Chapitre 12

4 minutes de lecture

   L'essentiel de mon art se trouvait dans bavard et rigolard. Je me marrais en permanence. Mes réparties, mes vannes, mes jeux de mots, faisaient rire mes camarades, et parfois même, mes professeurs, quand ils n'étaient pas trop mal disposés. Sinon je finissais le cours chez le surget, accompagné par le responsable de classe. Disons en passant que ce rôle envié et proche du Pouvoir, j'ai réussi à le gagner en terminale, élu dès le premier tour à la majorité absolue des votants qui savaient compter sur ma solidarité pour ne pas noter leurs absences sur la feuille de présences, leur éviter des sanctions, les protéger. Leur joie fut de courte durée car on me révoqua au bout d'un mois pour me remplacer par le pire lèche-cul, faux-cul et trou du cul du bahut. Mimile, le prof de français, me détestait ouvertement. Dommage car c'était un des meilleurs enseignants de la région. Je n'avais jamais la moyenne à ses compositions. Quand mon bavardage et mes bons mots l’insupportaient, il s'arrêtait net de parler, et ça durait. Le silence plombait l'ambiance. Il levait la tête en la tournant vers le tableau noir, fermait les yeux, ouvrait grand la bouche en une horrible grimace, se passait l'index lentement de haut en bas sur le coin de la lèvre, du nez jusqu'au menton, sans prononcer un mot. Puis d'un seul coup, soit en colère en haussant la voix : « Amour ! Allez immédiatement chez le surveillant général ! », soit en visant à m'humilier : « sortir un bon mot une fois, ça peut être drôle, deux fois ça fait lourd, mais trois ça signe la déficience intellectuelle ! » ou encore, disposé lui aussi à l'humour : « euh... on dit que l'amour est aveugle, mais certains ne sont pas toujours muets ! ».

Le paradoxe, c'était mon souhait d'entrer dans ses bonnes grâces. Je l'admirais, ses cours étaient géniaux, captivants, jamais ennuyeux, souvent distrayants. Je faisais des efforts pourtant mais ça tombait toujours à côté. Par exemple, au devoir ayant comme sujet « décrivez le personnage de roman que vous avez trouvé le plus cocasse. » je débutais ma copie, tout fier de moi par « le personnage de roman que j'ai trouvé le plus cocasse est Cocardasse. » il m'a mis en rouge dans la marge : « Soyons sérieux ! ». Il animait un groupe de théâtre, je m'y suis inscrit, il ne pouvait pas me refuser. Ce fut un fiasco. J'étais nul, mais archi-nul en tant qu'acteur et je devais jouer Octave, dans « les fourberies de Scapin », déclarer ma flamme à une nana que je ne pouvais pas sacquer, une petite bourge suffisante et péteuse qui devait en avoir pas moins à ma charge. Évidemment l'amour ne sonnait pas très juste. Mais en fin de compte, le spectacle remporta un réel succès. Je quittais ensuite le "groupe théâtre" du bahut, plutôt fragilisé sur le plan du narcissisme. Pour terminer mon histoire d'amour avec Mimile, mon dernier prof de français, pour l'ultime dissertation qu'il nous a imposée, libellée « La province et Paris dans le Rouge et le Noir », je lui remis dix feuilles doubles, quarante pages sans fautes, écrites de ma plus belle plume plaquée or. Il m'attribua un 14 sur 20 mais elle méritait bien plus, et ne me cita que de manière allusive dans ses commentaires « Ce sujet a par ailleurs été abondamment développé. » J'ai compris par la suite que plus rancunier qu'un professeur, tu meurs !


Cette expérience, la seule aussi humiliante pour moi dans mes 25 années de scolarité, n'a nullement gâché mon addiction à l'humour. J'adorais les chansonniers, Bobby Lapointe, Desproges, Brassens et son copain Réné Fallet, « l'automne à Pékin » de Boris Vian, les humoristes, les gags téléphoniques de Francis Blanche, « les Duraton » et « ça va bouillir » à la radio, les films comiques, les blagues entre potaches et tout ce qui me portait à rire. Du léger au lourd. Du fin au gras. Du chaste au paillard. Du tout au tout. Je me serais fait damner pour un mauvais calembour. Lorsque je me trouvais à court d'inspiration, je déclarais à mon auditoire, bon public : « Pardonnez-moi si je cale en bourdes. » Drôlatique, assurément.


Richard Naudat devint mon ami inséparable. Il habitait dans mon village, à un kilomètre de notre maison. Je ne le fréquentais pas auparavant. Nos familles n'étaient pas proches non plus. Il avait fait tout son cursus avec les « classiques », ne prenait pas le transport scolaire, son père employé dans une grosse pharmacie de la ville l'accompagnant au bahut. Bien que réservé, timide, peu disert, autoritaire et froid au premier abord, nous nous sommes très bien entendus. Jamais il ne venait chez nous, c'est moi qui me rendait chez lui. Il envoyait constamment bouler sa mère, qui me trouvait, comparativement, charmant et très sociable.

