés de danseur de salon virtuose, on les comprend dis-je parce que je leur cassais régulièrement leur baraque question drague. Sous les regards satisfaits et amusés de mon pote. L'un d'entre eux avait hébergé sa ravissante et pas farouche correspondante allemande, et organisé chez lui une fête à l'occasion de son départ. Ils parlaient tous sa langue bien mieux que moi, les plus fiers rivalisaient d'accent teutonique dans l'espoir d'un flirt avec elle. Mais ce qui l'intéressait c'était de danser, et plus spécialement la valse et le tango. D'autorité, et assez rapidement, elle m'attribua le titre envié de cavalier exclusif, non seulement pour les danses, mais également pour le flirt. Mon avenir chez les bourges se vit ensuite lourdement compromis. Lors de ma dernière participation, après avoir dansé chaudement des slows avec ma nouvelle conquête, et lancé une bonne offensive pour compter me fiancer, au moins pour deux semaines, avec elle ; ne voilà-t-il pas qu'à la série de slows suivante elle refusa tout net, et définitivement, de venir dans mes bras. C'était une des filles du gros pharmacien de la ville, patron du père de Richard. Un peu surpris tout de même, je rejoignis mon ami qui me dit dans la creux de l'oreille : « ta cavalière, tout-à-l'heure je l'ai entendu discuter avec sa sœur qui lui a annoncé que ton père était mineur. » Vivre ce genre de discrimination à dix-sept ans, c'est une blessure qui ne cicatrise qu'en grimpant dans l'échelle sociale au même niveau, voire au-dessus, des marchands d'une petite ville où ce sont les Dupont-la-joie qui font la Loi. Sur ce coup-là mon ami n'a pas rigolé non plus.


Il était amoureux de la fille du coiffeur d'un lieu-dit proche de notre village. Nous passions souvent devant le salon. Elle nous souriait, semblait si sage, si douce, si timide. Ils ont sympathisé, nous sommes devenus amis, mais elle sortait avec un garçon plus âgé, qu'elle épousera plus tard, un pharmacien. Qu'elle trompera sans vergogne, mais pas avec Richard. Il préférait les petites nanas sages, discrètes, non excentriques, genre sandales bleues, socquettes blanches, jupes plissées bleues, chemisier blanc à col Claudine, avec cravate le cas échéant. Moi j'en pinçais pour les délurées, théâtrales, hardies, sapées à la dernière mode. Malheureusement c'est exactement le contraire qui s'est produit, relativement aux tendances amoureuses des filles. Ce qui fait que nous n'avons pas vécu, durant deux longues années, d'amour à la hauteur de nos espoirs, de nos fantasmes, de nos désirs. J'en ai profité pour m'améliorer en danse et en ping-pong, et lui pour préparer son bac.

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