Chapitre 6

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   Ma prime enfance ne s'est pas déroulée dans l'opulence, mais dans la misère. Mon père, à quarante ans, maigre comme un clou avant de prendre de l'embonpoint, travaillait au fond du trou, à six-cents mètres sous terre, « au charbon », c'est-à-dire en première ligne pour extraire le minerai, et gagner un peu plus. Il était déjà le chef d'une famille de cinq enfants. Et moi j'avais dix ans. Il parvint à assurer notre subsistance grâce à son sens du sacrifice et du devoir, son amour pour nous, son appétit pour le travail bien fait, et aussi un peu grâce à l'alcool. Les scènes de ménage entre ma mère et lui se révélaient aussi violentes que fréquentes. Le plus souvent en raison du manque d'argent. Il ne nous a jamais frappés, contrairement à sa moitié qui cédait facilement à la colère, avait la main leste et le martinet toujours à sa disposition. Bien sûr, comme tout môme qui se respecte, nous en coupions les lanières, et bien sûr, comme toute bonne éducatrice, elle nous tapait avec le manche. Ma petite taille et mon agilité me permirent d'éviter nombre de projectiles qu'elle nous lançait à la figure, de subir trop souvent ses mains vengeresses. Je fonçais tel un dératé me réfugier dans la niche de Sultan, notre berger allemand, enchaîné dans la cour en raison de son caractère agressif et hargneux, mais toujours bien disposé à défendre mon intégrité physique. La colère du chien menaçant, au bout de sa chaîne, de lui déchiqueter un mollet si elle osait avancer, stoppait net ses élans massacreurs. Je quittais mon abri, lorsque l'incident était oublié au profit d'un autre, non sans avoir enlacé tendrement mon protecteur pour lui manifester ma reconnaissance. Puis je rentrais dans la maison, profil bas mais rasséréné.


Nous occupions alors la partie mitoyenne de la maison construite par mon arrière grand-père paternel. Située à l'orée du village, au bout d'un petit chemin conduisant à une mare, en retrait de la route goudronnée, entourée d'un pré de superficie modeste et d'un vaste jardin de plus de vingt ares, elle jouxtait les pâturages des fermiers et métayers environnants. Nous étions à la campagne, avec vue imprenable sur le bocage du charolais sous-développé et ses bovins, à la grande désolation de mes sœurs aînées qui rêvaient de la ville et de ses secrets. Ma mère élevait des lapins, mais également des poules, canards, pintades, pigeons, qui venaient picorer leurs graines jusque dans nos mains. Les aliments pour la volaille étaient en grande partie offerts par un oncle paternel, meunier-grainetier. Un homme costaud, jovial, facétieux, rigolard, moqueur, à qui mon père donnait un coup de main pour l'exploitation de son commerce. J'aimais aller chez lui. Pour m'y rendre, je préférais traverser les deux prés en passant derrière notre jardin, car par la route c'était beaucoup plus long et j'avais peur d'être la proie d'automobilistes mal intentionnés. Son épouse, fille et sœur de paysans aisés, femme corpulente, pipelette et généreuse, nous fournissait le lait et le beurre car ils possédaient en outre quatre vaches laitières. Leur vie est un sacré roman que j'écrirai peut-être.


Mon père, quant à lui, cultivait son jardin. Il prétendait en cela suivre le bon conseil de Voltaire, bien que se refusant à lire le moindre ouvrage de littérature. Très tôt il me prit de force à son service, au point de me dégoûter à vie des travaux de jardinage. Il faut préciser que lui-même était entré dans le monde professionnel à douze ans, que le travail devint sa vertu primordiale dont il n'a cessé de nous rabâcher les bienfaits et les avantages pour l'humanité.


L'autre moitié de la maison, configurée symétriquement à la nôtre, appartenait à un lointain oncle qui promit de nous la donner dès le départ de son locataire. Ce dernier était un monsieur très âgé, fort discret et gentil comme tout, qui n'avait aucun lien de parenté avec nous. Je l'aimais bien, en même temps que je souhaitais quand-même un peu sa mort. Je n'avais pas besoin de ça pour développer mon sentiment d'ambivalence, mais disons qu'il s'en est trouvé enrichi. Donc, nous avons vécu quelques années dans deux grandes pièces. L'une servant de cuisine avec son poêle à charbon, le combustible fourni gracieusement par la Mine, un placard, un bac en faïence blanc et carré sous un seul robinet d'eau froide, une alcôve fermée par un rideau où se trouvait le lit des parents et le berceau du petit dernier. L'autre servant de chambre à coucher pour le reste de la smala. Question confort matériel, contrairement à mon oncle commerçant, nous ne possédions pas de salle de bain, de machine à laver, de réfrigérateur, pas plus que le téléphone, quant à la télévision, elle fut installée bien après mon envol hors du nid familial. Pauvres, certes nous le fûmes, mais nous n'avons jamais connu la faim.


Cependant, cette période misérabiliste ne dura pas trop longtemps. Le voisin nous laissa l'usage de la maison tout entière. Mon paternel gagnait mieux sa vie, et la nôtre, il put, au début de mon adolescence, nous offrir les éléments fondamentaux d'une certaine aisance.

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