Réponse à "Le lit de mort"

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Le phare se réveille, le vieil homme avec lui. La lumière du soleil perce froidement les carreaux brisés et balaie son visage. Le bois grince sous les coups du vent et l'air marin s'invite sans politesse dans son intimité. C'est un soupir qui quitte sa machoîre fatiguée. Comme chaque matin, il est encore en vie.

Il se redresse. Il se redresse et prend conscience du jour, ses sens se remettent en route. Sa douleur aussi. C'est le lot de la vieilesse, la lenteur, l'inefficacité, la chute; lui a tout son temps. Ses yeux malades le guident jusqu'à la sortie. Il soulève le loquet, pousse la porte de bois et cueille son premier bol d'air, le plus important, celui qui fait avancer. Il regarde à l'est, vers l'océan, et murmure une prière routinière du fond de sa pensée. Le visage du ciel, rond et chaud, lui rend la révérence.

Il descend les marches, doucement. À mesure que son ami, niché dans les nimbus, s'élève en l'observant, lui, effectue son devoir. D'un bout à l'autre de la côte, de falaise en falaise, il scrute le sable, l'écume, la mer. Que l'océan va-t-il aujourd'hui apporter, et pour qui ? Une montre, un bâton, un coffre, une bouteille. Il ouvre bien cette dernière et s'enquiert de son message, mais les mots, quoique brouillés par la vieillesse, attestent qu'ils ne lui sont pas destinés. Alors il la dépose soigneusement, à l'exact endroit où elle était, et poursuit. Il laisse faire l'océan.

Sa chaise, presque fossilisée dans le sable, l'attend au milieu de la plage, non loin du point limite de la marée haute. Il s'assied et regarde droit devant lui, patiemment, scrupuleusement, comme un enfant, un écolier. Il attend le cadeau de la mer, il attend, il attend.

Et alors que l'azur parade d'un bleu sombre, alors que le soleil a fermé ses paupières et revêtu le drap du soir depuis un moment déjà, un petit objet dérive sur le littoral. Une perle dorée, comme une goutte, comme une larme, s'échoue sur la côte. Minuscule, infime, il la saisit du bout des doigts et se rassied souriant. Il sourit, le vieil homme, son coeur chante.

Au son des rouleaux qui s'écrasent, ils se laisse bercer, mais ne s'endort point; il attend encore, encore un peu, avant que la nuit ne tombe. Une ombre familière le laisse frisonnant, alourdit quelque peu ses lèvres. Elles s'ouvrent:

« C’est toi, tu es là.

— Comme promis.

— Et alors ?

— Et alors quoi ?

— Rien.

— Rien, alors.

Le silence s’immisce quelques instants dans la conversation, avant qu’il ne poursuive :

Ça t’a plu, au moins ?

— Je ne sais pas.

— C’est comment ?

— Charmant.

— La nuit arrive, tu souhaites que je reste ?

— Tu peux t’en aller.

— Alors je m’en vais. Tu sais que je t’aime.

— Tu m’aimais.

— Je t’aimerai.

— Fort bien. Alors au revoir.

— Au revoir »

Et au son des rouleaux qui s'écrasent, parchemins pleins de mots et d'histoires de la mer, le vieil homme s'endort quand entre la nuit.

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Table des matières

En réponse au défi

Le lit de mort

Lancé par Lyanna Stark

Hey tout le monde! Ravie de vous revoir pour un nouveau défi!

Hier soir, je n'arrivai pas à dormir (vous allez voir où je veux en venir ;)) alors, comme tous les soirs où je n'arrive pas à dormir, j'ai écouté ma musique (avec les violons, pianos et tout.) Puis mon esprit a imaginé une scène où un vieil homme prononçait ses derniers mots à un proche sur son lit de mort. J'ai tenté ce matin de l'écrire, en vain. Les mots ne me venaient pas, je n'arrivai pas à bien imager la mort et tout ça. Donc, je vous propose à vous, si vous le voulez bien, d'écrire cette scène. Je donne plus de précision:

Les personnages seront: -un vieil homme qui doit obligatoirement mourir à la fin de la scène soit par la vieillesse naturelle soit par une maladie (c'est vous qui choisissez)

-Quelqu'un de sa famille (petits-enfants, fils, fille, femme, nièce, oncle enfin bref, ce que vous voulez, mais je ne veux qu'une personne)

Le proche doit s'approcher du lit de mort, puis écouter les derniers mots du souffrant. Vous avez le choix sur la mort: brusque, lente, agonisante etc. Je vous donne aussi le choix sur l'époque: vous pouvez autant situer l'histoire au 16ème siècle qu'à nos jours, pourquoi pas remonter jusqu'au Moyen-Age avec la mort d'un riche compte ou d'un roi (donc vous avez liberté totale sur ce point.)

Je veux ressentir la mort dans ses paroles, la souffrance dans ses gestes, quitte à pleurer devant la scène. L'ambiance dans la pièce est aussi importante que le discours: vous pouvez décrire une ambiance putride, une odeur de malade, de mort, de sang, ou rien du tout si le personnage meurt simplement de vieillesse. Lorsqu'il meurt aussi, comment est son corps? Ses yeux vides, son visage blême, marquée par une terreur soudaine...

Si vous avez des questions, n'hésitez pas à mes les poser dans les commentaires, j'y répondrai avec plaisir.

Bonne chance!

Commentaires & Discussions

Le vieil homme et la merChapitre3 messages | 1 mois

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