Probablement parce qu'il ressemblait physiquement à Jacques Brel, en plus beau, c'était son chanteur préféré. Le mien était Georges Brassens, avec qui je n'avais pas même de faux airs. Nos débats en matière de musique furent mouvementés, argumentés, denses et parfois houleux. Nous partageâmes la même seconde, qui fut pour moi une descente aux enfers. Il avait acquis, ainsi que la plupart de ses camarades de classique, un rythme de travail d'une efficacité et d'une rapidité dingues. Moi, je me contentais de faire les exercices et de survoler les leçons que les profs demandaient, eux se coltinaient tout ce qu'il y avait dans les bouquins. Je ne savais pas apprendre comme cela, je ne pouvais pas suivre leur rythme, sauf en maths, seule matière où les fainéants et les fumistes peuvent réussir. Le comble c'est qu'ils allaient, en plus, au cinéma, organisaient des boums, pratiquaient des sports de compétition et réussissaient partout. Richard, fils d'un employé modeste, inscrit au top 5 des classements scolaires, s'était fait accepter par la classe dirigeante, et avait su intégrer son mode d'emploi pour rester aux commandes. Pas moi. Il m'embarquait dans des soirées, sorties, surprises-parties, et autres festivités, les week-ends juste avant les compositions, en me disant que ça ne servait à rien de réviser au dernier moment. Forcément, il était à jour, lui. Mais je succombais à la tentation, trop hédoniste et peu soucieux de lui avouer que mes connaissances se forgeaient seulement à ces moments-là. Du coup, j'ai terminé ma seconde dans le milieu du tableau, grâce au très fort coefficient accordé aux mathématiques.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 11 versions.

Recommandations

jesuispasunerockstar
La semaine est passée très vite. Dans quelques heures, je joue mon premier concert en public avec Sin et les garçons. Je suis complètement excitée et persuadée que nous allons assurer. J’ai suivi le conseil de Sin, j’ai laissé languir Matthew toute la semaine de la même manière que lui me fait languir depuis la rentrée. Maintenant que je le sais attiré par mon charme, j’échange avec lui des regards appuyés, des sourires, des compliments, mais ne le pousse pas plus loin. D’un autre côté, vu que je ne suis jamais seule avec lui, ça limite les opportunités. J’aimerais retrouver un moment de connivence comme celui en duo que nous avons eu dans le garage de Sindy samedi dernier. Ce soir, c’est possible. Pendant le show, je vais époustoufler Matthew avec mon violon. Et après le concert, je m’arrangerai pour me trouver dans un endroit calme seule avec lui et l’embrasser. Pour cette raison également, je suis excitée. En plus, ce soir, Sindy me présente enfin son copain dont elle est si amoureuse. Je la sens impatiente et enthousiaste, elle aussi. Et pas uniquement par le concert. La soirée promet d’être bonne pour toutes les deux. Sin m’a demandé de la rejoindre devant sa salle de classe a
1679
2006
1490
471
Lara Simmon
Léna débarque aux États-Unis en espérant changer de vie. Elle a été acceptée dans la célèbre université d'Harvard et a l'intention d'en profiter. Nathan, son nouveau voisin, lui fait alors une proposition qu'elle ne peut refuser. Grâce à lui, le rêve américain est à portée de main ! ... Mais c'était sans compter sur Brett, le colocataire de Nathan. Quoi que Léna fasse, il se trouve toujours sur son chemin. Pour le meilleur et pour le pire.

New Romance avec deux points de vue.
15
0
17
40
thalina4
- Je suis un paradoxe ambulant, rétorqua Daisy.

- J’avais remarqué. Le jour où tu as parlé de Coco Chanel et de Sun Zu dans un même sujet, j’ai été bluffé. Encore plus en remarquant que ta playlist va d’Ariana Grande à Metallica en passant par Aerosmith, répondit Matt.

- Comme le disait en effet cette grande dame que je respecte tant, Coco Chanel : « pour être irremplaçable, il faut être différente » ajouta-t-elle.

- Ça tu l’es, ma belle. Et c’est cela qui fait ton charme.


Etudiante en droit et fashionista dans l'âme, Daisy Nod, vingt-ans est une bourgeoise au tempérament bien trempé des beaux quartiers de Manhattan.

Issue de parents très conservateurs et un brin snob, ses relations sont conflictuelles avec ses derniers qui peinent à ce qu’elle se conforme au moule de la petite fille parfaite.

Quand elle rencontre Matt Keller, la pop star internationale aux multiples conquêtes, elle ne s’attendait pas à cette collision amoureuse ni au tourbillon dans lequel il allait la transporter. Leur attraction est immédiate. Leur amour rapide. Peut-être même un peu trop.

Mais leur idylle ne sera pas de tout repos.
57
67
243
43

Vous aimez lire Jean-Paul Issemick ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0